CV France (9) – « Magellan »

Suite des aventures de mon père racontées par lui-même.

Né poisson, j’ai toujours été attiré par l’univers maritime, donc par la Bretagne qui en est bien le condensé. En effet quelle région française peut s’enorgueillir d’avoir un tel littoral côtier avec autant de diversité ? Je ne suis ni marin pêcheur, ni conchyliculteur, encore moins navigateur au long cours, juste un petit baigneur appréciant plus les caprices de l’océan que le calme sournois de la méditerranée. Et puis c’est la Bretagne qui m’a fait découvrir la voile et j’y ai de nombreux amis.

Quel rapport avec ma vie professionnelle, vous étonnerez-vous sans doute ? Vous comprendrez mieux lorsque je vous aurai parlé d’ANALOGIE et de MAGELLAN.

Lors d’une de mes nombreuses déambulations sur le port de Lorient, je tombai en admiration devant un voilier dont la tête de mât dépassait largement toutes les autres du port de plaisance. C’est d’ailleurs à cette particularité qu’on le repérait de loin. C’était un monocoque d’une quinzaine de mètres baptisé « LA POSTE » et qui venait de participer à la dernière Withbread, course autour du monde en équipage avec escales devenue depuis la Volvo Ocean Race.

Cette aventure ne s’était pas très bien passée et il avait fallu faire appel à Tabarly pour les 2 dernières étapes afin que le sponsor ne fasse pas de crise cardiaque !

Le bateau n’était pour rien dans les problèmes rencontrés par l’équipage. C’était un magnifique engin au profil effilé, dont le plan du pont avait été particulièrement étudié pour la course au large, une vraie bête des mers selon les plaisanciers dont les petits voiliers côtoyaient timidement le babord, le flanc tribord étant réservé à l’accostage.

Mais quel rapport avec le cv, vous étonnerez-vous encore ? Patience, j’y arrive, mais j’ai tellement apprécié cette période qui ne m’a laissé que de bons souvenirs…

Quelque temps plus tard, lors d’une énième déambulation sur le port de Lorient, je retrouvai mon bateau. Il était accosté au même endroit mais avait été rebaptisé «  ANALOGIE ». A son bord, un barbu au visage buriné, à l’air avenant, travaillait sur un winch. Je le saluai et il m’invita à monter à bord, ce que je m’empressai d’accepter. J’appris ainsi qu’il était le nouveau propriétaire, que son bateau avait été réaménagé pour accueillir du public et qu’il en avait fait depuis peu un centre de formation qu’il avait appelé MAGELLAN.

Son idée était d’utiliser l’univers maritime comme support de formation pour les entreprises, administrations, collectivités. L’axe principal de cette formation était la cohésion d’équipes. D’une manière générale, les salariés appelés à travailler ensemble étaient formés par des cadres maison ou éventuellement par des organismes extérieurs, mais dans tous les cas, cela se passait en salle avec théories, discussions et jeux de rôle.

N’était-il pas plus pertinent d’utiliser pour leur formation un bateau conçu pour la navigation en équipage et comme formateurs des skippers de renom rompus à la gestion de ces équipages ?

Comme vous pouvez vous en douter, l’idée me parut géniale et plus le capitaine parlait, plus j’avais l’impression que compte tenu de mes antécédents professionnels et personnels, j’avais peut-être ma place dans cette nouvelle structure. Ou étais-je en train de rêver ?

De l’autre côté du ponton se situait la Brasserie Leffe, ce ne pouvait être que de bon augure ! J’invitai mon nouvel ami à y déguster une bière, et c’est ainsi que commença ma collaboration avec la Société Magellan et qui fut aussi la dernière activité sérieuse de ma vie professionnelle (hors ramonage bien sûr.)

Retour des violences en Irlande du Nord. Mon reportage sur Belfast

J’ai fait récemment un reportage radio sur Belfast. Il a été diffusé il y a quelques jours sur la chaîne suisse RTS, dans l’émission « Détours ». Le titre choisi par la chaîne : Ces drapeaux qui divisent encore Belfast.

