Emancipées, temps fort de Vaulx-en-Velin

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Jeudi 13 novembre au soir, vous êtes conviés à vous rendre à Vaulx-en-Velin, pour l’une des soirée Emancipées que propose le centre Charlie Chaplin.

Une soirée longue et riche, qui commence dès 18h30. D’abord une petite causerie où je parlerai de la place des femmes dans l’histoire de l’art classique, où son corps est infiniment représenté, chanté, glorifié et utilisé.

Puis Mademoiselle Else d’Arthur Schnitzler, adapté et joué par Anaïs Mazan.

Après quoi je réapparais et mène une nouvelle causerie sur les femmes comme « sujet de l’art », donc un survol de l’art du XXe siècle du point de vue des artistes femmes.

La soirée se poursuit avec une pièce de Virginia Woolf, tirée d’Une chambre à soi, mise en scène par Sylvie Mongin-Algan (compagnie « Les trois huit ») et jouée par Anne de Boissy.

 

Mon reportage en Chine (2) De la dégustation du vin

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Lundi 10 novembre, l’émission Détours diffuse sur la Radio télévision suisse mon documentaire sur la découverte du vin en Chine. Ci-dessous le lien de l’émission.

http://www.rts.ch/la-1ere/programmes/detours/6253201-detours-du-10-11-2014.html

Je n’ai pas voulu parler une énième fois des richissimes chinois qui rachètent des vignobles français. Cela, c’est l’habituelle vie dégoûtante des gens trop riches qui, plutôt que d’aider leur peuple (en l’occurrence, les Chinois qui tirent le diable par la queue), investissent n’importe où. Ces gens-là ne méritent qu’une chose, que les précaires leur volent leur argent et le redistribuent. Bon.

Ce qui m’intéresse beaucoup plus, c’est ce qui se passe dans la rencontre entre un verre de vin et un palais chinois.  Comment cela se passe, un verre de vin rouge, quand on a grandit dans une culture sans vigne, sans vin, sans fromage et sans pain ? Comment parle-t-on d’arôme de myrtille, de groseille, du mûres, quand on a grandi dans un pays où il n’y a pas de groseille, ni de mûre ni de myrtille ?

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Le Voyage des deux docteurs

Le temple Jing An, Shanghai.
Le temple Jing An, Shanghai.

Docteur JB est un acupuncteur du sud de la France. Je l’ai accompagné pour un voyage éclair en Chine. Comme le dit mon cousin Thomas, « au fond c’est ça ton truc, dans la vie : tu accompagnes, tu guides les gens. Tu les prends par la main et tu leur montres des trucs. » C’est ça mon truc.

Cela faisait des années que je tannais JB pour réaliser ce voyage. Je lui faisais remarquer qu’il ne pouvait continuer à exercer l’acupuncture sans connaître la Chine. Pour des raisons familiales et professionnelles, il ne pouvait pas partir plus d’une semaine. Je lui ai concocté un petit séjour aux petits oignons. Outre les rencontres avec des médecins et thérapeutes, masseurs de pieds, poseurs de ventouses et piqueurs d’abeille, j’organisais les choses pour que JB sente la vie quotidienne des rues et des parcs. Qu’il s’imprègne de cette ambiance sympathique des ruelles, qu’il mange dans des boui-boui exquis, qu’il voie passer sans y toucher le corps admirable des femmes, qu’il contemple les vieux faire du taichi de bon matin. Qu’il hume la profonde sagesse des jardins.

Jardin Yu, Shanghai
Jardin Yu, Shanghai

Moi docteur en lettres, lui docteur en médecine. Moi précaire, lui confortablement installé. Moi célibataire, lui marié. Moi sans descendance, lui père de trois enfants. Moi amoureux de la Chine, lui familier de l’Inde. Nous étions bizarrement assortis, mais tout s’est très bien passé entre nous. J’ai eu le bonheur de le voir aimer la Chine et les Chinois. Je n’ai pas ménagé mes efforts pour cela, lui ai fait rencontrer des amis très charmants, ai commandé chaque jour des plats délicieux et variés. J’ai équilibré les journées entre tradition et modernité.

