Les « vagabonds métaphysiques » du Figaro

Le vendredi, j’aime bien acheter Le Monde, pour son supplément littéraire qui s’est franchement amélioré depuis peu. Le Jeudi, c’est le jour du supplément littéraire du Figaro, et si je l’achète moins, il m’arrive de le lire quand, d’aventure, je me trouve dans une commune dotée de marchands de journaux. Vivre en France, selon moi, c’est aussi lire la presse française, et particulièrement, suivre l’actualité littéraire.

Le dossier du dernier Figaro littéraire, donc, a tout pour m’intéresser. Il est consacré à la littérature du voyage, avec en première page une grande photo de Thomas Goisque montrant Sylvain Tesson, au bord du lac Baïkal, sautant par-dessus une rivière ou une craquelure dans le lac glacé. La photo est malheureusement annonciatrice de la relative faiblesse du dossier : contemplé par ses deux jolis chiens à l’arrière plan, Tesson porte la barbe et une écharpe négligemment passée autour du cou, une casquette vissée sur le crâne et une paire de jumelles sur le côté. Chaussures de marche légères et gants, son sac à dos ne l’empêche pas d’évoluer dans les airs. Les bras écartés vers l’avant, l’écrivain voyageur fait à la fois figure d’oiseau et d’enfant qui tend les bras vers un nouveau monde. Le visage est impassible, concentré, des rides sur le front marquent le souci de l’aventurier quant à l’endroit où il posera son pied.

(Goisque et Tesson ont fait plusieurs livres ensemble, dont un qui m’avait intéressé, le long des pipe lines de pétrole en Asie centrale. Les deux aventuriers lient leur carrière et s’entraident : le photographe profite de la célébrité de l’auteur pour se faire financer des voyages et obtenir des débouchés éditoriaux, tandis que l’écrivain s’offre, grâce à la présence d’un ami plasticien, une galerie de portraits qui contribuent à ériger une sorte de légende autour de sa personne. La parution, l’année dernière, de Sibérie chérie, un livre de photos et d’aquarelles des deux amis accompagnés d’un troisième compère, à la suite du grand succès de librairie Dans les forêts de Sibérie, participait de cette auto-mythologie des voyageurs.)

Qu’en est-il, alors, du « dossier » sur les nouveaux aventuriers ? En quoi sont-ils nouveaux, d’ailleurs ? En une phrase, la couverture du Figaro littéraire le dit : « Il n’y a plus de contrées à découvrir. Désormais, les voyages au loin se font aussi en profondeur. » Le constat date maintenant d’une bonne centaine d’années. Victor Segalen le disait au début du siècle, Valery et Michaux le disaient dans les années 1920, le Figaro littéraire n’impressionne pas le lecteur cévenol par son sens de l’innovation théorique !

En fait de « dossier », une double page  composée d’un article principal de Sébastien Lapaque, d’une minuscule interview de Jean-Christophe Rufin, de trois courtes critiques de parutions récentes et de quelques brèves qui coiffent la double page. Ces brèves donnent un paragraphe d’introduction, un chiffre, une citation, et trois titres de parutions récentes. Le chiffre, c’est le nombre de visiteurs au festival « Etonnants voyageurs » (60 000 personnes), la citation parle de l’aventure, affirmant qu’elle « ne sert à rien » et que c’est là sa beauté. La phrase d’introduction, enfin, va un peu plus loin que la banalité affichée en page de couverture :

Quelques écrivains français donnent un nouveau visage au récit de voyage. Ces globe-trotteurs ne sont pas en quête d’exploits. Vagabonds lettrés, ils aiment mettre leurs pas dans ceux de leurs prédécesseurs pour se souvenir de que furent leurs émerveillements mais aussi leurs colères. 

Là encore, le fait que le récit de voyage ne cherche plus sa valeur dans l’exploit, c’est une antienne que l’on rabâche depuis plus d’un siècle. Quand les auteurs, les lecteurs et les critiques vont-ils s’en rendre compte, et quitter cette idée reçue selon laquelle le récit de voyage est, par essence, un ramassis de racontars héroïques et auto satisfaits ? A cause de cette erreur de perspective, due à une ignorance de départ, les bons récits de voyage sont constamment accompagnés de remarques du type : « C’est bien plus qu’un simple récit de voyage », ou même : « contrairement aux apparences, ce n’est pas un récit de voyage », tant il est vrai que le genre a perdu toutes ses lettres de noblesse au cours du XXe siècle.

Deuxième cliché, le terme même de « vagabonds ». Après son occurrence dans le petit paragraphe d’introduction, on en trouve une seconde dans le chapeau de l’article : « Nos globes-trotteurs parcourent le monde en vagabonds métaphysiques et cultivés. » Pourquoi user d’un mot aussi galvaudé ? Ces écrivains voyageurs sont d’ailleurs tout sauf des vagabonds. Ils sont des entrepreneurs, ils travaillent, ils font des projets, ils savent trouver des financements, ils ont des réseaux…  Ils n’ont rien d’errants rêveurs.

