Message d’adieu à France Inter

Ce matin, j’ai écouté la matinale de France Inter.
C’est quelque chose que je n’avais pas fait depuis longtemps.

D’abord parce que je vis la plupart du temps à l’étranger. Ensuite parce que je n’ai plus vraiment de radio. Et puis parce qu’à l’ère d’Internet, on choisit les émissions qu’on écoute : on télécharge un podcast, on sélectionne une chronique, on écoute ce qui nous intéresse. Le direct est devenu l’exception.

Mais ce matin, sur mon vélo — toujours bloqué en Arabie saoudite — j’ai écouté la matinale.

Et je crois que c’était la dernière fois.

La première chose que j’entends est une interview autour d’un film consacré aux collaborateurs pendant l’Occupation allemande. Les invités sont l’acteur Jean Dujardin et le réalisateur, dont j’ai oublié le nom. L’échange se déroule normalement jusqu’au moment où vient la question inévitable : quel rapprochement peut-on faire entre les collabos et notre époque ?

Dans un moment où les manifestations de néofascisme et même de néonazisme se multiplient, je m’attendais à ce que l’on parle de ces dérives bien visibles.

Le cinéaste interviewé choisit au contraire de citer Jean-Luc Mélenchon et les jeux de mots qu’il aurait faits avec des noms de pédocriminels juifs. Il explique que, dans les années 1930 déjà, des antisémites jouaient avec les noms, et que cela lui rappelle les égarements du leader de La France Insoumise.

Voilà donc le rapprochement proposé entre les années 1930-1940 et aujourd’hui.

En entendant cela sur France Inter, le 10 mars 2026, je me dis que quelque chose ne tourne pas rond. J’ai l’impression d’assister à un glissement éditorial. Comme si la chaîne, régulièrement décrite comme de gauche, cherchait à se repositionner en reprenant – parfois presque mot pour mot – certaines obsessions du débat politique tel qu’il est structuré aujourd’hui par la droite et l’extrême droite médiatiques.

Je continue de pédaler sur ma bicyclette. En arrivant dans le quartier des ambassades où je travaille, j’entends la chronique de Sophia Aram.

Plusieurs minutes d’un humour inexistant, que je trouve sinistre et même d’un cynisme assez stupéfiant. Dans sa chronique, elle met dans le même panier Dominique de Villepin, Edwy Plenel, Jean-Luc Mélenchon et d’autres encore. Leur crime : critiquer la guerre menée actuellement contre l’Iran par les États-Unis et Israël.

À partir de là, tous ceux qui critiquent l’agression atroce deviennent, dans la bouche de Sophia Aram, des complices objectifs de l’islamisme intégriste des « mollah » iraniens. Pour elle, ne pas désirer ardemment assassiner des milliers d’Iraniens revient à défendre activement le régime totalitaire en place à Téhéran.

La chronique ne ressemble en rien à de l’humour. Elle consiste en une énonciation, presque mécanique, d’éléments de langage déjà omniprésents dans certains cercles médiatiques et politiques alignés sur les positions des groupes d’influence pro-israéliens : faire appel au droit international ne serait qu’une manière détournée d’empêcher les Israéliens de vivre en paix. Dénoncer des massacres revient à salir les vrais démocrates occidentaux qui luttent pour la paix et la sécurité en bombardant les pays musulmans. Militer contre les crimes de guerre, c’est être antisémite. S’élever contre des guerres injustes, c’est vouloir exterminer les juifs.

Je pensais ne pouvoir entendre ces folies que sur les médias du milliardaire réactionnaire Vincent Bolloré.

C’est à ce moment-là que je comprends.

Lorsque la chronique se termine et que commence le journal de 8 heures, je prends une décision très simple : je ne peux plus écouter cela.

Je ne parle pas seulement pour moi. Je pense que beaucoup de gens qui se situent à gauche ont probablement déjà cessé d’écouter. Mais même quelqu’un comme moi, qui me situe plutôt à droite, ne peut plus s’y retrouver.

Ce n’est pas une question de désaccord ponctuel. C’est une question de climat intellectuel. Je ne peux pas écouter une matinale où une Sophia Aram peut m’accuser de racisme et de nazisme parce que je désapprouve les bombardements interminables des forces impérialistes. Son manque d’humour n’a d’égale que sa haine, dont je ne saisis pas l’origine, mais qui me gêne et me blesse.

La matinale de France Inter était autrefois un espace de discussion pluraliste, parfois vif, souvent insolent, toujours imparfait, mais où l’on n’avait pas le sentiment de pouvoir entendre de telles opinions racistes, indifférentes au malheur des gens, anti-démocratiques, anti-républicaines, sous couvert d’humour, et en roue libre. Je peux écouter des saloperies pareilles sur CNews, mais cela me dégoûte sur France Inter.

Alors voilà, c’était la dernière fois que j’écoutais la matinale de France Inter.

Je continuerai peut-être à écouter sur cette chaîne certaines émissions que j’aime encore : Le Masque et la Plume, les documentaires d’histoire de Philippe Collin, et quelques autres.

Mais la matinale, pour moi, c’est terminé.

Le paradis à l’ombre des épées : Michel Onfray et l’invention d’une guerre de 1400 ans

On parle beaucoup de la sphère médiatique liée aux milliardaires réactionnaires quand il s’agit de dénoncer la progression des affects d’extrême droite ou de la sensibilité néofasciste. On cite souvent les mêmes noms, les mêmes émissions, les mêmes chaînes. Mais on parle beaucoup moins d’une émission diffusée chaque samedi, dans laquelle Michel Onfray intervient longuement avec la journaliste Mme Ferrari.

