Dimanche 12 novembre, une marche a été organisée par la présidente de l’assemblée nationale pour soutenir Israël dans sa vengeance terrifiante sur la population palestinienne. Pour faire passer cette pilule amère, Mme Braun-Pivet a dit que ce serait pour dénoncer l’antisémitisme en France. Sans même regarder les reportages qui ont rendu compte de cet événement, je sais déjà ce qui en sera dit à droite et à gauche car la manipulation est de mise dans le discours médiatique. Ce qui est inquiétant, dès qu’on s’approche de la terre sainte, c’est la façon dont les journalistes français ne sont plus capables de penser par eux-mêmes. La petite émission d’analyse des médias que je mets en exergue ci-dessus fait un point sur le malaise qui a empêché notre champ journalistique de faire son travail depuis l’attaque du Hamas du 7 octobre.
Voici les trois étapes de l’enfumage pro-israélien orchestré par la présidente de l’assemblée nationale :
1. En séance, elle déclare son « soutien inconditionnel » à Israël.
2. En Israël, elle fait corps avec l’un des belligérants et déclare que « rien de doit empêcher Israël de se défendre ».
3. De retour en France elle appelle la France entière à défiler en soutien au même belligérant. Ce soutien est explicite dans le texte d’appel publié dans Le Figaro et dans les drapeaux exhibés pendant la marche.
Conclusion : il était préférable de boycotter ce défilé, mais ceux qui ont voulu s’y rendre doivent avoir la paix.
Des étoiles bleues, aux couleurs du drapeau israélien, ont été vus sur des murs de Paris et de sa banlieue, fin octobre début novembre 2023. D’emblée, on a parlé d’antisémitisme et on a accusé les « arabes », la gauche, les islamistes et les immigrés musulmans.
Puis on s’est aperçu qu’un couple de Moldaves avait pu être à l’origine de ces tags, mais curieusement ces Moldaves ont été exfiltrés et se trouvent aujourd’hui en Moldavie. Mince alors, la justice française ne pourra pas les interroger et faire la lumière sur ces étranges actes de vandalisme.
Les jours passent et la question reste en suspens de savoir si finalement c’étaient des actes antisémites ou au contraire des signes de supporters d’Israël…
En revanche, les « arabes », les musulmans et les gauchistes n’ont pas été lavés des insultes qui les ont éclaboussés pendant plusieurs jours. Ils n’ont rien à voir avec ces tags, on les accuse quand même, puis on parle d’autre chose quand on se rend compte que l’événement était plus compliqué que prévu. Plus obscur que ne le pensait celui qui parla d’antisémitisme « couscous ».
Il serait bienvenu qu’on présente ses excuses à ceux qui sont continuellement accusés abusivement. Ce serait aussi un signe de cette « civilisation » dont on est si fier et dont on nous rebat les oreilles.
La présidente de l’assemblée nationale a déshonoré la France à deux occasions. D’abord en déclarant officiellement son « soutien inconditionnel » à Israël, ensuite en déclarant que « rien ne devait empêcher Israël de se défendre ».
Rien.
Les mots ont un sens, glaçant et contondant. « Rien », il n’y a rien entre Israël et son action sur les Palestiniens. Par la présidence de l’assemblée nationale, la France commet la faute diplomatique et humaine de justifier les actions de l’armée israélienne.
Ce qui transpire des mots et des interventions de Yaël Braun-Pivet est l’annihilation de l’humanité même des Palestiniens. Ces gens arabes et musulmans existent, certes, mais leur vie, leurs droits, leur dignité ne valent presque rien, « rien », en tout cas rien en comparaison des êtres humains que sont les Israéliens.
Il n’est donc pas étonnant que la même politicienne, conservatrice modérée en France mais fanatique pro-sioniste au proche Orient, appelle à une marche contre l’antisémitisme en France au moment même où les Palestiniens se font massacrer sous les actions scandaleuses de l’armée israélienne. La même logique de mépris est à l’œuvre : il faut protéger les juifs car ils sont nos frères humains mais la sensibilité des musulmans n’a pas à être prise en compte car ceux qui meurent et étouffent en Palestine ne sont pas vraiment des hommes, ils n’existent pas autant que les familles israéliennes.
