L’Aigle royal et l’ornithologue

L’épicerie du village est souvent tenue ces temps-ci par une délicieuse personne née dans un village voisin. Ayant terminé ses études, elle repose un peu son âme en travaillant dans un endroit paisible, avant de se lancer dans la recherche d’emploi adaptée à sa formation.

Elle me présente son ornithologue de père, qui est d’accord pour que je l’accompagne dans des sorties d’observation, et que je fasse, le cas échéant, un documentaire radio sur les oiseaux de la région. Gérard est un instituteur à la retraite, grand, mince et moustachu. Sa fille m’en a parlé avec admiration, comme un homme d’une timidité maladive. Or, notre première rencontre se passe bien, il me parle des oiseaux de la région avec précision et didactisme. Il me donne rendez-vous un matin, à 7h30, pour aller observer au col de l’Asclier.

Gérard fait partie des rares ornithologues capables de reconnaître les oiseaux à l’oreille. Il connaît toutes les espèces dites communes. Il me parle des plus petits jusqu’aux plus grands rapaces. Nous avons la chance d’avoir des couples d’aigles royaux qui nichent dans la région. Dans les années 80, il n’y avait plus que neuf couples, dans tout le massif central ; aujourd’hui, il y en a plus de trente. L’aigle royal est le plus grand des rapaces d’Europe, il n’y a guère que la harpie féroce, en Amérique du sud, ou le condor des Andes qui le dominent dans le monde.

Entendre parler des aigles me fascine. Ils nichent dans des « aires » (c’est le nom du nid d’aigle) qui sont parfois vieux de plusieurs siècles et qui servent de maisons à des générations et de générations de rapaces. Parfois un grand corbeau vient investir une aire, mais peut se faire expulser par un aigle qui en a besoin, et qui ne confond jamais une véritable aire et un quelconque nid de corvidé. L’aigle est animal de territoire. Des kilomètres de périmètre, sur lequel il règne en souverain, imposant sa présence aux yeux des autres aigles en faisant des figures spécifiques dans le ciel.

Mon jardin suspendu fait partie de leur territoire de chasse et cela me fait frissonner de bonheur. Peut-être un de mes chatons sanguinaires s’est-il fait enlever par les serres impitoyables d’un de ces rapaces à la vue perçante ? Les aigles voient et analysent des informations à plus de dix kilomètres.

Pour être plus précis, le terrain de mon frère n’est pas exactement sur le territoire d’un couple, mais à la jonction de trois territoires, donc cela fait trois fois plus de chances pour moi de voir des aigles royaux. Alors les rapaces que je vois planer quelquefois, quand je suis nu dans ma baignoire d’eau de source, sont-ce des buses, des faucons ou des aigles ? Je veux croire que ce sont des aigles royaux qui tournoient au-dessus de moi, et qui scannent de leur regard inhumain les pauvres actions du sage précaire à l’assurance oscillante.

La chatte au jardin suspendu

Bon, c’est officiel, ma chatte est enceinte. Et elle m’a élu comme le maître le plus adéquat pour s’occuper d’elle. Elle fait des efforts pour être sympa, elle ne boude plus mes croquettes, elle arrête son chantage affectif, elle ne lance plus ses ultimatums usant pour les nerfs.

Elle me refait le coup de venir mettre bas chez moi, sur le terrain de mon frère. Peut-être sent-elle que je suis sur le départ, et veut-elle me contraindre à rester. Une technique attendrissante, mais qui n’aura pas d’effet majeur sur la conduite géographique de la vie du sage précaire.

Ma chatte a enfin adopté le jardin suspendu, où je passe les matinées, avant que le soleil ne nous inonde. Quand elle était petite, elle venait me rejoindre quelques minutes, mais je sentais que c’était juste pour me demander de redescendre à la cabane et de lui trouver un truc à manger.

Ces jours-ci c’est différent. Elle se promène, elle slalome entre les pierres blanches et les légumes. Elle chasse et s’amuse. Elle boit dans les points d’eau que j’ai aménagés.

Elle joue beaucoup plus avec les recoins, les anfractuosités, les dénivelés, enfin tout ce qui est fun dans la vie rêvée d’un chat. Elle exploite enfin les potentialités du lieu.

Et elle aime se poster aux frontières du territoire. Le muret qui délimite le début du sous-bois, le gros rocher surplombant, tous les espaces intermédiaires, la chatte les adopte. La chatte aime les entre-deux, les intercessions, les zones liminaires.

Ce n’est pas pour rien qu’elle se partage entre plusieurs maîtres, qu’elle refuse de choisir entre la vie sauvage et le confort des familles humaines. Et que parmi les différents maîtres humains, elle préfère finalement le sage précaire, lui-même sujet liminaire.

