Le Musée Cévenol, Le Vigan

À tout seigneur tout honneur. Le plus célèbre des tableaux du Louvre à été exposé sur la façade du Musée Cévenol, la référence muséographique du Vigan et du pays viganais.

Ce musée vaut le détour, pour tous ceux qui songeraient à passer quelques jours de vacances dans les Cévennes. On y découvre les arts et les techniques développés par les Cévenols pour vivre et apprécier la vie sur une terre hostile.

Ouvert en 1963, sous le patronage d’André Chamson, de Claude Lévi-Strauss et de Pierre-Henri Rivière, c’est un des premiers musées ethnologiques de province. La notion d’ écomusée n’existait pas encore je crois mais c’est une des tentatives remarquables qui ont été proposées pour faire circuler les savoirs et les mémoires sur un territoire circonscrit.

Alors quand le projet des expositions de toiles du Louvre a été pensé pour rendre hommage au travail d’André Chamson, on n’a pas beaucoup hésité pour savoir où mettre la Joconde.

Une trique sur la mairie du Vigan. La puissance ambiguë du Caravage

Il fallait en avoir pour exposer ce grand tableau du Caravage sur la façade du Vigan. Je ne sais pas qui a eu l’idée, ni pourquoi, mais je salue l’audace.

Qui ne voit la charge érotique de cette peinture des années 1607 ? L’homme de pouvoir tient des deux mains un bâton qui est censé représenter son statut d’autorité, car il dirige en effet l’île de Malte à cette époque, sous l’autorité du seul Pape. Le peintre Caravage est plus ou moins en cavale, il a fui Rome après avoir tué un homme, puis il est parti de Naples pour Malte où ce monsieur à la trique impressionnante l’a élevé au rang de chevalier.

Ce qui est troublant dans ce portrait d’Alof de Wignacourt, ce n’est pas tant qu’il porte ce gourdin, mais surtout la présence d’un jeune page à côté de lui, portant son heaume à plume, et accaparant toute la lumière !

Les spécialistes d’art diront que le scandale de ce portrait vient justement du contraste des lumières et des modes vestimentaires différentes, puisque les deux personnages ne partagent pas le même monde. Mais le sage précaire voit le scandale dans l’inconscient sadique de cette image. Je ne veux pas expliciter les choses, car beaucoup d’enfants lisent La Précarité du sage, mais la trique que le barbu porte à côté de son éphèbe préféré pourrait illustrer un film du cinéma underground new yorkais.

Les historiens d’art nous parlent habituellement de la « virilité bienveillante » du grand maître de Malte, de la « sagesse », de l’ « autorité » de celui qui regarde vers l’horizon, mais ce qui ne trompe pas l’amateur d’art, c’est le contraste tendu entre la dureté de l’homme mûr et la douceur du page. Son insolence, aussi, lui qui regarde le spectateur, comme s’il provoquait la colère de son maître.

Caravage, on le sait, aimait s’amuser et choquer les consciences de son temps, il aimait jouer de tous les rapports de force qui existaient sur le marché de l’art et ne faisait pas preuve de prudence. Il ne reculait pas devant le scandale et les excès. Il n’est que de regarder l’un de ses principaux chefs d’oeuvre, La Mort de la Vierge. En 1606, le tableau fut exposé sur l’autel de l’église de l’ordre qui l’avait commandé mais fut retiré très vite puis remplacé par une oeuvre sur le même sujet peint par quelqu’un d’autre. L’histoire de l’art est pleine d’explications contradictoires : quand j’étais jeune, la version officielle était que les moines de l’époque n’avaient pu accepter de voir la Vierge incarnée par les traits d’une prostituée. La scène, disait-on, était trop réaliste et populaire, pas assez noble et majestueuse. Le cinéaste underground Derek Jarman insiste beaucoup là-dessus dans le film de 1986 Caravaggio en faisant du peintre un artiste queer.

Mon interprétation diffère : selon moi, le Caravage était en effet un artiste à la vie dissolue mais un fervent catholique aussi, et surtout un homme d’affaire qui devait gagner sa vie. On sait depuis peu que si La Mort de la Vierge a été décroché de l’autel, ce n’était pas parce que les Carmes déchaussées étaient choquées, mais parce que le tableau fut acheté une fortune par un marchand, puis fut exposé avant de rejoindre les collections privées du roi d’Angleterre, et enfin de Louis XIV. Les oeuvres de Caravage suivent ainsi un trajet de réussite économique.

