« Inside Britain’s Israel Lobby »: un documentaire de Channel 4

 

Écrit par Peter Oborne, le documentaire Dispatches: Inside Britain’s Israel Lobby serait impossible en France, où le sujet est trop sensible, et où les journalistes (ceux qui les emploient, plutôt) ont moins de courage, ou moins d’indépendance. Je l’ai regardé par hasard, moi qui regarde peu la télévision. Très vite, dès les premiers mots du documentaire, j’ai été bluffé par la liberté de parole du journaliste anglais.

Il explique comment un lobby appelé « Friends of Israel » finance des politiciens des principaux partis politiques britanniques. Le leader des conservateurs (et probable prochain premier ministre) David Cameron, est actuellement arrosé d’argent pour sa campagne, ce qui l’a amené à ne jamais prononcer le mot « Gaza » dans ses discours sur le Moyen-Orient. Dix millions de livres sterling auraient été versées au parti conservateur par les « Amis d’Israel » durant les huit dernières années. Un politicien, M.Hague, bénéficiait de dons venus des membres de ce groupe de pression, et quand il se permit, lors de l’intervention israélienne à Gaza, de dire que c’était là une « riposte disproportionnée », des membres de l’organisation le traitèrent d’antisémite et tous les fonds lui furent supprimés.

En général, les journalistes du Guardian et de la BBC se font régulièrement traités d’antisémites, et le documentaire Dispatches montre de nombreux journalistes fatigués de devoir se battre constamment pour travailler en supportant la pression.

La pression est aussi très lourde sur les épaules d’autres juifs britanniques qui protestent contre les méthodes du lobby en question. L’un d’eux dénonce le fait que les Friends of Israël prétendent représenter tous les juifs, moyennant quoi il s’est fait traiter de nazi dans des journaux américains. Un autre est en charge de la Liberal Synagogue (« Synagogue de gauche »), et dénonce clairement, calmement, les excès de l’État d’Israël. Il rit de la pression que les Friends of Israël font peser sur lui. Il dit que c’est la vie, et qu’il faut faire avec. Visage de sain et regard sans révolte.

Le reportage est conduit de main de maître et laisse deux sentiments également puissants. Premièrement, on se dit que les militants pro-Israël fatiguent de plus en plus de monde et font de plus en plus de mal à l’image du pays qu’ils veulent défendre. Deuxièmement, on se prend à admirer les juifs dans leur ensemble pour leur diversité d’opinions et leur capacité à critiquer frontalement, courageusement, les extrémistes de leur propre communauté.

Evolution et continuité : variété et musique savante

Pour prolonger le débat qui a commencé il y a quelques jours, quand on s’intéresse aux chansons et à la musique, il est remarquable de noter la permanence qui y règne. Les amateurs de musique se détestent mutuellement, et rejettent tel ou tel genre avec horreur. Quand j’étais jeune, les « hardos » voyaient le « funky » comme une erreur de l’humanité ; cela cachait mal la profonde ressemblance des chansons de « funky » et de celles de « hard rock ». De nombreuses expériences ont eu lieu, depuis, montrant qu’on peut jouer toutes les chansons, de quelque style que ce soit, seul à la guitare, ou seul au piano. Ce qui témoigne du fait que les chansons répondent à des principes de composition très similaires.

Il est merveilleux de constater combien la chanson évolue peu, avec le temps. Dans une espace géographique donné, disons la France, on pourrait même penser qu’elle n’évolue presque pas. Les chansons traditionnelles que nous connaissons datent des siècles passés et il semble que rien n’ait changé. Quelques vers, des jeux avec les mots, des ambiances, des mélodies simples qui se répètent. Aux marches du palais, 18ème siècle au moins (mais peut-être plus ancienne) est à la fois simple et profonde, anonyme et singulière. Malgré son anonymat et ses différentes reprises dans les diverses provinces françaises, cette chanson a gardé son étrangeté et sa puissance mythologique, érotique, mélancolique et fondamentalement onirique :

La belle si tu voulais / Nous dormirions ensemble

Dans un grand lit carré / Couvert de toile blanche

Aux quatre coins du lit / Un bouquet de pervenches

Dans le mitan du lit / La rivière est profonde

Tous les chevaux du roi / Pourraient y boire ensemble

 Et nous y dormirions / Jusqu’à la fin du monde

On n’a jamais fait mieux. Pour moi, c’est la chanson des chansons.

Or, ce qui change, dans la musique populaire, ce ne sont que des éléments de surface : orchestration (on dit arrangement dans la pop), voix, interprétation, imageries. Les structures n’ont pas évolué depuis les chansons traditionnelles. Les rythmiques, en temps pairs ou impairs, sont demeurés les mêmes depuis le moyen-âge, semble-t-il. L’évolution se fait surtout au niveau de la technique des sons et des instruments, par des processus très intéressants de capture et d’appropriation. La guitare est enlevée de son usage classique, on en simplifie les accords et le maniement, et elle devient le grand accompagnateur des soirées entre copains, le grand symbole des protest songs, et même le symbole d’un certain mode de vie. L’électronique est aussi détournée de ses usages expérimentaux, on en simplifie l’usage et on accompagne des chansons qui ont ainsi l’air d’être inouïes, mais qui restent très fidèles aux structures des ballades et des branles d’autrefois.

