Mon coup de foudre

Je l’avais entrevue dans des couloirs ou des bureaux, j’avais vaguement aperçu un sourire charmant, on m’avait dit que c’était la nouvelle prof d’allemand.

Un jour, j’étais seul à mon bureau, une collègue de la section d’allemand vient frapper à ma porte : « Guillaume, je te présente notre nouvelle collègue. » J’ai vu entrer dans ma vie un ange, une lumière, une énergie.

Ce dont je me souviens, ce n’est pas son visage ni son allure. Ce qui m’a frappé, c’est la taille de cette femme : je l’ai vue comme un grand corps, une version augmentée de ce que j’avais entraperçu auparavant.

Bouleversé, j’ai fait un grand effort pour ne rien montrer de mon émotion. J’ai surjoué le mec indifférent. Plus tard, elle me dira qu’elle m’avait cru un peu fou. (Plus tard, elle m’avouera aussi qu’elle m’avait pris pour plus con que je ne le suis, pour un type bizarre, pour un homosexuel et pour un loser qui s’habille comme un vieux.)

Je me suis levé à son approche, lui ai serré la main, elle m’a dit qu’elle parlait français et qu’elle avait fait une maîtrise d’allemand à Montpellier. J’ai essayé de jouer le gentleman mi gentil mi lointain, avec un résultat mitigé à court terme.

A partir de ce moment, je n’ai eu de cesse de faire en sorte que cette femme devienne au moins une amie. Je n’avais pas la folie de songer à une histoire d’amour entre nous, mais d’au moins pouvoir la fréquenter, d’être près d’elle, de passer du temps en sa compagnie et apprendre à la connaître. J’ai donc tout fait pour que nous passions du temps ensemble, et cela a fini par payer. Contre toute attente, et avant tout celle de tous les mâles de l’université, c’est moi qu’elle a choisi parmi tous ses prétendants pour partager sa vie. Elle avait bientôt trente ans et Dieu sait combien d’hommes ont essayé d’avoir ma place lors de ces quinze dernières années.

Cette rencontre a eu lieu en janvier 2016 et nous nous sommes mariés six mois plus tard. Le sage précaire est donc un peu moins précaire d’un pur point de vue sentimental.

L’aqueduc : marcher dans les murs

Mes promenades dans la palmeraie. La course et la marche entre les champs et sur les chemins d’eau. Mon oasis est en effet traversé de voies et de circulations 

Non loin de ma maison, en s’enfonçant dans la palmeraie, une arche se trouve pratiquée dans un mur. Longtemps, en me promenant au hasard, je ne prêtais pas attention ni au mur ni à l’arche.

Longtemps, je me bornais à marcher, à admirer les nuances infinies de vert et, sans me presser excessivement, je gardais en tête l’idée de retrouver plus ou moins mon chemin. Ou au moins de me rendre, à force de zigzags rêveurs, sur un sol connu d’où je serais apte à rentrer chez moi.

Et puis à force, j’ai apprivoisé mon oasis. J’ai appris à me repérer et à observer plus en détail les constructions variées des paysans locaux.

Dans cette arche, par exemple, j’ai réalisé qu’il y avait un escalier et j’ai décidé de m’y aventurer.

J’ai toujours rêvé de parcourir l’intérieur des murs, alors même que je souffre de claustrophobie.

Ma première nouvelle publiée, dans les années 1990, parlait justement d’un musée d’art contemporain où les murs sont aménagés de telle sorte que l’on puisse y intégrer des haut-parleurs, des objets de toute sorte, voire y faire pénétrer les visiteurs. A l’époque de cette nouvelle, je venais d’être viré du musée de Lyon mais j’avais gardé un souvenir merveilleux de mon activité de conférencier précaire. Toujours est-il que mes personnages passaient de plus en plus de temps dans les murs. J’essayais de donner une tournure kafkaïenne à cette histoire, preuve s’il en est qu’on ne devrait jamais écrire après avoir été viré.

Ici, dans cet oasis omanais, ce gros mur de pierre avait certainement une autre fonction que celle de séparer des parcelles de culture. Cela devait être une frontière de quelque sorte. Encore plus excitant de s’y enfoncer.

En haut de l’escalier, une fenêtre permettait de sortir et une nouvelle rangée de marches m’attendaient sur la façade extérieure du mur.