L’ancien professeur de philosophie, star des medias, y développe semaine après semaine des positions politiques scandaleuses qui passent relativement inaperçues dans le débat public, alors même qu’elles mériteraient d’être examinées avec attention.

Samedi 7 mars 2026, interrogé sur la guerre actuelle en Iran, déclenché et menée par Israël et les États-Unis, Michel Onfray a proposé une interprétation pour le moins radicale. Selon lui, ce conflit ne daterait pas de quelques jours ni de quelques semaines : il aurait commencé il y a environ 1 400 ans, avec l’apparition de l’islam. Son argument tient en une référence qu’il présente comme décisive : dans le Coran, affirme-t-il, il est écrit que « le paradis est à l’ombre des épées ». À partir de cette citation, il conclut que les musulmans seraient engagés depuis quatorze siècles dans une guerre à mort contre les juifs.

Cette affirmation pose plusieurs problèmes.

D’abord, la phrase qu’il cite ne se trouve pas dans le Coran. Elle provient d’un hadith, c’est-à-dire d’un texte rapportant une parole attribuée au prophète de l’islam. Comme beaucoup de hadiths, elle s’inscrit dans un contexte précis, celui de batailles du VIIᵉ siècle où la jeune communauté musulmane devait lutter pour sa survie, et les fidèles se devaient d’être galvanisés pour résister, pour affronter les dangers, et surtout pour ne pas fuir. Le prophète était de facto un chef de tribu, il n’avait pas les moyens de coercition que possèdent les Etats-nation pour effectuer une mobilisation générale. Un chef de tribu de l’antiquité n’avait guère que sa parole et son charisme personnel pour motiver ses troupes à aller se battre. Cette citation qui dit que le paradis est à l’ombre des épées est à comprendre dans ce contexte de motivation et d’encouragement. Elle n’est pas une description du paradis ni un programme historique de guerre permanente contre un peuple en particulier.

Ensuite, transformer une phrase isolée, sortie de son contexte historique et théologique, en preuve d’une hostilité éternelle entre musulmans et juifs relève d’un raccourci extrêmement lourd de conséquences. Cela revient à attribuer à plus d’un milliard de personnes (les musulmans) une intention collective et permanente d’extermination (des juifs).

Une telle idée n’est pas anodine. Elle s’inscrit dans une vision essentialiste des peuples et des religions : les musulmans seraient par nature animés par une volonté de détruire les juifs. Une fois posée ainsi, cette thèse transforme un conflit politique et géopolitique en fatalité historique et religieuse.

Dans l’émission, Michel Onfray ne se contente pas de proposer cette lecture historique. Il affirme également qu’Israël « a raison » de mener ses guerres actuelles dans la région du Proche-Orient. Mais son argument ne repose pas seulement sur le droit à la défense d’un État. Il repose sur l’idée que les musulmans, par leur origine et leur religion, seraient voués à vouloir exterminer les juifs. Une telle affirmation devrait au minimum susciter un débat sérieux. Car elle revient à présenter un ensemble immense de populations comme un ennemi intrinsèque et permanent. Dans l’histoire européenne, ce type de raisonnement a déjà existé. Il a servi à justifier des violences de masse.

Dans le même temps, une partie du débat public se concentre sur des accusations d’antisémitisme dirigées contre des responsables politiques pour des épisodes beaucoup plus ténus. On cite par exemple la polémique autour de la prononciation du nom de Jeffrey Epstein par Jean-Luc Mélenchon. On peut juger cette sortie de Mélenchon maladroite ou inutile, mais il est difficile d’y voir la preuve d’une volonté d’hostilité envers les juifs.

L’écart entre ces deux situations est frappant. D’un côté, une polémique sur une prononciation qui recouvrirait (pour ceux qui sont dotés d’une oreille fine et exercée) un antisémitisme d’atmosphère. De l’autre, une théorie affirmant explicitement qu’une religion entière serait engagée depuis quatorze siècles dans une entreprise d’extermination des juifs.

Il serait utile que ce contraste fasse davantage parler, non pour censurer Onfray ni empêcher un débat, mais pour rappeler que certaines idées ont des conséquences funestes. Présenter un milliard et demi de personnes comme des ennemis naturels d’un autre peuple ne peut pas être considéré comme une simple opinion parmi d’autres.

Michel Onfray se rend coupable d’appel à la haine. Il joue le rôle sinistre de celui qui appelle à la fracturation de la nation française composée de chrétiens, de musulmans et de juifs.

Richard Malka m’épuise : le sacré et les angles morts de la liberté d’expression

Richard Malka dans l’émission de Frédéric Beigbeder, 2025

Depuis près de deux décennies, Richard Malka s’est imposé comme le chantre officiel de la liberté d’expression « à la française », du droit inaliénable au blasphème et de la moquerie des religions. Mais il est temps de poser la question ce qui est sacré pour Richard Malka. Se moquer du sacré des autres nous rapproche du racisme ordinaire. Dans quelle mesure les dessinateurs et les auteurs de Charlie Hebdo se moquent de ce qui est sacré pour eux ? D’où la question de ce billet : quelle est la limite de la liberté selon Malka et surtout, quels sont les angles morts ?

L’histoire commence dans les années 1990, lorsque Malka devient l’avocat personnel de Philippe Val, alors directeur de Charlie Hebdo. Une proximité d’amitiés et d’intérêts, qui deviendra au fil du temps une alliance idéologique et un partenariat d’affaires. Quand Charlie est attaqué en justice, Malka le défend, ou plus exactement, il défend la ligne éditoriale imposée par Val, même au prix de trahisons internes. Car oui, Malka a soutenu Philippe Val contre d’autres figures historiques du journal, ces dessinateurs et chroniqueurs qui incarnaient l’esprit irrévérencieux originel de Charlie Hebdo.