C’est là que la différence est nette avec la musique savante. La rupture entre la polyphonie et le baroque, au tourant du 17ème est radicale. De même celle entre le baroque et le classique, et encore celle qui a vu apparaître le romantisme. On assiste à des transformations de nature vertigineuse. Et je ne parle pas de ce qui s’est passé au XXe siècle : les créations de Webern, si concises, que l’on ne peut écouter qu’en ayant fait au préalable table rase de ce que représentent pour nous le son des instruments de musique.

Ce n’est pas pour rien que feu Claude Lévi-Strauss détestait la musique contemporaine. A mon avis, c’est parce qu’elle rompt structurellement avec les modes passées. Autant, dans la variété, on peut concevoir une permanence de la pratique musicale, des temps les plus reculés jusqu’aujourd’hui, autant la musique savante présente depuis quatre ou cinq siècles une autonomisation de la créativité qui la sépare, progressivement, de ce que les hommes ont toujours fait. Bien sûr, les compositeurs reprennent des mélodies ou des colorations qui viennent de la musique populaire, mais ils n’en ont plus besoin. On perçoit dans le morceau de Dusapin que j’ai mis en tête de billet non seulement l’influence du jazz (qui s’est autonomisé très rapidement de son origine populaire), mais aussi des mélodies un peu cryptées, dans un jeu de cache-cache sonore. Mais ce retour à la mélodie que l’on retrouve depuis la guerre ne doit pas nous faire oublier l’abstraction et l’expressivité infinie dont est capable la musique savante, et dont Webern est peut-être le meilleur représentant.

Un cordonnier lyonnais de la Renaissance pourrait assez vite faire siennes les chansons produites dans les années 2000, une fois passé l’effroi que lui causeraient l’électricité des amplis et les néons des nightclubs, mais devant un morceau de Webern, les amateurs de variété sont aussi démunis que le seraient les indiens Bororo.

Beauté des murs de Belfast

mourne_wall_donard.1305541238.jpg                                         Mur de la famine, Irlande du nord, XIXe siècle.

En ces temps de commémoration de la chute du mur de Berlin, on s’intéresse avec fruit aux phénomènes des murs en général. Les journalistes cherchent d’autres villes où les murs restent d’actualité : Jérusalem et, donc, Belfast ou Derry.

Il convient de ne pas se précipiter. Il n’est pas pertinent de se lamenter en disant que c’est une honte. Tous les murs ne sont pas automatiquement honteux. Les Irlandais ont des manières ancestrales très intéressantes de construire des murs en pierre. En France aussi, dans les Cévennes par exemple. La Chine, enfin, m’a appris à considérer les murs d’une manière étourdissante de beauté, de profondeur humaine, péripatéticienne et chaleureuse.

A Belfast, les murs et les haies sont appelés des « Lignes de la paix » (Peace Lines), et ils ont été érigées, depuis les années 1970, pour séparer des quartiers catholiques de quartiers protestants. Depuis la fin officielle des Troubles, il y a dix ans, ces murs se sont multipliés : on en compte aujourd’hui plus de 40, et ils seraient longs de plus de vingt kilomètres si on les mettait bout à bout.

Naturellement, cela donne une image peu engageante de la ville, et rares sont ceux qui les voient d’un bon oeil. Moi, leur présence m’intéresse, voire me satisfait. L’érection de ces barrières sont une manière populaire, aveugle, de résister à la pensée unique et touristique qui veut que nous vivions tous dans un même bain de différences tolérées et joyeuses. Bullshit que tout cela ! Nous vivons bien dans un monde difficile, tendu, aux équilibres précaires. Si les intellectuels l’oublient pour se bercer d’illusions, les classes populaires nous le rappellent.

Une cinéaste franco-israélienne est venue à Belfast l’année dernière, à l’occasion d’un festival ; on diffusait un beau documentaire sur le mur qui, en Israël, sépare les Palestiniens de leur famille, des villes, de leur travail. La cinéaste parla de Belfast et traça un parallèle avec Jérusalem. Elle a déclaré qu’il fallait tout faire pour détruire ces murs, qu’il ne fallait surtout pas s’habituer à leur présence. Mais il y a au moins une différence fondamentale entre les Peace lines de Belfast et le mur honteux de Jérusalem : tous les habitants irlandais ont le même accès au centre ville de Belfast, et personne n’est séparé de sa famille.