En plus de la claustrophobie, je souffre pas mal du vertige, mais j’affrontais mes tremblements pour monter jusqu’en haut. Ce que j’y vis me récompensa au centuple du courage dont je fis preuve.

Sur l’arête du mur coulait une eau fraîche et abondante.

Le mur n’était pas une frontière mais un aqueduc qui acheminait l’eau de la montagne vers les fermes de l’autre côté de la vallée.

Le mur était en fait un énorme falaj de pierre, une irrigation millénaire.

Ce jour-là je n’avais pas de téléphone ni d’appareil pour prendre des photos. Celles qui illustrent ce billet ont été prises lors de promenades ultérieures, et c’est pour cela que la photo qui suit montre une eau paresseuse et maigre : l’eau des falaj est minutieusement répartie entre paysans et on voit rarement courir l’eau au même endroit à fréquence rapprochée.

 

J’ai ôté mes chaussures et ai trempé mes pieds dans l’eau tiède et rapide en regardant l’oasis de ce nouveau point de vue.

A moitié par sens de l’aventure, et à moitié par peur de descendre par le même escalier, je décidai de marcher dans l’eau pour voir où ce falaj des hauteurs pouvait bien mener.

Mais cela, je vous le dirai une autre fois.

La Pluralité des mondes au Qatar

On sait que le Qatar subit un blocus de la part de l’Arabie Saoudite, des Emirats Arabes Unis, du Bahrein et de l’Egypte. La situation est très tendue depuis plusieurs mois et il paraît que le Qatar en profite pour développer des manières de s’en sortir indépendantes.

J’en saurai davantage la semaine prochaine car je suis invité par l’ambassade de France à Doha pour donner deux présentations, une à l’université du Qatar, et l’autre à l’Institut français du Qatar.

Intéressante est la façon dont je suis présenté : à l’université, on souligne la venue d’un chercheur docteur en lettres tandis qu’à l’IFQ, comme en témoigne la photo ci-dessus, je suis annoncé comme « écrivain voyageur ».

A chacun son prestige.

La Pluralité des mondes

Les Presses de l’Université Paris-Sorbonne ont finalement publié mon livre. C’était en septembre 2017. La joie que cela m’a procuré était profonde, avait commencé avant que je puisse même toucher l’objet, et n’est pas tout à fait éteinte aujourd’hui.

J’avais travaillé à ce livre depuis 2008, presque dix ans.

Le hasard veut que L’Usage du monde de Nicolas Bouvier tombe cette année au programme de l’agrégation de lettres modernes. Or, les lecteurs fidèles de ce blog savent ou devinent qu’il y a un chapitre entier sur Bouvier dans mon livre. (Ce blog a même fonctionné comme un atelier préparatoire à ce chapitre, à bien des égards.)

En vertu de ce hasard, La Pluralité des mondes est surtout lu par des agrégatifs et des profs de fac qui préparent l’agrég dans les universités de France. Le sage précaire déteste les concours, quelle ironie de l’histoire.

Espérons que cela ne soit que le début de l’aventure.

La Pluralité des Mondes. Le livre de ma jeunesse enfin paru

Mon livre de théorie et d’histoire littéraire est enfin paru. Cela fait de nombreuses années que je prépare cet événement. Rappelez-vous, quand vous lisiez mon blog chinois, que j’annonçais vouloir conquérir le monde avec une thèse sur la littérature de voyage. J’en ai bien sûr beaucoup rabattu mais j’ai fini par faire une thèse. Quelques années plus tard, après avoir écrit de nouveaux chapitres, voilà donc l’objet de toutes mes attentions.

James Salter, une littérature de petit mec

Je voulais lire Et Rien d’autre, de James Salter depuis longtemps, influencé par la presse élogieuse et les reportages dithyrambiques qui ont accompagné la parution de ce roman.

On nous dit que James Salter est un des meilleurs écrivains américains (il est mort en 2015). Moi, je suis d’accord que c’est bien écrit et que la lecture est très plaisante. Salter a une façon de raconter les histoires sans intrigue, sans ordre perceptible. Comme dans un rêve, des bouts de récits et de souvenirs s’enchaînent et finissent par prendre corps Dieu sait comment.