La saga des chats

15 août – Retour des chatons

A la mi-août (ah ah ah), deux des quatre chatons sont revenus. La chatte était arrivée deux jours plus tôt, pour tâter le terrain et introduire ses enfants chez moi. Elle s’assurait que je reconnaîtrais les petits, puis elle repartit vivre sa vie.

Les chatons sont maintenant des espèces d’adolescents. Ils jouent beaucoup et restent longtemps sans manger. Certaines nuits, le noir vient ronronner sur moi. Ils adoptent le jardin suspendu, où ils restent la journée entière. Le gris, en revanche, est très farouche et n’a pas l’air habitué de vivre avec des êtres humains.

 

30 août – Le matou

Un nouveau chat est en train de se faire accepter chez moi. Le matou noir qui n’est autre que le géniteur des chatons. Ces derniers ont disparu récemment, et le matou les remplace. Il fuit beaucoup, mais il sait revenir, et faire des allers-retours. Il sait s’imposer avec finesse. Il ne monte pas sur les tables. Il a de grands yeux et un corps très fin, très affûté. Il miaule de manière étrange, des petits miaulements étouffés, d’une voix sans souffle et sans musicalité.

Il me suit au jardin suspendu et n’hésite pas à aller faire des courses dans la forêt.

C’est un matou sauvage.
4 septembre – Enième retour de la chatte

Encore une fois, on miaule derrière la porte de la cabane. Cette fois, c’est la chatte blanche.

C’est un éternel retour, ces chats.

Elle se frotte, elle miaule, elle est en manque d’affection, elle boude même un peu de croquettes. Mais ses poils sont longs et elle les perd sur mon pull. Elle me suit dans le mazet, sur le bureau où j’écris ces mots. Elle va voir les bougies allumées, elle les renifle, fait la grimace, retourne dans tous les coins du mazet.

Elle me paraît un peu lourde.

Ne serait-elle pas enceinte ?

Plus je la vois évoluer, plus elle me rappelle sa façon d’être en mai dernier, quand elle était grosse.

Déambuler au Désert

J’arrive au Mas Soubeyran, dans la commune de Mialet, en pleine nuit samedi soir. Je me gare dans une clairière prévue pour le parking, les étoiles scintillantes au-dessus de moi. Je dors un peu dehors, sur l’herbe, un peu dans la voiture de location.

Le lendemain, trois jeunes gens, en gilet jaune fluo, me réveillent en criant autour de la voiture. Dans mon magnifique pyjamas noir satiné, j’affiche une élégance sans concession. Grognon et bougonnant, je descends sur le site de l’Assemblée, siphonné par les colonnes d’hérétiques qui coulent en entonnoir en direction de la chaire en bois.

Très beau site, sous l’ombre des châtaigniers et des hêtres. Non seulement ombragé, mais incliné et creusé en cône, comme un amphithéâtre naturel.

Dans les sous-bois en pente, les gens s’assoient un peu partout, librement.

Beaucoup de personnes âgées. Les habitués, qui forment la majorité, ont apporté des chaises pliantes de camping. A côté des rangs de chaises pliantes, de nombreux accidents de terrain permettent à des petits groupes, des couples ou des individus de se poser à géométrie variable.

Un rocher, un tronc, un trou, forment des petits salons dispersés très agréables à l’oeil. Déambuler dans l’Assemblée du Désert, c’est voir une infinité de tableaux de genre. Un charme visuel se dégage de cette réunion, au point qu’on dirait qu’ils posent. Qu’un metteur en scène les a placés ainsi pour donner une image de l’harmonie préétablie sur terre.

Je m’en ouvre à ma voisine septuagénère, qui est d’accord avec moi, et qui me répond avec espièglerie : « Mais nous avons été placés là par le grand Metteur en scène, que croyez-vous ? »

Souvent, des groupes forment des petits cercles. Plutôt que de faire face à la scène, à l’autel ou à la chaire, ils se regardent eux-mêmes et se font face en famille et ou en communauté. Je ne sais pas pourquoi et n’ose le leur demander. Ils sont plongés dans une méditation profonde.

Des femmes aux chevelures magnifiques trônent sur des rochers ou des murets en pierres sèches, exhibant leur chevelure en restant assises, et comme fait exprès pour attirer les convoitises, et ce faisant exalter la foi. L’une d’elle lit un numéro de La Réforme qui titre en une : « L’Eglise kiffe les jeunes ». Une version protestante des fameuses JMJ a eu lieu à Strasbourg, ou à Lyon,  sous l’appellation du « Grand Kiff ». Cette célébration de jeunes, attirant plus de 1 000 personnes, est décrite comme un franc succès.

Je vois un homme qui reste près d’une de ces donzelles aux cheveux blond venitien, et la reluque sans prêter attention aux paroles de la pasteure. La femme doit se sentir regardée, mais donne l’impression d’être ailleurs, parmi les anges. Le spectacle est étrange mais je me demande s’il n’y a pas là les ingrédients pour faire un couple heureux. Un homme lubrique et une croyante éthérée.