Ce qui sauve Belfast, peut-être, c’est que les centres commerciaux sont accessibles à tous. (La marchandise et le commerce sont des facteurs de paix depuis la plus haute antiquité).

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En 2008, un débat public a eu lieu sur la question, et quelle opinion prévalut ? Celle des habitants, bien entendu. Et que veulent les habitants, des deux côtés de chaque mur ? Ils veulent conserver ces murs. Ils protestent dès qu’on émet l’idée d’une éventuelle évolution.

Il faut les comprendre, ces murs sont bel et bien efficaces pour réduire le taux de violence. Moi-même j’habite une petite rue qui est solidement ancrée dans un quartier ouvrier protestant, Roden street. C’est une rue très calme et vraiment agréable à vivre. A part quelques querelles de voisinage, je n’entends jamais aucun bruit de violence urbaine. Or, il m’est très difficile de trouver des co-locataires quand une chambre est libre car les gens de Belfast ont une mauvaise image de cette rue. Les gens du quartier m’ont expliqué : il y a encore dix ans, la rue continuait jusqu’à Grosvenor street, et de nombreux affrontements avaient lieu avec les catholiques de là-bas. Maintenant, un gros boulevard périphérique (West link) coupe la rue en deux. On peut traverser ce périph’ grâce à une passerelle grillagée, rouge, conçue et construite dans un grand style militaire, tendance « mirador ».

En plus de la voie rapide, on a érigé une barrière, en brique et en grille, derrière laquelle flottent quelques drapeaux irlandais. Moi, le hasard de la géographie a fait que j’habite du côté protestant de la rue, où flotte l’Union Jack.

roden-street-007.1257593943.JPGPasserelle sur le « West link », Belfast.

Aux premières loges d’une existence sectaire où règne la ségrégation communautaire, je peux témoigner, la main sur la bible, du fait que la séparation des unités d’habitation augmente la sécurité physique des habitants.

Tous ces murs et ces grillages blessent sans doute le paysage de Belfast, mais les blessures et les cicatrices font aussi de beaux visages. La paix ne sera jamais complète tant qu’il y aura des Peace lines, certes, mais je le répète, il ne faut pas se précipiter. On ne fait pas la paix avec de bons sentiments, et encore moins avec des discours sur le multiculturalisme et la réconciliation. On fait la paix avec des armes, des murs, des intimidations, des pots de vin et des liquidations intolérables…

Oups! Je suis allé trop loin… Restons-en à cette métaphore du beau visage de Belfast, couvert de cicatrices mais animé par un regard de braise.

Variété, ritournelle : la musique populaire sans hiérarchie

 

Je tourne autour du pot sans parvenir à exprimer ce que je veux dire. 

Je me suis fait gentil en montrant que j’écoutais des trucs modernes. Je me suis fait méchant en critiquant frontalement le rock. Je me suis fait coeur d’artichaut en avouant que je craquais devant des chanteuses françaises et américaines.  Et pourtant je ne parviens pas à dire une fois pour toute ce que je ressens comme malaise devant cette musique populaire qui me plaît, qui m’accompagne comme chacun d’entre nous, et qui en même temps me révulse et m’ennuie.

Il est évident que ce n’est pas la musique qui me pose problème, mais les opinions que l’on se fait d’elle. Je ne supporte plus que les chansons soient perçues comme un art supérieur. Des gens que j’estime, et même des gens que j’aime infiniment, et parfois, pour une certaine d’entre elles, que j’aime de manière irraisonnable, me disent des opinions qui constituent pour moi des petits scandales de la pensée esthétique. Le sage précaire, c’est aussi son job, doit les dénoncer. Il s’excuse par avance à tous les susmentionnés, et ne veut en aucun cas se brouiller avec eux, mais quand il entend dire que Leonard Cohen est un poète, que Talking Heads c’est mieux que Berlioz, que Bob Dylan c’est mieux que Ravel, que les Pink Floyd c’est équivalent à de la musique classique, que les Beatles sont des génies de la musique, le sage précaire dit que quelque chose est pourri dans le royaume de l’art sonore.

Alors je vais renommer les choses pour que ce soit clair : tout ce que nous écoutons comme musique, presque tout, c’est de la variété. Jusqu’à présent, je disais « musique populaire » par opposition à musique savante. Mais il faut appeler les choses par leur nom. Tout ce qui est chanson de quelques minutes, avec ou sans refrain, avec lignes mélodiques reprises en boucle, c’est ce qu’on appelle de la variété. Techniquement, il n’y a pas de différence entre Tom Waits et Céline Dion, entre Bob Marley et Michel Sardou. Sur le plan des paroles, c’est la même chose : l’écriture de Brel et de Brassens est du même ordre que celle de Patrick Sébastien, ou celle de Didier Barbelivien. Entre Comme un ouragan de la princesse de Monaco, et Ballad of a Thin Man de Bob Dylan, la différence générique, poétique et littéraire est si mince qu’il est inutile d’essayer de tracer une frontière.