J’avais déjà été invité dans cette émission pour parler de mon livre sur les Travellers irlandais, et la productrice, Madeleine Caboche, était demandeuse de reportages sur l’Irlande. Comme je suis un fervent auditeur de radio, j’ai pris la balle au bond pour aller me transformer moi-même en reporter indépendant. J’ai pris une décision très rapide et suis parti quatre jours à Belfast, non sans prendre des contacts sur place pour être entouré de professionnels du son.

Le jour de l’émission, le 11 avril 2013, j’étais en direct avec Madeleine Caboche dans un studio de France Bleu Hérault, à Montpellier. Tout s’est bien passée, sans plus. Mon reportage n’est pas extraordinaire, et de plus, nous n’avons pas pu diffuser tout ce qui avait été sélectionné par les Suisses. Sans doute avons-nous été trop bavards (surtout moi), et l’une des séquences est passée en pertes et profits.

L’important à mes yeux, en définitive, est d’avoir pu faire passer un message, mais qui a pris beaucoup de temps, des années, pour prendre forme. En effet, en Irlande du nord, la classe dirigeante impose un discours qui rend toute autre vue un peu difficile à émerger. Ce discours dominant veut faire croire que c’en est fini des guerrillas en Irlande du nord, et qu’on se dirige vers une stabilité pacifiée, C’est important pour le commerce et les investissements de donner de la région une image réconciliée.

Or, je ne crois pas que les violences vont s’estomper progressivement jusqu’à une paix réelle. Je ne crois pas en cette chimère que les bourgeois appellent la « réconciliation ». Et c’est peut-être cela qui est difficile à expliquer.

Tout un vocabulaire est utilisé abondamment par la classe dirigeante d’Irlande du nord, pour manipuler l’opinion : « accepter nos différences », « résolution du conflit », « réconciliation », « partage du pouvoir », « processus de paix », etc. Ce sont des mots qui cachent les vrais problèmes, et les vrais problèmes renvoient à des questions de colonisation, de domination, de nationalité et de souveraineté. Qui dirige qui ? Qui appartient à quoi ? Dans quel pays vivons-nous ? À quelle patrie appartenir ? Qui est le chef ? Quelle est ma nation ?

Voilà des questions qui travaillent la société nord-irlandaise, comme il arrive dans toutes les situations coloniales. Car l’Irlande du nord reste colonisée : le pouvoir est entre les mains du parlement de Westminster, à Londres. On peut augmenter l’autonomie de la province, créer un gouvernement local et une assemblée, il n’en demeure pas moins qu’en cas de crise grave, c’est Londres qui suspend les chambres et reprend les choses en mains directement.

Dans ces conditions, il est important de garder en mémoire que les deux communautés en présence, les catholiques et les protestants, ne se réduisent pas à deux blocs égaux qui s’affrontent. Il s’agit d’une population irlandaise qui demande l’indépendance, sous la forme d’une réunification de l’Irlande, et d’une population britanique, descendante des colons anglais et écossais, qui veulent que la situation coloniale s’éternise. Toute chose égale par ailleurs, les unionistes ressemblent aux pieds-noirs d’Algérie qui voulaient que l’Algérie reste française, quitte à donner aux « musulmans » plus de droits et plus d’autonomie.

En l’espèce, donc, parler de réconciliation est un contresens car les protestants et les catholiques peuvent très bien « vivre ensemble ». Ce n’est pas un problème de « vivre ensemble ». On le voit bien en république d’Irlande et en Grande Bretagne. Partout, il y a des papistes et des parpaillots qui partagent sans problème le même espace social. En Angleterre, les catholiques disent : je suis un Anglais catholique, ma religion est minoritaire mais cela ne m’empêche pas d’être patriote. En Irlande, les protestants disent : je suis un Irlandais protestant, ma religion est minoritaire mais ça ne m’empêche pas d’être un patriote irlandais. En revanche, en Irlande du nord, à Belfast, les catholiques disent rarement qu’ils sont des sujets de la reine, et la plupart des protestants ne définissent pas comme irlandais.