Hôtel Hyatt, tour Jin Mao, Pudong, Shanghai.
Hôtel Hyatt, tour Jin Mao, Pudong, Shanghai.

Mais c’est à lui-même qu’il doit d’avoir apprécié ce séjour si court. D’autres personnes ne se laissent pas toucher si facilement par les différences culturelles. JB partait avec un a priori assez fort sur les Chinois, mais il a su voir, en très peu de temps, le charme qui se dégage de leur pratique de vie au quotidien. En bon père de famille, il a été agréablement surpris de voir la tendresse qu’exprimaient les hommes pour les petits enfants. Il était très sensible aux ambiances et à tous les phénomènes de soins, de solidarité et de sociabilité. J’ai été très ému de l’entendre dire, au bout de quelques jours : « Ils s’occupent quand même beaucoup de leurs vieux, leurs handicapés et leurs aveugles. C’est curieux, cette mauvaise réputation qu’ils se trimbalent, pour un peuple aussi affable. »

Mon reportage chinois (1) Femmes en surplus

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Ci- dessous l’adresse de mon reportage diffusé sur la RTS. Un documentaire radiophonique sur les femmes chinoises célibataires.

http://www.rts.ch/la-1ere/programmes/detours/6169467-detours-du-08-10-2014.html

Vive François Hollande, président précaire

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La sagesse précaire a apprécié la campagne de François Hollande en 2012, s’est réjouie calmement de le voir élu, et n’a pas à se plaindre, à mi-mandat, de sa manière d’être président. Au contraire, l’impopularité du président ne nous le rend que plus attachant et plus proche de nous.

Il est temps de s’élever contre ce discours ambiant selon lequel les Français auraient besoin d’un grand monarque prestigieux, d’un chef à leur tête, d’une prestance ou d’une grandeur. Non, nous ne voulons plus de ces souverains à la noix. Je cite l’éditorial du Monde daté d’aujourd’hui : « Le risque est d’apparaître comme un président ordinaire, banal, éventuellement sympathique, mais aux antipodes de ce mélange d’autorité et de souveraineté que les Français continuent d’attendre du chef de l’Etat. »

C’est faux ! Nous ne voulons pas, nous n’avons jamais voulu de personnages autoritaires et souverains. Cette tendance française, incarnée par Louis XIV et Napoléon, ne nous intéresse qu’un peu, et est bien moins attachante que d’autres tendances, plus constructives, moins autoritaires, incarnées par Saint Louis, Henri IV ou Mendès-France. Un catholique, un protestant et un juif, voilà notre trio de tête. Que ceux qui désirent un grand chef règlent leurs problèmes de libido en optant pour des pratiques sexuelles appropriées.

Les gens sont déçus, dit-on. Mais pourquoi le sont-ils ? Avant les élections, nous savions qu’Hollande n’était pas de gauche, c’est même pour ça qu’il a remporté les primaires de la gauche. Nous avons voté pour le plus flou de tous les prétendants et le plus centriste, afin de faire barrage à Nicolas Sarkozy. Nous savions par avance qu’il ne ferait pas de miracle, qu’il ne saurait pas réduire le chômage, qu’il augmenterait les impôts, qu’il se reposerait exclusivement sur les « cycles » pour voir le retour de la croissance.

On nous dit qu’il a trahi, mais je ne vois pas qui, ni quoi. Il n’avait rien promis. Dans mon billet de 2012, où je défendais sa campagne, je louais déjà son caractère placide et sans idée : tout son génie était de se présenter aux Français comme une page blanche sur laquelle nous pouvions projeter ce que nous voulions. Ce n’est pas facile d’être une page blanche. Si, aujourd’hui, des gens sont déçus, c’est qu’ils avaient bêtement cru aux promesses qu’ils avaient eux-même projetées  à l’époque sur cet écran neutre qu’était le candidat Hollande.

Le sage précaire reconnaît au président une merveilleuse constance dans la fragilité, l’esquive et l’adversité. Il est impuissant, comme tous les présidents, mais avec lui, au moins, cela se voit. Grâce à Hollande, il est enfin clair que la politique n’a pas beaucoup de pouvoir, et que le gouvernement ne peut presque rien pour nous. Pour ce rôle de révélateur (je file l’air de rien la métaphore du film, de la pellicule, de l’écran, de la page blanche, j’espère que le lecteur ne m’en voudra pas d’être un peu didactique), pour ce rôle qui incarne la fin de la toute-puissance politique, François Hollande restera dans l’histoire.