Et lorsque surviennent les attentats atroces de janvier 2015, le monde entier salue les victimes, dénonce la barbarie. Malka, lui, s’empare de cette tragédie pour asseoir une autorité médiatique et morale, multipliant depuis les livres et les interventions pour affirmer un credo : tout peut, et doit, être moqué, en particulier le sacré religieux.

Mais voilà : tout le monde n’est pas égal devant cette liberté de blasphémer. Prenons Dieudonné, par exemple, que Malka n’a jamais défendu, bien au contraire. Ou encore Siné, pilier historique de Charlie, licencié pour une chronique jugée « antisémite » alors qu’elle ironisait sur la conversion du fils Sarkozy au judaïsme avant d’épouser une riche héritière, dans une tournure gentiment ironique : « Il ira loin ce petit ». Rien de plus. Et pourtant, ce fut assez pour que Philippe Val, avec le soutien juridique de Richard Malka, le licencie. Où était alors la liberté d’expression ? Où était le droit au sarcasme et la sacro-sainte satire ? Au contraire, chez les compères dirigeants du journal, l’esprit de sérieux s’imposa pour nous dire qu’il ne fallait jamais associer les juifs et l’argent, que cela nous renvoyait aux heures les plus sombres de l’histoire, etc.

Il y a donc, dans le discours de Malka, une frontière invisible mais bien gardée : on peut se moquer des musulmans, des catholiques, des prophètes de la bible et du coran, des croyants, des dogmes, mais il ne faut pas toucher aux liens entre les juifs et l’argent. Il veut bien qu’on se moque de la religion juive, d’ailleurs, des rabbins, de Moïse et du livre religieux, mais pas d’Israël en tant que projet politique et géopolitique. On le voit depuis les massacres post-7 octobre 2023, dans les prises de paroles de Val et de Malka, Israël est sacré, et l’amalgame est soigneusement entretenu entre soutien à Israël et défense des Juifs. Ce terrain-là est interdit. C’est un sacré non religieux mais tabou quand même.

Et c’est bien là que réside le cœur du problème : Malka ne défend pas la liberté d’expression dans son absolu, il défend une certaine idée de la liberté, celle qui s’aligne avec son propre camp idéologique. Le droit au blasphème devient alors un instrument de domination symbolique : on blasphème ce que l’on peut humilier sans grand risque, jamais ce qui est réellement sacré dans le monde contemporain : la propriété, les ultra-riches, le sionisme, la figure du pouvoir occidental.

Or, ce qui choque aujourd’hui n’est plus nécessairement religieux. Ce qui est sacré pour Malka, ce ne sont plus Moïse ni Jésus, mais des choses plus concrètes telles que le respect des femmes et des enfants, et des choses plus secrètes et discutables comme la politique israélienne. Et ces sacrés-là, Charlie ne s’en moque jamais.

Le plus inquiétant, c’est que Richard Malka continue d’occuper une place centrale dans les médias français, toujours seul, toujours sans contradiction. Jamais confronté à des historiens de la laïcité, à des philosophes du droit ou à des penseurs critiques. Il déroule son discours en roue libre, en boucle, dans des émissions où les intervieweurs sont complaisants ou acquis. Sa conversation avec Frédéric Beigbeder en est un exemple flagrant : une révérence à peine voilée, aucun rappel du passé, aucun rappel que Malka a lui-même contribué à censurer ceux qui ne pensaient pas comme lui.

Il ne s’agit pas ici de nier le droit de Malka à s’exprimer ni de justifier les violences ou les censures. Il s’agit de demander, simplement, l’application du principe même qu’il prétend défendre : le débat, la contradiction, la pluralité des voix. Qu’on l’invite, oui, mais en dialogue avec d’autres. Qu’on l’invite abondamment et qu’il reconnaisse, un jour, que le blasphème ne vaut que s’il frappe d’abord ce qui est réellement sacré pour lui.

Sinon, son « droit au blasphème » se borne à être du marketing idéologique. Une parodie de liberté qui cache un vrai rejet de l’autre. Pour parler comme les dessinateurs de Charlie, tant que Val et Malka parlent en monologue, ils ne sont qu’une caricature de courage.

Lettre ouverte aux entreprises culturelles françaises souhaitant se développer dans le monde arabe

Dans un contexte où les industries culturelles françaises cherchent à renforcer leur présence dans les pays du Golfe persique et, plus largement, dans l’ensemble des mondes arabe et musulman, une exigence fondamentale s’impose : la capacité à produire et communiquer directement en langue arabe.

Je trouve incroyable que des entreprises reconnues pour leur excellence, leur créativité et leur expertise internationale puissent encore déclarer ne pas disposer de compétences arabophones en interne. Je peux le comprendre pour nos voisins, mais pour la France, je déclare que c’est une anomalie.

Il est possible qu’une telle lacune fragilise la crédibilité des acteurs français auprès de partenaires des monarchies pétrolières, mais le problème est ailleurs. Je ne veux pas limiter mon propos à la banalité selon laquelle les pays arabes accordent une importance considérable à la maîtrise de leur langue et à la compréhension fine de leurs contextes culturels.

Mon propos est d’abord dirigé vers la culture française elle-même. C’est pourquoi je m’adresse ici à vous, acteurs français de la culture, des arts et des lettres : affirmez-vous comme français avec tout ce que cela implique de luxe, de raffinement, de musées et de philosophie, mais aussi en soulignant l’arabité de la France.