Par conséquent, l’extrême-droite française se rejouit de participer à cette marche avec Yaël Braun-Pivet. Sur ce point, comme sur bien d’autres points, ils sont sur la même longueur d’onde : rapprochement des juifs et des chrétiens et communion dans une même humanité ; exclusion des orientaux, des musulmans et des africains hors du champs de l’humanité. Leur calvaire, c’est rien.
En tant que musulman, le sage précaire a de l’affection pour les juifs. Comme tous les musulmans, il veut les voir heureux, en paix et en sécurité. Rien n’est plus éloigné d’un lecteur du coran que le désir d’agresser un juif.
En tant que lettré, le sage précaire a toujours admiré les juifs et leurs musiques, leurs contes, leurs pratiques des livres et de la discussion. Partout où il y a des juifs, le sage précaire se sent bien, à l’aise, il se sent chez lui.
En tant que citoyen français, le sage précaire aurait aimé que la France soit le paradis des juifs. Nous fûmes le premier pays à les émanciper et nous pouvions garder cette avance morale et politique sur le reste de l’humanité.
L’excellent documentaire réalisé par Jonathan Ayoun montre bien comment la France, lors de la révolution, a donné aux juifs tous les droits de la citoyenneté et a soulevé un espoir immense. Voir à partir de la 54ème minute la mention d’un adage qui aurait dit : « Heureux comme un juif en France. »
Malheureusement, avec la montée d’une nouvelle forme de haine au XIXe siècle appelée « antisémitisme » les juifs ne sont plus en sécurité chez nous et il est donc normal que le sionisme fasse son apparition. Le fondateur du sionisme, Theodor Hertzl, disait que malgre tous leurs efforts d’intégration, les juifs étaient régulièrement attaqués, et qu’il fallait une terre où ils pourraient être en sécurité. Je souscris à cela. J’aurais aimé que ce fût la France mais l’histoire nous a montré que les Français n’étaient pas à la hauteur de leur génie propre. Alors Hertzl proposa par exemple des terres vierges et cultivables d’Argentine. D’autres pensaient à la terre sainte, avec Jérusalem comme capitale, mais c’était compliqué car le lieu était déjà habité.
Ce fut une grande erreur de fonder une Sion sur un territoire déjà peuplé. On en voit les conséquences aujourd’hui, dans ces bombardements que commet l’armée d’Israël sur les innocents Palestiniens. Le gouvernement israélien pense pouvoir éradiquer le problème du conflit de la même manière qu’ont pris les Américains pour se débarrasser des peuples autochtones. L’extermination de masse. C’est un mauvais calcul car les Israéliens ne trouveront jamais la paix dans cette approche.
Finalement, les juifs ont trouvé leur pire ennemi dans ce monde, et ce pire ennemi est, comme pour toutes les nations, dans ses propres tendances fanatiques.
Quand j’ai été nommé professeur de philosophie au lycée du Vigan, l’année avait déjà commencé et je devais me débrouiller avec des classes dont je ne savais rien. Devant moi, des classes de 35 à 40 élèves de terminale. Ma priorité allait à la conception et l’animation du cours pour respecter le programme et rassurer les élèves sur leur préparation aux épreuves du bac.
Le nom des élèves, leur mémorisation, viendraient dans un second temps. D’ailleurs, je n’avais aucune liste de noms, ni aucun accès aux sites intranet qui permettent d’administrer les classes.
N’ayant que le contact humain pour me faire une idée sur l’origine ethnique de mes élèves, j’évaluais que sur cent individus, il y avait un garçon africain ou antillais, trois garçons maghrébins et trois filles maghrébines. Cela faisait une statistique de 7 % d’étudiants d’origine peut-être étrangère.