Vient alors la thèse de l’article : il existerait une « spécificité » française du récit de voyage qui consiste à abandonner l’exploit pour produire des « aventuriers métaphysiques et des vagabonds instruits ». En quoi sont-ils métaphysiques ? On ne le saura pas. En quoi sont-ils instruits ? En ceci qu’ « ils aiment mettre leur pas dans ceux de leurs prédécesseurs pour se souvenir de ce que furent leurs émerveillements (et leurs colères). » De quelles colères parle-t-on ? On ne le saura pas non plus. Et de citer le dernier livre de Sébastien Courtois, au titre banal et étonnamment naïf, Éloge du voyage. Sur les traces d’Arthur Rimbaud.

Le journaliste aurait pu en effet rappeler d’autres récits de ce type qui, depuis vingt ans au moins, montre que c’est devenu un sous-genre en soi, avec le récit d’Olivier Weber sur les pas d’Ella Maillart, le film de Priscilla Telmon sur les traces d’Alexandra David Néel, le livre de Sylvain Tesson reprenant l’itinéraire des échappés du goulag à travers l’Asie centrale, ou l’album récent d’Ingrid Thobois sur les chemins de L’Usage du monde de Nicolas Bouvier.

Mais la question qu’on peut se poser est double. En quoi est-ce nouveau et en quoi est-ce spécifiquement français ? Nouveau, je viens de l’indiquer, ce ne l’est peut-être pas tout à fait (mais cela pourrait être quand même un phénomène assez récent, il faudrait chercher…) Et français ? En quoi ces récits « sur les traces de » sont-ils plus français qu’américains, italiens ou russes ? M. Lapaque, l’auteur de l’article, postule que c’est un trait national, mais sans aucune apparence de preuve. C’est la pauvreté de ce journalisme littéraire, qui assène, qui postule et qui statue du haut d’une supériorité autoproclamée, prenant les lecteurs pour une masse inculte.

Ce serait pourtant extrêmement intéressant d’en savoir plus sur le sous-genre des livres « sur les traces de » ! Si cela se trouve, c’est une habitude que l’on retrouve dans les pays latins mais pas chez les autres.

Ou alors dans les pays colonisateurs, qui ont produit davantage d’orientalistes et d’explorateurs.

Ou alors dans les pays qui ont tendance à vouer des cultes aux morts (Chine).

Ou bien c’est une tradition typiquement française, et alors là, je dis que c’est fascinant et que ça mérite d’être creusé. Nous méritons d’être informés, en fait, voilà la simple vérité. Mais le journaliste nous laisse tout seuls avec cette hypothèse, qu’il lance comme une vérité communément admise : « On s’autorise à distinguer une spécificité des écrivains voyageurs français. » Vous vous autorisez ? Mais moi j’ai acheté ce journal plus d’un euro, monsieur, j’aimerais que vous fassiez un peu plus que vous « autoriser » à distinguer.

Il manque au journalisme littéraire de la grande presse le minimum de scrupule intellectuel qui le rendrait digne d’être lu. Il faudrait, je pense, que journalistes et pigistes fassent preuve d’un esprit de recherche, au moins élémentaire. Je ne demande pas qu’ils écrivent des thèses, mais qu’ils s’informent un minimum, dans le champ universitaire par exemple, pour éviter de remplir des pages de poncifs.

On parle toujours de la crise de la presse, mais relever la qualité du journalisme pourrait être une première méthode pour s’en sortir. Demander aux journalistes en charge des pages littéraires de se renseigner avant d’écrire, cela pourrait peut-être aider la presse écrite à trouver des lecteurs, on ne sait jamais.

La Guerre des Yourtes

Intérieur de la yourte d’Eric et Magali, Favières, novembre 2012

Je bois un café avec Magali, une de mes voisines dans la haute vallée.

Après des études d’ethnologie, des voyages et des jobs variés dans l’éducation, Magali travaille dans la yourte.  Avec Eric, son compagnon, ils confectionnent des yourtes de toute beauté. J’ai dormi dans celle qu’ils avaient érigée sur leur terrain de Favières, le vendredi 23 novembre 2012. Magali m’encourage de venir leur rendre visite dans leur atelier, au Vigan, pour voir comment la construction se passe.

Avant de s’installer dans les Cévennes, elle vivait dans un village de yourtes dans le Limousin, et ce village n’a pas cessé, jusqu’aujourd’hui, de défrayer la chronique, avec des autorités qui l’interdisent et des mouvements de soutien venus de l’Europe entière. Sous le titre de La Guerre des yourtes, le reporter Frédéric Potet raconte aujourd’hui ce conflit entre le maire du village de 350 habitants et cette nouvelle communauté de Français cherchant un mode de vie « autonome ».