Ce qui m’insupporte, c’est la mode qui consiste à voir, dans la variété, une hiérarchie qui amène les rockeurs les plus ignorants à mépriser telle chanteuse ou tel chanteur. Les abonnés de Charlie Hebdo méprisent la chanson française, non mais on croit rêver. Il existe un snobisme qui veut que la chanson française n’est pas vraiment de la musique, comparé à des groupes plus obscurs. Le même snobisme mène à penser que Chanson populaire de Claude François est moins cool que les chansons de Bashung. Il faut rabattre un peu tout ça, et affirmer très clairement que les groupes que nous aimons doivent être ramenés à leur juste valeur : variété. Ils ne sont pas plus profonds, ni plus intéressants, ni plus riches que tous ces chanteurs oubliés qui ont créé Hélène je m’appelle Hélène, ou Le Temps des cerises. 

La chanson est là pour accompagner la vie, les actes du quotidien. On chante pour se donner du cœur à l’ouvrage, pour marcher, pour aller faire la guerre, pour apprendre, pour organiser, pour calmer et apaiser

L’art rigoureux des bric-à-brac universels

 Le Musée de l’Ulster, à Belfast

Les Britanniques aiment le patchwork et les espaces paradoxaux. Ils aiment les listes, les Top Ten, les classements, mais ce qu’ils aiment encore plus, c’est l’art de classer les classements, de « mettre ensemble », dans des espaces fermés, des séries de choses méticuleusement répertoriés. Puis de mettre en série les séries, et de jouer comme ça, infiniment, sur des regroupements et des subdivisions.

Les Britanniques ont des habitudes culturelles qui déroutent le voyageur intranquille, et qui le réjouissent plus que tout au monde. Leurs musées sont parfois d’immenses lieux ultra ordonnés, qui traitent d’un peu de tout, sans qu’on comprenne jamais dans quelle optique les choses suivent cet ordre plutôt qu’un autre.

À Belfast, le grand musée de la ville était fermé depuis trois ans, pour restauration, et j’attendais depuis un an son ouverture, car ici, l’hiver est long, humide au dehors mais sec à l’intérieur. L’ Ulster Museum vient enfin d’ouvrir ses portes, et c’est un formidable bric à brac. On y voit une exposition de peinture abstraite, des animaux empaillés, des info sur la création des étoiles, des céramiques chinoises, des artefacts industriels, des vestiges archéologiques, une histoire de l’Irlande du nord, des choses rapportées de lointaines expéditions, et encore mille autres trésors.

J’avais déjà été frappé, à Liverpool, par le World Museum qui mettait un peu de tout à la portée du public, sans exhaustivité, sans véritable esprit de système, mais avec un profond souci de plaire et de captiver les familles.

C’est ainsi que les Britanniques sont de grands éditeurs de ces livres typiques, incompréhensibles, d’une drôlerie infinie : les « Miscellannées ». J’en ai vu quelques uns du 19ème siècle à la bibliothèque de l’université, et c’est un genre qui revient à la mode ces temps-ci, semble-t-il. Il s’agit de compiler des articles et des informations sur tout et n’importe quoi, sans discrimination a priori, sans hiérarchie. Un chapitre sur l’histoire de l’édition, suivi par quelques pages sur les noms des papes, puis des pages de listes : listes de villes du monde, listes de ceci, liste de cela, ces livres sont proprement imprévisibles.

Mon ami Patrick, à qui je me suis ouvert de cette idiosyncrasie culturelle, m’a expliqué que l’Angleterre avait été un empire et que, de ce fait, les Britanniques aimaient exposer des choses du monde entier. Patrick voit dans ces musées et ces livres, non un motif d’amusement ou d’admiration, mais le signe d’un intérêt soutenu pour le monde entier.

C’est vrai qu’on sort de ce musée, l’Ulster Museum, avec l’impression d’avoir fait une longue promenade, mais on ne sait où. Une promenade dans des univers très séparés, très variés ; on est passé d’un monde à l’autre sans préparation, et cela crée un véritable sentiment de plaisir mêlé à de la destabilisation. Car même dans les musées d’art, les musées clairement définis, les salles obéissent à une espèce de loi d’autonomie, en vertu de laquelle les espaces tranchent radicalement les uns sur les autres.

Ici, à Belfast, le visiteur est baladé, après quoi il est comme rejeté, projeté dans le très beau Jardin botanique, l’esprit plein d’une impression confuse, entre émerveillement et perplexité. Si cela ne contente pas le désir de voyager, qu’est-ce qui le fera ?

Griffin, l’anti-racisme et le retour des années 80

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De plus en plus, j’ai l’impression de revivre sur les îles britanniques ce que la France a vécu dans les années 1980. Les premières fois que je pensais cela, je me critiquais en me disant cela était dû à une mauvaise compréhension des choses et des paroles. Qu’il était impossible que la France ait été en avance de 20 ans sur l’Angleterre, et pourtant.