Soudain je reçus les listes d’appel et je lus un nombre importants de noms arabes. Une proportion bien plus importante de Driss, de Réda, de Sheinèze ou de Rayan. À la louche, je dirais 20 % d’étudiants portant des prénoms faisant penser qu’un de leur parent venait d’Afrique.
Je précise que ce lycée n’a pas de concurrence dans la région. Riches et pauvres, toutes les familles de la communauté de communes envoient leurs rejetons dans ce lycée. Je n’ai pas entendu parler d’établissements privés attirant les privilégiés.
Tous ces adolescents plus ou moins arabes m’avaient paru non seulement francais de souche, mais même cévenols d’origine. Ils ne s’étaient pas intégrés, ils s’étaient fondus dans la masse.
C’est l’image concrète et réelle du « grand remplacement » vendu par l’extrême-droite pour nous faire peur.
La vie et l’œuvre de Golda Meir sont remarquables, comme le démontre ce documentaire radiophonique. Mais ce qui est aussi clairement mis en lumière, c’est son indifférence pour la population arabe vivant là, en Palestine. Pour elle, ils n’existent pas plus que des nuisibles.
On retrouve aujourd’hui chez certains Français et Israéliens cette attitude mentale. Les Palestiniens n’existent pas, il n’y a pas de peuple palestinien, leur souffrance est une donnée historique négligeable. Il suffit de regarder les émissions de télévision financées par l’homme d’affaire Bollorée, qui ambitionne d’unifier la droite et l’extrême-droite. Leurs émissions depuis l’attque du Hamas du 7 octobre 2023 sont un excellent révélateur de ce qu’est, aujourd’hui, l’extrême-droite : considérer les chrétiens et les juifs comme des êtres humains en danger, les arabes musulmans comme des sous hommes, des barbares.
En face, les mouvements de défense pour la Palestine ne donnent pas très envie non plus. On voit des mouvements de foule, des cris, des chants de haine contre Israël qui font mal au cœur. Mépris contre mépris.
Crier Allahou akbar dans les rues de Paris et de Londres, très peu pour moi. Amoureux de la culture arabe et amoureux de l’islam, je ne reconnais pas ce que j’aime dans ces manifestations.
Le pire pour moi est de voir ces amis qui mettent en scène leurs enfants, ici en Europe, et les filment en train de crier des paroles de rejet d’Israël. Un pauvre petit récite sa leçon : « aujourd’hui c’est mon anniversaire mais je ne le fêterai pas parce que des enfants meurent à Gaza. » Les enfants, la sagesse précaire ne s’en soucie guère, mais quel type d’adulte cela va-t-il produire ?
L’éternel mépris pour l’autre semble être au cœur du cerveau d’Homo sapiens. Il doit être indispensable à sa faculté extraordinaire pour l’usage de la violence et sa soif de pouvoir. L’homme nous déçoit. Pas seulement les pro-israéliens et les pro-palestiniens, mais l’espèce humaine dans son ensemble.
Alors que La bande de Gaza est soumis à des bombardements inhumains perpétrés par l’armée israélienne, un hôpital palstinien vient d’être pris pour cible, faisant des centaines de morts.
Nous assistons sans surprise à la montée aux extrêmes voulue par le groupe fanatique Hamas et par l’extrême-droite droite au pouvoir en Israël. Les uns commes les autres en appellent au chaos et à la déflagration la plus totale, raison pour laquelle aucun des deux ne méritent le soutien de la sagesse précaire.
Ce qui est nouveau dans ce tragique événement, c’est l’argument massu des pro-israéliens ultras : à qui profite ce crime ? Cela ne peut pas être le fait d’Israël car ce n’est pas dans son intérêt d’être perçu comme un affreux tortionnaire. C’est donc un coup des Palestiniens terroristes qui sont prèts à tout comme chacun sait.