Dans les moments creux, un couple de retraités parle avec moi. L’homme est originaire de Nîmes et me confesse qu’il ne viendrait peut-être pas à l’Assemblée du Désert s’il fallait aller en Auvergne ou en Bretagne. Sa femme attire mon attention sur le livre qu’elle porte avec elle. Une monographie sur son arrière arrière grand-père qui fut un peintre du XIXe siècle. Elle vient en faire la promotion car le Musée du Désert rechigne à le mettre en vente alors même qu’il compte parmi ses collections plusieurs tableaux de ce peintre protestant. Elle est l’auteure du livre, mais ce n’est pas pour cela que son geste ne mérite pas d’être salué. En voilà une, pensé-je, qui sait ce que prêcher dans le désert signifie.

Pour la pause repas, tout le monde retourne à sa voiture, ou pique-nique dans les environs. Moi, je m’allonge à l’ombre d’un hêtre et rêve à des courbes. Un couple passe près de moi et peste contre la pauvreté du sermon de ce matin.

L’après-midi, des intellectuels laïcs vont prendre la parole et nous nous attendons tous à de la nourriture terrestre et céleste.

L’historien, chemise blanche enfoncée sous un pantalon taille haute, prend place à la chaire. Son discours veut lutter contre trois clichés, celui d’un protestantisme austère, celui d’une pratique prétenduement faible chez les réformés, et celui de l’éternel individualisme protestant. Il démontre alors que ses coreligionnaires sont plus pratiquants que les catholiques ; que loin d’être austère l’église est de plus en plus « kiffante » ; et qu’enfin les rassemblements tendent à être solidaires.

Il conclut un de ses paragraphes par ces mots plein d’enthousiasme contrit : « Austère ? Non. Grand Kiff ? Oui! »

Dans l’après-midi, le choeur se lance dans le Chant des Prisonnières de la Tour de Constance, en languedocien. C’est le signe de la fin des festivités. Les gens plient leur siège et, par grappes, retournent à leur voiture.

Je fais de même et tente une dernière fois de me faire offrir une visite guidée du Musée du Désert. Mon micro à la main, je suggère que c’est pour la radio suisse. Saperlipopette, si la carte du calvinisme helvète doit marcher quelque part en France, c’est bien à l’Assemblée du Désert! En vain, personne n’a le temps de s’occuper de moi. Le responsable des lieux me laisse sa carte de visite et m’invite à passer un autre jour.

Ce dernier échec signe la fin de ma déambulation à Mialet.

L’Assemblée du Désert

Je ne voulais pas terminer mon expérience cévenole sans assister une fois à l’Assemblée du Désert. Qui dit Cévennes dit Désert. Pour un nomade comme moi, dont les parents ont longtemps vécu en Afrique, le désert des Cévennes a toujours eu une puissance évocatrice. Et qui sait si mon frère, né à Ouagadougou, ne s’est pas installé dans les Cévennes méridionales pour rester en lien avec son Sahara natal ?

Quand j’étais plus jeune, je faisais des randonnées dans les Cévennes en pensant que le terme de désert renvoyait à une terre infertile. Je ne comprenais pas encore qu’il s’agissait d’une référence biblique, que les protestants utilisaient lorsque leur religion était interdite par le roi de France. Ils se cachaient dans des coins de nature et procédaient aux services sur des autels portatifs. Le Désert faisait référence aux Hébreux qui errèrent pendant quarante ans dans le désert, conduits par Moïse.

Chez les huguenots, le mot même de Désert désigne même la période qui va de 1685 (la Révocation de l’édit de Nantes) à 1789 (la révolution française). Un siècle de clandestinité et de nomadisme relatif.

 

Tous les premiers dimanche de septembre, les protestants de France se rassemblent donc dans les Cévennes, dans le village de Mialet. J’ai lu quelque part qu’à Mialet, lors de la guerre des Cévennes, les dragons du roi conduisirent tous les habitants dans l’église et y mirent le feu. J’ai lu ailleurs que tous les habitants de Mialet firent déportés lors de la même guerre des Cévennes. On lit tellement de choses, en des endroits tellement variés.

L’assemblée se déroule dans un hameau où habitait un grand chef camisard, Rolland. Depuis le début du XXe siècle, la demeure natale de Rolland abrite les collections du Musée du désert. Et c’est en contrebas qu’on accueille tous les protestants qui le veulent, tous les premiers dimanche de septembre.

C’est là qu’en 1935, André Chamson avait prononcé son fameux discours sur l’esprit de résistance, dont j’ai parlé ici. Cette année, sont invités des personnalités beaucoup moins célèbres mais non moins protestantes : la pasteure d’Orthez Anne-Marie Feillens, puis une historienne et un historien. On attend, paraît-il, 20 000 personnes de l’Europe entière.

