La progression annuelle de ce blog

La Précarité du sage existe depuis 2005 mais il a dû changer d’adresse en 2019 car le journal Le Monde ne voulait plus héberger de blogs. Un changement d’adresse est une catastrophe pour un blog car la plupart des lecteurs suivent leurs habitudes avec des adresses pré-enregistrées. Quand un lecteur ne voit plus apparaître votre blog sur son ordinateur ou son téléphone, il l’ignore et l’oublie aussi sec. La plupart des gens ne cherchent pas à retrouver la trace de votre blog si celui-ci ne profite d’aucune publicité.

Il est donc normal de voir une ascension drastique dans les statistiques depuis 2019. L’année 2023 n’est pas encore terminée mais on voit qu’elle a déjà realisé une augmentation suffisante pour soutenir une croissance à deux chiffres. On pourrait s’arrêter là et reprendre notre activité de blogueur en janvier 2024, avec comme nouvel objectif 18 000 visites et 10 000 visiteurs.

Der Blaue Reiter, le livre

L’Almanach de 1912, dirigé par Kandinsky et Marc

Gardons à l’esprit que le mouvement Der Blaue Reiter est avant tout un projet éditorial. J’ai été très impressionné par ce fait dans l’exposition que j’ai visitée au musée Lenbachhaus, à Munich. Der Blaue Reiter est un livre avant d’être une exposition. Une revue savante qui sert de machine de guerre pour soutenir et accompagner les productions et diffusions des oeuvres d’art.

Les auteurs des articles de cette publication sont les artistes eux-mêmes, qui ne parlent pas de leurs propres œuvres mais de celles de leurs collègues. C’est ce que la sagesse précaire ne sait pas faire, par un mélange de paresse et de vieille morale, se mettre en situation collective pour que chacun fasse la publicité de l’autre. Moi, je découvre que La précarité du sage est cité ou mentionné à droite à gauche sans avoir été averti, ce qui est flatteur mais ne permet pas de faire système.

Peinture d’art populaire en illustration de l’Almanach Der Blaue Reiter.

Les images choisies pour illustrer cet Almanach (il n’y a eu que deux numéros du fait que le mouvement s’est dissout à l’occasion de la guerre de 1914) sont une belle surprise. Quelques dessins et peintures de nos chers Munichois, autant d’œuvres de grands artistes français perçus comme les parrains de l’entreprise (surtout Delaunay et Matisse), et une majorité d’images venues d’ailleurs.

Des photos de sculptures médiévales, beaucoup de Moyen-âge, des masques asiatiques, des décorations arabes, un peu d’antiquités égyptienne et gréco-romaine, et une forte présence d’art naïf. Art brut, art populaire, dessins d’enfants et de fous. Les expressionnistes trempaient leur imaginaire dans ce que la technologie moderne permettait de mettre à disposition du spectateur occidental curieux.

Quatrième de couverture, où l’on reconnaît la signature de Kandinsky.

Le ménage à trois des artistes munichois

Franz Marc, Deux femmes sur la montagne, 1908

Les deux femmes représentées sur cette esquisse faite à Munich ne sont pas choisies au hasard. Le peintre était amoureux d’elles, elles l’amaient en retour, et les trois connaissaient les sentiments de tous. Ils se sont mariés l’un avec l’autre, à tour de rôle. Ils formaient un trio amoureux et créatif qui n’étaient pas complètement étranger aux mœurs des Européens progressistes de la belle époque.

Les deux femmes étaient plus âgées que l’homme et cela ne dérangeait personne. Maria avait quatre ans de plus que Franz mais ils ne pouvaient pas se marier car Franz était déjà marié à Marie Schnür, de treize ans son aînée. Cette dernière avait déjà un enfant qu’elle avait eu à Paris, fruit de la vie de Bohème des jeunes Européens.

C’est peut-être pour adopter cet enfant conçu à Paris que Franz se maria avec Maria. On ne sait rien de cela car il ne reste pas grand chose de cette relation.

Les trois protagonistes de cette histoire étaient peintres et très influencés par les impressionnistes qui révolutionnaient l’art depuis trente ans en France. Ils cherchaient la bonne recette pour vivre en adéquation avec leur spiritualité, la modernité, les problèmes et les désirs de leur temps. Quand ils ne peignaient pas, ils montaient des coopératives socialistes, quand ils ne se caressaient pas en pleine nature, ils créaient des collectifs d’artistes tels que le Blaue Reiter à Munich.