Pourtant, aujourd’hui, les journaux parlent d’un événement qui s’est passé hier soir, et ce sont les journalistes anglais eux-mêmes qui rappellent que la France a connu la même chose en 1984. Pour la première fois, le leader d’un parti d’extrême-droite, le BNP (British National Party) était invité dans la grande émission politique de la BBC. En signe de protestation, de nombreux Londoniens sont allés manifester devant les locaux de la télévision. De nombreuses personnalités dénoncent le fait que la BBC donne une telle visibilité, et une sorte de crédibilité à quelqu’un que l’on décrit dans la presse généraliste, ainsi que dans les blogs, comme « raciste » et « fasciste ».

Le Pen chez les Anglais

Tous les journaux anglais rappellent le cas de Jean-Marie Le Pen, invité à L’Heure de vérité en 1984, et combien cette émission a été déterminante dans la montée en flèche du Front national. Dans le reportage du Guardian, Le Pen critique les manifestants, dont il dit qu’ils se font « une idée très restrictive de la démocratie ».

Les autres fois où j’ai eu cette sensation de revivre les années 80 concernent effectivement la question des étrangers et du racisme. Le thème est très à la mode, et on n’a pas peur, en Angleterre, d’appeler un festival : Love Music Hate Racism. Tous ces thèmes un peu cul-cul et larmoyants, comme la tolérance, l’antiracisme, le métissage, le multiculturalisme, sont ici omniprésents, comme ils l’étaient dans la France d’SOS Racisme et de Touche pas à mon pote, de Jack Lang et de Jean-Jacques Goldmann. Nous assistions avec effroi à la montée en puissance de Le Pen (que, pour ma part, je détestais tellement que j’étais prêt à le tuer pour sauver l’honnneur de la patrie!), de la même manière que nos amis anglais assistent, impuissants, à la popularité grandissante de Nick Griffin.

Le « décalage migratoire » et le décalage économique du Royaume-Uni

Ce n’est pas pour rien que j’ai traité de ce sujet plusieurs fois depuis que je vis au Royaume-Uni. C’est une vraie question, pour le voyageur actuel, que la place des étrangers dans nos pays. J’avais expliqué quel était, à mes yeux, leur statut dans un pays anglo-saxon par comparaison avec leur statut en France. J’avouais qu’à titre personnel je préférais être un étranger en terre anglo-saxonne, mais j’avais clairement stipulé (enfin, j’avais lancé l’idée) que les choses deviendraient moins roses en temps de crise économique et sociale. Les remous autour de Nick Griffin me donnent peut-être un peu raison.

A la question provocatrice que j’avais posée en septembre 2008, « Les Britanniques sont-ils plus racistes que nous ?« , il faut évidemment répondre que non. Pourquoi les Britanniques seraient-ils plus racistes ? Simplement il faut se demander : pourquoi aujourd’hui ? Pourquoi Le Pen en 1984, et Griffin en 2009 ? Je vois un élément de réponse dans la situation des années 1970, et dans le décalage des moments de crise entre nos deux pays.

L’immigration africaine devint massive, en France, dans les années 1970, et c’est en 1972 que Le Pen créa le Front National. Il a fallu attendre plus de dix ans, et une longue crise économique, pour que le « parti anti-étrangers » trouve un véritable ancrage dans la population française. Or, à cette époque, les étrangers n’émigraient pas au Royaume-Uni car c’était un pays en grande difficulté économique dans les années 1970, comme chacun sait. Les îles britanniques ne sont devenues une destination favorite des pauvres que depuis les années 1990. Nous y avons débarqué par milliers pour trouver un emploi et pour nous amuser, et c’est maintenant que la population britannique la moins favorisée se sent vraiment étouffée, mal à l’aise, effrayée devant un avenir incertain, et scandalisée par une idéologie médiatique bien pensante où elle se sent méprisée, incomprise et menacée.

Hérodote aux confins du monde

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L’un des plus beaux passages de la littérature universelle m’est apparu comme tel un beau matin, après l’avoir lu, pourtant, une dizaine de fois dans ma vie. Preuve qu’il faut constamment relire, revoir, retourner sur les mêmes lieux, et que l’unicité est l’ennemi du beau.

Il s’agit des quelques pages où Hérodote se demande d’où vient l’or du monde. Très vite, il en vient à faire le compte des différentes limites du monde. A l’est, l’Inde est le dernier pays habité. L’Arabie, plus au sud, est une autre extrémité. Tout au sud, c’est l’Ethiopie, où les gens vivent très vieux. A l’ouest, Hérodote avoue qu’il n’en sait rien et n’a jamais rencontré un témoin oculaire d’une mer « au-delà de l’Europe ». Au nord, enfin, vivent les « Arimaspes », hommes à un œil.

