Droite/Gauche et Catholiques/Protestants

Dans les conversations politiques, on reconnaît les gens de droite à leur habitude de dire qu’ils ne sont ni de droite ni de gauche. Ce sont seulement les gens de gauche qui disent d’où ils parlent. Ceux qui osent dire qu’ils sont de droite, sont en réalité d’extrême droite, c’est-à-dire clairement réactionnaires, sans complexe, pour l’inégalité entre les hommes, entre les hommes et les femmes, entre les classes sociales. Quand le sarkozysme a lancé l’idée de « droite décomplexée », cela voulait dire qu’on avait le droit d’être un peu raciste, le droit de se réjouir d’un système inégalitaire.

Moi qui suis de gauche mais qui accepte volontiers d’être vu comme un mec de droite, je discute toujours plus calmement avec les gens qui se disent clairement de droite. J’ai connu des fascistes, qui s’affichaient comme tels, et avec eux la discussion est possible. Avec les autres, ceux qui disent “ni droite ni gauche”, les choses sont plus tendues car ils prennent ces dénominations comme des violences à leur égard.

Je ressens la même chose avec l’opposition catholique/ protestant en Irlande du nord. Ceux qui disent s’en désintéresser et considérer que tout cela n’a plus de sens, ont plus de chance d’appartenir à la majorité pro-britannique. Les catholiques penchent presque naturellement vers l’opinion républicaine que, non, l’histoire n’est pas terminée et qu’il y a encore du chemin à faire avant la réunification de l’île. J’ai entendu plusieurs fois cette remarque lourde de sens, à propos de ceux qui disent vouloir se distancier de l’opposition : “Ils sont ambivalents”. Un peu comme les gauchistes qui traitaient les sociaux-démocrates de sociaux-traitres.

Je perçois donc un déséquilibre à l’intérieur même des oppositions binaires.

Le livre et son marché

Les gens n’ont jamais autant lu. Et pourtant le livre est devenu un bien d’une grande fragilité commerciale.

Le monde du livre connaît une grave crise. La raison principale en est que les gens lisent peu de livres. Certains lisaient beaucoup et ne lisent plus. Certains n’ont jamais lu. Certains préfèrent lire sur internet et n’ouvrent plus de livres. Beaucoup de ceux qui ont lu des livres n’ont plus la patience d’en lire un jusqu’au bout. De plus le pouvoir d’achat des Français moyens baisse et les livres coûtent cher.

Sur un pays de 65 millions d’habitants, le marché du livre concerne quelques millions de consommateurs au maximum, qui achètent parfois un livre. La plupart des livres ne se vendent donc pas, même ceux qui se trouvent en vente dans les librairies.

Un éditeur considère comme un succès un livre qui se vend à plus de 5 000 exemplaires. Un triomphe, c’est 100 000 exemplaires. Quand on parle d’un million de ventes, c’est qu’on a déjà dépassé les frontières du pays et que le livre a été traduit en plusieurs langues, qu’il est désormais sur un marché de plusieurs milliards de consommateurs. C’est rarissime car il faut pour cela séduire le public anglo-saxon qui n’aime pas beaucoup les traductions.

La plupart des romans sont donc vendus à quelques exemplaires. Presque rien. La moyenne du lectorat tend vers 0.

Sauvegarder l’orme champêtre

Ulmus minor & Renault Kangoo, août 2022

En lisière du Parc des Châtaigniers un bel orme champêtre déploie ses ramures. À ma connaissance, c’est le seul du parc, et peut-être de la ville. Les poètes et écrivains du XIXe connaissaient bien les ormes, car sur les bords de route, ils atteignaient facilement 35 à 40 mètres de haut, et fournissaient une ombre large et fraîche.

Or la mairie prévoit de le couper dans le cadre de travaux d’aménagements urbains. Le plan est de mettre à la place des stationnements pour les voitures.