Pour résumer ma position, l’Irlande est en train de se réunifier, c’est pourquoi les protestants les plus défavorisés sont nerveux. Ils sont en train de perdre leur territoire, c’est pourquoi les violences actuelles et futures viennent des extrémistes protestants alors que les violences passées étaient perpétrées par des extrémistes catholiques. La paix s’installera mais dans une Irlande unie, mais les protestants les plus pauvres ne se laisseront pas faire, et il y aura des soubresauts, une violence ira s’amplifiant, comme à l’époque de l’Algérie française, quand des groupes de pieds-noirs refusaient l’indépendance de l’Algérie à coup d’attentats et d’émeutes.

C’est pourquoi enfin il est urgent d’aller en Irlande du nord faire du tourisme. Non seulement c’est une belle région, aux paysages fantastiques, et aux habitants agréables, mais aussi c’est un lieu où l’histoire est en train de se faire et de s’accomplir : une colonisation vieille de 800 ans est en train d’arriver à son terme.

Les expats d’Amérique du sud

Après avoir effectué un doctorat financé intégralement par la générosité des contribuables britanniques, j’ai cru de mon devoir de proposer aux universités du Royaume-Uni mes services de chercheur et de professeur. Prêt à m’acquitter de ma dette, j’ai postulé à diverses positions dans diverses institutions. Or, toutes mes candidatures ont échoué, donc je me sens libre d’aller offrir mon talent ailleurs.

Ailleurs, pour moi, c’est le continent américain. Après l’Europe et l’Asie, je veux découvrir l’Amérique, et parmi les pays qui m’attirent, se trouve le Brésil. je vais donc commencer à me renseigner pour enseigner là-bas. En furetant brièvement sur les sites consacrés à ce pays, je tombe sur des espaces d’expatriés français qui donnent des conseils bienveillants à l’usage de compatriotes. Un exemple édifiant :

Dans l’intérieur des terres, chez les hommes rudes du campo, un ouvrier qui vous fait un tour de con, il faut l’engueuler vertement, ou le virer sur le champ, ou éventuellement lui balancer votre poing dans la figure. C’est la règle du jeu, il comprendra. Si vous le menacez simplement de l’un ou de l’autre, il l’interprétera comme de la faiblesse et vous fera, volontairement, une connerie pire encore.

Il est courant que les mœurs soient restées les mêmes que les nôtres, d´ il y a 2 ou 300 ans.
(Enfin dans certaines banlieues françaises, ces pratiques sont largement de retour).

Le four

Sur mon jardin suspendu, j’ai confectionné un four à pain en enterrant un tonneau en ferraille rouillée. J’avais vu cela dans le village des Arcs-en-ciel, où la communauté multicolore faisait cuire leurs tartes aux orties et leur pain bio.

Le four a l’avantage de retenir en lui le feu, et d’éviter ainsi tout risque d’incendie en temps de canicule.

J’y fais cuire les grillades et les vandes. J’y fais des pizzas, et mes invités grimpent au jardin suspendu pour y faire ripaille. Non loin du four, outre les fleurs et les les plantes aromatiques que j’ai semées et pantées, prend place une petite terrasse que j’ai aménagée dans le sol cabossé de cette bancelle abandonnée. Un petit lieu plat, au sol de terre battue, avec des sièges en rondins d’arbres, pour manger et discutailler à l’ombre du gros rocher.

Depuis qu’il existe, ce four est donc devenu un centre de vie sur le terrain. Comme dans tous les villages traditionnels et les localités primitives, le four reprend sa place centrale, comme l’avait fait avec lui le lavoir et la MJC.

CV France (8), Aventure méridionale

Suite des aventures de mon père, racontées par lui-même.