Le sage précaire ne peut pas rater la venue de 20 000 parapillots dans sa région d’adoption. Surtout si dans le lot se trouvent des nord-Irlandais, des Anglais et des Suisses. Quel défilés d’accents en perspective ! Un calvinisme haut en couleur.

Le Souffle du rêve

Dans ma série de documentaires radiophoniques sur les Cévennes, après avoir exploré la culture locale et interviewé des gens du cru, je veux m’attaquer aux « margoules ». Les margoules, c’est les « zippis » comme on dit ici, les chevelus, les néos. Ceux qui viennent on ne sait d’où et qui font on ne sait quoi. Les margoules ce sont des gens comme le sage précaire, en définitive, en quelques points identiques. Sauf qu’ils pensent que l’on peut changer le monde, ce que la sagesse précaire évite de professer.

Les tribus que j’ai approchées m’ont conseillé d’aller les rejoindre au « Souffle du rêve », un étrange festival alternatif perdu au milieu d’un désert. Depuis le Vigan, il suffit de monter sur le Causse de Blandas, et de suivre l’unique route qui traverse le plateau. La steppe caussenarde est un endroit idoine pour les rencontres de constructeurs de yourtes. Il y souffle, non un rêve stricto sensu, mais une désolation toute mongole.

J’y ai pris pas mal de sons. Je promenais mon micro et adressais la parole à celles et ceux qui pouvaient éclairer ma lanterne sur ce regroupement dont je ne savais rien. Je me suis aperçu qu’être armé d’un micro, c’était le meilleur moyen de ne pas m’emmerder dans des ambiances et des communautés qui me sont étrangères. Et puis, c’est une manière formidable d’aborder des belles femmes sans avoir l’air trop louche.

Dans la « yourte Mama », où s’affairaient la fourmilière des organisateurs et des bénévoles qui n’avaient pas le temps de me parler, j’ai été accueilli par la comptable (chez eux, on dit « animatrice du trésor »). Elle m’a expliqué longuement, gentiment, avec le sourire et une bonne humeur communicative, ce qui l’avait amenée là, sur un causse, au milieu de ces va-nu-pieds.

Moi qui croyais que c’était un petit festival de musique aborigène, et autres transes mystiques, j’ai dû aller sur place pour me rendre compte qu’il s’agissait d’une sorte de foire de la coolitude, un village de schtroumpfs en dreadlocks.

Sur un large espace très puissant visuellement, sont répartis des habitats de plusieurs formes et de différentes structures, à l’intérieur desquels on voit des gens en pleine discussion. On appelle cela des « cercles de parole ». Sous un tipi, un homme entre deux âges tient le sceptre, le « bâton de parole » entre ses mains. Il demande à l’assemblée de réagir à ses paroles. On lui fait comprendre par des gestes qu’on ne peut pas lui répondre car c’est lui qui a le bâton de parole. Dans une yourte miniature, un cercle de parole est annoncé par le titre de « Rêver sa vie » : un homme y partage son expérience de vie, sa trajectoire qui l’a mené d’échecs scolaires en échecs sentimentaux, jusqu’à ce qu’un stage chez Pierre Rahbi lui ouvre de nouvelles perspectives. Tout le monde est d’accord pour dire que le « système » est foutu mais que l’on peut se servir dudit « système », que l’on n’est pas obligé d’y être assujetti.

Au dehors, la majorité des jeunes gens retiennent mon attention par une élégance et une désinvolture très étudiées. C’est un défilé de mode constant, et c’est ce qui me réjouit le plus. Les femmes sont belles, les hommes bien foutus, et beaucoup portent une attention extrême à leur apparence, leur démarche, leur façon de bouger. Il s’agit de dégager de soi une impression de sagesse, de puissance mystique et d’autonomie. Essayez devant votre miroir, vous verrez comme c’est difficile.

Tout le monde, d’ailleurs, est comme incité à faire preuve de sérieux. Les ateliers de toute sorte (massage, yoga, danse, méditation, maquillage, tresse indienne) se font dans une ambiance austère et recueillie. Même et surtout l’atelier tambour, qui consiste à fabriquer, puis à frapper sur, des percussions élémentaires, exige la plus grande rigueur. On fait boum boum en cercle, et cela nous renvoie à une conception de l’énergie, une rentrée en soi et une communion avec le monde.

L’austérité est même un brin puritaine, m’a-t-il semblé. Ces beaux corps exhibés, ne sont guère érotiques. Garçons et filles ne se regardent pas, ne se touchent que pour s’apporter de la paix. Si ça ne tenait qu’à moi, je proposerais des séances d’amour tantrique à la ronde, mais je sens confusément qu’on flairerait chez ce reporter bedonnant le tendre cochon qui ne sommeille jamais tout à fait. Je peux me tromper, mais j’ai eu la sensation que de nombreuses personnes étaient pourtant venues dans l’espoir secret de se taper un mec ou une nana (au moins). Simplement, ils aimeraient que le rapport sexuel puisse être la conséquence naturelle des activités susmentionnées. La drague, comme l’alcool, est selon toute apparence proscrite.