Si bien qu’ici, le portrait d’un vieux libidineux au côté d’un mignon a beau être volontairement inapproprié, Caravage l’a fait pour plaire à son commanditaire et a été grassement payé pour cela. Il n’empêche qu’il fallait en avoir pour l’exposer sur la mairie, en plein marché bio, trônant au-dessus des artichauts et des concombre de Russie. Tous les samedis matin, et la photo ci-dessus fut prise un samedi matin, les maraîchers de l’agriculture biologique vendent leurs légumes délicieux. Sous le regard froid et mutin du petit page pervers.

Quelle place pour La Liberté guidant le peuple ?

Quand on expose les peintures du Louvre dans une ville, la question se pose des tableaux extrêmement célèbres. Où suspendre La Joconde de Léonard de Vinci ? Où exposer Le Radeau de le Méduse de Géricault ? Où trouver la place pour Les Noces de Cana de Véronèse ?

Pour ce qui est du chef d’oeuvre de Delacroix, La Liberté guidant le peuple, je vous laisse deviner. Si vous étiez décideur politique et médiateur culturel, où choisiriez-vous son emplacement ?

Comme je sais où il se trouve dans la ville du Vigan, je trouve la réponse évidente, mais elle ne l’est peut-être pas tant que ça. Une église ? Un centre culturel ? Un Hôtel de Ville ? Le local d’un parti révolutionnaire ? La permanence de la NUPES ? La chambre de commerce ?

À Munich en juin

À Munich, les gens sont calmes et souriants, ils font des efforts pour se montrer polis et gentils. Ils semblent nous dire : voyez comme nous sommes devenus sympas et décontractés, aimez-nous quoi.

À Munich, les musées sont grandioses mais les oeuvres sont exposées de manière un peu scolaire. Quand les conservateurs veulent faire preuve d’originalité, comme dans la Pinacothèque moderne en ce moment, c’est un peu lourdaud : ils classent des oeuvres non plus selon leur chronologie mais selon un point commun qu’elles partagent. Une salle d’autoportraits, une salle peintures où il y a une forêt, une salle de peintures où l’on voit un zizi, etc.

Alte Pinacothek, Munich

À Munich, les cafés sont cool comme en Amérique. Les restaurants turcs se sont embourgeoisés et l’on y dîne pour pour 66 euros à deux (pourboire compris).

À Munich les hôtels sont si chers qu’on ne peut loger qu’une nuit avec le coût d’une semaine dans une chambre d’hôtel de Montpellier.

Librairie française de Munich, trouvée par hasard au sortir du restaurant turc Ali Bey.

Allemagne et Italie

Un tableau d’un romantique allemand montre deux femmes amoureuses l’une de l’autre. Le sens politique souligne plutôt l’amitié entre les peuples mais le sage précaire y décèle une tension lesbienne. Le tableau date des années 1820 et il est très prude. L’une des deux femmes est timide, un peu froide. L’autre est plus libérée, plus passionnée, et cherche à séduire la première. Toutes deux sont habillées à la mode Renaissance italienne, genre quattrocento baba cool.

Le titre du tableau : Italia und Germania. Une façon pour le romantique allemand de dire que l’Allemagne et l’Italie sont deux nations soeurs, proches et attirées l’une par l’autre. Je souriais dans ce gros musée d’art classique, la Alte Pinakothek de Munich. Je peux me tromper, mais selon moi, la femme qui symbolise l’Allemagne est une jolie brune un peu réservée, un peu timide, et elle est sur le point de céder devant l’insistante passion de la fougueuse séductrice italienne.

Je me suis trompé. La lecture du cartel explique le contraire. Je mets en ligne une reproduction de l’image pour que vous vous fassiez votre opinion.

Mon interprétation : l’Italie insuffle à l’Allemagne la vie des sens et de la chair. L’Allemagne se tient prête à devenir la prochaine grande nation culturelle de l’Europe. Il y a eu la Renaissance italienne, et l’Allemagne romantique prend le relais.