Dans le cadre de la réflexion je demandai au comptable de se renseigner sur cette société qui me voulait tant de bien ! Il s’avéra qu’elle avait déjà acheté l’année précédente une petite entreprise comme la mienne et que quelques mois plus tard le chef de ce la dite entreprise se retrouvait au chômage. Comme je n’étais pas déjà très chaud, cette nouvelle me conforta dans l’idée de refuser cette offre. « Comme le charbonnier restez donc maître chez vous » me répétait le comptable qui connaissait bien mon tempérament indépendant.

Je suivis son conseil avisé et bien m’en prit.

Garder mon fond de commerce’ m’aura permis de ne pas me retrouver tout nu suite à une opération hasardeuse que je vais vous narrer maintenant.

L’opportunité se présenta de prendre en charge un chantier important sur la côte d’Azur près de Cannes: l’entretien complet d’un groupe d’immeubles. L’appel du midi, le soleil, les bateaux. Je ne pus résister.

On m’avait mis en garde contre le manque de rigueur et une certaine indolence frisant la désinvolture avec lesquels, clients et employés concevaient leur façon de travailler là-bas. Je le constatai rapidement à mes dépens. Les RDV de chantier ne commençaient jamais à l’heure et tout le monde avait l’air de trouver cela normal (à part moi qui partais à 4h du mat’ pour être à l’heure !) 8h30/9h qu’elle importance ?!

Lors de mon premier contact avec le régisseur en chef il avait répondu avec un grand sourire à ma demande concernant le mode de règlement des factures. A Lyon les paiements se faisaient à 30j/fin de mois. « Vous savez ici, la coutume est de payer les fournisseurs quand les locataires sont à jour de leurs loyers et comme il y a toujours de mauvais payeurs… » Je ris avec lui de cette plaisanterie… mais ce n’en était pas une ! Trois mois après le début de l’activité je n’avais toujours pas été payé malgré les nombreuses relances. Je n’avais plus de trésorerie et il me fallut déshabiller Paul pour habiller Jacques : Prélever dans la caisse de Lyon pour payer le personnel local (une quinzaine d’employés) Il arriva un moment où il me fut impossible d’assurer les salaires. Les banquiers n’étant plus prêteurs, je fis appel aux frères et sœurs qui eurent la gentillesse de me prêter l’argent nécessaire. Je les en remercie encore aujourd’hui.

Je quittai la côte d’Azur, son soleil, ses bateaux, ses mauvais payeurs et retrouvai mes fondamentaux à Lyon. Je repris et développai la clientèle de particuliers que j’avais un peu négligée.

Une dizaine de ramonages effectués chaque jour et payés cash me permirent de remonter la pente.

Les paiements du client honni finirent par arriver (en partie…) et tout rentra dans l’ordre.

L’échec est un mot que j’ai banni depuis toujours de mon vocabulaire, mais n’empêche que là je n’en suis pas passé bien loin.

CV France (7), Une offre alléchante

Vous avez pu remarquer que j’ai accéléré ces temps-ci dans la rédaction de mon CV.

La mémoire commençant à me faire des infidélités, et les neurones ayant tendance à se mélanger les pinceaux, il y a urgence à terminer ce défi idiot que je me suis lancé à moi-même, à savoir : raconter ma foisonnante vie professionnelle à mes enfants, leur maman, et petits enfants ainsi que famille et amis proches intéressés par cette démarche.

Reprenons-donc.

Après le départ de mon associé, il me fallut réorganiser l’entreprise et lui consacrer beaucoup plus de temps.

Malgré cela, mon tempérament curieux et fougueux me poussait à chercher d’autres domaines d’activité.

Je courrais foires et salons et lisais des tas de revues spécialisées pour découvrir l’objet rare. C’est ainsi que je commençai à m’intéresser à ce que j’appellerai de fausses-bonnes idées, l’idée justement étant de commercialiser des produits nouveaux et si possible révolutionnaires. Quelques exemples :

– Un appareil permettant d’utiliser les vieux journaux pour en faire des briquettes d’allumage

– Un autre pour nettoyer automatiquement les rouleaux des peintres

– Un insert haute définition pour cheminée à bois

– Un produit pour l’étanchéité des toitures

– Un autre pour la rénovation des baignoires en émail

– Et encore un procédé pour économiser l’énergie…..