La lecture de cet article donne un étonnant sentiment de ressassement. On croirait entendre la même histoire dans tous les départements de la moitié sud de la France, et sans doute est-ce un phénomène présent dans tout l’Occident. Un retour à la terre massif et disséminé, par petits groupes et par familles, contre une administration et un plan d’occupation des sols qui n’a pas les cartes pour prendre en considération ces milliers de néo-ruraux.

Yourte d’Eric et Magali, Favière, novembre 2012

Magali m’apprend que Cécile Duflot, la ministre du logement, prépare une loi qui réprimera toujours plus les habitats précaires comme les yourtes et les cabanes. Des mouvements de protestations se préparent et remuent déjà.

Nous assistons peut-être à une opposition assez profonde et massive, entre un quart-monde toujours plus nombreux et nomade, et un appareil d’Etat cherchant à contrôler et à sédentariser les populations. Plutôt que de comprendre que ces alterpaysans proposent des solutions à une Europe minée par le chômage et le déclassement, nos gouvernements ne semblent pas aptes à faire autre chose qu’à protéger des règlements que personne ne comprend plus.

Pourquoi il faut écouter « Détours », sur la RTS

J’avoue que je ne connaissais pas cette émission de la radio télévision suisse avant d’y être invité moi-même. Diffusée tous les jours de 13h00 à 14h00, « Détours » propose soit un entretien avec un voyageur qui a publié un livre, soit un documentaire sur une destination particulière.

Pour ma part, j’ai eu la chance d’y avoir figuré dans les deux dimensions : invité pour parler d’un livre que j’ai écrit, puis documentariste d’un reportage sur Belfast. Cela fait maintenant quelques mois que je me suis abonné à cette émission et que je l’écoute dans mon I-pod lors de mes longues promenades dans la montagne, mes travaux de jardinage ou mes collectes de pierres blanches.

La voix de Madeleine Caboche, l’animatrice-productrice, est très agréable à entendre, sensuelle et attentive, et sa manière d’intervenir est toujours à propos,  .

Mais surtout, la raison pour laquelle il faut l’écouter, c’est que Détours est très pointue, on n’y croise que des voyageurs, et plus particulièrement des écrivains voyageurs. Et encore plus précisément, des écrivains voyageurs francophones, si bien que l’émission est une fabuleuse vitrine de ce qui paraît dans le domaine du récit de voyage.

Madeleine Caboche ne se limite pas à interviewer les Sylvain Tesson et autres stars des voyages médiatiques. Elle va à la pêche dans des étangs plus rares. Elle n’hésite pas à aller puiser chez des petits éditeurs, à contacter des auteurs confidentiels, et à faire appel à l’espace francophone dans son ensemble. C’est pour moi une véritable cure de jouvance d’entendre un auteur québécois, un documentariste haïtien, une voyageuse suisse parmi les habituels Français.

Car évidemment, de nombreux Français sont invités, qui ne le sont pas forcément sur les chaînes de l’héxagone. Il faut donc écouter la radio suisse pour prendre la mesure de la production viatique dans le champ littéraire français. Malgré tout ce qu’on dit sur le voyage, l’errance par-ci, le vagabondage par-là, il n’existe pas d’émissions comme celle-là sur Radio France.

Je découvre des livres, des projets littéraires intéressants, et même des tendances du livre de voyage. J’aurais dû l’écouter plus assidûment lorsque je faisais ma thèse sur le récit de voyage contemporain. Mieux vaut tard que jamais.

« Nihao Lyon », webmag franco-chinois

Julie est une jeune sinologue sémillante. Retour de Chine, elle s’est installée à Lyon, et a créé un magazine uniquement diffusé sur la toile, consacré aux relations entre la Chine et la France. Nihao Lyon (« Bonjour Lyon »), comme son nom l’indique, est spécialisé dans tout ce qui se passe dans la région lyonnaise, du point de vue chinois, et inversement. Chaque article est traduit en français et en chinois, selon la langue dans laquelle a été écrit l’article.

C’est dans ce webmag que j’ai donné une Interview récemment, pour détailler ce qui, dans Traits chinois/Lignes francophones, concerne Lyon. Je ne vais pas écrire ce qui est déjà dit dans l’entretien, mais il est vrai que ma ville natale a une place à part dans les relations franco-chinoises, depuis un bon siècle!

Il est indéniable que cela crée un sentiment de spécialisation un peu étroit, et qui n’est pas destiné à intéresser beaucoup de monde en dehors de petit monde lyonnais. Certes. Mais c’est le genre de débouché médiatique que je trouve intéressant, justement. D’habitude, on parlait de ce livre de manière très générale, et on n’avait jamais le temps ni la place d’entrer dans le détail. Ici au moins, le sens du détail est inclus dans le titre même du webmag. Et cela nous permet d’évoquer plus amplement des contributeurs et des oeuvres, qui sont trop souvent recouverts d’une nappe de silence.

