L’université de Johannesburg qui m’avait sélectionné pour passer un entretien a finalement donné une réponse négative. Je n’enseignerai pas dans l’institution d’Achille Mbembe, au pays d’André Brink.
Autour de moi, on me dit qu’il faut leur écrire pour demander des précisions, les raisons de leur refus. Moi, je traîne un peu des pieds pour faire cela. Il me semble qu’on sait toujours pourquoi les gens vous refusent : parce qu’ils ont quelqu’un de mieux. Et en l’occurrence, dans une institution qui doit absolument faire émerger une élite d’origine africaine, un docteur black est un meilleur profil que celui du sage précaire, tout minoritaire qu’il soit au fond de lui-même.
(D’ailleurs, sur le dossier de candidature, à la première question posée, celle de la race, j’avais coché la case « coloured« , tellement je me sens peu « white » et majoritaire. Et à la case du genre, je refuse toujours de répondre, tellement je me sens peu « homme » et phallocrate.)
Je leur ai quand même écrit et, après un temps assez long, reçu la réponse attendue : « Votre cv était très impressionnant, et vous fûtes l’un des candidats les plus exceptionnels de notre sélection, le choix a été extrêmement difficile à faire, mais un autre candidat possède des qualités plus en adéquation avec notre stratégie, etc. »
Que pouvaient-ils dire d’autre ?
La mort dans l’âme je suis allé me changer les idées entre les bras d’une superbe créature, et au retour d’un déplacement onéreux, je reçois un mail d’une université d’Oman. J’avais postulé dans leur département de français en même temps que dans celui de Johannesburg.
Sélectionné à nouveau pour passer un entretien sur Skype, j’évite cette fois d’utiliser mes ordinateurs et me rends de bon matin chez une autre superbe créature pour passer l’entretien chez elle, sur sa machine.
Sur son invitation, évidemment ! Un sage précaire ne frappe pas à la porte d’une dame, aussi exquise soit-elle, à l’improviste et par surprise. Il faisait cela quand il était étudiant, mais il a mûri depuis.
J’apporte les viennoiserie pour le petit-déjeuner et prends mon amie au saut du lit. Ses jolis pieds nus me conduisent vers la tablette où elle s’est assurée que Skype fonctionnait bien. L’entretien se passe un peu mieux que pour l’Afrique du sud, les questions étant toujours un peu les mêmes. C’est peut-être la présence des femmes qui me porte chance. Peut-être devrais-je toujours me tenir en présence d’une femme.
J’attends toujours la réponse d’Oman. Avec mon profil exceptionnel et les lacunes propres au sage précaire ; en l’espèce, pour le sultanat, celle de n’être pas musulman.