Feuillage de l’orme champêtre

Nous projetons de militer pour sauver cet arbre car les ormes ont été décimés par une maladie grave appelée la graphiose, due à un champignon microscopique.

1920 : première épidémie.

1960 : deuxième épidémie plus dévastatrice.

1972 : Naissance du sage précaire et disparition des ormes d’Angleterre. Les deux événements ne sont pas nécessairement reliés.

1977 : Disparition définitive des 22 000 ormes de la ville de Paris.

Source : le site « Jardins de France« .

Il faudrait sauvegarder cet orme pour lui laisser la chance de vieillir et de grandir. Mais il faudrait le sauvegarder pour faire de l’ombre aux voitures aussi !

Notre action citoyenne n’aura pas pour but d’opposer les voitures et les arbres, les citadins et les amoureux de la nature. Au contraire, notre but sera de démontrer qu’on peut améliorer la vie de tout le monde en faisant moins d’efforts. Laissez donc cet orme tranquille et il vous rendra des services insoupçonnés.

Comment j’ai perdu mon emploi en Mandchourie

Pour fêter la nouvelle année, les Chinois de l’université Mandchou où je travaillais m’ont fait le cadeau de me licencier. Vive la Chine. Vive l’année du Tigre.

La raison de mon licenciement est très floue car l’administration ne m’a pas prévenu de problèmes liés à mon travail. J’avais été recruté principalement pour servir de locomotive dans le domaine de la recherche, et j’ai parfaitement rempli ce rôle. Le chef de département m’a félicité publiquement, en pleine réunion d’équipe, du nombre et de la qualité de mes publications affiliées à l’université.

En tant qu’enseignant, je n’ai pas à me plaindre non plus puisque les étudiants m’ont envoyé des traces écrites qui prouvaient qu’ils m’appréciaient, mes cours ont été observés plusieurs fois et il a fallu que je coure derrière les retours d’observation : il en ressort que mon approche pédagogique a été reconnue par mes pairs. Je n’ai en tout cas reçu aucune plainte. Quand il y avait des ajustements à effectuer, je les effectuais.

Finalement, la DRH de l’université m’a donné une raison qui vaut ce qu’elle vaut : j’ai diffusé une vidéo un jour dans laquelle figurait, parmi des dizaines de drapeaux, le drapeau de Taiwan.

La dame se borne à ce laconique commentaire : « Il n’y a qu’une Chine. »

Après avoir rappelé un message, elle conclut : « C’est un sujet très sensible. Vous pouvez garder cela à l’esprit. »

Les vieilles tomettes recyclées

Nous avons coulé une chape de béton sur l’ensemble de la pièce de vie de notre appartement. Avant cela, nous avons dû dégager l’ancien sol qui recouvrait plusieurs pièces séparées par des cloisons que nous avons abattues. Un seul grand espace était ainsi créé mais avec des sols différents, faits et refaits à des époques différentes, à des hauteurs différentes. Il fallait tout unifier.

Nous avons donc porté des tonnes de gravats dans des sacs, à la main, de la maison à la voiture, puis de la voiture à la déchèterie. Je peux vous dire que ce fut un bel exercice sportif. Les escaliers, notamment, qui mènent de notre terrasse au rez-de-chaussée où se trouve la voiture, a remplacé avantageusement mon abonnement à la salle de sport.

Avant ce gros oeuvre de dégagement, nous avons sauvegardé quelques centaines de tomettes qui étaient encore complètes et bien conservées.

Lire sur le même sujet : Mes anciennes tomettes

La Précarité du sage, 19 août 2022.

Ces tomettes ont baigné dans des seaux et des caisses en bois pendant quelques mois et Hajer a eu la riche idée de les sortir de leur retraite pour leur donner une nouvelle vie.

Elles formeront donc une bande à l’entrée de notre appartement. Une sorte de couloir symbolique qui fera office de hall d’entrée. Comme le reste de la pièce de vie sera en parquet de bois, il était judicieux, en prévision des jours de pluie et d’épisode cévenol, d’avoir un premier espace carrelé en terre cuite.