 

Retour des violences en Irlande du Nord. Mon reportage sur Belfast

J’ai fait récemment un reportage radio sur Belfast. Il a été diffusé il y a quelques jours sur la chaîne suisse RTS, dans l’émission « Détours ». Le titre choisi par la chaîne : Ces drapeaux qui divisent encore Belfast.

J’avais déjà été invité dans cette émission pour parler de mon livre sur les Travellers irlandais, et la productrice, Madeleine Caboche, était demandeuse de reportages sur l’Irlande. Comme je suis un fervent auditeur de radio, j’ai pris la balle au bond pour aller me transformer moi-même en reporter indépendant. J’ai pris une décision très rapide et suis parti quatre jours à Belfast, non sans prendre des contacts sur place pour être entouré de professionnels du son.

Le jour de l’émission, le 11 avril 2013, j’étais en direct avec Madeleine Caboche dans un studio de France Bleu Hérault, à Montpellier. Tout s’est bien passée, sans plus. Mon reportage n’est pas extraordinaire, et de plus, nous n’avons pas pu diffuser tout ce qui avait été sélectionné par les Suisses. Sans doute avons-nous été trop bavards (surtout moi), et l’une des séquences est passée en pertes et profits.

L’important à mes yeux, en définitive, est d’avoir pu faire passer un message, mais qui a pris beaucoup de temps, des années, pour prendre forme. En effet, en Irlande du nord, la classe dirigeante impose un discours qui rend toute autre vue un peu difficile à émerger. Ce discours dominant veut faire croire que c’en est fini des guerrillas en Irlande du nord, et qu’on se dirige vers une stabilité pacifiée, C’est important pour le commerce et les investissements de donner de la région une image réconciliée.

Or, je ne crois pas que les violences vont s’estomper progressivement jusqu’à une paix réelle. Je ne crois pas en cette chimère que les bourgeois appellent la « réconciliation ». Et c’est peut-être cela qui est difficile à expliquer.

Tout un vocabulaire est utilisé abondamment par la classe dirigeante d’Irlande du nord, pour manipuler l’opinion : « accepter nos différences », « résolution du conflit », « réconciliation », « partage du pouvoir », « processus de paix », etc. Ce sont des mots qui cachent les vrais problèmes, et les vrais problèmes renvoient à des questions de colonisation, de domination, de nationalité et de souveraineté. Qui dirige qui ? Qui appartient à quoi ? Dans quel pays vivons-nous ? À quelle patrie appartenir ? Qui est le chef ? Quelle est ma nation ?

Voilà des questions qui travaillent la société nord-irlandaise, comme il arrive dans toutes les situations coloniales. Car l’Irlande du nord reste colonisée : le pouvoir est entre les mains du parlement de Westminster, à Londres. On peut augmenter l’autonomie de la province, créer un gouvernement local et une assemblée, il n’en demeure pas moins qu’en cas de crise grave, c’est Londres qui suspend les chambres et reprend les choses en mains directement.

Dans ces conditions, il est important de garder en mémoire que les deux communautés en présence, les catholiques et les protestants, ne se réduisent pas à deux blocs égaux qui s’affrontent. Il s’agit d’une population irlandaise qui demande l’indépendance, sous la forme d’une réunification de l’Irlande, et d’une population britanique, descendante des colons anglais et écossais, qui veulent que la situation coloniale s’éternise. Toute chose égale par ailleurs, les unionistes ressemblent aux pieds-noirs d’Algérie qui voulaient que l’Algérie reste française, quitte à donner aux « musulmans » plus de droits et plus d’autonomie.

En l’espèce, donc, parler de réconciliation est un contresens car les protestants et les catholiques peuvent très bien « vivre ensemble ». Ce n’est pas un problème de « vivre ensemble ». On le voit bien en république d’Irlande et en Grande Bretagne. Partout, il y a des papistes et des parpaillots qui partagent sans problème le même espace social. En Angleterre, les catholiques disent : je suis un Anglais catholique, ma religion est minoritaire mais cela ne m’empêche pas d’être patriote. En Irlande, les protestants disent : je suis un Irlandais protestant, ma religion est minoritaire mais ça ne m’empêche pas d’être un patriote irlandais. En revanche, en Irlande du nord, à Belfast, les catholiques disent rarement qu’ils sont des sujets de la reine, et la plupart des protestants ne définissent pas comme irlandais.