Condamné à l’impuissance, il pourrait s’agiter, s’afficher, gesticuler. Il n’en est rien. Il reste un homme normal et je l’admire pour cela. Il paraît que tous les présidents de la Ve république pétaient les plombs, pas lui. Il voit sa cote de popularité chuter, et il reste souriant, bonhomme. Il paraît que c’est le bordel à l’Elysée, tant mieux.

Je lui suis reconnaissant de rester ce qu’il est, et de ne pas nous embarrasser comme le faisait Sarkozy. Avec Hollande, pas de casserole, pas de corruption, pas de scandales financiers qui lui soient directement imputables. Pas de Rolex, pas de stars. Comme le dit Sarkozy lui-même, « on dirait les Bidochon en vacances ». Vive le président pavillonnaire, qui ne fait que passer. On respire enfin. Ses histoires d’amour nous sont relatées par une presse dont c’est le métier, mais lui, au moins, on lui sait gré de ne pas chercher à nous les imposer. Hollande persiste à être pudique, et la sagesse précaire lui tresse des lauriers pour cela. Il a mille fois raison de refuser de répondre aux journalistes qui le questionnent sur sa vie privée.

Profitons-en, chers amis, car les prochains présidents n’auront pas cette délicatesse, ni cette constance dans l’échec, et nous regretterons notre placide président, qui ne détourne pas d’argent, qui fréquente une belle actrice en cachette mais au vu de tous, qui travaille en bonne intelligence avec son ancienne compagne, qui ne s’enrichit pas outrageusement, et qui, surtout, ne joue pas au monarque républicain.

Voyager avec Jean-Paul Kauffmann

De passage à Paris pour quelques jours rapides, je me suis trouvé, un matin, à l’église Saint-Sulpice, dans le 6ème arrondissement. Sur la droite, une fameuse chapelle où se trouvent de grandes fresques peintes par Delacroix. La plus belle, la plus étrange, représente un homme baraqué, torse nu, qui lutte contre un ange aux ailes immenses.

Je me suis assis et je me suis laissé prendre par les images, l’ambiance. J’ai écrit à une femme chérie que j’appelle souvent « mon ange », lui ai envoyé une photo de la scène de la lutte avec l’ange. Elle a répondu : « On dirait des Grecs. »

C’est vrai, Delacroix a peint le mythe biblique avec une sensibilité méditerranéenne, ses personnages ont une position de lutte gréco-romaine.

C’est un livre de Jean-Paul Kauffmann qui m’a conduit ici. La Lutte avec l’ange, publié à La Table Ronde en 2001. En quatrième de couverture, il est écrit que c’est « un livre sur l’origine, la trace, le Mal. » Vaste programme. Je n’ai pas encore lu ce texte mais c’est justement pour m’y préparer que j’ai voulu m’imprégner par avance de l’église et de ses peintures. Il pleuvait sur Paris ce jour-là. J’écrivis un SMS à un oncle pour déjeuner avec lui, il ne répondait pas. Fatigué, les traits tirés, je sortais de l’église pour aller boire un café. Dans la rue Férou, je m’arrêtais pour lire la totalité du Bateau ivre, de Rimbaud, peint sur un long mur aveugle. Encore une fois, j’ai trouvé ça beau mais pas toujours convaincant. J’ai toujours le même problème avec Rimbaud.

Il y a un écrivain, par contre, qui ne me déçoit jamais, c’est Jean-Paul Kauffmann. Je n’ai pas encore lu La Lutte avec l’ange, mais je l’ai acheté et je me le garde au chaud, avec la tendre excitation de celui qui attend le bon moment pour savourer un festin à sa juste valeur. Pour moi, pour mes papilles gustatives, tout livre de Kauffmann est un festin. Personne n’écrit comme lui sur les saveurs et les odeurs. Il sait parler du vin de manière inspirée et enivrante. Ses voyages à Bordeaux et en Champagne, réédités récemment en poche, en témoignent. Dans tous ses récits, il y a des vins et des dégustations tranquilles, seul ou accompagné. Sa capacité à parler des saveurs, il l’applique aux paysages, au vent, aux ambiances. C’est pourquoi son récit de randonnée le long de la Marne est si bon : un vieux fleuve de plaine est le paysage idéal pour développer une expression rigoureuse et imagée. Une « couleur de havane », des « odeurs de mortier », « un mélange frais et acide de chaux éteinte », il faut la trouver cette odeur-là.