Un rappel nécessaire : la France entretient un lien ancien et profond avec le monde arabo-musulman

L’histoire française est marquée depuis plus de treize siècles par des échanges multiples avec le monde arabo-musulman :

  • contacts politiques et commerciaux dès le haut Moyen Âge ;
  • guerres et batailles dont la légendaire histoire qui raconte que Charles Martel arrêta les Arabes à Poitiers en 732.
  • influences littéraires, notamment dans la tradition des troubadours, largement inspirée de la poésie arabo-andalouse ;
  • transferts architecturaux, visibles jusque dans l’art roman, nourri des savoir-faire développés en Espagne andalouse ;
  • croisés partis en Terre sainte et devenant arabes au sein de leurs « Royaumes francs » en Orient ;
  • importance d’Averroès dans les Lumières françaises comme l’a rappelé Jean-Luc Mélenchon lors d’une audition d’une commission parlementaire sur l’islam en France ;
  • relations contemporaines issues des dynamiques coloniales, migratoires et culturelles.

Lire aussi : Les rapports anciens de la France avec l’Islam. Comment les identitaires prennent nos ancêtres pour des cons

La Précarité du sage, 2021

Ces liens ont façonné durablement la culture française. Ils rappellent que la France est certes un pays laïque, qu’il est surtout un pays d’athées, et qu’il fut un grand pays catholique puis protestant, mais qu’elle est aussi un territoire marqué par des apports arabo-musulmans pluriels et anciens. Cette réalité constitue une richesse culturelle et diplomatique majeure que vous devriez mettre en avant dans vos démarchages et vos négociations.

Valoriser les compétences françaises pour renforcer la présence à l’international

Dans cette perspective, il est essentiel que les entreprises culturelles françaises mobilisent les ressources arabophones présentes sur le territoire national. Qu’ils soient d’origine arabe ou non n’importe pas puisqu’ils sont Français.

La France dispose d’un vivier de professionnels hautement qualifiés, maîtrisant l’arabe classique, l’arabe culturel, ainsi que l’anglais et le français à un niveau d’excellence. Ils sont capables de produire des contenus exigeants, adaptés aux standards internationaux, et sensibles aux nuances culturelles indispensables à tout projet dans le monde arabe.

Ne venez plus en Arabie Saoudite sans avoir du personnel français arabisant.

Recourir systématiquement à des compétences externes ou étrangères, alors que ces profils existent en France, revient à négliger un atout stratégique majeur et à donner une image affaiblie d’une filière française pourtant riche de sa diversité culturelle.

Un enjeu de crédibilité et de respect mutuel

Pour s’implanter durablement dans les pays du Golfe persique (Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Qatar, Oman, Koweït) les entreprises françaises doivent démontrer qu’elles peuvent produire en arabe.

Produire en arabe ne peut pas être un simple service additionnel.

Assumer et mettre en valeur la pluralité culturelle française est également un levier diplomatique puissant, en cohérence avec l’histoire millénaire de la France.

Investir dans les compétences arabophones françaises

Pour accompagner ce mouvement, la Sagesse Précaire peut activer ses réseaux afin de mettre en relation les entreprises avec des Français arabophones formés, expérimentés et capables de répondre aux exigences des partenariats internationaux. Appelez le Sage précaire si vous rencontrez des difficultés pour trouver les perles rares qui vous feront briller : mon carnet d’adresses est plein de profils français arabes excellents.

Ma lettre touche à sa fin. Il me reste un argument pour vous convaincre d’assumer votre dimension orientale : vous vous enrichirez ! La réussite des entreprises culturelles françaises dans le monde arabe repose sur une stratégie claire qui tourne le dos aux discours identitaires et embrasse enfin la France dans son histoire arabo-musulmane.

Les médias Bolloré : un spectacle fascinant pour cartographier le néo-fascisme

Carte mentale des circulations d’idées dans les médias Bolloré

Je regarde sans déplaisir les médias réactionnaires possédés par le milliardaire Vincent Bolloré pour deux raisons . 1. Il faut connaître ses ennemis, or le nationalisme identitaire est l’ennemi de la France. 2. Ils me divertissent.

Je me suis amusé à mettre au jour leur cohérence idéologique et leur secret de fabrication narratif. Je me limiterai au plus dangereux d’entre tous : la chaîne de propagande CNews, où une mécanique intéressante est à l’œuvre, qui finalement ne comprend qu’un nombre limité d’idées force répétées en boucle selon une recette et un dosage savamment orchestrés.

Un empire structuré comme une cour

Chaque chaîne, chaque rédaction, a son petit chef, un directeur loyal au grand patron. Chez CNews, c’est Serge Nedjar. Puis viennent les vedettes : Pascal Praud, figure tutélaire du ton et du style, puis les « sous-stars » – Christine Kelly, Sonia Mabrouk, Laurence Ferrari – et enfin les chroniqueurs, chargés d’apporter une illusion de pluralité : tout ce petit monde récite la même partition, des épices dans la recette, apportant des nuances de ton sans jamais affecter le plat principal.

Mission prioritaire non dite : protéger un milliardaire

Le premier moteur de cette machine, c’est la défense des intérêts économiques et symboliques du patron, et partant de la minuscule caste des ultra-riches. Les milliardaires et centi-millionnaires. Il faut faire silence sur eux. Quand on ne peut éviter d’en parler, notamment à cause de mouvements sociaux relayés par d’autres médias, on les présente sur CNews comme des modèles de réussite, des « talents », des « génies », des gens exceptionnels qu’il faut encourager plutôt que de les faire fuir en voulant les faire contribuer au bien commun. Le but est de ne surtout pas les montrer comme des bénéficiaires d’un système fiscal et médiatique qui les protège.