C’est très bien mais on lit cela depuis Tchekhov, et les Américains comme Raymond Carver excellent dans cet art poétique depuis longtemps. Le grand Hemingway faisait cela aussi dans ses grands romans.

Ce qui gêne la sagesse précaire, dans Et rien d’autre, c’est le rôle joué par les femmes et par le sexe.

Le roman raconte l’histoire d’un homme qui, après avoir fait la guerre dans la marine, devient éditeur à New York, gagne plutôt bien sa vie, boit beaucoup d’alcool et passe son temps dans les restaurant et autres lieux ennuyeux. Il se marie quand il est jeune, puis il divorce. Il a une maîtresse à Londres, puis une dans la campagne américaine, et encore après une autre ailleurs, et enfin, à la fin de sa vie, il rencontre une jolie trentenaire.

Ce qui embête la sagesse précaire, c’est de se trouver devant une littérature de mâle, écrite par un mâle pour les mâles, éditée et publiée par des mâles. Ce qui me plaisait tant dans la lecture d’Elena Ferrante, c’était notamment d’entrer dans la psychè de filles et de femmes. Dès le début de la lecture de James Salter, je retrouve la vieille indifférence aux femmes

On me dira que le femmes sont omniprésentes dans Et rien d’autre, mais je suis dans l’incapacité de les différencier les unes des autres. A part leur prénom, je ne vois pas ce qui les distingue. James Salter est un écrivain qui parle toujours de la même manière des épouses, des maîtresses, des belles inconnues et des vieilles connaissances. Entre Christine et Enid, je ne vois aucune différence, ni physique, ni sur le plan de la personnalité. Quel contraste avec les amants de la narratrice d’Elena Ferrante, qui sont si singuliers, si riches en couleurs et en description.

J’ai lu ces deux auteurs en même temps, pour ainsi dire, pendant les mêmes vacances, lors du même voyage. C’est pourquoi je les entremêle et les compare tant.

La scène centrale d’Et rien d’autre est un dialogue entre le héros et sa maîtresse Christine. Cette dernière compare le plaisir du sexe avec celui de la prise d’héroïne. Le héros se sent un peu con car il n’a jamais essayé l’héroïne, et voici ce que les personnages se disent :

Je n’ai pas envie que tu penses que je suis juste un gentil garçon.

Tu n’es pas un gentil garçon. Tu es un homme, un vrai. Et tu le sais.

Tour ce qu’il avait voulu être, elle le lui offrait.

Et rien d’autre, p. 283.

Voilà. Tout tourne autour de l’ego d’un petit monsieur qui est obsédé par l’idée d’être un vrai mec. C’est quand même extrêmement pauvre.

L’amie géniale. De la traduction des livres d’Elena Ferrante

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La Trilogie d’Elena Ferrante traduite en français chez Gallimard

Le titre original du livre d’Elena Ferrante est L’amica geniale, qui pourrait être traduit par L’amie géniale.

C’est vrai que la traduction française (d’Elsa Damien) choisie par Gallimard, L’amie prodigieuse, est un joli trait, qui insiste sur le côté surnaturel des qualités de ladite amie. Elle est prodigieuse, elle fait des prodiges, qu’ils soient nocifs ou bénéfiques. C’est une bonne traduction car elle respecte aussi le renversement virtuel des rôles : parfois le lecteur est amené à penser que c’est la narratrice qui réalise des choses prodigieuses, comme elle le dit dans le deuxième tome.

Mais dans « géniale » il y a quelque chose qui a trait à l’art ce qui est moins le cas de « prodigieuse », or les deux amies excellent dans des choses artistiques. La narratrice devient écrivain, et son amie a écrit un récit d’enfant (La Fée bleue) qui a enflammé l’imagination de la narratrice et l’a inspirée. Elle est géniale en ceci qu’elle est surdouée et qu’il lui arrive de commettre des sortes d’oeuvres d’art qui finissent par prendre feu, mystérieusement.

Dans ce personnage de Lila, l’amie de la narratrice, il y a quelque chose de tendu à l’extrême, un regard pénétrant qui transperce des victimes. Les Anglais diraient d’elle qu’elle est intense. Elle est d’une intensité incandescente qui fatigue tout le monde et qui la brûle, elle, et qui lui refuse d’être heureuse. C’est pourquoi la traduction anglaise est incompréhensible.