Marie Schnür, Maria Marc et Franz Marc, en détente relative pendant l’été 1906.

Ce monde d’espoir, de crises et de créativité était précaire. La guerre de 14-18 approchait et Franz n’a rien fait pour l’éviter. Il est mort en soldat sur le sol français dont il a tellement aimé la culture d’avant-garde. Dans ses carnets de tranchée, des dizaines de chefs d’œuvres griffonnés, dans lesquels transparait la passion de Franz pour l’art, et ses tentatives inlassables de comprendre le monde par des mouvements de crayon.

Sa deuxième épouse, Maria Franck, a survécu dans ce village de Bavière où ils expérimentaient l’amour libre et naturiste, pour s’éteindre à près de 80 ans.

Sa première épouse en revanche, Marie Schnür, on ne sait pas ce qu’elle est devenue, et on a perdu toute trace de son enfant. Apparemment, elle a mal vécu ce « ménage à trois », et elle semble avoir mis un terme à sa carrière artistique peu après la guerre. Je pense, pour ma part, qu’elle a changé de nom et d’identité. Comme elle vient d’une famille riche et protestante de Cobourg, sa vie dissolue faisait mauvais genre et il fallait tout dissimuler pour espérer une fin de vie respectable. Si elle était morte avec cette identité connue de Marie Schnür, les historiens auraient retracer la trame de son existence.

Franz Marc, Nu avec chat, 1910

Le Cavalier bleu : enfin une école artistique de Munich

Alléluia, après d’âpres recherches, j’ai enfin trouvé les artistes qui peuvent incarner le génie de Munich, au même titre que les « actionnistes » incarnent Vienne, les « cubistes » Montparnasse, ou « Support-Surface » Nice.

Der Blaue Reiter est le nom du groupe fondé dans les années 1910 par des peintres devenus célèbres qui étouffaient dans l’académisme bourgeois de la capitale de la Bavière.

Franz Marc, Vassili Kandinsky, Maria Marc, Auguste Macke et compagnie, ont trouvé là le lieu de création où ils pouvaient laisser libre cours à leurs recherches, inspirés par les avant-garde de Paris.

V. Kandinsky, Maisons de Munich, 1908

Vous ne saviez pas que l’immense Kandinsky était de Munich ? Vous aviez tendance à l’associer à Moscou, à Berlin et à Paris ? Moi aussi, mais c’est ainsi, il vivait et enseignait la peinture à Munich dès le tournant du siècle. Il a acquis la nationalité allemande et c’est en Bavière qu’il a fondé et animé Der Blaue Reiter, ce collectif d’artistes que le sage précaire a connu adolescent quand il s’intéressait à l’expressionnisme.

Lenbachhaus, l’un des plus beaux musées de Munich, octobre 2023.

On peut voyager dans les oeuvres de ce collectif dans le beau musée Lenbachhaus, non loin des grandes « Pinacothèques » qui font le bonheur des amateurs d’art.

Le fameux Cheval bleu de Franz Marc au milieu de plusieurs toiles du Blaue Reiter.

Lenbachhaus est une belle maison de maître de la belle époque, appartenant à un peintre influent du début du siècle. Aujourd’hui on s’y promène et on y contemple des tableaux de l’expressionnisme vibrant de la scène munichoise.

Le mépris au cœur de l’expérience humaine

La vie et l’œuvre de Golda Meir sont remarquables, comme le démontre ce documentaire radiophonique. Mais ce qui est aussi clairement mis en lumière, c’est son indifférence pour la population arabe vivant là, en Palestine. Pour elle, ils n’existent pas plus que des nuisibles.

On retrouve aujourd’hui chez certains Français et Israéliens cette attitude mentale. Les Palestiniens n’existent pas, il n’y a pas de peuple palestinien, leur souffrance est une donnée historique négligeable. Il suffit de regarder les émissions de télévision financées par l’homme d’affaire Bollorée, qui ambitionne d’unifier la droite et l’extrême-droite. Leurs émissions depuis l’attque du Hamas du 7 octobre 2023 sont un excellent révélateur de ce qu’est, aujourd’hui, l’extrême-droite : considérer les chrétiens et les juifs comme des êtres humains en danger, les arabes musulmans comme des sous hommes, des barbares.