À l’heure où j’écris ces ligne, nous n’avons pas terminé le travail. Hajer n’a pas terminé, car c’est elle la maçonne en chef, même si je m’y suis mis moi aussi, sous sa direction.

Mes tomettes anciennes

Les anciennes tomettes de ma maison, sous la pluie, hiver 2022.

Mon épouse les appelle les « pommettes ». Je trouve cela tellement adorable que je ne la corrige pas.

Quand on a acheté l’appartement, il était dans son jus des années 1950, avec des sols qui, pour certains, dataient de la construction de la maison, il y a un gros siècle. Les tomettes du salon étaient de ceux-là, sur un sol loin d’être plat.

Les tomettes sont artisanales, évidemment, on ne peut en douter quand on voit leur manque de régularité. Elles sont signées dans une cartouche circulaire : « J.B. Saunier, Orange, Vaucluse ».

Le fabricant de tomettes porte le même nom qu’un célèbre ébéniste du XVIIe siècle, dommage que je n’aie pas hérité de quelques meubles de ce dernier, ils valent des millions d’euros.

Une rapide recherche sur mon fabricant de tomettes, habitant dans le Vaucluse, me conduit sur une étude de fouille archéologique menée sur un site d’Orange. Une annexe de cette étude parle des terres cuites contemporaines trouvées sur le site et voici ce que je lis :

La fabrique de l’Arène, créée en 1846 et l’une des plus importantes de la ville utilise l’argile du quartier Mourre-Rouge, produit des tomettes et des carreaux mosaïques. Inondée et partiellement détruite par la crue de novembre 1853, elle est rachetée l’année suivante par le marseillais Jean-Baptiste Saunier, né en 1817. La fabrique cesse son activité en 1906

Anais Roumégou (dir.), Oange Avenue des Thermes, Rapport final d’opération, 2013, p. 124.

Mes tomettes datent donc du XIXe siècle, voire du tout début du XXe siècle. Cela permet peut-être de dater la construction de ma maison, pour le coup. Quand je dis qu’elle a un gros siècle, je ne crois pas si bien dire, elle en a un très gros dans les jambes, et vient probablement du XIXe siècle.

Que faire en temps de guerre ?

Des milliards et des milliards sont engloutis dans la guerre absurde que la Russie mène en Ukraine. Pendant ce temps, d’autres guerres sont toujours en cours, ailleurs, dans l’indifférence étrange de nos consciences troublées. Le Yémen est toujours le théâtre d’un conflit indirect entre l’Arabie saoudite et l’Iran. Le Myanmar est pris dans une guerre civile sanglante.

C’est Antonin Potoski qui m’a informé de ce conflit au Myanmar. Je n’étais au courant de rien. Nous marchions dans une montagne des Cévennes et il me disait qu’il ne pouvait pas retourner dans ce pays qu’il affectionne, non plus qu’au Bangladesh voisin, à cause des violences d’une armée déchaînée contre la population dans son ensemble. Si j’en crois Potoski, il n’y a plus de problème majeur avec les musulmans Rohingya car ces derniers sont tous réfugiés de l’autre côté de la frontière, mais c’est dans le pays tout entier que la violence accable toutes les strates d’une population qui se révolte contre l’armée au pouvoir.

Le sage précaire ne dit rien sur la guerre en cours entre la Russie et l’Ukraine. Il n’en dit rien car il sait combien les temps de guerre sont des temps de propagande, de batailles d’images et de manipulations des masses. Le sage précaire est incapable de se faire une idée de ce qui se passe en Ukraine.

La guerre à laquelle le sage précaire se prépare est la guerre des guerres, celle qui verra se confronter la Chine et les États-Unis. J’en parlais déjà en 2007, quand je vivais ma dernière année en Chine.

Rapide rappel du danger à venir

Chines, Octobre 2007

Il me paraissait évident il y a quinze ans que la Chine serait le prochain centre de gravité des prochaines déflagrations.