La traduction anglaise est curieusement plate : My brilliant friend.

C’est pourtant aux Etats-Unis que le succès du livre est devenu un phénomène. Le succès est foudroyant outre-Atlantique. Je me demande ce que les Américains lui trouvent, à ce roman, il paraît que dans les dîners de noël, on ne parlait que de cela à table. J’imagine que, dans un pays fondé sur la mobilité sociale, le récit d’une ascension sociale difficile et douloureuse rencontre plus d’écho qu’ailleurs.

Elena Ferrante cet été

Ferrante traduite en français chez Gallimard

Cet été j’ai lu le grand succès de librairie de ces dernières années, L’Amie prodigieuse d’Elena Ferrante, une lecture qui m’a pris avec autant de plaisir que des millions de lecteurs à travers le monde. Trois des quatre tomes sont traduits en français, le quatrième paraîtra en France cet automne.

C’est l’histoire d’une femme qui raconte sa vie depuis l’enfance, en particulier sa façon de s’extraire de ses origines pauvres, dans un quartier sordide de Naples, où le sang et la violence règnent. Elle réussira à s’en sortir grâce à l’école et à sa pugnacité.

Elle raconte son ascension sociale à travers son amitié avec une femme du même âge qu’elle qui, l’amie, ne s’est pas extirpée du quartier sordide. Mais plutôt que de ressentir de la tendresse pour cette vieille amie qui a gardé tous les codes de la culture populaire, les sentiments qui sont en jeu sont beaucoup plus complexes et contrariés, et c’est ce qui rend la lecture fascinante.

L’amie en question est « méchante », et elle est d’une intelligence effroyable. La narratrice se sent irrésistiblement attirée par cette fille qui lui est supérieure en tout. Elle est plus belle, plus vive, plus forte, plus dangereuse, plus audacieuse qu’elle. Même à l’école, cette amie est meilleure : elle comprend tout plus vite, elle apprend les langues plus facilement, elle lit plus de livres (empruntés à la bibliothécaire) et elle en parle avec une capacité d’analyse plus franche, plus libre. La narratrice en revanche se sent plus laborieuse, elle se croit obligée d’imiter les autres, de prétendre beaucoup pour obtenir de petits suffrages, péniblement.

C’est l’éternel contraste entre le talent et le travail, entre le génie et l’honnêteté. On retrouve ces couples d’opposés dans Doktor Faustus de Thomas Mann ou dans le film Amadeus de Milos Forman. Ce qui est intéressant, c’est que le personnage splendide est précisément celui qui ne fait rien de sa vie et qui la rate quasiment par excès de talent, ou par un trait de génie suicidaire.

Avec les garçons, c’est la même chose. La narratrice a une grosse poitrine et elle attire des mâles, mais jamais ceux qu’elle désire ardemment. Son amie devient par contre une bombe d’élégance et de charme à l’adolescence et elle inspire les plus grandes passions. Elle n’a qu’a choisir son futur mari et elle choisit de manière à ce que tout se termine en tragédie.

Tout est tellement facile pour cette amie « prodigieuse » qu’elle ne fait pas les efforts qu’il faut aux bons moments et que ses choix sont tous à mi-chemin entre des bravades, des reproductions sociales et d’obscures intuitions destructrices. La narratrice, elle, est trop médiocre pour ces prodiges et sait faire preuve de patience. Elle sait conquérir la confiance des professeurs et elle se construit une réputation de fille bien, qui fait tout comme il faut, ce qui la sauve et la frustre en même temps.

La sagesse précaire se reconnaît dans cette amitié prodigieuse car le sage précaire est par définition quelqu’un de moyen, de patient, dont les amis sont parfois géniaux et inventifs, et lui, le sage précaire, comprend le monde à travers les autres, entre les autres.

Les raisons du succès de L’Amie prodigieuse sont multiples mais pour le sage précaire, ce qui fait la grande qualité de la saga, c’est d’expliciter le coeur de filles, d’entrer dans l’intimité de quelques femmes. Pour un homme, en tout cas, c’est une chose rare et précieuse.