L’alcool est interdit au Souffle du rêve, mais pas le tabac ni le pétard. Il serait d’ailleurs difficile de se passer de la cigarette, tant elle fait partie de l’attribut et de l’accessoire fashion des gens cool. Elle implique une gestuelle, un rituel, qui fait partie intégrante de la panoplie des festivaliers. L’alcool, on peut s’en passer plus aisément car ça fait un peu beauf, ça fait supporter de foot. La clope roulée, en revanche, c’est la baguette du magicien bio, le signe tolérant du rastafari cévenol.

J’aborde une jeune femme, le micro éteint, pour solliciter un entretien : « Normalement je refuse mais ça dépend ; tu viens d’où et tu travailles pour qui ? » je réponds que je suis nomade et que mon reportage sera proposé à Radio France International. Elle réfléchit deux secondes et tranche : « Si j’ai quelque chose à te dire, je viendrai te voir. »

J’en aborde une autre, superbe et curieuse de mon attirail. En fait c’est elle qui me demande ce que je fais là. Elle refuse de se faire interviewer car elle n’est pas certaine d’adhérer pleinement aux tenants et aboutissants du festival. Elle est étonnée de m’entendre répondre que c’est justement une parole comme la sienne, fragile et incertaine, qui serait intéressante, à côté de celle des organisateurs qui savent manier l’argumentaire commercial. Elle ne cède pas, et je n’insiste pas. Elle dit venir d’Avignon et ne pas savoir combien de temps elle restera. Nous nous présentons l’un à l’autre et nous serrons la main. Je la verrai cinq minutes plus tard en train de méditer en tailleur, au son des cymbales d’un groupe qui m’apparaissait comme amérindien.

Les enfants ne sont pas en reste et s’amusent bien. C’est une chose à signaler : le Souffle du rêve peut fonctionner comme une grande colonie de vacances presque gratuite. Les nombreux ateliers susceptibles d’accueillir des enfants permettent aux parents d’aller fumer clope sur clope pendant des heures en devisant sur la vie saine. Les gens qui s’occupent de ces ateliers sont comme des monos sans BAFA mais non sans compétences, et sont ravis d’avoir des enfants avec eux, pour faire des marionnettes en mousses, de la sculpture sur pierre ou de la construction d’habitat nomade.

Je dis une colonie de vacances presque gratuite, car la question de l’argent est là aussi austère et protestante : tout est à « prix libre conscient ». C’est-à-dire qu’on donne ce qu’on veut, compte tenu que le truc a coûté 3 euros, et que des gens ont donné du temps et du cœur pour le faire. Il s’agit de donner ce qui nous paraît faire preuve d’assez de respect pour le travail effectué. Tout achat est donc une espèce de don philanthropique. Résultat, je n’ai rien bu ni rien mangé de la journée, de peur de dépenser trop peu et de montrer ainsi trop peu de respect.

Avant le salon de l’agriculture de Paris, je suggère donc aux amoureux de la nature de se rendre à cette fête de la congrégation générale des alternatifs réunis.

Éloge du Vigan

Le Vigan 039

Je ne voudrais pas quitter les Cévennes sans rendre un hommage vibrant à la délicieuse cité du Vigan, sous-préfecture du Gard. Il faudrait en chanter le charme, la beauté un peu cachée, mais la beauté infinie et saisissante. 

Vue du Vigan, depuis l’école Jean Carrière

Depuis la fenêtre de l’appartement de mon frère, au dernier étage de l’école communale, la vue est tout bonnement exquise. Sur la droite, une rue adorable de convexité : les maisons se touchent et s’organisent en virages variés, avec ces toits inégaux et ces volets aux couleurs marquées qui donnent du rythme aux lignes.

Hôtel particulier du Vigan

Sur la gauche, un vieil hôtel particulier imposant, cubique mais vivant, avec une terrasse à la rencontre des faîtes du toit.

Logements ouvriers du Vigan

Derrière cet hôtel, cachées depuis la rue, des maisons ouvrières branlantes dont le passage vers l’escalier se fait sur des balcons extérieurs qui courent sur toute la largeur de la façade. Des rosiers égayent ces habitations modestes.

J’écris ces mots depuis la médiathèque, par exemple, et que vois-je depuis la fenêtre de mon bureau : un assemblage hétéroclite de toits inégaux, aux tuiles creuses formant des lignes incertaines, chapeauté par le clocher carré de l’église catholique. Dans ce fief camisard, même les églises du pape sont austères et massives. Ce clocher se voit de partout et donne une côté italien au centre ville, quand on l’approche depuis la rivière.