Pour résumer ma position, l’Irlande est en train de se réunifier, c’est pourquoi les protestants les plus défavorisés sont nerveux. Ils sont en train de perdre leur territoire, c’est pourquoi les violences actuelles et futures viennent des extrémistes protestants alors que les violences passées étaient perpétrées par des extrémistes catholiques. La paix s’installera mais dans une Irlande unie, mais les protestants les plus pauvres ne se laisseront pas faire, et il y aura des soubresauts, une violence ira s’amplifiant, comme à l’époque de l’Algérie française, quand des groupes de pieds-noirs refusaient l’indépendance de l’Algérie à coup d’attentats et d’émeutes.

C’est pourquoi enfin il est urgent d’aller en Irlande du nord faire du tourisme. Non seulement c’est une belle région, aux paysages fantastiques, et aux habitants agréables, mais aussi c’est un lieu où l’histoire est en train de se faire et de s’accomplir : une colonisation vieille de 800 ans est en train d’arriver à son terme.

Francophonie chinoise

Traits chinois/Lignes francophones

Notre fameux livre Traits chinois/Lignes francophones attire l’attention qu’il mérite en Chine, à partir d’aujourd’hui. J’ai été contacté récemment par le fondateur du Forum Chine et francophonie qui me demande d’intervenir pour la journée internationale de la francophonie, le 20 mars 2013.

C’est sous la rubrique « L’Invité du jour » que mon intervention est immortalisée. Un petit entretien qui donnera peut-être envie à des habitants de l’Empire du milieu d’aller voir d’un peu plus près ce qui se trame depuis plus d’un siècle dans cette étrange rencontre entre créateurs chinois et langue française.

 

DSK et les lettres françaises

 

Le visage de Marcela Iacub

Rien n’est plus éloigné du sage précaire que Dominique Strauss-Khan. Ce dernier a connu les plus hautes gloires et la chute la plus vertigineuse. Le sage précaire ne connaît pas la chute, ni la gloire. DSK est un loup du sexe, le sage précaire est un agneau du plaisir. L’ancien ministre est un brillant économiste, le sage précaire est un terne économe. Les deux aiment le luxe, mais le premier l’atteint par la dépense, l’autre dans la frugalité.

Le Monde des Livres, 1er mars 2013

Ces jours derniers, on se régale des débats qui font rage dans la presse, occasionnés par la parution du dernier livre de Marcela Iacub, qui raconte son aventure avec Strauss-Khan, Belle et Bête. Avant de lire ce récit, il est bon de mesurer l’effroi de certains intellectuels et autres écrivains.

Dans Le Monde daté du 24-25 février, Christine Angot se défend, « au nom de ses principes littéraires », de toute ressemblance entre ses propres récit et celui de Iacub. Dans le supplément littéraire du même journal, daté du 1er mars, une double page est consacré au phénomène de Belle et Bête. D’autres écrivains, et d’autres journalistes, s’insurgent avec la dernière énergie contre ce livre qui est, si l’on en croit Marc Weitzmann, « si nul qu’il y a presque une réticence à prendre la plume pour le dire. »

Ah! Cela faisait longtemps que le milieu littéraire n’avait pas connu de scandale, ça fait plaisir.

Ce qui fait surtout plaisir, c’est l’éclosion d’un vrai grand personnage romanesque dans notre vie publique. DSK va encore inspirer bien d’autres livres, et des films et des jeux vidéos, et des opéras. DSK est sans doute la personnalité la plus fascinante que la France ait connue depuis la fin du XXe siècle.

C’est un véritable ogre, un géant, un monstre. Pour bien raconter la vie de DSK, il faudrait un Victor Hugo. Les deux hommes ont en commun une efficacité effroyable dans le travail et un appétit sexuel non moins effroyable.

Ce qu’il a réussi à accomplir laisse désarmé : brillant économiste, il a su occuper les plus haut postes de recherche et d’enseignement dans le système universitaire français. C’est déjà pas mal, bien des gens y consacrent leur vie entière et n’y parviendront jamais. Il se lance dans la politique et se fait élire. Maire de Sarcelles, il se fait apprécier de ses administrés et est reconnu comme un maire compétent. Il progresse jusqu’au ministère le plus important d’un des pays les plus riches et complexes du monde. Même là, au ministère de l’économie et des finances, il se fait respecter par tous et semble recueillir l’approbation de chacun.

C’est extrêmement rare, les gens qui savent à ce point concilier des compétences si variées qu’elles en deviennent contradictoires : gérer une administration, conduire le changement, penser l’économie, pénétrer les théories les plus abstraites, faire preuve d’autorité et de souplesse, serrer des mains aux marchés, mener des campagnes électorales, faire du réseau, mener sa barque dans les hautes sphères du pouvoir, se faire entendre médiatiquement. On est rarement doué dans tous ces domaines à la fois.

D’habitude, les grands chefs ont de grosses lacunes, soit intellectuellement, soit au niveau économique, ou alors ils pèchent par excès d’autorité, ou par manque de chaleur humaine. Strauss Khan, lui, réussit partout où il passe.