– Et j’en oublie !…

Ces activités annexes m’apportèrent beaucoup de satisfactions intellectuelles et humaines (recherches diverses, contact humain très enrichissant), mais peu de revenus.

En effet pour qu’une idée nouvelle s’impose il faut du temps et de la patience, et je manquais singulièrement des deux.

Et comme toujours lorsque cela commença à marcher, l’intérêt s’émoussa rapidement et j’eus envie de passer à autre chose.

La cinquantaine avait déjà frappé.

C’est alors qu’une grosse société de nettoyage industriel de la région Rhône Alpes me proposa de reprendre l’entreprise (personnel, matériel et clientèle, bien sur), avec pour moi un poste d’encadrement et un salaire confortable.

L’offre était alléchante. Elle me permettait d’arriver relativement peinard à la retraite, en étant débarrassé des problèmes et risques liés au statut d’entrepreneur.

Mais étais-je capable de redevenir salarié ?

Cela méritait réflexion.

CV France (6), Fin d’association

Suite des aventures de mon père racontées par lui-même.

Tout en gardant un œil sur le bon fonctionnement de l’entreprise, je me consacrai à la mise en place de ce premier stage prévu quelques mois plus tard. Du point de vue technique je n’étais pas trop inquiet : les 2 ou 3 fabricants de vmc existant à l’époque, ayant senti qu’ils avaient par mon intermédiaire la possibilité de se faire connaître auprès des entreprises de nettoyage, me prêtèrent volontiers les documents et le matériel dont j’avais besoin. Je pris aussi de nombreuses photos sur mes propres chantiers et j’allai même espionner nos voisins teutons pour voir leur façon de procéder!

J’avais pu ainsi établir un dossier technique assez bien ficelé, accompagné d’un diaporama. Tout cela eut l’heur de plaire à mon « nouvel employeur ». En ce qui concerne le volet formation, on me convia au siège de l’organisme à Villejuif dans la région parisienne. En une semaine on m’enseigna les rudiments du métier de formateur et en même temps je pus observer les prestations des formateurs dans d’autres domaines que le mien genre nettoyage de vitres, aspiration des moquettes, nettoyage des sanitaires, choix des produits, etc.

Sans vouloir être prétentieux, j’eus l’impression de pouvoir faire aussi bien qu’eux. Ça ne volait pas bien haut ni dans le fond ni dans la forme.

Sur une journée de formation facturée, il y avait en moyenne 2 heures de cours le matin et idem l’après-midi, entrecoupées de pause pipi, pause café, pause cigarette, apéritif, repas, etc. Les stages duraient 2 jours minimum… Pensez-vous sérieusement qu’il faille autant de temps pour apprendre à laver des vitres ? Je compris que cela arrangeait tout le monde : le patron qui devait justifier de l’utilisation des fonds de formation, les formateurs qui étaient bien rémunérés et se la coulaient douce, et les stagiaires qui n’étaient pas obligés de se lever aux aurores comme dans leur entreprise.

N’étant pas habitué à ce type de fonctionnement, j’eus quelques difficultés à me mettre au diapason et, après avoir animé 2 sessions au siège de l’organisme à Paris, le directeur me proposa d’intervenir directement dans les entreprises qui en feraient la demande. Cette formule me convenait davantage : nous étions entre gens de terrain et je pouvais conseiller les clients sur leurs propres chantiers. J’avais l’impression de faire vraiment de la formation.

J’étais bien payé, le travail m’intéressait, je voyageais beaucoup et les clients semblaient m’apprécier au point de m’appeler à l’hôtel pour un conseil. Ce n’était pas prévu dans le contrat, mais bon!

On pourrait penser que je fais le procès des organismes de formation. Que nenni ! Je témoigne simplement de ce que j’ai vécu.

D’ailleurs je peux témoigner aussi de la qualité des prestations de certains organismes avec qui j’étais en relation, d’un en particulier, dirigé par madame Chaffanjon avec qui nous avons collaboré de nombreuses années.