Chacun de ses peuples extrait l’or de manières extravagantes. Les Indiens le soutirent à des fourmis géantes et voraces. Les Arimaspes le dérobent à des griffons qui sont censés le garder. Les Arabes n’ont pas d’or mais d’autres matières précieuses : l’encens, la myrrhe, la cannelle, le ciname et le lédanon, qu’ils récoltent en se donnant beaucoup de mal, à cause des serpents volants, des chauves-souris terribles et des oiseaux carnivores gigantesques. De chez nous, l’Europe de l’ouest, viendrait l’ambre et l’étain. 

Ce sont quelques pages fulgurantes car, au beau milieu du troisième livre (L’Enquête en compte neuf au total), et sans que rien ne les annonce, le grand voyageur nous fait soudain considérer nos limites. D’un seul coup, comme sur un coup de tête, alors qu’il parlait d’autre chose, il nous fait regarder vers les quatre points cardinaux et tend notre attention vers la fin du monde.

Et ce sont des pages poignantes à mes yeux, parce qu’elles inspirent différents sentiments contradictoires très profonds en chacun de nous. Le désir : on se sent bouillir d’impatience d’aller y voir de plus près. La frustration : on se rend bien compte qu’il est très difficile d’aller là-bas, là où le monde s’arrête (l’armée du redoutable Cambyse n’a jamais pu atteindre l’Ethiopie). L’enfermement : le monde paraît soudain petit et étouffant. L’épouvante : quelle horreur que ces hommes à un oeil, et que ces monstres! L’émerveillement : que de beautés inconcevables chez ces sauvages et ces monstres! Tout l’or du monde vient de là-bas, les confins sont les lieux les plus riches en matières précieuses.

En tout cas, il est certain que les extrêmités de la terre, qui forment comme une immense ceinture autour du monde, regorgent de toutes les choses que nous estimons ici les plus rares et les plus belles. (Trad. Jacques Lacarrière).

Poignant aussi, car je me mets à la place des hommes de cette époque, le VIe siècle avant JC. Ils voient arriver des bateaux pleins d’épices, d’objets d’or, de richesses incomparables. Chacun demande à son voisin d’où tout cela vient, et malgré les voyageurs, malgré les conversations, malgré les lectures, ils inventent que tout cela vient d’endroits fabuleux, dangereux, inaccessibles.

Il y a, dans l’ignorance et la volonté de savoir d’Hérodote, quelque chose qui me noue la gorge, surtout de bon matin, quand je suis entre la veille et le sommeil.

Ibn Battuta et les femmes africaines

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Dans les années 1350, le grand voyageur Ibn Battûta accompagna une caravane pour se rendre dans ce qu’il appelle le « Pays des Noirs ». C’est la fin de son immense récit de voyage, intitulé Présent à ceux qui aiment à réfléchir sur les curiosités des villes et les merveilles des voyages, que la tradition nomme la Rihla. Quand il se rend chez « les Noirs », il est déjà très expérimenté, il connaît le monde mieux que personne à son époque. Il est allé jusqu’en Chine, il a fait tous les pèlerinages, a occupé de nombreux emplois extravagants : il est allé jusqu’à administrer certaines région d’Asie, les voyageurs attirant parfois la confiance des peuples indigènes au point d’être sollicités pour être leur chef !

En français médiatique, on dirait que, plus qu’un autre, Ibn Battûta est « ouvert d’esprit ». Il a appris à comprendre et admirer des cultures, des techniques et des religions très éloignées des pratiques du monde musulman.

Pourtant, il n’aime pas les Noirs, qu’il trouve très impolis « à l’égard des Blancs ». Les Blancs, dans son récit, ce sont les Arabes, non les Européens, qui sont inexistants dans l’histoire universelle de cette époque.

Peut-être parce qu’ils sont musulmans, il ne pardonne pas aux « Noirs » de laisser leur femme aussi libre. Elles ne sont pas voilées, et elles fréquentent des hommes qui sont des « amis ». Contrairement à ce que semble recommander la sourate XXXIII du verset 55 du Coran, les femmes noires sont vues par des hommes qui ne sont ni le frère, ni le père, ni l’oncle, mais n’importe quel énergumène que les maris eux-mêmes, pas plus jaloux que cela, appellent un « ami ». Il résume cela dans une phrase qui avait pour but de faire horreur, ou de provoquer le rire, chez le lecteur : « Un massûfite peut entrer chez lui et trouver son épouse en compagnie de son ami, sans qu’il s’en formalise. » (Voyageurs arabes, Bibliothèque de la pléiade, p.1027.)

Ibn Battûta en est outré et refuse d’honorer les invitations des musulmans qui ont de telles pratiques.  