Magnifique argument qui peut d’ores et déjà être recyclé par tous les musulmans du monde à chaque attentat commis par un abruti. Chaque fois qu’un professeur est assassiné au nom d’Allah, interrogez les musulmans autour de vous : quel intérêt avez-vous à voir des profs assassinés ? En quoi ces meurtres vous favorisent-ils ?
Comme ces forfaits rendent la vie des musulmans moins sereine et moins sûre, alors les mouvements djihadistes doivent être pilotés et financés par des gens qui ont l’islam en haine.
Le député « Les Républicains » Meyer Habib a pris la parole à l’Assemblée nationale le 10 octobre pour interpeler la première ministre, Elizabeth Borne.
Nous venons de vivre le 11 septembre de l’État juif.
Meyer Habib, député des Français établi hors de France.
Peut-on appeler Israël « l’État juif » ? Cela ne tombe-t-il pas sous le coup de la loi ? L’analogie avec le 11 septembre 2001 n’est pas pertinente car le pays attaqué n’est pas en paix, et n’est pas reconnu par l’adversaire. Ceux qui ont attaqué New York ne visaient pas la destruction de l’Amérique et n’était pas occupé par les Américains. Par ailleurs, les Américains ont eux aussi colonisé leur territoire mais avec le temps la résistance des autochtones a fini par s’éteindre. Celle des Palestiniens n’est pas encore morte visiblement, et il ne sert à rien de pleurer. C’est un rapport de force qu’on gagne, qu’on perd, ou qui se termine par une négociation.
Qu’on ne s’y trompe pas, c’est une guerre contre notre civilisation. Entre la civilisation et la barbarie.
Meyer Habib
On a le droit parler comme ça ? Ça sent le racisme à plein nez, et M. Habib a déjà étonné la sagesse précaire avec des déclarations abominables. « Notre » civilisation ? De quoi parle ce député qui dit avoir l’honneur de représenter les Français d’Israël ? D’abord un député représente la nation française tout entière. Lui est élu par « les Français établis hors de France ». Ensuite j’aimerais savoir qui il désigne par les barbares, car quand on voit comment Israël traite les habitants qui étaient sur leur terre avant leur colonisation, j’ai l’impression que la barbarie est aussi du côté israélien.
C’est eux ou nous.
Meyer Habib
Morale de cow boy et de western : on ne pourra pas vivre ensemble, il faudra exterminer l’un des deux peuples. Tiens ça me rappelle quelque chose !
Madame la première ministre, pouvez-vous m’assurer que la France fera confiance à Tsahal, l’armée la plus morale du monde, pour écraser le Hamas ?
Meyer Habib
Mais il est député de quel pays, Meyer Habib ? Il parle d’une armée étrangère comme « la plus morale du monde » ? Voilà qui est blessant pour les soldats français, et passablement humiliant pour la représentation nationale. Mais enfin, il n’est plus à prouver que le nationalisme est une idéologie toujours prompte à se soumettre à d’autres nations.
Que vous allez dissoudre la NPA et autres qui font l’apologie du terrorisme.
Meyer Habib
Ah bon ? On passe directement à la politique française et on se sert de l’émotion suscitée par des crimes atroces pour cibler des adversaires ? Pas joli joli.
Mais rien n’égale l’ignominie de la conclusion de cette adresse :
Enfin, depuis que l’Assemblée nationale a voté les pleins pouvoir au maréchal Pétain, je ne pensais pas que l’antisémitisme se déchaînerait ouvertement à la gauche de ces bancs. L’histoire jugera cette cinquième colonne nichée au coeur de la république. Je vous remercie.
Meyer Habib
Il va sans dire que ceci est un mensonge et une calomnie. Meyer Habib, par cette phrase, pratique la provocation. Il espère blesser les gens de gauche pour que ces derniers sortent de leurs gonds. Il insulte en espérant des insultes en retour, car tout reproche fait à Meyer Habib pourra être récupéré et réinterprété comme des assauts antisémites.