Et pour qu’on ne se mette pas à questionner cette protection, il faut détourner l’attention avec des sujets de discussion limités qui font système, sur lesquels les présentateurs peuvent tourner en boucle en donnant ainsi l’apparence de couvrir la diversité du réel.

Thème principal : désigner des boucs émissaires

Le détournement le plus massif s’appelle l’obsession migratoire. À longueur d’émissions, l’immigration, l’islam, causes de toute sorte de fléaux qu’on peut résumer sous le nom d’ « insécurité », saturent le débat. Le but n’est pas d’informer mais de provoquer et canaliser la colère : plutôt que de s’en prendre à ceux qui concentrent les richesses, on désigne les plus fragiles, les étrangers, les pauvres.

C’est une vieille recette : diviser pour régner, hystériser pour manipuler.

Vision du monde : sacraliser les stars, mépriser le peuple

Ce système repose sur une vision du monde archaïque et profondément ancien régime. Il y a les stars (du sport, du cinéma, de la politique, des affaires) et il y a « les autres ». Les autres, ce sont « les ratés », « les médiocres », selon les mots mêmes de Pascal Praud. Si vous critiquez une star, comme Sylvain Tesson en 2024, Depardieu ou Sarkozy en 2025, l’animateur sortira la même formule : « Mais qui êtes-vous ? Qui sont ces gens ? » Vous n’êtes ni célèbre ni richissime ? Vous êtes donc un raté.

C’est le sens du mot « populisme » : aimer le peuple tant qu’il demeure une masse soumise, humble, crédule et respectueuse. Dès qu’il prend la parole, il convient de le mépriser avec les mots de « sauvagerie », « ensauvagement » et « barbarie » pour désigner les musulmans, et « médiocres », « ratés » et « nains » pour les pauvres d’origine chrétienne.

Définir la justice : lutter contre l’État de droit

Autre pilier idéologique : le discours anti-justice. Sur ces plateaux, on martèle que la justice est « laxiste » avec les délinquants, mais « injuste » avec les puissants. Lorsqu’un Sarkozy est condamné, ce serait, paraît-il, une persécution due à des juges jaloux et haineux. La même chose s’est produites quand Marine Le Pen, Depardieu ou Éric Zemmour ont été condamnés. Le message est clair : le droit doit protéger les élites, pas les juger.

Ces émissions et ces tribunes ont surtout pour ambition d’affaiblir la justice en perspective des procès qui attendent le milliardaire Bolloré, propriétaire de la chaîne. Il sait qu’il sera condamné, donc il faut mettre en place une machine de guerre qui délégitime le processus judiciaire dans son ensemble pour espérer intimider qui de droit, et, qui sait, se faire relaxer.

Ce discours sape les fondements de l’État de droit et prépare les esprits à une démocratie sous tutelle, gouvernée par quelques-uns au nom de tous.

Projet politique : L’union des droites et la criminalisation de la gauche

Tout cela converge vers un but politique précis et explicite : l’union des droites. Derrière ce mot d’ordre, il s’agit de rendre l’extrême droite présentable, de la fondre dans la droite classique, jusqu’à la dominer. Les émissions de CNews, d’Europe 1 et les articles du JDD répètent jour après jour cette partition : l’extrême droite n’est plus une menace.

La menace est incarnée par la gauche que l’on rend responsable de tous les fléaux.

Défendre Israël et les régimes autoritaires

Le sionisme est une colonne vertébrale des médias Bolloré, car il présente l’avantage de se donner une belle image de « défenseur des juifs » tout en laissant libre cours aux instincts anti-arabes.

L’amalgame juif=Israélien=sioniste est souvent fait par Michel Onfray dans l’émission hebdomadaire qui lui est consacrée.

En parallèle, les émissions tressent des lauriers à tous les autocrates qui mettent en prison toute sorte de gens, qui interdisent la presse libre et qui font écho aux obsessions présentées ci-dessus.

Une machine à fabriquer la soumission

Ainsi se dessine une stratégie complète : protéger les riches, accuser les immigrés, glorifier les stars, disqualifier la justice. C’est cet ensemble qui permet d’avancer que ces médias représentent un danger pour la république. Le dénigrement de la démocratie ne se fait que par des discours qui tressent deux, trois ou quatre éléments de cette cartographie.

C’est une fabrique du consentement réactionnaire, bien huilée, spectaculaire, où l’information devient propagande en vue d’un régime autoritaire.

Je publie un essai sur un musicien juif tandis qu’Israel commet l’irréparable

Je suis heureux d’annoncer la publication de mon article consacré à Léo Sirota dans l’ouvrage collectif L’Asie ou la mort (Éditions Hermann), sous la direction de Gérard Siary et Philippe Wellnitz.

Lire aussi : Fuir les Nazis en Asie

La Précarité du sage, 22 octobre 2021

Ce livre rassemble des recherches sur l’exil de nombreux juifs en Asie, qui, au XXe siècle, ont fui les persécutions en Europe. Mon texte s’intéresse au parcours de ce grand pianiste juif d’origine ukrainienne, contemporain d’Arthur Rubinstein, qui choisit de vivre au Japon. Entre Sirota et le Japon, il y eut une véritable histoire d’amour : celle d’un artiste cosmopolite incarnant la meilleure tradition européenne, et d’un pays en marche vers la modernité.