9782213654713-XQuelquefois, écrit-il, la Marne sent fort, mais comme un corps qui a transpiré après l’effort, et les mots choisis sont impayables : « Quelque chose d’actif et de remuant qui, sur son passage, aspire aussi le cru et le fermenté, le putride et le végétal. » Et dans d’autres paysages, comme les landes de La Maison du retour, il a une façon de parler des arbres, de leur odeur et de leur mouvement dans le vent, qui est extraordinaire. Il sait rendre les sensations. Il transcrit les émotions muettes qui sont dues aux sensations physiques. En ceci, Kauffmann est le plus grand sensualiste français.

Tout le monde se souvient de l’otage Jean-Paul Kauffmann. Quand j’étais petit, je voyais son visage à la télé, sans comprendre qu’il était otage au Liban. C’est après sa libération qu’il a écrit ses plus grands livres. Des récits de voyage qui ont tous plusieurs choses en commun : territoire éloigné du centre, solitude, confins, sensations pures, pourrissement de la matière, mémoire et histoire. Nul doute que ces thématiques trouvent leur origine dans l’expérience traumatisante de l’enfermement et de la condition d’otage, qu’il a connue de 1985 à 1988.

J’aime voyager avec Kauffmann dans des territoires qui ne m’avaient jamais inspiré le moindre désir de voyager : les îles Kerguelen (1993), l’île de Sainte-Hélène (1997), les Landes (2007) la Lettonie teutonne (2009), les rives de la Marne (2013). On reconnaît un grand écrivain voyageur à sa capacité de rendre à la fois la banalité et la force singulière d’une terre qui n’intéressait personne avant lui.

Je ne sais pas encore de quoi va parler La Lutte avec l’ange, mais j’aime imaginer. Je garde pour moi mes prévisions, mes prédictions, mes pronostics. J’écris dans ma tête mon propre Lutte avec l’ange en procédant à des allers-retours entre l’histoire et le temps présent, l’époque de Delacroix et l’église d’aujourd’hui. Les messes célébrées presque en cachette, de l’autre côté du choeur, lieu de rencontre de la communauté antillaise, et le quartier rempli de librairies pieuses. Et au milieu de tout cela, le combat atroce et épuisant, contre une force infiniment supérieure, un combat qui dure toute la nuit, à l’issue duquel Dieu bénit le combattant :

« On ne t’appellera plus Jacob mais Israël, car tu as été fort contre Dieu, et contre les hommes, et tu l’as emporté. » Genèse, XXXII, 22-23.

Nous sommes trop nombreux

La précarité n’est plus le lot de quelques millions de malheureux. Elle est le sort commun, en Extrême-Orient, en Europe et en Amérique. On nous dit partout que la raison en est une croissance trop faible. Le sage dit le contraire : ce sont les travailleurs qui sont trop nombreux.

Le meilleur signe de la généralisation de la précarité est la question du travail partiel. Depuis peu, les économistes de droite comme de gauche s’accordent sur l’idée qu’on ne peut plus donner un emploi stable à tout le monde. Le plein-emploi, c’est fini, et c’est fini partout.

A l’époque des 35 heures, en France, tous les gens de droite disaient que c’était une aberration, car il était abominable de « partager » le travail, lorsqu’il fallait au contraire créer de la richesse, créer de l’emploi, augmenter la masse de travail. Par habitude, par réflexe pavlovien, de nombreux analystes néoconservateurs continuent de parler d’hérésie à propos de la réduction du temps de travail.