Erreur, il fallait être moins compliqué : l’Allemagne est symbolisée par la jeune fille blonde et l’Italie par la jeune brune.

Le Musée du Louvre en voyage dans les Cévennes

Partenariat remarquable entre deux musées français : le Musée cévenol (Le Vigan, Occitanie) et le Musée du Louvre (Paris, Ile de France). 73 peintures sont reproduites et exposées un peu partout dans les communes de la région du Vigan.

Pourquoi dans cette région ? L’affiche qui présente l’événement l’explique par l’image. On voit sans le nommer (pourquoi d’ailleurs ?) l’écrivain viganais André Chamson qui fut l’un des principaux acteurs de la protection des oeuvres du Louvre lorsque les Allemands ont occupé la France. Avec d’autres conservateurs, il a emporté tout ce que Paris comptait de chefs d’oeuvres et est allé les cacher dans des châteaux et des demeures répartis sur les territoires, avant d’aller prendre le maquis.

Ce qui me plaît le plus dans cette exposition hors-les-murs, c’est la manière dont les tableaux s’intègre aux murs mêmes de la ville. Je suis particulièrement sensible aux murs décrépis, parfois délabrés, dont les couleurs offrent un étonnant prolongement aux teintes sublimes des maîtres italiens. Je ne sais dans quelle mesure les conservateurs qui ont mis ce projet en oeuvre ont pensé à cela, mais les réussites sont nombreuses et les contrastes pleins de richesse.

L’exposition devait se terminer en juin 2022. Chanceux que nous sommes, nous continuons d’en profiter un an plus tard. Peut-être les élus ont-ils décidé, devant la remarquable tenue des reproductions en dépit des intempéries, de laisser les peintures décorer nos villages jusqu’à la date de leur extinction naturelle. En tout cas, après deux ans d’exposition, elles sont toujours impeccables et resplendissantes. Gardons-les.

Les larmes dorées

Sur l’église du Vigan

Le Vigan se couvre de tableaux du Louvre en fac simile pour rendre hommage au héros local, André Chamson. L’écrivain avait caché les toiles du musée parisien avant que l’armée allemande ne s’empare de Paris et n’occupe la France.

Dans Le Vigan et dans les villages du pays viganais, les habitants et les promeneurs voient les œuvres orner les murs, les lieux de culte, les mairies, les centres culturels et les ruines.

Sur l’église du Vigan, le chef d’œuvre provençal du XVe siècle, la Pietà de Villeneuve-lès-Avignon. On ressent à la fois l’influence de l’Italie et celle des Flandres dans cette peinture sur bois. Un tableau long de deux mètres qui respire le calme et la violence des sentiments. Les visages sont roides et impassibles. Ce sont les draps qui pleurent.

Le musée des sciences, GUTech Mascate

Carte du monde d’Al Idrissi, orientée sud/nord, Sicile, 1154.

Quelle émotion de voir la grande carte du monde écrite en arabe, commandée par le roi normand Roger II de Sicile au XIIe siècle. Cela fait des années que j’utilise cette carte, ou des segments de cette carte, dans mes conférences et mes cours. Ici, au musée des sciences de l’université allemande de Mascate, une grande table présente un fac-similé de la mappe-monde créée par le géographe Al Idrissi. Émotion due notamment au fait qu’elle était si grande : je me l’étais confusément représentée comme un poster que l’on punaise sur un mur de chambre d’adolescent. En réalité elle mesure plusieurs mètres de long. Ses couleurs rehaussent l’intérêt que le voyageur lui porte : les mers et océans sont bleus, les fleuves rouges, les montagnes ocres.

Le bâtiment du musée, sur le campus de l’université allemande de Mascate

Et comme le montrent les pliures visibles sur cette image, la carte était contenue dans un livre. Au Moyen-âge, on ne dépliait pas cette carte, on la lisait région par région, agrémentée d’un texte d’Al Idrissi qui expliquait la géographie du monde à la manière d’un guide du routard, basé sur des informations récoltés auprès des voyageurs qui faisaient escale en Sicile. Roger II, roi d’origine normande (il est né près de Coutance, de la Maison de Hauteville), a voulu cette Géographie en langue arabe car au XIIe siècle c’était la langue de science et de culture la plus raffinée, la plus solide. Nul doute qu’à la cour de Roger, à Palerme, on parlait l’ancien français, l’arabe et d’autres dialectes méditerranéens.