Lire aussi : Le Pianiste juif et le Japon

La Précarité du sage, 29 août 2021

Au-delà de la musique, le destin de Sirota nous rappelle combien les artistes exilés ont façonné des ponts culturels inattendus. Son parcours, de Kiev à Vienne, Paris, Berlin, Tokyo puis les États-Unis, illustre une culture européenne ouverte sur le monde, généreuse et créatrice, loin des enfermements identitaires et des essentialisations qui sont en train de s’imposer aujourd’hui dans le débat public.

Dans le contexte tragique que nous traversons aujourd’hui – guerres, génocide, persécutions, manipulations idéologiques – il me semblait important de rappeler que les juifs ne sont pas les Israéliens, qu’ils sont porteurs d’une culture flamboyante et qu’ils doivent être protégés de ceux mêmes (les sionistes fanatiques qui ont table ouverte dans nos médias) qui les amalgament au projet mortifère du grand Israël.

C’est maintenant, quand les Israéliens commettent l’irréparable, qu’il faut célébrer les artistes juifs exceptionnels qui, du fond de leur fragilité constitutives, ont su résister par la musique et la pensée.

Je profite de cette publication pour rappeler que les juifs, les Arabes, les Ukrainiens, et tant d’autres, ne sont pas d’abord des étiquettes communautaires, mais des êtres humains porteurs d’une histoire universelle.

Je dédie ce travail à tous ceux qui croient encore à une culture européenne ouverte aux échanges et à la diversité, capable de résister aux discours de haine et de racisme.

Pourquoi je ne parle pas de ceci ni de cela

On me reproche parfois de passer sous silence des sujets jugés plus graves, plus urgents que ceux que j’aborde ici. Mais il faut que je le dise clairement : La Précarité du sage n’a jamais eu pour ambition de courir après l’actualité ni de répéter ce que tout le monde sait déjà.

Si je parle ici d’un genre littéraire, d’un auteur ou même d’un muret en pierre sèche, c’est précisément parce que je n’ai pas trouvé ailleurs les mots, les intuitions ou les points de vue que je m’apprête à poser. C’est cette absence qui justifie mon geste. On ne vient pas ici chercher des redites, des indignations légitimes ou des commentaires de culture générale. Je le sais comme vous qu’Israël commet l’irréparable, que tuer des enfants c’est mal, pourquoi en parlerais-je au moment même où tout le monde en parle ?

On vient sur ce blog pour entendre quelque chose d’autre, je crois. Lire quelque chose d’autre. Peut-être d’insolite. Parfois de maladroit, probablement aussi d’un peu idiot, mais quelque chose qui vient d’une vision, d’une prise de conscience.

Cela me vaut des désaccords et cela blesse parfois. Rappelez-vous mes textes sur la musique populaire : quand j’ai dit que rock, reggae, folk, punk, hard rock – tout cela, en réalité, procédait du même modèle de chanson que la variété. Que c’étaient des ritournelles, ni plus ni moins complexes les unes que les autres, avec des changements de surface, de texture, de style. Des lecteurs se sont sentis insultés.

De la même manière, quand j’ai commencé à écrire sur Sylvain Tesson, j’ai vu avant tous les journalistes et les critiques le nœud stylistique et idéologique de ses textes. Il ne s’agissait pas seulement de dire qu’il était “de droite” ou “réactionnaire” comme une étiquette jetée à la va-vite, mais d’analyser une construction d’écriture, une façon de faire du style un masque. Là encore, les réactions ont été vives. Mais force est de constater que mes intuitions se sont révélées exactes.

Dans le champ politique, je ne parle pas de Gaza parce que d’autres en parlent, et le font très bien. Je n’ai rien à ajouter aujourd’hui à ce qui est su, documenté, analysé, disséqué, montré, crié. Et si j’en ai parlé, ce fut il y a vingt ans. Mon angle d’attaque était moins la Palestine elle-même que la pression exercée par les soutiens d’Israël sur nos médias. À une époque où nommer les réseaux pro-israéliens en France vous valait l’accusation d’antisémitisme, le soupçon, l’isolement. Je me souviens de textes de 2008 où j’alertais déjà sur ce que je percevais : une hégémonie silencieuse, un pouvoir d’influence plus que de conviction.

Aujourd’hui, les choses se sont clarifiées. On sait. On voit. Les masques sont tombés. Les partisans inconditionnels d’Israël, qu’ils soient d’extrême droite ou dans une position devenue intenable au centre – comme Mme Braun-Pivet, comme Mme Bergé – apparaissent pour ce qu’ils sont : les derniers défenseurs d’une cause désespérée. Ils ont perdu la bataille des images, la bataille des idées. Il n’y a plus besoin de les dénoncer. Les médias s’en chargent.

J’ai défendu l’humoriste Dieudonné quand c’était courageux de le faire, entre 2007 et 2014. Maintenant qu’il n’est plus radioactif, je n’ai plus besoin d’en parler. En revanche, j’ai toujours la conviction que Dieudonné est la figure française la plus importante de l’histoire culturelle de notre pays au XXIe siècle.

Ce que j’essaie de faire ici, dans la Précarité du sage, c’est de nommer ce que je ne lis nulle part. D’amorcer des chemins là où personne ne semble vouloir s’aventurer. C’est mineur, c’est fragile, c’est parfois solitaire. Mais c’est aussi cela, ma manière de contribuer.

Dans quelques jours, je publierai un billet sur un terrain dans la montagne. Sur la manière de regarder un chemin, de remonter un muret en pierre sèche, de raconter ce geste. J’espère que vous ne lirez pas cela comme une simple “ode à la campagne” façon supplément week-end d’un journal national. J’essaierai d’en faire quelque chose de singulier.

Qui alimente le plus la haine des juifs en France ?