Je me demande malgré tout s’il ne faut pas relire tout cela avec un peu de recul. A mon avis, il y a chez le voyageur une sorte de double langage, ou plutôt un langage qui oblige le lecteur à opérer une double lecture. Certes, en bon musulman, il est choqué de voir ces femmes prétendument musulmanes parler avec des hommes. Mais il me semble que son ton est là pour amadouer son lectorat, c’est-à-dire les lettrés, les dirigeants et les clercs arabes. Au moment où il se met en scène en train de s’offusquer, il montre à ses contemporains que d’autres façons de se comporter existent. Loin de peindre ces moeurs libérales sous d’horribles couleurs, il montre l’harmonie, le calme et la concorde qui semble en découler. Il met dans la bouche d’un de ces massûfites ces paroles explicatives : « Les liens d’amitié qui unissent les hommes aux femmes chez nous sont francs, respectueux et sans équivoque. Les femmes ici ne ressemblent pas à celles de votre pays ! » (p.1028)  

Francs, respectueux, sans équivoque, voilà de belles paroles qui peuvent s’accorder, à qui sait lire en prenant son temps, avec les valeurs de n’importe quelle religion. Mon hypothèse (mais ce n’est qu’une idée que je lance, sans y rien connaître au fond), est qu’Ibn Battûta cherche moins à juger les peuples étrangers qu’à en décrire les mœurs pour le bienfait (Présent à ceux qui aiment à réfléchir, dit le titre de son ouvrage) de ses compatriotes.

 D’ailleurs, au paragraphe suivant, il dit que le pays est tellement sûr qu’il n’y a pas de nécessité à voyager en caravane. Je déforme sans doute la pensée de cet Arabe du XIVe siècle, mais je ne peux m’empêcher de voir une relation de cause à effet entre la paix entre les hommes qu’il décrit parmi ce peuple africain, et le rapport d’amitié que ces mêmes Africains sont censé développer avec leurs femmes, amitié basée sur la franchise et le respect.

Seamus Heaney et Michael Longley

heaney460.1255885245.jpgphoto robertarood.wordpress.com 

Après la sous-culture, la grande culture. Qui a dit qu’il n’y avait pas de hiérarchie dans l’art ? Quand deux grands poètes viennent lire leurs oeuvres, sur les thèmes de l’amour, de la guerre et du paysage, accompagnés par le plus grand orchestre du pays, le sage précaire respire, il redevient calme et il admire.

La salle était comble hier soir, pour entendre les deux grands héros des lettres nord-irlandaises. Le prix Nobel 1995 (Heaney) et son vieux compagnon Longley, tous deux nés en 1939, ont fêté leur 70ème anniversaire par une lecture publique au Waterfront, la salle de concert au bord de la rivière Lagan. Cette performance rappelait les tournées que les deux poètes effectuaient dans les années soixante. Au-delà de la poésie, de l’amour de la poésie qui reste vivant en Irlande, ces deux hommes donnaient l’image d’une conciliation entre les deux communautés, Seamus étant catholique, et Michael protestant.

longley.1255883396.jpgMichael Longley

Je rencontrais, assise à côté de moi, une jeune rouquine qui enseignait l’anglais à Derry, et qui suivait des cours à Belfast sur la littérature irlandaise. Elle avait écrit un mémoire sur la présence des Troubles dans la poésie de Heaney. Or, chaque fois qu’elle cherchait à obtenir un contre-exemple poétique, venant de « l’autre camp », elle citait Longley. Pour Karen, puisque c’est le nom de cette jeune enseignante, l’oeuvre de ces deux hommes est profondément liée l’une à l’autre, de même que sa propre identité, à elle, héberge un patronyme écossais et un sentiment d’appartenance à l’Irlande. Pour elle, qui n’était pas née à l’époque de ces tournées poétiques, cette soirée était très émouvante. Elle connaissait la plupart des poèmes lus. Elle-même était originaire de département rural de Heaney, et elle avait grandi sous la protection tutélaire du poète.

L’effet que produit le nom et la présence de Seamus Heaney est vraiment étonnant. Les tickets pour l’événement ont été vendus en quelques jours, et le duo pourrait se produire chaque semaine, il y aurait salle comble à chaque fois. Après le « concert » j’ai invité Karen à prendre un verre, et me suis imposé, faussement naïf, à la réception qui a suivi, en présence des poètes, mais aussi du vice-premier ministre Martin McGuinness, de la ministre de la culture, du vice-chancelier de l’université Queen’s, le gratin politico-culturel de la province. Karen était très gênée de jouer ainsi la pique-assiette et elle reconnaissait des visages qui, naturellement, ne me disait rien, à moi qui buvais verres après verres, un vin blanc qui était inexplicablement mauvais. Je le faisais passer grâce aux excellents petits fours. Karen dut partir très tôt car son boyfriend l’attendait en voiture pour la ramener dans son village natal. Une amie brésilienne ayant été refoulée de la réception, je sortis pour aller la chercher, et passais le cordon de sécurité en prétendant que j’étais quelqu’un. On me laissa sortir et rentrer, et on ne fit aucune remarque à mon amie.