Or, voici que de toutes parts, on entend que si l’Allemagne et les Etats-Unis ont moins de chômage que nous, c’est grâce au « travail partiel ». C’est-à-dire au partage du temps de travail, à la réduction du temps de travail. Des millions d’Allemands travaillent donc quelques heures par semaines, gagnent moins de 500 euros par mois, et dorment dans leur voiture. Quand ils ont une voiture. La pauvreté augmente et s’installe durablement, d’où la vacuité du débat qui agite les Français : faut-il préférer des travailleurs pauvres ou des chômeurs ?

Tout le monde est en réalité d’accord sur un point, mais n’ose pas le dire franchement : nous sommes trop nombreux pour le travail qui reste à faire.

Les Chômeurs français sont des bosseurs comme les autres : la preuve par l’Irlande

On entend souvent dire que les chômeurs sont un peu complaisants. Qu’ils ne cherchent pas activement du travail, car l’Etat providence leur octroie des allocations, des aides et des prestations.

Un contre exemple à cette grande logorrhée stéréotypée, je l’ai rencontré en Irlande. L’Irlande était le pays le plus pauvre de l’Europe de l’ouest pendant la plus grande part du XXe siècle. Tous mes amis étaient au chômage dans les années 80. Tous étaient précaires dans les années 90. La jeunesse n’avait aucun espoir de trouver un bon boulot, et les enfants étaient élevés par des parents eux aussi au chômage.

Soudain, en quelques années, l’Irlande a connu un boom économique, on le sait, et on sait pour quelles raisons. Je n’y reviens pas. Ce à quoi je voudrais attirer l’attention, c’est que le taux de chômage s’est alors effondré et que le pays a connu le plein emploi de 1995 à 2008. Les Irlandais, qui étaient la risée de tout le Royaume-Uni, accusés d’être englués dans leur catholicisme misérabiliste et rétrograde, sont devenus des travailleurs modèles, parce qu’ils ont eu du boulot. Les paresseux, les profiteurs, les incapables, s’il y en avaient encore, étaient attirés par le monde de l’emploi.

Allocations familiales : arrêtez les bébés

Il est temps de mettre un frein à la natalité galopante que connaît le genre humain. Nous sommes déjà trop nombreux sur terre, arrêtons de procréer. Le sage précaire donne l’exemple. Il n’exige pas d’être suivi à la lettre, mais au moins, sa retenue sur le plan de l’engendrement lui donne une certaine crédibilité.

Les allocations familiales, quel scandale. Je viens d’apprendre que dans notre pays surpeuplé, le gouvernement donnait de l’argent aux familles pour aider la natalité. Pire encore, plus une femme a d’enfants, plus elle reçoit d’argent. Alors qu’il faudrait faire exactement l’inverse : taxer les gens qui tiennent à tout prix à être parents, et récompenser ceux qui ne laissent pas de trace.

Connaissez vous le meilleur moyen de s’assurer que ses enfants ne seront pas pauvres et malheureux ? Leur donner un espace de vie moins peuplé, où ils pourront respirer. Savez vous quel est le seul moyen d’éviter le chômage et la précarité à vos enfants ? Ne pas en faire.

Patrick Modiano, prix Nobel 2014

Après Le Clézio en 2008, son double est couronné à son tour, cet automne. C’était presque écrit à l’avance. Le Clézio et Modiano, les deux grands auteurs classiques de la fin du siècle. Ils vont bien ensemble : l’un parcourt le monde, l’autre revient dans les ruelles de Paris. L’un s’intéresse aux peuples minoritaires, l’autre aux souvenirs de sa vie. L’un ouvert sur le dehors, l’autre tourné vers l’intérieur.

La république des lettres française poursuit son idylle avec l’académie suédoise qui décerne le prix Nobel de littérature. Le 09 octobre 2008, il y a exactement six ans, j’avais fait la recension de tous les prix Nobel français dans l’histoire : avec une régularité de métronome, on notait un ou deux Français couronnés chaque décennie, depuis la création du prix. Jamais plus de deux, jamais moins d’un.

Et ce, quels que soient les discours persistants sur le déclin de la culture française.

Et ce, quelle que soit l’émergence des nouvelles littératures qui sont elles aussi couronnées (Chine, Turquie, Afrique du sud, etc.), et qui grignotent le territoire des vieilles nations littéraires.

Nous avons donc notre compte pour les années 2010. Il faudra attendre les années 2020 pour le prochain. Les paris sont ouverts.