Toits et clocher depuis la médiathèque du Vigan

Je demande pardon aux puristes de la langue, qui vont me reprocher ces qualificatifs honnis. Ces adjectifs superlatifs qui sont la marque, paraît-il, des mauvais écrivains (délicieux, superbe, charmant, exquis, adorable, ravissant), mais ce sont les mots qui me viennent quand je suis saisi par une vue, en ouvrant les volets, en levant le nez de mon ordinateur, ou au sortir d’un virage. Le mot que je voudrais trouver, c’est celui qui exprime une admiration affectueuse, soudaine et pourtant assignée à un être connu, vu mille fois, et dont la beauté se révèle après des années de fréquentation.

Du déclin des librairies

Faut-il acheter ses livres sur internet ou faut-il soutenir les librairies indépendantes ? Fréquemment, les amoureux du livre disent préférer les vraies boutiques, où de vrais libraires rencontrent de vrais lecteurs.

Il est vrai que ça a son charme, tous ces « vrais » mis bout à bout, ça donne l’impression de vivre dans la réalité, la vérité, la concrétude.

Or, cela me paraît un peu court comme argument. Loin de moi l’idée de nier l’importance qu’ont les librairies indépendantes dans nos villes, et d’amoindrir ce qu’elles apportent de dynamisme ou de culture à nos rues. Mais compte tenu qu’elles ne peuvent rivaliser avec les stocks infinis des librairies en  ligne, les vraies boutiques et les vrais commerçants doivent apporter quelque chose de plus à leur service, un supplément d’humanité, d’échanges et de rencontres. Si elles se limitent à poser des bouquins sur des tables et à attendre le client, nul doute qu’elles vont fermer les unes après les autres.

Dans la petite ville du Vigan, la librairie du Pouzadou est une petite institution qui résiste. Elle joue crânement son rôle de commerce de proximité. Elle jouit donc d’une position assez privilégiée par rapport à celles qui sont mal placées, mal connues, mal desservies. Et pourtant elle incarne à sa façon le déclin inévitable de la librairie indépendante.

On se souvient que l’employé du Pouzadou avait refusé de commander des exemplaires de mon livre sur les Travellers irlandais, au motif qu’ils ne se vendraient pas. Finalement, il en a commandé, mais longtemps après le moment où un certain buzz entourait mon livre. Si bien qu’une dizaine d’exemplaires ont été vendus sur la ville, mais indépendamment de la librairie indépendante. Plusieurs personnes l’ont même acheté sur internet…

L’autre jour, je fais un tour à la librairie pour renifler un peu la rentrée littéraire. Je vois une pile de mes Voyage au pays des Travellers, invendus, embarrassants et encombrants. Je m’adresse à la dame qui tient la caisse et lui exprime ma confusion. Pour écouler ce stock, je fais offre de service. « Si je peux être utile à quelque chose… » Elle propose une séance de signatures. Bonne idée. À mon avis, tout le monde doit un peu mouiller sa chemise pour vendre cette marchandise fragile qu’est le livre. Les auteurs aussi. Alors, aller au mastic, faire le bonimenteur, vendre mes livres à la criée pour aider une petite librairie, je suis d’accord.

Il se trouve qu’en plus, la semaine suivante, un festival de littérature de voyage se tiendra dans le centre-ville. Nous pensons que cela pourrait être l’occasion d’attirer l’attention du lectorat sur cet ouvrage de voyage ethnographique en Irlande.

Ce matin, je viens aux nouvelles. Les employés s’en sont parlé et ont pris la décision de ne pas organiser cette séance de signatures. Ils préfèrent renvoyer les quatre livres chez le diffuseur, au motif qu’ « on en vendra peut-être aucun ».

Ils ont des livres à vendre, et un auteur sous la main qui est prêt à s’investir et ils font le choix de ne même pas essayer. Ils avaient l’opportunité de proposer à leur clientèle une rencontre, un événement humain, ils préfèrent s’en passer. Il paraît que la librairie indépendante apporte un supplément d’âme que ne peut fournir la librairie en ligne. Encore faudrait-il que les libraires eux-mêmes aient envie de jouer ce jeux-là.

Je n’insiste pas car j’avoue que cela me dispense de rester assis derrière un stand des heures durant. J’insiste d’autant moins que la libraire me dit d’un ton désolé que mon livre, désormais, « c’est de l’histoire ancienne ». Je déglutis comme je peux et tâche de garder le sourire. Un peu humilié, je réponds que même pour moi c’est de l’histoire ancienne, car je suis sur d’autres projets. Naturellement, je n’y crois pas une seconde. Pourquoi écrirait-on, et pourquoi lirait-on des livres, si nous pensions qu’ils se périmaient comme des yaourts ?