Jusqu’au FMI, une administration qui demande à son leader de traiter avec les chefs d’Etat du monde entier. DSK y est nommé, et il en fait quelque chose qui tient la route, qui sera même un acteur clé lors de la crise de 2008. Là aussi, il est compétent ; c’est du moins ce que disent les responsables et les journalistes économiques anglo-saxons.

C’est une carrière qui me paraît encore plus extraordinaire que celle d’un Sarkozy ou d’un Hollande. Et même plus impressionnante que celle d’un Mitterrand. Car ceux qui deviennent président, leur destin ressemble malgré tout à un destin tourné vers un seul but. Notre héros controversé n’a pas de but clair et définitif.

DSK, en effet, peut changer d’atmosphères, de milieux et d’entourages, il peut se faire apprécier à Sarcelles et à Washington. Qui peut se prévaloir d’une telle faculté d’adaptation ? Il est comme un poisson dans l’eau partout où il se faufile, mais un poisson qui trouve le moyen de diriger l’aquarium, avec l’assentiment de tous. Et sans même forcer le passage.

A côté de ces responsabilités assez considérables, il trouve le temps d’avoir une vie de famille, de se marier plusieurs fois, et de faire des enfants. Les témoignages qui existent montrent qu’il sait obtenir l’affection de ses épouses ainsi que celle de ses enfants. Qu’il est donc, dans une certaine mesure, un bon père et un bon époux.

Cela fait déjà beaucoup de choses pour une seule vie. Cela demande beaucoup d’énergie. Moi-même, j’ai du mal à me représenter comment un seul homme peut réaliser tout cela.

Et comme si ce n’était pas suffisant, le voilà qui passe un temps fou à baiser. Il nique à couilles rabattues. Il n’arrête pas, et quand on lit ce qui paraît en librairie, on n’en revient pas : des femmes comme ci, des femmes comme ça, des putes et des bourgeoises, des pauvres petites et des vieilles expérimentées, des intellectuelles et des connasses, des pouffiasses et des bonnasses, des bombasses et des radasses. Ce n’est plus Victor Hugo qu’il nous faut, c’est Jacques Prévert et son art de l’inventaire.

Le livre de Marcela Iacub cherche à mettre des mots sur ce désir sexuel, tellement invraisemblable qu’il en devient inhumain. J’ai trouvé intéressant sa manière de faire vivre le « cochon » à l’ntérieur de l’homme, et plaisante sa théorie du cochon. Cela ne m’a pas convaincu, mais c’est une fable et les fables n’ont pas à convaincre. C’est un livre vite fait, vite lu, vite critiquable, et on verra si on en parlera encore dans quelques années.

En tout cas, à en juger par les réactions offusquées d’écrivaines d’un côté, et d’intellectuels médiatiques de l’autre, on se dit qu’elle a touché à quelque chose de sensible dans la psychè contemporaine. Et après tout, la littérature, ça sert aussi un peu à ça.

A propos de « lettres françaises », savez-vous ce que signifie l’expression anglaise French letters ? La réponse à cette question pourra expliquer pourquoi le cas DSK demeurera en France une question littéraire.

Nickel

C’est ce que m’a répondu une adolescente, l’autre jour, quand je lui ai demandé de ses nouvelles.

« – Tu vas bien ?

– Nickel. »

Je ne savais pas qu’on disait encore cela, de nos jours, chez les adolescents. Cela me rappelait les années 80. C’est nickel!  « Nickel-chrome », disait-on, pour donner une nuance de propreté, d’apparence lisse et polie.

J’imagine que c’est une expression qui vient du monde ouvrier, des gens qui faisaient des soudures et qui s’occupaient d’alliages de métaux. Mais des ouvriers de droite, si j’ose dire, des ouvriers qui rêvent de luxe et de richesse tape à l’oeil, non de solidarité collective et de salopettes crades. Le nickel, n’est-ce pas du faux argent, du simili-argent, comme on le dit du simili-cuir ? C’est un peu le skaï de la métallurgie.

Sous l’expression « Nickel », je vois l’imagerie des anées 80, des voitures rutilantes, des enjoliveurs étincelants, des photos noir et blanc avec du métal et du cuir. Et des épaulettes gigantesques qui donnaient aux corps des apparences de triangles.

Mais quelque chose me dit qu’on n’employait pas cette expression avant les années 80, est-ce que je me trompe. Avant la deuxième guerre mondiale, le nickel était utilisé pour ajouter du ridicule : les Pieds Nickelés, par exemple… Quelle étrange invention, d’ailleurs, quand on y pense. Quand ont-ils été inventés, ces trois-là, et que voulait dire « Pieds Nickelés » ? Peut-être le fait d’avoir des pieds trop lourds pour faire preuve de finesse. Ou d’avoir concentré toute sa richesse intérieure dans les pieds plutôt que dans le cerveau. Je ne sais pas, mais je m’égare, revenons à mon adolescente qui, en me faisant la bise, ne me dit rien de plus que « Nickel ».