Qu’on me laisse rêver sur la Sicile arabophone de mon compatriote Roger. En tant que Thouroude, je me sens toujours affilié à ces anciens Normands qui – tel Jean de Courcy à Belfast – sont partis de chez eux à l’aventure pour fonder des colonies aux quatre coins du monde connu. Mais je m’égare. Retour à Mascate, dans la toute jeune German University of Technology (GUTech).

L’animatrice qui m’a accompagné vers la sortie m’a dit que j’étais le « troisième visiteur » depuis l’ouverture du musée. Je ne suis pas sûr de cette information qui, de toute façon, n’a aucune importance. Toujours est-il que le jour où j’ai effectué cette visite au History of Sciences Centre, j’étais bien le seul. Deux jeunes femmes se sont relayées pour me faire visiter les huit sections du musée. C’est peu de le dire, on se sent bien pris en main dans ce musée. Une femme vous accueille en haut de l’escalier central pour dire ce que vous allez voir, une autre vous parle de mathématique, et la première vous reprend pour vous parler des étoiles. Que demander de mieux ?

Il y avait des disciplines que je connaissais : géométrie, algèbre, géographie, astronomie, optique. Et d’autres que je serais plus en peine de décrire, d’expliquer et même de nommer : la construction navale ? La manière dont les Omanais ont construit leurs bateaux. La cinétique ? Des trucs concernant le mouvement d’autres trucs. La statique ? Des trucs qui ne bougent pas mais qui sont mesurés et qui font bouger d’autres trucs à leur tour.

Dieu que j’aime les musées. Le sultanat d’Oman en compte trop peu, j’ose le dire. Quand on voit le nombre de boutiques qui ferment dans les Malls trop nombreux, on se dit que les Omanais aspirent à autre chose qu’au lèche-vitrine. Qu’on leur offre des lieux de promenade culturelle.

Bravo à GUTech pour cette belle réalisation dont j’espère qu’ils retireront tout le prestige qu’ils méritent. Et que cela inspire les autres universités du pays !

L’aqueduc : marcher dans les murs

Mes promenades dans la palmeraie. La course et la marche entre les champs et sur les chemins d’eau. Mon oasis est en effet traversé de voies et de circulations 

Non loin de ma maison, en s’enfonçant dans la palmeraie, une arche se trouve pratiquée dans un mur. Longtemps, en me promenant au hasard, je ne prêtais pas attention ni au mur ni à l’arche.

Longtemps, je me bornais à marcher, à admirer les nuances infinies de vert et, sans me presser excessivement, je gardais en tête l’idée de retrouver plus ou moins mon chemin. Ou au moins de me rendre, à force de zigzags rêveurs, sur un sol connu d’où je serais apte à rentrer chez moi.

Et puis à force, j’ai apprivoisé mon oasis. J’ai appris à me repérer et à observer plus en détail les constructions variées des paysans locaux.

Dans cette arche, par exemple, j’ai réalisé qu’il y avait un escalier et j’ai décidé de m’y aventurer.

J’ai toujours rêvé de parcourir l’intérieur des murs, alors même que je souffre de claustrophobie.

Ma première nouvelle publiée, dans les années 1990, parlait justement d’un musée d’art contemporain où les murs sont aménagés de telle sorte que l’on puisse y intégrer des haut-parleurs, des objets de toute sorte, voire y faire pénétrer les visiteurs. A l’époque de cette nouvelle, je venais d’être viré du musée de Lyon mais j’avais gardé un souvenir merveilleux de mon activité de conférencier précaire. Toujours est-il que mes personnages passaient de plus en plus de temps dans les murs. J’essayais de donner une tournure kafkaïenne à cette histoire, preuve s’il en est qu’on ne devrait jamais écrire après avoir été viré.

Ici, dans cet oasis omanais, ce gros mur de pierre avait certainement une autre fonction que celle de séparer des parcelles de culture. Cela devait être une frontière de quelque sorte. Encore plus excitant de s’y enfoncer.