Caroline Yadan, députée de la 8ème circonscription des Français établis hors de France, interpelle Dominique de Villepin en lui posant la question suivante : Votre positionnement politique et vos jugements anti-israéliens, vos attaques contre Israël, ne sont-ils pas propices à alimenter la haine des juifs en France ?

Ici Caroline Yadan fait un amalgame entre Israël et les juifs. Tout un peuple, des gens qui ont une certaine confession, et les actions d’un État qui par définition est critiquable. Donc critiquer Israël revient à être antisémite. C’est précisément cet amalgame entre un régime et une religion qui est propice à créer des confusions intellectuelles. Car ceux qui aujourd’hui alimentent le plus une image négative, ce ne sont pas ceux qui critiquent mais ceux qui soutiennent les actions d’Israël. Des crimes de guerre à répétition, des massacres.

La députée Caroline Yadan participe, avec ses interventions, à l’opération mondiale de manipulation qui vise à intimider toute personne qui voudrait toucher à Israël. Mais cette stratégie qui vise à se faire craindre ne fonctionne plus et se retourne contre elle-même.

Lire aussi : L’amour des juifs plutôt que la crainte

La Précarité du sage, 2009

Voyons quelques analogies dans l’histoire. Qu’est-ce qui a donné la pire image des Allemands ? Les actions des Allemands pendant la deuxième guerre mondiale. Pourquoi la langue allemande est une langue aujourd’hui peu populaire ? Parce que dans le monde entier, les gens continuent d’associer, même inconsciemment, les Allemands à Hitler. Et aujourd’hui encore, pourquoi personne ne se revendique nazi ou fasciste ? Non pas parce qu’il y a eu des anti-allemands, des anti-fascistes et des anti-nazis qui disent des choses désagréables sur le fascisme ou sur le nazisme, mais parce que les nazis ont commis des crimes horribles.

Pourquoi l’anticommunisme est beaucoup plus fort que le communisme ? Non pas à cause des anticommunistes, mais parce que des gens qui se sont autoproclamés communistes ont commis des actes répréhensibles. Donc Staline a beaucoup plus fait pour alimenter l’anticommunisme que tous les anticommunistes réunis.

Pour continuer sur l’amalgame que l’on fait trop souvent entre l’idéologie de certains et tout un peuple, prenez par exemple la haine des musulmans qui est très nette en France aujourd’hui. La haine des musulmans n’est pas seulement due aux islamophobes d’extrême droite, mais elle est due en première instance à des assassins qui ont commis des attentats en criant Allahu Akbar en France. Ce faisant, ils donnent la sensation aux simples gens que l’islam égale violence, intolérance, attentats.

Il faut donc absolument, pour pouvoir clarifier les choses, empêcher l’amalgame entre une idéologie, un régime politique, et un peuple. En l’occurrence donc, dans le contexte actuel donc, il faut réussir dans le même temps à critiquer Israël sans nuance, tout en chantant l’amour des juifs dans certains aspects de leur production culturelle.

Caroline Yadan, malheureusement, n’appartient pas à ceux que l’on peut louer, car toute son action montre un soutien actif à une action génocidaire. Donc Caroline Yadan fait plus pour alimenter la haine des juifs que tous les militants pro-palestiniens.

Redresser infatigablement les discours de haine

Cette vidéo dispense un message malsain sur l’islam qu’il convient de redresser. Je reprends pour toi, mon ami, chaque point énoncé par cet influenceur qui a probablement un bon fond mais qui s’égare pour produire sans s’en rendre compte un discours de haine.

Quand tu vas à la mosquée et que tu lis le coran, voici les valeurs qui grandissent en toi nécessairement :

1. L’obéissance aux lois de l’univers et l’usage de la raison pour tout ce qui relève de tes décisions et de tes choix.

2. Le respect des femmes qui ne sont jamais vues comme « inférieures » aux hommes. Au contraire, un homme qui maltraite une femme commet un péché.

3. La tolérance la plus absolue envers ceux qui « adorent ce que je n’adore pas » (coran, sourate 109). Aucune haine n’a jamais été professée envers les non-musulmans. En revanche, toutes les religions monothéistes promettent l’enfer, mais ça, au fond, c’est assez banal.

4. Une confiance dans l’esprit scientifique qui cherche à comprendre les lois de la nature. Le coran regorge d’observations simples de la nature en disant : « Il y a là un signe pour ceux qui savent réfléchir. » (coran, sourate 16, verset 11 parmi tant d’autres occurrences.) Les musulmans ont toujours été de grands scientifiques. La superstition, au contraire, est comme partout le fait des pauvres gens qui répètent des trucs de famille sans rapport avec la religion (je recommande de leur pardonner leur égarement en attendant qu’un système éducatif inclusif leur permette de s’instruire.)

5. La violence est proscrite, que ce soit violence physique, psychologique ou symbolique. Seule la défense est permise, avec des limitations car ce qui est recherché est toujours la paix, la concorde et l’entente, non la capitulation humiliante de l’agresseur (coran, sourate 9, verset 6).

Cet influenceur que je ne connais pas parle dans le média du philosophe Michel Onfray. Ce dernier a écrit le livre le plus faible sur l’islam qu’on puisse imaginer. C’était en 2016. Depuis, il est devenu salarié d’un milliardaire corrompu et réactionnaire pour diffuser – entre autres – la haine des musulmans.

De Vincennes à Montreuil : une dérive situationniste qui se termine en cliché commercial

Dérive psychogéographique dans la banlieue orientale de Paris, entre Vincennes et Montreuil. C’est une promenade extraordinaire, un vrai passage d’un monde à un autre, une traversée anthropologique. J’ai quitté mon petit hôtel pas cher le matin pour marcher jusqu’au centre-ville de Montreuil, puis descendre vers Vincennes pour des raisons administratives. Après quoi, retour à pied à mon hôtel pour faire une sieste avant la séance de cinéma du soir.