En face, les mouvements de défense pour la Palestine ne donnent pas très envie non plus. On voit des mouvements de foule, des cris, des chants de haine contre Israël qui font mal au cœur. Mépris contre mépris.

Crier Allahou akbar dans les rues de Paris et de Londres, très peu pour moi. Amoureux de la culture arabe et amoureux de l’islam, je ne reconnais pas ce que j’aime dans ces manifestations.

Le pire pour moi est de voir ces amis qui mettent en scène leurs enfants, ici en Europe, et les filment en train de crier des paroles de rejet d’Israël. Un pauvre petit récite sa leçon : « aujourd’hui c’est mon anniversaire mais je ne le fêterai pas parce que des enfants meurent à Gaza. » Les enfants, la sagesse précaire ne s’en soucie guère, mais quel type d’adulte cela va-t-il produire ?

L’éternel mépris pour l’autre semble être au cœur du cerveau d’Homo sapiens. Il doit être indispensable à sa faculté extraordinaire pour l’usage de la violence et sa soif de pouvoir. L’homme nous déçoit. Pas seulement les pro-israéliens et les pro-palestiniens, mais l’espèce humaine dans son ensemble.

Qu’il ne faut jamais écouter ceux qui ont réussi

Demander à ceux qui sont devenus célèbres comment faire pour devenir célèbre, ils vous disent toujours les mêmes et vous donnent des conseils désastreux : il faut croire en ses rêves même si ces rêves sont communs, il faut toujours y croire, il faut quitter l’école car on n’y apprend rien. « Le secret, dit un fameux basketteur, c’est de ne pas avoir de plan B ».

Cela est désastreux car il n’y a pas de place pour tous ceux qui en veulent. Prenez le football et tous les sports professionnels. On sait combien de personnes peuvent accéder au haut niveau. On sait donc que l’immense majorité de ceux qui tentent leur chance ont échoué ou vont échouer.

Ceux qui ont reussi ont une tendance naturelle à penser qu’ils l’ont mérité, que la chance et le hasard n’y sont pour rien, et donc ils disent des inepties fondées sur le fait qu’eux ont réussi sans avoir plus talent que d’autres, ni sans avoir travaillé davantage. Ils occultent le facteur chance dans la réussite car ils l’ignorent, et ils l’ignorent car justement l’argent leur est tombé dessus.

Même les joueurs de casino et les rares gagnants du Loto finissent par trouver qu’ils méritent leurs gains.

Il est donc impératif de suivre les conseils des losers et de la sagesse précaire. Jeunes gens qui rêvez d’être une star, jous n’y parviendrez pas, alors prévoyez tout de suite un plan B. Travaillez votre musique, votre football et vos vidéos Tik-Tok. Travaillez mais ne croyez pas en vos rêves. Vos rêves sont cons comme la lune. Travaillez et si vous avez de la chance, alors peut-être recevrez-vous quelques gratifications.

Mais n’oubliez jamais que, statistiquement, vous n’avez aucune chance de réussir.

Mes amis migrants

Mon ami H. se trouve donc sur le sol européen depuis fin août et nous ne savons toujours pas ce qu’il compte faire. Il est vraisemblable que lui-même ne le sache pas.

Il a voulu venir chez nous mais la police aux frontières le repérait et le renvoyait en Italie. Il ne se sépare pas de son camarade d’émigration, ils sont donc toujours deux. Cela est préférable quand ils doivent dormir dans les gares et leurs abords. Ils y rencontrent d’autres migrants plus ou moins illégaux.

Un soir d’octobre, il est finalement apparu dans notre ville de Bavière. Amaigri et blessé, il avait besoin de repos et de reprendre des forces.

Après quelques jours chez nous, il s’est rendu avec un Tunisien clandestin qui se trouvait à Munich depuis un an, dans un centre d’accueil de réfugiés. Il semblerait qu’à cette minute il ait un lit dans une chambre ou un dortoir.