Meyer Habib fait, à l’échelon de l’hémicycle, ce que le pouvoir israélien fait avec les Palestiniens : blesser et injurier pour pousser à la faute, et quand la faute est commise, se sentir légitime à user de toute la violence disponible en retour.
La sagesse précaire salue le calme des députés de la NUPES qui ont su ne pas répondre à la provocation du député LR.
Le documentaire de Thomas Legrand est très intéressant car il montre bien que la question du voile sur les cheveux est une question interne à la gauche.
Les gens de droite, eux, sont très sereins quand il s’agit de restreindre les libertés des étrangers, des immigrés, des pauvres et des musulmans. Cela ne fait pas de débat à droite. Quand on se dit de gauche, en revanche, c’est souvent avec l’idée qu’il faut soutenir les plus défavorisés, et les musulmans sont les plus discriminés en France, ceux qui gagnent le moins d’argent, ceux qui ont le moins de pouvoir.
Donc, en 1989, quand deux jeunes filles de Creil sont allées à l’école avec un fichu sur les cheveux, et que le proviseur les a exclues, les choses auraient pu en rester là : la droite est pour opprimer les musulmans, et la gauche les défend. Malheureusement pour la santé de la France, c’est la gauche qui était au pouvoir à ce moment-là et il a fallu que ce soit elle qui agisse et réglemente. Le reportage montre bien le malaise. La plupart des gens de gauche n’ont pas de problème majeur avec ces filles voilées. Mitterrand (président) les trouve mignonnes, Rocard (premier ministre) s’en fout, Jospin (ministre de l’éducation) explique à l’assemblée que le droit à l’instruction doit primer et qu’il faudra accepter les filles voilées à l’école. Toute la gauche pense qu’il n’y a là aucun risque pour la république.
C’est alors qu’intervient une réaction extrêmement musclée de la part d’une gauche qu’on n’avait pas vue venir : les Badinter, les Finkielkraut, tous ces gens qui, depuis, ont quitté la gauche et sont devenus de droite et d’extrême-droite. Ils trouvent les mots pour retourner l’opinion de la gauche. Ils expliquent qu’au nom du féminisme il faut interdire le voile qui est un signe de soumission de la femme.
Ils expliquent que ces filles étaient manipulées par des musulmans radicalisés.
Ils expliquent que les filles musulmanes « nous appellent au secours » et veulent être protégées de leur famille, de leur quartier, de leurs grand frères. Et nous, pauvres de nous, nous les avons crus.
Moi-même, j’ai été convaincu par ces arguments qui me paraissaient beaux et paradoxaux : interdire aux filles de s’habiller comme elle veulent pour les protéger et leur garantir la liberté de conscience. Il faut être con pour penser cela, me direz-vous, et c’est vrai, j’ai été ce con intello et sûr de ses valeurs.
C’était raciste de ma part, mais j’avoue que j’y ai cru. Quand le débat est revenu sur scène, dans les années 2000, j’étais professeur de philosophie au lycée français d’Irlande, et je me souviens de mes discussions avec mes amis irlandais dans les pubs. Mes amis ne comprenaient pas la France, ils pensaient qu’on pouvait laisser les filles s’habiller comme elles voulaient. Je les traitais de naïfs et j’essayais de leur faire la leçon sur les valeurs de la république, la laïcité et le risque des religions.
Ce reportage qui met tous ces débats en perspective nous permet de comprendre que nous avons été floués. On nous a menti, on nous a manipulés. Elizabeth Badinter était dans l’erreur mais elle était sincère en tant que bourgeoise effrayée par les maghrébins. Caroline Fourest, elle, a carrément menti pour remporter la mise. Elle prétendait que dans les auditions, les filles musulmanes demandait anonymement l’interdiction du voile pour sauvegarder un espoir de liberté.