Savez-vous pour qui mon livre n’est pas de l’histoire ancienne ?

Amazon.

Parler de massacres dans l’herbe tendre

J’ai cette fois loué une voiture et suis allé chercher Peter dans sa maison secondaire, sise sur les hauteurs d’Arrigas, à une vingtaine de kilomètres du Vigan, dans la direction du causse.

Peter est un jeune retraité de l’université. Anglais de naissance, il a enseigné la littérature française toute sa vie dans des universités britanniques. Spécialiste de l’entre-deux-guerres, il a consacré un livre de deux tomes à André Chamson, bien après avoir acheté cette maison dans les Cévennes. Je l’ai rencontré à Belfast, il enseignait précisément dans l’université où je faisais ma thèse. Nous ne manquions pas une occasion de parler un peu de cette région de France à laquelle nous nous sentions liés d’une manière ou d’une autre.

Mais c’est la lecture de Chamson, dans les années 1960, qui lui a fait connaître les Cévennes, où il n’a mis les pieds que vingt ans plus tard. Lui plaisent les paysage, mais aussi la rudesse, l’esprit de résistance aux pensées dominantes, et l’anticonformisme. C’est donc tout naturellement que j’ai voulu enregistrer un entretien avec Peter, dans le cadre de mes documentaires radiophoniques sur les Cévennes.

Vous ai-je dit que la sagesse précaire était aussi une maison de production radiophonique ?

Stèle commémorant les Camisards

Quel meilleur endroit, pour réaliser cet entretien, que la tombe d’André Chamson ? Sur la route sinueuse qui nous y mène, nous tombons sur un monument en mémoire des camisards, ces combattants protestants qui luttèrent contre les dragons de Louis XIV.

Chose remarquable, cette plaque a été érigée en 1942. En pleine occupation allemande. Peter tend à penser que c’est là l’oeuvre des collaborateurs au pouvoir, soucieux d’attirer les suffrages de la population locale. Moi, je pencherais plutôt pour une sorte d’acte cryptique de résistance. Ceux qui allaient former le maquis Aigoual-Cévennes auraient posé là une stèle apparemment apolitique, mais qui appelait à l’insoumission.

Plaque de 1942 commémorant les rebelles de 1742

Nous continuons la route et arrivons près du col de la Lusette. Deux familles pique-niquent à l’ombre d’un pin, à côté de la tombe de Chamson. Je les interviewe eux aussi, car le sage précaire ne recule devant rien. Ils avouent n’avoir rien à dire sur l’écrivain, mais le connaître de réputation. Ils viennent là surtout parce que ce petit coin de paradis est ignoré de tous, à part de quelques randonneurs qui ne font que passer.

Peter et moi nous asseyons dans l’herbe épaisse, à l’ombre d’un autre pin. De sa belle voix, douce et grave, il raconte les relations que Malraux entretenait avec Chamson. Il révèle que le cévenol envisageait les femmes de manière ambivalente, progressiste dans certains romans, misogyne dans d’autres, et carrément sexiste à l’Académie française. Surtout, Peter parle du passage douloureux qui a mené Chamson du pacifisme causé par la Grande guerre (et qui a conduit à la parution de Roux le Bandit, en 1925), à l’anti-fascisme combattant des années 30.

Petit à petit, nous avons refait le monde de l’entre-deux-guerres, devisant sur les différents mouvements politiques de l’époque, sur Mein Kampf, sur le mystère des trois grands conflits européens (1870, 1914 et 1939) et leur éventuel enchaînement.

J’ai fini par poser le micro sur l’herbe pour profiter pleinement de la fraicheur du moment, du bon air de l’altitude et de ce qui vaut la peine d’être discuté un beau jour d’été entre deux intellectuels courtois et libéraux : des massacres, de la haine et du désir de destruction.

C’est longtemps après l’heure du déjeuner que nous sommes redescendus à Arrigas, et avons retrouvé Barbara, la charmante épouse de Peter, qui nous avait préparé un repas. Je me suis confondu en excuses, ce retard était de ma faute. Barbara me pardonna instantanément.

On peut dire ce qu’on veut sur les universités, mais il y a une douceur de vivre chez les universitaires qui n’a pas grand chose à envier à la précarité des sages.

Sur la tombe d’André Chamson

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Véro m’ayant prêté sa voiture, je tente encore une fois d’aller voir la tombe d’André Chamson. Je prends la plus belle route de la vallée : depuis le Mazel, elle monte vers Talleyrac et rejoint le col de Peyrefiche. Personne n’emprunte cette route car elle est minuscule, sinueuse, et qu’une autre peut être empruntée quelques kilomètres plus loin, pour se rendre plus rapidement aux mêmes endroits.