Je me demande vraiment ce que H. espère devenir ici. Je me projette en lui car moi aussi à son âge je me baladais sur la planète. Je ne peux m’empêcher de considérer H. comme un voyageur plutôt qu’un réfugié ou un exilé. Un Tunisien, un Algérien ou un Marocain, aujourd’hui, ne fuit ni la guerre ni la misère. Il fuit la frustration générée en Afrique par les réseaux, par la famille et par les touristes. Il vit sa jeunesse en prenant des risques et tente sa chance au pays des opportunités sans savoir ce que la vie lui apportera.

Mais qui vient de Munich ?

Depuis le temps que je fréquente la capitale de la Bavière, je me régale en tous points mais je rentre toujours bredouille de la même chasse à laquelle je pars à chaque fois que j’appréhende une nouvelle terre.

Quels écrivains, quels penseurs, quels artistes ont été enfantés par cette ville, cette région ?

Je cherche, je pose des questions à mes amis, et pour l’instant je n’ai rien, à part Dürer à Nuremberg.

Je demande où est le James Joyce de Munich mais je ne reçois pas de réponse. Je lis Thomas Mann, mais il a seulement vécu à Munich, il n’en est pas originaire, et il a émigré en Amérique avant la guerre, du coup ses grands romans ne sont pas vraiment munichois me semble-t-il.

Je m’aperçois que tout ce que ‘j’admire de la culture germanique vient du nord de l’Allemagne et de l’Autriche. C’est comme si la catholique Munich avait toujours été inhibée par ses énormes voisins : les catholiques viennois et les protestants prussiens.

Ceci n’est que le début d’une enquête ouverte et participative.

À qui profite le crime ? Nouvel argument de l’extrême-droite israélienne

Alors que La bande de Gaza est soumis à des bombardements inhumains perpétrés par l’armée israélienne, un hôpital palstinien vient d’être pris pour cible, faisant des centaines de morts.

Nous assistons sans surprise à la montée aux extrêmes voulue par le groupe fanatique Hamas et par l’extrême-droite droite au pouvoir en Israël. Les uns commes les autres en appellent au chaos et à la déflagration la plus totale, raison pour laquelle aucun des deux ne méritent le soutien de la sagesse précaire.

Ce qui est nouveau dans ce tragique événement, c’est l’argument massu des pro-israéliens ultras : à qui profite ce crime ? Cela ne peut pas être le fait d’Israël car ce n’est pas dans son intérêt d’être perçu comme un affreux tortionnaire. C’est donc un coup des Palestiniens terroristes qui sont prèts à tout comme chacun sait.

Magnifique argument qui peut d’ores et déjà être recyclé par tous les musulmans du monde à chaque attentat commis par un abruti. Chaque fois qu’un professeur est assassiné au nom d’Allah, interrogez les musulmans autour de vous : quel intérêt avez-vous à voir des profs assassinés ? En quoi ces meurtres vous favorisent-ils ?

Comme ces forfaits rendent la vie des musulmans moins sereine et moins sûre, alors les mouvements djihadistes doivent être pilotés et financés par des gens qui ont l’islam en haine.

Élections législatives en Bavière

Le 8 octobre dernier, les Bavarois étaient appelés aux urnes pour élire leurs représentants au parlement de cet État fédéral.

Résultats : la droite l’emporte haut la main et reste au sommet de la Bavière comme elle l’est depuis 60 ans. Les verts et l’extrême-droite font une percée, et la gauche est inaudible.

Le mode de scrutin est assez difficile à suivre. Les gens votent deux fois, mais les deux fois comptent pour le même député. Il y a une sorte de scrutin uninominal et un scrutin à la proportionnelle, et l’un pondère l’autre. Pour ceux qui ne sont pas convaincus par mes explications, voici les paroles diaphanes d’une encyopédie en ligne :

Dans le cas où un parti obtient plus de mandats au scrutin uninominal que la proportionnelle ne lui en attribue, il conserve ces mandats supplémentaires et la taille du Landtag est augmentée par des mandats complémentaires distribués aux autres partis pour rétablir une composition proportionnelle au total des voix.

Wikipedia, article « Élections régionales de 2023 en Bavière ».

Si vous ne trouvez pas cela assez intelligible, n’accusez pas La Précarité du sage, qui n’y peut mais. N’accusez personne, d’ailleurs, les Bavarois ne sont pas responsables de votre niveau d’intelligence politique.