J’ai lu le premier tome en arrivant en France en juillet. Puis dans l’avion qui nous menait à Berlin, j’ai trouvé le deuxième tome comme par miracle dans la poche du siège où je me trouvais. Avant de partir en Tunisie, fin juillet, je me suis envoyé le troisième tome dans un colis de livre en Oman, pour le lire à mon retour de vacances. C’est ce que je fais en ce moment, entre deux sessions de travail sur une conférence.

 

Courir dans l’oasis

Tous les matins, avant qu’il fasse trop chaud, je me promène dans l’oasis au bord duquel se situe ma maison.

Les palmiers dattiers sont en train de se garnir de fruits verts qui grossissent presque à l’oeil nu. Au pied des palmiers poussent des bananiers et autres arbres fruitiers : des grenadiers, des citronniers et des arbustes à fleurs.

En passant devant ces arbres, on cueille des feuilles et on les renifle. Cela sent l’agrume, le thym, le curry, les épices orientales. C’est ainsi que se partage le territoire dans mon oasis : les palmiers pour les affaires, les exportations de dattes. Les autres arbres pour les travailleurs et les familles locales, pour leur thé, leurs repas et leurs parfums.

Entre chaque parcelle, les falaj attendent l’eau qui irriguera tous les champs par alternance.

Mes promenades sont un peu sportives. Par amour pour la nature et les nuances de verts, mes promenades se transforment en jogging. Poussé par une force obscure, mes jambes se mettent à courir et je rentre à la maison, tous les matins, en sueur et la tête pleine de lumière verte.

Les roses de Jebel Akhdar

Il n’y a qu’une route qui mène directement à la montagne célèbre du Jebel Akhdar, et cette route est dans mon village. Je ne pouvais donc pas habiter plus près des merveilles du plateau de Sayq tout en restant proche de mon lieu de travail.

Jeudi après-midi, jour de weekend, notre stratégie est de couper dès que possible avec le travail pour donner au jeudi une dimension d’un jour de congé de plein droit. Comme on le sait, changer de site est primordial. Se dépayser permet un repos plus radical grâce à une déconnexion physique et mental avec le quotidien.

Nous partons donc à la montagne et choisissons de refaire une promenade connue plutôt que d’explorer de nouveaux territoires. Nous appelons cette randonnée la « promenade des roses » car elle relie des villages qui cultivent notamment, sur des terrasses verdoyantes, des roses.

Les villages en flanc de coteau se suivent comme des perles dans un collier. Le plus beau de ces villages se découvre après une demie heure de marche douce. Les terrasses de roses entourent une petite mosquée confortablement lovée pour accueillir les paysans lors de leurs pauses prières.

Ce jour-là, des Omanais et des Indiens travaillent à cueillir les petites roses odorantes pour distiller la fameuse eau de rose de Jebel Akhdar. Je suis excité car je n’ai jamais pu avoir accès à cette eau de rose. Je la crois exceptionnelle, au point qu’elle est entièrement achetée par les parfumeurs arabes les plus exigeants. Nous parlons avec les travailleurs qui nous expliquent que l’eau de rose est fabriquée ici, dans le village, et qu’elle est ensuite écoulée sans peine, dans la famille élargie, sans avoir besoin de marketing.

Un certain monsieur Saïf nous invite à l’attendre une demie heure. Il nous montrera son atelier. Après sa journée de travail, il nous montre sa minuscule fabrique où il fait cuire les pétales de rose et l’eau. Je n’ai pas compris exactement le procédé, et pendant qu’il nous parle, des ouvriers indiens (ou bengladais) posent des ballots de roses dans l’atelier.

Saïf nous invite à boire le café chez lui. Il nous ouvre la porte et nous entrons dans le salon extérieur qui est la pièce importante de la vie omanaise. Un salon qui laisse invisible le reste de la maison et permet aux femmes de ne pas apparaître ne d’être vues. Ce « majlis » est un sas entre le dehors et le dedans et autorise toutes les réceptions amicales que l’on veut sans déranger la vie intime de la famille.

 

Nous nous asseyons sur les tapis et les coussins, non sans nous être déchaussés, et nous attendons le café omanais et la pâte de dates parfumée au beurre de chèvre maison. Les enfants de Saïf nous visitent. Ils vont à l’école dans les petits villages qu’on vient de traverser, sauf le tout petit qu’on me met dans les bras pour que je lui chante une berceuse française.