Lire sur le même sujet, Je vous promets la guerre

La Précarité du sage, 5 février 2009

Alors que faire en temps de guerre ? Je sens que le sage précaire va encore être très décevant. La seule chose qu’il peut préconiser, c’est de déserter les villes, les emplois, les responsabilités, et de cultiver son jardin.

Pourquoi croyez-vous que j’ai acheté un terrain avec une source non loin du terrain de mon frère ? Parce que je suis obsédé par la guerre et le cataclysme depuis ma plus tendre enfance. Parce que je pense tous les jours au moment où il faudra fuir et se cacher.

Trouver des solutions minuscules pour avoir de l’eau, de la terre, du soleil, et faire de sa vie un manuel de survie. La sagesse précaire est-elle une branche pourrie du survivalisme ? Le sage précaire va-t-il finir par s’armer dans des bunkers cévenols comme un vulgaire trumpiste qui attend la fin du monde ?

Oh mon Dieu, comme tout cela est glaçant.

Non, j’espère ne pas tomber dans ces extrémités, mais vivre caché avec femme et amis dans un jardin entouré de ronces, afin de soutirer du bonheur égoïste, épicurien, à un monde devenu invivable.

Lettre ouverte à la commission des promotions académiques

  • Commission des Promotions académiques
  • Faculté des Lettres et des Sciences
  • Université de Nizwa
  • Sultanat d’Oman

Chers amis,

J’ai bien reçu votre lettre de rejet de ma candidature. J’accepte avec joie votre décision, non sans vouloir soulever quelques questions. Je lis dans votre lettre de rejet :

La clause 3.1 (B1) stipule que pour être promus au grade de professeur associé, les candidats doivent faire valoir de la publication d’au moins six articles dans des revues à comité de lecture.

Lettre de la commission

Ceci est incorrect selon la réglementation en cours. Je l’ai lue en détail avant de postuler à cette promotion et j’ai eu la confirmation par le chef de comité que je cochais toutes les cases, et que ma candidature était recevable. S’il existe un autre ensemble de règles comprenant cette clause de six articles de revue, assurez-vous qu’il soit correctement diffusé et assurez-vous également que la réglementation en cours soit supprimée pour éviter les confusions.

Mais je n’en dirai pas plus sur la réglementation puisque vous connaissez le problème qui a été maintes fois évoqué en commissions et en réunions de faculté. Je voudrais vous faire part d’une autre préoccupation qui touche la qualité de la recherche au sein de notre faculté.

Vous avez rejeté ma candidature sur la base d’une perception problématique de ce que sont les livres de recherche. Outre mes articles publiés dans des revues, que vous avez appréciés comme parfaitement recevables, vous avez qualifié les livres dont je suis l’auteur comme « non éligibles » pour postuler au rang de professeur associé. Même chose pour les livres que j’ai dirigés. Même chose pour les numéros de revue que j’ai dirigés.

C’est là que je pense pouvoir aider, compte tenu de mon expérience dans l’administration de la recherche. Dans les humanités (littérature, langues étrangères, histoire, philosophie, études religieuses, etc.), les monographies sont des signes majeurs de réussite universitaire. Comme vous êtes de formation scientifique, je vais tâcher de vous donner un exemple équivalent dans votre champ de recherche. Rejeter mon livre publié aux presses de l’Université Paris-Sorbonne, comme vous l’avez fait, c’est un peu comme rejeter des articles de vos collègues physiciens publiés dans des revues scientifiques prestigieuses comme Nature ou The Lancet. Vous n’en croiriez pas vos yeux si cela arrivait, et vous penseriez que c’est une plaisanterie. J’ai pensé la même chose quand j’ai lu votre lettre.