Oui, si les ado ressortent cette expression aujourd’hui, c’est peut-être l’un des signes du retour en mode des années 80, voilà ce que je me disais en attendant le bus qui devait m’emmener à Montpellier.

Le Dauphiné libéré

Reçu par la poste un journal de l’Isère, le glorieux Dauphiné libéré, daté du vendredi 1er février 2013. Le jour où l’on parle du sage précaire comme d’un « écrivain voyageur » et d’un « voyageur qui écrit sur des voyageurs », on apprend, en une, que le tarif de l’autoroute augmente de dix centimes sur le tronçon qui va de Bourgoin-Jallieu à Saint-Quentin-Fallavier.

On est informé dans les pages intérieures que le chansonnier Pierre Douglas se produit dans la commune de Pusignan et que l’humoriste Popeck présente son tout nouveau spectacle à Lyon (inteview exclusive). Toujours, peut-être, dans le registre de l’humour, on apprend que le président du groupe Front national, Bruno Gollnisch, a baissé son pantalon en pleine séance du conseil régional, apparemment pour protester contre l’aide financière accordée à un groupe de musique qui proférait trop d’ « insanités ».

La communauté du troisième âge se porte à merveille dans la commune de Saint-Just-Chaleyssin. Nombreux et en bonne santé, les séniors préparent activement la fête de la Saint-Blaise qui aura lieu dans l’ancien gymnase du complexe sportif Bernard-Saugey. Les participants pourront déguster « les fameux pâtés de la Saint-Blaise et les bugnes confectionnées par les mamies du club ». Il n’est rien dit de ce que feront les papis du club. En revanche, à Saint-Jean-de-Bournay, « le sens interdit ne fait pas l’unanimité », une pétition circule même pour lutter contre le nouveau plan de circulation, preuve s’il en est que la vie n’est pas rose pour tout le monde, et que ce n’est pas tous les jours la Saint-Blaise.

D’ailleurs il ne faut pas se bercer d’illusion, même à Saint-Just-Chaleyssin des tensions semblent émerger : le « premier magistrat » du village a présenté sa démission lors de la « traditionnelle cérémonie des vœux » et, du fait que l’un des élus, Michel Nivon pour ne pas le nommer, avait déjà démissionné en 2011, les Chaleyssinois sont « appelés aux urnes prochainement ».

Moins réjouissant encore, dans le massif du Taillefer, deux Isérois sont « tués » par une avalanche.

Dans les Forêts de Sibérie : Sylvain Tesson nous raconte ses vacances au bord du lac Baikal

Le livre à lire en 2013, minutieusement, qui n’est pas sans talent et qu’on ne lit pas sans agacement non plus, est de Sylvain Tesson : Dans les forêts de Sibérie (Gallimard, 2013, empruntable dans votre bibliothèque municipale.)

Il faut le lire quand on s’intéresse au genre « Voyage », sinon, on peut passer son chemin. À l’approche de la quarantaine, l’écrivain voyageur a décidé de se faire payer une demie année dans un chalet au bord du lac Baïkal, en Sibérie. L’hiver, le lac est gelé, le paysage est de neige et de glace, la solitude règne et la vodka coule à flots. Car Tesson a apporté de lourdes provisions. Au printemps, les moustiques font rage et la vodka coule à flots. L’ermite français reçoit et rend quelques visites, et la vodka, comme à toutes les pages du livre, coule à flots.

Le journal de Tesson est donc par moments agréable à lire, n’était le début du livre, qui est un véritable pensum, et qui concentre beaucoup des défauts de la littérature du voyage prétentieuse et creuse qui s’expose chez les « étonnants voyageurs », le célèbre festival de Michel le Bris où Tesson est régulièrement invité.

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La Pluralité des Mondes, Presses de l’université Paris-Sorbonnes, 2017.

Les premiers chapitres sont embarrassants de bêtise et d’absence de scrupule. Beaucoup de pose, de la part de l’écrivain, des manières de faux Nicolas Bouvier mâtinées de clichés agoraphiles. Trop d’oppositions complaisantes entre la solitude de l’ermite et la grégarité des citadins. Trop d’autocongratulation et de narcissisme dans ce qui était censé faire l’éloge de la vie intérieure. Trop d’omissions des conditions matérielles présidant un projet qui coûte extrêmement cher, ne serait-ce que par la nécessité d’un congé de six mois, de transports coûteux, de provisions spécifiques et de sponsors. Et partant, une occultation complaisante des moyens financiers et humains qui ont été nécessaires pour réaliser cette mise en scène de la frugalité.