Je rate la tombe et arrive comme un idiot au col de la Luzette. Je redescends, remonte, redescends, jusqu’à ce qu’un petit tas de pierre attire ma vue. Je me gare et marche sur le chemin qui s’enfonce dans la forêt. Le sentier arrive à une grosse pierre posée au sein d’une toute petite clairière, avec une vue splendide sur la vallée. En face, il doit y avoir le terrain de mon frère, quelque part. Chamson et moi, nous nous sommes fait face pendant une année, et c’est aujourd’hui que nous nous rencontrons.

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Le terrain de mon frère, quelque part, depuis la tombe d’André Chamson

Je reste très peu de temps. Après avoir scruté le paysage, je rentre à la voiture. Le site est beau, il n’y a pas à dire, mais je n’ai reçu aucune inspiration divine. Souvent, la visite des lieux d’écrivains, singulièrement leur demeure, provoque une étrange commotion chez le visiteur, et le marque. Pour moi, la maison de Lu Xun à Pékin, et celle du même Lu Xun à Shanghai, où il vécut les dernières années de sa vie, furent d’intenses occasions de rêveries, et de puissants encouragements à relire les textes de l’écrivain, ainsi que d’en lire de nouveaux. Je m’attendais à quelque chose d’approchant avec Chamson.

Rien de tel. La tombe de Chamson, dominant la vallée de Je-ne-sais-quoi, peut-être la vallée de l’Hérault (après tout, c’est l’Hérault qui trouve sa source là-bas), est aussi inspirante que le mausolée de Chateaubriand à Saint-Malo, et dans les deux cas, je n’ai pas ressenti grand-chose, à part la jouissance attendue du paysage.

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Mausolée d’André Chamson

Il y a encore une partie de l’œuvre de Chamson que je ne connais pas bien, et j’espérais peut-être vaguement que ce pèlerinage m’aurait donné la force de m’y plonger. Il s’agit de sa « Suite camisarde », dans laquelle il raconte la guerre de résistance des protestants cévenols, entre 1702 et 1710, dite « Guerre des Camisards ». Il y raconte l’histoire de son propre ancêtre, envoyé dans les galères, dans La Superbe. Il y raconte aussi le destin des femmes protestantes, enfermées dans le Tour de Constance, à Aigues-Mortes, connues pour avoir gravé le mot « Résister » dans la pierre.

80 ans avant la révolution française, 250 ans avant la deuxième guerre mondiale, les femmes cévenoles ont inventé ce qu’on appelle aujourd’hui l’esprit de résistance. Et c’est quelques années avant la guerre, en 1935, que Chamson prononçait ces paroles à l’assemblée du Désert :

Nous trouvons ici le mot qui nous livre le secret de nos Cévennes, le mot qui est gravé sur la pierre de la tour de Constance et que le vent semble siffler sur les roches ou dans les herbes dures de nos hautes crêtes, par delà le Jardin de Dieu, sur les hauteurs de l’Aigoual et de la Fageole, le mot que l’on répète aux petits enfants dans toutes les maisons de nos vallées, le mot qui semble inscrit dans ce vallon et dans ce petit village : résister.

Il a écrit ses romans historiques dans cet esprit de résistance, pour lui donner une consistance narrative, pour l’incarner dans des personnages.

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Tombeau d’André Chamson, col de la Luzette

Chamson a passé toute sa carrière à Paris, mais il savait qu’il fallait venir de quelque part pour toucher les lecteurs. C’est une banalité, il faut être singulier et personnel pour atteindre l’universalité. Donc un écrivain ambitieux, loin de renier ses origines provinciales, doit souligner son appartenance à une terre en particulier. De même que Giono symbolisait la Provence, Chamson voulait être l’écrivain des Cévennes. Or, pour cela, il a défini un lieu central de son imaginaire, le mont Aigoual. Et il a passé la première partie de sa carrière à raconter des histoires de paysans, de travailleurs et de protestants vivant autour de l’Aigoual. Dans une deuxième partie, il a dû prendre conscience qu’on ne pouvait pas incarner les Cévennes sans raconter les Camisards. C’est ce qui lui a donné l’idée d’en faire carrément une suite, une fresque, ou une saga.

Jean-Yves Tadié dans son dernier essai sur l’histoire du roman au XXe siècle, mentionne justement cette suite camisarde comme un monument inconnu et pourtant digne d’intérêt.

J’ai beau avoir visité le mausolée de Chamson, rien ne vient. Je ne trouve pas la force d’aller lire ces livres. C’est peut-être que j’en ai eu ma dose, de ces héros magnifiques qui luttent contre plus grands qu’eux.

 « Dans l’ordre humain, je ne connais rien de plus beau que cette aventure héroïque d’un peuple montagnard qui semble avoir voulu donner la preuve de la primauté de la conscience humaine », écrit encore l’écrivain en 1935. C’est peut-être que je n’y crois guère, finalement, à la conscience humaine.