Notre faculté s’appelle College of Arts & Sciences, mais il semble que les lettres et les arts soient quelque peu négligés par des dirigeants qui se sont distingués dans les sciences expérimentales. J’espère donc que vous ne le prendrez pas en mauvaise part si je me permets d’informer et, si Dieu le veut, de contribuer modestement à éclairer quelque peu ce qui est perçu comme une bonne recherche en sciences humaines, en lettres et dans les humanités en général.

Veuillez jeter un coup d’œil à cette capture d’écran, il s’agit d’un article d’analyse littéraire publié dans une revue internationale de premier plan : à la fin de cet article vient la bibliographie, la liste des références, et je vous invite à considérer brièvement les premières lignes. Comme vous pouvez le voir, aucun article n’y est mentionné mais uniquement des livres à auteur unique (des monographies). Pourquoi ? Parce que les livres sont perçus comme la source la plus prestigieuse et la plus rigoureuse de connaissances issues de la recherche en lettres.

Veuillez continuer à parcourir la bibliographie de cet article. Je pense qu’il n’y a pas un seul article. Je vous invite à vérifier par vous-même.

En somme, vous voyez ce que je veux dire : dans la recherche en lettres, les articles des revues à comité de lecture existent, mais ils ne sont pas aussi importants que les livres publiés dans les plus grandes maisons d’édition. Bien sûr, vous pouvez ouvrir n’importe quelle revue et essayer d’y voir un contre-exemple. Si vous pouvez me prouver que j’ai tort, je serai heureux de m’excuser publiquement, de reconnaître mon erreur et de vous inviter à dîner, vous et toute votre famille, dans le meilleur restaurant d’Oman !

Veuillez maintenant considérer tous les professeurs associés en langues étrangères affiliés aux universités les plus prestigieuses du monde. Ont-ils suivi une procédure similaire à celle que vous me faites subir aujourd’hui ? Non, ils en ont suivi une autre. Dans les arts et les lettres, les plus grandes réussites ont toujours été des livres de recherche, pas des articles. Ainsi, pour la promotion de vos collègues, il est nécessaire de comprendre le mot « publications » comme des livres publiés dans des presses universitaires, puis des chapitres de livres et seulement après cela des articles dans des revues à comité de lecture.

Si vous en voulez la preuve, n’hésitez pas à parcourir le site Web de n’importe quelle grande université, aux États-Unis ou ailleurs : les professeurs promus (professeurs associés) placent leurs livres en évidence sur leur page de profil, il les exhibent comme leurs principales réalisations.

Vous pouvez cliquer sur les profils ci-dessous, choisis au hasard dans cinq universités américaines différentes. Ces liens mènent aux pages d’universitaires appartenant aux domaines de recherche que nous enseignons, ici à Nizwa : arabe, beaux-arts, anglais, français et allemand :

Associate Professor in Arabic, UCR

Associate Professor in Arabic, UCLA

Associate Professor in English, Berkeley

Associate Professor in French, Berkeley

Associate Professor in German, Oxford

Associate Professors in Performing Arts, Stanford

Ma conclusion de ce trop long message est simple : demander aux candidats à la promotion un total de six articles et exclure les livres de recherche est non seulement injuste et contre-productif, mais est bel et bien préjudiciable à la qualité même du niveau académique de nos départements de lettres. En poursuivant sur cette voie, vous encouragez les jeunes enseignants à limiter leurs recherches à quelques articles au détriment d’un travail plus profond et plus marquant dans leur domaine. Vous risquez de voir vos départements remplis de professeurs de lettres qui feront proliférer des articles répétitifs tandis que vos concurrents verront fleurir les meilleures productions livresques. Vous risquez d’appauvrir nos départements plutôt que de les enrichir.

Ma recommandation est la suivante : conservez les règlementations telles qu’elles sont et comprenez-les littéralement pour ne pas faire fausse route. L’expression « six publications » ne signifie pas six articles exclusivement, mais des livres, des chapitres de livre et des articles de revues. Et enfin, pour ce qui me concerne, je suis très heureux de ne pas être promu.