En haut de l’escalier, une fenêtre permettait de sortir et une nouvelle rangée de marches m’attendaient sur la façade extérieure du mur.

En plus de la claustrophobie, je souffre pas mal du vertige, mais j’affrontais mes tremblements pour monter jusqu’en haut. Ce que j’y vis me récompensa au centuple du courage dont je fis preuve.

Sur l’arête du mur coulait une eau fraîche et abondante.

Le mur n’était pas une frontière mais un aqueduc qui acheminait l’eau de la montagne vers les fermes de l’autre côté de la vallée.

Le mur était en fait un énorme falaj de pierre, une irrigation millénaire.

Ce jour-là je n’avais pas de téléphone ni d’appareil pour prendre des photos. Celles qui illustrent ce billet ont été prises lors de promenades ultérieures, et c’est pour cela que la photo qui suit montre une eau paresseuse et maigre : l’eau des falaj est minutieusement répartie entre paysans et on voit rarement courir l’eau au même endroit à fréquence rapprochée.

 

J’ai ôté mes chaussures et ai trempé mes pieds dans l’eau tiède et rapide en regardant l’oasis de ce nouveau point de vue.

A moitié par sens de l’aventure, et à moitié par peur de descendre par le même escalier, je décidai de marcher dans l’eau pour voir où ce falaj des hauteurs pouvait bien mener.

Mais cela, je vous le dirai une autre fois.

Musée des Confluences, de l’intérieur

« Émile Guimet dans son musée », peinture de Jean Luigini, 1898.

C’est un étrange « muséum » que le Musée des Confluences. Je dis « muséum » car il me fait penser au British Museum de Londres, ou au World Museum de Liverpool, voire à l’Ulster Museum de Belfast. Comme dans ses homologues britanniques, on y trouve un peu de tout : des animaux empaillés, des carcasses de bêtes préhistoriques, des objets de curiosité, des ordinateurs, des reliques religieuses des pays lointains, des machines scientifiques, d’anciens observatoires, des manuscrits asiatiques, des souvenirs de voyage, de vieux téléphones, un minitel et des récits de l’origine du monde. On dit que c’est un musée de la science.

Ce qui est émouvant (car un musée se doit d’être émouvant)

Camarasaurus, photo Wikipedia

c’est qu’il accueille et met en valeur plusieurs collections qui dormaient dans la bonne ville de Lyon.

D’abord le fameux Emile Guimet, qui a donné son nom au Musée Guimet de Paris. Vous voyez, vous y êtes allés, c’est près du Trocadéro, métro Iéna : collection magnifique d’art asiatique, due en grande partie aux pillages de l’époque coloniale. Eh bien Emile Guimet (1836-1918) était lyonnais, il était industriel, artiste, musicien et voyageur. Il a conduit plusieurs missions en Asie, et a rapporté des dizaine de milliers d’objets. Il a tout donné à la nation. Un premier musée a d’abord été fondé à Lyon, puis une réplique a été créé à Paris pour devenir ce que l’on sait. Le Musée Guimet de Lyon était consacré à l’histoire naturelle. Les gens de mon âge s’en souviennent, c’était vieux et poussiéreux, les planchers grinçaient, les cartels étaient écrits à la main. On y admirait le mammouth de Choulan, ce n’était pas rien. Quel dommage de l’avoir fermé, c’était un témoignage hors du commun de l’esprit scientifique du XIXe siècle.

Aujourd’hui, le musée flambant neuf propose un nouvel écrin, évidemment très spectaculaire. Un espace gigantesque consacré à la vie et l’oeuvre d’Emile Guimet, un lieu où je me dois, pour des raisons professionnelles, de retourner et dont je vais m’imprégner. S’il ne s’agit pas d’une exposition temporaire. Et d’autres salles en enfilade qui mettent en espace les collections d’histoire naturelle.

Clin d’oeil ethnocentrique et colonialiste : une tunique d’autochtone du Nouveau Monde dans la même vitrine que des mammifères d’Amérique !

Voilà, je ne vais pas faire le détail de tout ce qu’on peut y voir. Tout est contestable dans ce musée, depuis l’enveloppe jusqu’au moindre recoin, mais cela reste une promenade fascinante, un spectacle hors norme dans un quartier forcément magique.