Au fil du temps, mon statut de formateur évolua vers un rôle de conseiller technique auprès des entreprises de nettoyage. J’étais de moins en moins présent dans l’entreprise et mon associé commença à en prendre ombrage, bien que je n’aie jamais été bien loin lorsqu’il y avait un problème à régler.

Nous nous séparâmes donc à l’amiable, sans conflit ni problèmes, en nous souhaitant bon vent mutuellement.

CV France (5), Formateur

Suite des aventures de mon père. Après le ramonage, dans lequel il se lance dans les années 70, et en parallèle à cette activité, mon père devient formateur. C’est les années 80.

La VMC, qu’es aco ?

Il ne s’agit pas d’un virus comme me dira un jour un plaisantin, mais d’un sigle désignant la ventilation mécanique contrôlée.

Ce système destiné à remplacer la ventilation naturelle dans les immeubles existait depuis quelques années déjà et nous arrivions à un moment où il fallait songer à l’entretenir. Un client, syndic d’immeubles, me demanda un devis pour le nettoyage, l’entretien et la vérification du bon fonctionnement du réseau vmc d’un groupe d’immeubles. N’ayant jamais vu ni de près ni de loin une installation utilisant ce procédé, je m’enquis auprès de collègues et concurrents ainsi que des fabricants sur la façon de faire. Personne ne put me renseigner.

Je m’adressai alors à l’organisme de formation des entreprises de nettoyage à qui je versais consciencieusement ma cotisation chaque année (c’était obligatoire !). Là non plus, aucune information, aucune demande de formation à ce sujet.

Je me dis qu’il y avait quelque chose à faire dans ce domaine, et que c’était peut-être une opportunité de sortir de cette routine dans laquelle je commençais à m’installer.

Je soudoyai un employé d’un fabricant d’accessoires vmc, qui, contre monnaie sonnante et trébuchante, accepta de nous former, mon associé et moi, et de nous accompagner sur le terrain pour réaliser les travaux demandés par le client. Nous pûmes ainsi déterminer le temps nécessaire pour l’opération ainsi que différents éléments permettant l’établissement d’un devis pertinent.

Quelques mois et chantiers réussis plus tard, je repris contact avec l’organisme de formation pour un problème administratif. La secrétaire me signala qu’ils avaient eu récemment des demandes de formation vmc de la part d’entreprises de nettoyage, mais qu’il ne leur était pas possible d’y répondre, n’ayant pas de personnel qualifié dans ce domaine. En plaisantant, je lui signalai que moi j’étais qualifié…

Le lendemain je reçois un fax du directeur qui, de passage à Lyon, souhaite me rencontrer pour parler vmc. Entretien sympathique au cours duquel, après m’avoir jaugé sur place et constaté la véracité de mes dires concernant les nombreux chantiers réalisés, il me proposa de créer avec son aide un stage de formation sur 2 jours, stage qui s’intitulerait « Entretien des vmc ». Je ne fus pas trop surpris par cette offre car je savais qu’il s’agissait d’un marché porteur et pas de formation pour cela. J’acceptai bien évidemment cette proposition qui allait dans le sens de mon besoin de nouveauté et de création.

Et c’est ainsi que je devins « formateur ».

Je suis une fleur en bulbe

Jardin suspendu 018

Je suis heureux de mon nouveau jardin suspendu. J’y travaille plusieurs heures pendant que mon frère passe le motoculteur à l’autre bout du terrain. Nous nous occupons de deux endroits littéralement différents, mais à la même hauteur. Lui est près de la rivière, la terre est bonne et des pommes de terre y pousseront. Moi, je suis près de la forêt, la terre est sableuse et aride. Des fleurs et des plantes aromatiques y apparaîtront Inch’Allah.

Jardin suspendu 035

Je creuse un trou pour y loger un demi-bidon en métal. Celui-ci recueillera les eaux de pluie, ce qui rendra les arrosages plus faciles. Autour de ce nouveau point d’eau, j’aménage des petites parcelles de terre entourées de pierres du terrain, et une petite plate-forme recouverte de lauzes pour s’y asseoir ou s’y allonger près de l’eau.