Ce livre fait penser à une superproduction hollywoodienne qui raconterait la vie de l’abbé Pierre et de Benoît-Joseph Labre. Tout cela donne à ses aphorismes sur la pauvreté un aspect un peu suspect : « On dispose de tout ce qu’il faut lorsque l’on organise sa vie autour de l’idée de ne rien posséder » (p. 176). Rien posséder, c’est vite dit quand on réalise une expérience subventionnée par Culture France, l’année croisée France-Russie, les équipements MILLET, toutes organisations remerciées en fin d’ouvrage. L’ermite est loin d’être aussi précaire qu’il le dit, et à la lecture, on se dit qu’il fallait bien des efforts et des partenariats pour se mettre à nu dans la forêt.

En définitive, Tesson écrit une ode à la simplicité, mais en utilisant des ressources très élaborées pour cela. Il milite pour un environnement propre, mais il a recours à des véhicules polluants. Il prétend être en autonomie mais il est soutenu par de nombreuses institutions étatiques, diplomatiques, journalistiques et commerciales. Il chante la supériorité de la solitude mais il bénéficie d’un véritable réseau de soutiens et de protecteurs.

Ce qu’on peut lui reprocher n’est pas de bénéficier de ces avantages, car on est toujours le privilégié de quelqu’un d’autre, mais de prétendre être un pauvre hère.

Par ailleurs, si l’auteur ne manque pas de talent d’écriture, le récit est gâché par des options stylistiques qui abusent d’opposition binaires et hiérarchiques. Il y a toujours quelque chose qui est « supérieur » à autre chose : la peinture par rapport à la photo, la vie dans les bois par rapport à celle dans les villes, etc. L’écrivain passe par trop de formules qui tendent à juger que ses choix de vie sont les seuls qui vaillent, que ses choix de véhicules sont les meilleurs. Quand il écrivait sur de longues randonnée en Asie centrale, il faisait de la marche le seul moyen de transport valable ; maintenant qu’il relate une expérience immobile, il change de hiérarchie (mais il demeure dans la hiérarchie) : « Le défilé des heures est plus trépidant que l’abattage des kilomètres. » (p. 264) Cette prise de conscience édifiante, en fin de livre, fait écho à ses espoirs de début de livre : « Il suffisait de demander à l’immobilité ce que le voyage ne m’apportait plus : la paix. » (p. 40).

Trop d’aphorismes pontifiants : « L’essentiel ? Ne pas peser à la surface du globe. » (p.42) « Qu’elle est légère cette pensée ! Et comme elle prélude au détachement final : on ne se sent jamais aussi vivant que mort au monde ! » (p. 198) Ou comment encenser la légèreté en étant lourdingue. Des métaphores à la Bouvier : « La vie en cabane est un papier de verre. Elle décape l’âme, met l’être à nu, ensauvage l’esprit et embroussaille le corps. » (p. 255)

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G. Thouroude, Voyager en philosophe, sous la direction de Liouba Bischoff, Kimé, 2021.

La page 198, en l’espèce, pourrait être citée in extenso. Si j’étais professeur et que j’avais un cours sur la littérature des voyages à dispenser, je consacrerais une petite séance à cette seule page. Tesson s’y surpasse en aphorismes d’ivrognes : « La cabane permet une posture, mais ne donne pas un statut », et en poésie frelatée : « La lune rousse est montée dans la nuit. Son reflet dans les éclats de banquise : une hostie de sang sur l’autel blessé. » A moins que ce ne soit la poésie elle-même qui soit éthylique : « Aujourd’hui, j’ai écrit des petits mots sur le tronc des bouleaux : « Bouleau, je te confie un message : va dire au ciel que je le salue. » Les italiques sont dans le texte.

Tout cela n’incite pas Tesson à la modestie pourtant. Il porte constamment un regard hautain sur le monde : « le mauvais goût est le dénominateur commun de l’humanité » (p. 30), de juge sur ses contemporains : « la laideur des complets-cravate » (p. 255), prenant sans vergogne le rôle d’arbitre des élégances : « J’ai saisi la vanité de tout ce qui n’est pas révérence à la beauté. » (p. 265).

Contempler la nature et tâcher de trouver des métaphores poétiques, comme la lune-faucheuse d’Hugo, c’est le truc à éviter, selon moi ; la preuve : « Les nuages du soir mettent des bonnets de coton aux montagnes ensommeillées. » (p. 256) Du reste Tesson cite Hugo dans cette même page pour « prolonger la question hugolienne », mais ces prolongations ne donnent que des rêveries pseudo-romantiques dont on ne sait que faire : « qui prétendrait que le ressac n’est pour rien dans les rêves du faon, que le vent n’éprouve rien à se heurter au mur, que l’aube est insensible aux trilles des mésanges ? » N’est pas Hugo, certes, qui veut, et l’on se prend à admirer les auteurs qui savent se garder de faire de la poésie.