Cette dernière connaissait aussi les poèmes de Heaney par coeur, et s’arrangea pour aller lui parler. Elle était plus ou moins mandée par l’université de Sao Paolo de faire venir le prix Nobel nord-irlandais au Brésil, pour l’inauguration d’un département d’études irlandaises. Elle revint vers moi, bouleversée d’avoir parlé au grand homme.

Tout cela me transportait aux temps où les écrivains étaient des étoiles de la vie sociale. L’époque où Dickens faisait des tournées pour lire ses romans, et où des milliers de gens se déplaçaient pour voir et écouter le prodige.

Ras le cul de cette sous-culture

Hier soir, j’ai même quitté le cinéma avant la fin du film. Au bout d’une demie-heure, je savais tout ce que j’avais besoin de savoir. Ou plutôt, je savais que je n’avais rien à acquérir de ce film, (500) Days of Summer. Comme dit mon ami américain Daniel : « aujourd’hui, tous les films sont produits pour plaire aux Américains de quinze ans. Si tu n’es pas un garçon, si tu n’as pas quinze ans, si tu n’es pas américain, le cinéma est une forme d’art qui ne t’est pas destinée. » C’est extrême, mais j’étais de cet avis hier soir.

La semaine dernière, j’avais déjà quitté un théâtre avant la fin de la performance. C’était un concert/performance/événement pour la « Traduction ». International Translation Day, qu’ils appelaient cela. Un groupe de musiciens, composé d’Africains, d’un Européen, d’un sud-Américain, d’un Chinois, jouait du reggae. Le leader du groupe faisait passer dans l’assistance des percussions africaines et irlandaises. Le « Bodhran », percussion traditionnelle irlandaise était montré au public : « Vous savez comment on en joue, n’est-ce pas ? C’est un peu complexe, il faut faire comme ça et comme ça. Mais bon, pour ce soir, vous pouvez juste taper dessus comme ça : BOUM BOUM ». L’important était que chacun fasse du bruit, en frappant dans ses mains, en chantant, en frappant sur des tambour. Et il fallait faire passer les percussions à ses voisins.

Moi, j’ai fait mon rabat-joie. Je prenais les instruments qu’on me tendait et les faisais passer à d’autres spectateurs sans les utiliser. Ou bien je les posais, laissant tomber ce lourd symbole d’instrument de musique qui passe de main en main, comme les langues et les cultures qui sont censées entrer dans un échange constant. Je serais curieux de savoir combien de gens dans l’assistance pouvaient parler autre chose qu’anglais…

International Translation Day. Comme par hasard, le Noir qui chantait le reggae chantait en anglais. Comme par hasard, le Chinois qui jouait du violon, jouait de sorte qu’on ne l’entendait pas. Je m’agitais sur mon siège, cherchant le moment adéquat pour m’enfuir.

Quelle image de la traduction et de la musique veulent-ils donc véhiculer, ces organisateurs de soirées ? Et dans une université en plus! Qu’y avait-il donc à glaner d’universitaire là-dedans, dans cette fausse communion où les uns jouaient d’instruments électrifiés, et les autres de rien du tout, les uns couvrant les bruits des autres ? Quel type de savoir, ou de savoir-faire, a-t-on pu imaginer faire circuler dans ce fatras ?

Qu’on ne me force pas à chanter et être content. Cette façon de prendre le public pour une entité d’emblée acquise à sa cause et prête à faire du bruit, m’est horripilante. Cette façon de faire croire que la musique peut être jouée par tous, indistinctement, sans apprentissage, m’est odieuse. Même pour les enfants, une telle activité ne me convainc pas. Cette croyance béate que les langues peuvent être apprises comme on joue du reggae m’est pénible à tolérer. Cette culture d’adolescent qui démontre sans fatigue que le mélange des races est la seule chose enviable, le seul horizon culturel qui vaille me désole.

Et le film d’hier, pas mal fait au demeurant, était présenté dans le seul cinéma d’art et essai de la ville où j’habite. Film qui met en scène de jeunes adultes qui parlent d’amour ensemble de la manière la plus convenue qui soit : public ciblé, adolescents qui rêvent d’amour sans en avoir, qui écoutent du rock et qui sont bons en dessin et en informatique. La présence d’une petite soeur pré-pubère qui conseille son grand frère est censée attirer les enfants qui rêvent d’être pris pour des adolescents. Mon ami Daniel était dans le vrai.

Je ne supporte plus toute cette merde. Je me sens culturellement étouffé par des modes narratives bêtes et naïfs, des conceptions de l’amour immatures, de la variété qui se prend pour de la grande musique, de l’anti-racisme creux qui se prend pour de la pensée. Je deviens impatient, je vais m’énerver.