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Je m’éclate, littéralement. Après la baignoire, le jardinet de moinillon et maintenant ce petit coin de paradis en cours, je suis en train de me transformer en créateur, je suis en train d’imposer ma marque sur le terrain de mon frère. C’est l’effet du printemps. Je suis comme une fleur en bulbe, voilà.

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Quand je suis arrivé, j’ai passé le printemps et l’été à regarder, à observer, à fréquenter et à prendre mes marques. J’ai passé l’automne à travailler comme manard pour mon frère, à apprendre des gestes, à m’inspirer de sa créativité, de ses gestes. L’hiver, j’ai hiberné. Et ce printemps, j’éclos et devient moi-même un insecte ouvrier, un paysan qui sculpte le paysage. Je fais mien ce terrain et je veux en révéler la beauté sauvage.

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Mon jardin d’Epicure

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Au-dessus du mazet, ou derrière lui, il n’y a pas exactement une terrasse, mais un passage incliné qui mène à une petite étendue qui jouxte le mazet, contre son mur aveugle. Là, sur cette petite étendue, un énorme rocher impose son calme et sa lourdeur. J’ai toujours pris ce rocher en affection, je l’ai toujours pris, confusément, pour un totem intime, un lieu d’inspiration et de réconfort.

Pour se tenir sur ce rocher, il faut monter sur la terrasse supérieure. Il tasse alors sa rotondité pour permettre au paysan de s’asseoir, et même de s’allonger. J’aimerais y aller plus souvent, mais cette terrasse est un endroit inexploité, et on se sent plus spontanément attiré par des terrasses plus basses. Mon frère s’est exclusivement occupé du territoire compris entre le mazet et la combe, et de fait, mon rocher est comme orphelin.

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C’est en m’asseyant dessus que j’ai eu l’idée d’investir cette terrasse pour en faire un petit paradis fleuri que j’arroserai à la force de mes bras. Il est vrai que je fais encore du compost et il faut bien que j’en fasse quelque chose. Je dépose du compost dans un creux du terrain, ainsi que de la cendre et du terreau que je vais chercher dans le sous-bois.

Compost 9 février

Compost 8 février

Compost 7 février

Ce serait bien le diable que sur un sol aussi auguste, aussi ensoleillé et arrosé par mes soins, des fleurs et des légumes ne poussent pas ! Je vais semer et semer encore, je vais faire pousser des couleurs, par la force s’il le faut. Je vais remettre de la vie sur cette terrasse où règne la désolation. Mon rocher sera là pour donner la tonalité de base de mon nouveau lieu de vie.

Or, en me promenant, je vois un signe qui me conforte dans mon inspiration. Sur le muret du haut, des genêts énormes cachent un espace en pierre qui a l’air d’avoir été créé par les paysans d’autrefois. Cela pourrait être un siège, une retenue d’eau ou un bac, creusé à même la roche. Voilà un bien bel endroit pour poser ma marque, une marque que personne ne verra jamais, car il est bien rare que l’on s’aventure dans ce recoin du terrain. Trop sec en été, et trop loin de toute source d’eau, il est en jachère depuis la deuxième guerre mondiale.

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J’ai trouvé mon petit espace personnel, mon repère. Il va exactement de cette roche creusée jusqu’à mon rocher, de l’autre côté de la terrasse. Entre les deux, je vais y semer les fleurs de mon amour, y planter un arbre de sagesse. Et j’y ferai un espace de vie ! C’est une gageure car c’est vraiment une terrasse déshéritée. Il y faudra peut-être une retenue d’eau, non seulement pour arroser les fleurs et le nouveau potager, mais pour lutter contre la sècheresse de l’endroit. Ce serait peut-être une bonne chose d’y poser la baignoire, ou d’y creuser une sorte de piscine, comme chez Eric et Magali, mes voisins facteurs de yourtes. J’y ferai un lieu de désir et de repos, un lieu à la gloire des fleurs.