Je vous prie d’agréer, chers collègues, à l’expression de ma plus sincère amitié,

Guillaume

Préférer ce livre aux guides touristiques

Mon Birkat al Mouz peut se lire comme on veut du moment qu’on reste au sultanat d’Oman. Récit scientifique, guide touristique, histoire d’amour, roman d’initiation, c’est un peu tout cela si l’on veut. Quoi qu’il en soit, c’est le seul livre d’écrivain français sur le sujet.

Jusqu’à présent, il n’y avait aucun livre littéraire en français sur ce pays. Toutes les publications disponibles sur l’Oman appartenaient au champs des sciences sociales : vous trouverez donc aisément des livres de sciences politiques, d’histoire, d’anthropologie, et des articles par centaines en biologie, en géologie et en archéologie.

N’oublions pas les guides touristiques, qui sont nombreux et qui ne sont pas à rejeter bêtement. Les guides et les manuels ont leurs qualités propres et leur intérêt, loin de moi l’idée de les snober. Ils sont même nécessaires quand on prépare un voyage de quelques semaines dans la péninsule arabique. Néanmoins, je dois préciser qu’ils sont tous traduits de l’anglais. À cette date, été 2022, aucun éditeur français n’a lancé ses propres journalistes sur les lieux, et les informations datent toutes de quelques années. À vous de voir.

Grâce à des voyageurs qui sont venus chez moi, dans l’oasis de Birkat al Mouz, j’ai pu feuilleter notamment le guide publié par Gallimard : c’est luxueux mais truffé d’erreurs et d’approximations. Il y a même des photos qui illustrent l’Oman avec des personnes habillées de vêtements appartenants aux pays voisins.

Si vous préparez un voyage en Oman courant 2022, faites plutôt confiance à mon livre.

Les seuls livres « littéraires » consacrés à ce beau pays étaient écrits en arabe et en anglais. Le plus célèbre étant bien sûr Le Désert des déserts de Wilfred Thesiger, (Arabians Sands, 1959).

En français, il ne faut pas occulter le très beau Ormuz de Jean Rolin (2013), ni les superbes récits d’Antonin Potoski, Cités en abîmes (2011) et Nager sur la frontière (2013). Malheureusement, aucun de ces livres n’est consacré entièrement à l’Oman.

Qu’on aime mon livre ou qu’on le déteste, on ne trouvera nulle part ailleurs une peinture aussi précise ni aussi colorée ni aussi foisonnante ni aussi intéressante ni aussi sentimentale du Sultanat d’Oman.

Ma rivière ne connaît pas la sècheresse

Au bord de l’Arre, Cévennes, 15 août 2022

Depuis le mois de mai, quand j’ai chaud je vais prendre une pause au bord de la rivière Arre. J’ai trouvé un coin où il y a toujours de la place pour moi et mes invités. Je ne sais par quel mystère, l’eau de l’Arre est toujours abondante et extrêmement fraîche.

L’été 2022 est pourtant particulièrement chaud, caniculaire et fait souffrir la France entière d’une sècheresse de fin du monde. Le département où nous habitons est tellement en crise qu’il nous est interdit d’arroser les jardins et les trottoirs.

Or l’eau est tellement froide qu’il me faut du temps pour baigner mon corps entier. Je n’ai jamais aimé la pratique des eaux fraîches qui consiste à se précipiter dans le bain, s’ébrouer un instant et ressortir bien vite en prétendant qu' »elle est bonne » et en se frottant d’une serviette. Ma technique est celle d’un sage chinois. J’entre centimètre après centimètre et acclimate tout mon organe à la température de l’eau.

Dans l’eau de l’Arre avec un chien

C’est la raison pour laquelle on ne voit guère qu’un chien en ma compagnie dans les eaux de l’Arre.

Il fait pourtant une chaleur à crever dans toute la région. Nous nous réveillons de nos siestes brûlants, incapables de travailler ni sur nos articles à écrire, ni sur nos travaux manuels. Seule la rivière fait baisser durablement la température de notre corps.