Trente-cinq ans après l’affaire de Creil, vingt ans après la loi sur les fameux « signes ostensibles » d’appartenance religieuse, nous avons pu prendre du recul, voyager, lire, nous cultiver, rencontrer des centaines de musulmans. Le bilan est simple : on s’est fait avoir. Les filles ne demandaient pas notre aide, en tout cas pas une aide sous forme d’interdiction vestimentaire. Les musulmans s’intégraient à notre nation malgré notre hargne à les persécuter et à les fliquer, malgré notre suspicion quant à leur rapport aux femmes, jusqu’à l’intimité de leurs filles.
Trente-cinq ans après, que sont devenues ces deux jeunes Françaises voilées de Creil ? Qui se soucie d’elles ? Moi, je pense à elles.
Si j’en crois le philosophe officiel de la France centriste, Raphaël Enthoven, il faut lutter contre les femmes voilées et contre le Qatar qui est antisémite.
Sur un plateau de TV du service public, il égrène ses griefs contre le Qatar et je souligne ceci : « pays antisémite, où il est interdit de prier en hébreux dans la rue. »
Tous les mots de cette phrase m’étonnent et m’interrogent.
Il est interdit de prier dans les rues ? Pourquoi, qui a envie de prier dans les rues ? Qui voudrait se révolter parce qu’on interdit de prier dans les rues ? Même en France, où l’on a connu des phénomènes de prières musulmanes dans les rues, il y a dix ans et encore en 2017, même en France on a réglé la question et on ne prie plus ni en arabe ni en hébreux dans les rues.
Prier en hébreux ? Pourquoi prierait-on en hébreux dans un pays musulman ? Pourquoi Raphaël Enthoven feint-il d’être choqué que cela ne soit pas autorisé au Qatar ? Y a-t-il un seul pays au monde, à part Israël, où l’on prie en hébreux dans la rue ?
Je crois comprendre la stratégie du philosophe parisien. Son but est de criminaliser le Qatar, et de l’anathématiser sous le tripalium tétanisant de la misogynie, l’homophobie et l’antisémitisme. Il faut accréditer l’idée que le Qatar persécute les femmes, les homosexuels et les juifs.
Or, nous avons vu que, jusqu’à plus ample informé, les homosexuels étaient tranquilles dans le Golfe persique, même s’ils ne jouissaient pas des mêmes droits qu’en Europe. Nous savons aussi que les femmes étrangères y sont libres si elles sont financièrement indépendantes, et que les juifs n’y sont jamais menacés.
Donc Raphaël Enthoven ment devant nous tous, mais pour quelles raisons ? Je lance une hypothèse : le Qatar est un pays qui refuse de banaliser la politique d’Israël. À la différence de ses voisins, le Qatar continue de désigner Israël comme un pays colonisateur et injuste avec les Palestiniens. Je ne vois pas d’autres raisons qui pousseraient un intellectuel français à déclarer que tel pays est antisémite.
La même semaine, le même philosophe publie ce tweet :
« Un soignant antivax… qui lui confierait sa santé ? Et pourquoi pas un boucher vegan ? Une féministe voilée ? Un plagiste astronome ? Un cercle carré ? »
Raphaël Enthoven, 25 novembre 2022
Une femme qui porte un voile, surtout si elle est musulmane, ne peut pas être féministe selon Enthoven. C’est même une contradiction dans les termes, cela revient à imaginer un cercle carré. Or, je connais beaucoup de femmes voilées qui me paraissent et se déclarent féministes. Rien dans leur comportement et dans leurs paroles ne trahit un anti-féminisme, mais elles portent un voile sur les cheveux, librement, pour des raisons qui les regardent. Enthoven met toute sa puissance médiatique à étouffer la parole de ces femmes. Il faut les faire taire, et si ce n’est pas possible, il faut les rendre inaudibles.
Le philosophe Enthoven prend sa part dans la guerre que livrent certains contre l’islam. Pour la mener, cette guerre, il faut diviser les Français modestes entre eux, ce qui n’est pas très difficile. Il faut aussi tout faire pour maculer les pays musulmans aux couleurs de l’homophobie, de la misogynie et de l’antisémitisme.