J’ai visité le château de Vincennes qui m’a permis de mieux connaître Charles V, un des rois de France que je ne connaissais pas bien, malgré plusieurs choses qui auraient dû m’attirer chez lui, notamment sa collaboration avec le grand musicien Guillaume de Machaut et l’écrivaine Christine de Pisan.

Sainte Chapelle royale du château de Vincennes

On quitte Vincennes, ville proprette et sage, ses façades bien entretenues, ses petits commerces bien alignés. On longe ses rues impeccables, où tout semble avoir été soigneusement pensé pour offrir un cadre de vie agréable, policé, gentiment bourgeois. Et puis, doucement, sans transition brusque mais avec une sensation de glissement progressif, on entre dans Montreuil. Là, l’ambiance change. La ville se fait plus broussailleuse, plus diverse, parfois plus bordélique.

La population elle-même se métamorphose sous nos yeux : on passe d’un monde majoritairement blanc à une mosaïque urbaine bien plus bigarrée. Il y a des rues où dominent les commerces africains, d’autres où l’on croise une majorité maghrébine, et puis ces lieux hybrides où tout se mélange sans effort, sans tension apparente.

Mais le plus drôle, et sans doute le plus impressionnant, c’est quand on débouche sur la place de la République, à Montreuil.

La place de la République : un décor de film sur la diversité

Quand mon copain Mathieu me l’a fait découvrir il y a vingt-cinq ans, elle n’avait rien de particulier. Une place quelconque, un espace urbain sans âme. Aujourd’hui, c’est un tout autre tableau. Une mise en scène quasi parfaite du “vivre-ensemble”, comme on pourrait le voir dans une publicité de La France Insoumise ou dans une comédie romantique anglaise pleine de bons sentiments.

Des arbres, des fleurs, des bancs, des tables de ping-pong, des endroits pour s’asseoir, d’autres pour rester debout, comme si tout avait été conçu pour que chacun puisse y trouver sa place, littéralement et métaphoriquement. Une sorte de tiers-lieu grandeur nature, ni vraiment parc, ni vraiment place publique, mais un entre-deux où la ville semble s’être installée pour respirer.

Et les habitants ? Une incroyable « diversité » pour reprendre un mot à la mode. Voici comment elle m’est apparue, cette diversité. Un vrai travelling de film situationniste :

Je longe l’école Paul-Éluard et aperçois, sur le trottoir, une marée d’élèves, tous noirs, d’origine africaine. Parmi eux, une silhouette attire mon regard : une jeune fille au téléphone. Sa chevelure claire me fait penser qu’elle est blanche, mais je n’en suis pas certain.

Je poursuis ma promenade et remarque deux garçons blancs, cartables sur le dos, marchant devant moi. Ils se dirigent vers deux filles noires qui les attendent sur le trottoir, discutant avec animation de « bisous ». Je me demande si ces deux petits blancs ressentent une quelconque crainte face à leurs camarades, mais leur rire en apercevant un oiseau mort sur la route dissipe mes doutes. Sans un mot de plus, le groupe reprend son chemin dans la même direction.

Nous débouchons sur la place de la République. Devant moi, ces quatre enfants avancent en discutant. Sur ma droite, un groupe de blancs, l’air de punks à chiens, boit des bières et fument des roulées. L’impression me traverse que ce quartier est désormais presque entièrement africain, à l’exception de ces quelques marginaux. Mais cette idée est aussitôt balayée par l’apparition d’une femme – la mère de l’un des deux garçons blancs. Jeune, trentenaire, elle a tout d’une bourgeoise ou d’une bobo. Elle embrasse les enfants avec affection et les accueille chaleureusement. C’est alors que je vois plein de bobos comme elle.

Zoom arrière sur l’ensemble de la place de la République.

Cette place est « végétalisée » et me fait penser à la diversité réussie de la France contemporaine. Mon regard s’élargit sur la place et je réalise la variété des visages qui la peuplent : blancs, noirs, arabes, tous se mêlent. La foule est dense. Un homme noir fait des tractions sur une barre de musculation, d’autres flânent çà et là, des familles blanches se promènent, et surtout, je vois des interactions plus nombreuses que jamais entre des personnes d’origines sociales et ethniques différentes.

Le soleil rasant baigne la place d’une lumière dorée. C’est la golden hour, ce moment où tout semble plus beau, plus harmonieux. Cette place, surpeuplée mais paisible, me donne l’image saisissante d’une France qui va bien. Je souris avant de quitter cette place tellement je me croirais dans un film de Mike Leigh.

Ce n’est ni la “créolisation” fantasmée par certains, ni le “grand remplacement” redouté par d’autres. C’est simplement Montreuil, une ville d’immigration depuis trente ans, qui se gentrifie à sa manière.

Ce qui est fascinant, c’est que ces quartiers populaires, parce qu’ils sont longtemps restés moins chers, ont d’abord attiré des artistes, des marginaux, des précaires, comme mon copain Mathieu. Puis, au fil du temps, ils ont vu arriver d’autres populations : des classes moyennes, des familles aisées mais qui ne pouvaient plus se loger à Paris. Résultat ? Une ambiance presque caricaturale d’une France agréable, écologique, tolérante. Une France où les débats politiques sur l’identité semblent inutiles, remplacés par la simple cohabitation du quotidien.

Ceux qui pensent que les immigrés venus d’Afrique veulent « islamiser » la France et nous coloniser, devraient faire un stage d’observation à Montreuil.