J’aime/Je n’aime pas Susan Sontag

Dans le supplément littéraire de Libération, ce matin, Philippe Lançon évoque la parution du deuxième volume du Journal (1964-1980) de Susan Sontag. Il cite les listes qu’elle écrit, ainsi que les « J’aime/Je n’aime pas ». Comme le dit Roland Barthes, cet exercice n’a aucune valeur et pourtant il montre combien « mon corps n’est pas le même que le tien ».

Et c’est vrai qu’à voir ce qu’aime et n’aime pas Susan Sontag, je me sens plus éloigné d’elle que de n’importe qui. Extraits :

Elle n’aime pas

– les couples (moi je les adore), – les matches de football (no comment), – nager (cette femme ne sait rien des rivières), – les chats (cette femme n’a pas de coeur), – les parapluies (mouais), – être photographiée (je doute que cela soit sincère), – me laver les cheveux (je ne sais pas à quoi elle fait référence), – donner une conférence (moi j’aime), – les cigares (moi j’aime), – écrire des lettres (moi j’aime), – prendre des douches (moi j’aime), – Robert Frost (moi j’aime), – la nourriture allemande (moi j’adore), – les hommes velus (le sage précaire en est un, Susan, et il t’emmerde), – les livre de poches (snob).

Je crois que je ne pourrais pas m’entendre avec une femme comme Susan Sontag. Or, quand je me remémore le peu que j’ai lu d’elle, cela ne m’étonne pas. Mais le pire vient peut-être de ce qu’elle aime. Extraits :

Elle aime

– régler des factures (no comment)

– les grottes (je vois ! les grottes, ça donne un côté philosophe, un côté platonicien, leibnizien, le genre je suis profonde et obscure. Bullshit.)

– regarder le patinage artistique (même chose que pour les grottes, mais à l’inverse : ça donne un côté surface des choses, « la profondeur c’est la peau », tout ça.)

– l’art du Bénin (typiquement le truc qu’on dit pour faire classe. Connaît-elle seulement les arts des autres pays africains ?)

– les meubles de bureau (non mais je rêve. Et on voudrait nous faire lire des livres écrits par une telle femme ?)

– les Juifs (elle aime tous les Juifs, comme ça ? C’est une inclination de son corps. Elle aime les meubles de bureau et les Juifs.)

– les aphorismes (elle est prête pour lire Dans les forêts de Sibérie, de Sylvain Tesson. Eux deux pourraient s’entendre.)

Bon, j’arrête ici. Il se trouve qu’à chaque fois que je suis tombé sur une citation de Sontag, dans un article universitaire, j’ai trouvé ça con, ou peu convaincant. Ceci s’explique peut-être par le fait que son corps, si l’on en croit ses « j’aime/je n’aime pas », est trop éloigné du corps de la sagesse précaire.

Mort de Maurice Nadeau et de La Quinzaine littéraire

Alors moi, je veux bien que Maurice nadeau ait été un superbe éditeur, et que La Quinzaine littéraire soit une chouette revue, mais qui la lit et qui en parle ?

J’ai écouté plusieurs émissions de radio sur cette revue qui était menacée de faillite, et je n’ai rien entendu de concret. Tous les intervenants parlent de la qualité de cette publication mais ne citent pas un seul article écrit ces dernières années.

Une revue vivante, c’est une revue qui provoque le débat, qui fait découvrir de nouvelles voix. Or depuis les articles de Roland Barthes, dans les années 50 et 60, qui ont marqué la critique littéraire, qu’y a-t-il eu ?

Plutôt que d’entendre ad nauseam la légende de ce découvreur de génie, j’aurais bien voulu que des professionnels de la profession me fassent découvrir les idées nouvelles et voix audacieuses qui sont censées être le pain quotidien de la Quinzaine.

Les « vagabonds métaphysiques » du Figaro

Le vendredi, j’aime bien acheter Le Monde, pour son supplément littéraire qui s’est franchement amélioré depuis peu. Le Jeudi, c’est le jour du supplément littéraire du Figaro, et si je l’achète moins, il m’arrive de le lire quand, d’aventure, je me trouve dans une commune dotée de marchands de journaux. Vivre en France, selon moi, c’est aussi lire la presse française, et particulièrement, suivre l’actualité littéraire.

Le dossier du dernier Figaro littéraire, donc, a tout pour m’intéresser. Il est consacré à la littérature du voyage, avec en première page une grande photo de Thomas Goisque montrant Sylvain Tesson, au bord du lac Baïkal, sautant par-dessus une rivière ou une craquelure dans le lac glacé. La photo est malheureusement annonciatrice de la relative faiblesse du dossier : contemplé par ses deux jolis chiens à l’arrière plan, Tesson porte la barbe et une écharpe négligemment passée autour du cou, une casquette vissée sur le crâne et une paire de jumelles sur le côté. Chaussures de marche légères et gants, son sac à dos ne l’empêche pas d’évoluer dans les airs. Les bras écartés vers l’avant, l’écrivain voyageur fait à la fois figure d’oiseau et d’enfant qui tend les bras vers un nouveau monde. Le visage est impassible, concentré, des rides sur le front marquent le souci de l’aventurier quant à l’endroit où il posera son pied.

(Goisque et Tesson ont fait plusieurs livres ensemble, dont un qui m’avait intéressé, le long des pipe lines de pétrole en Asie centrale. Les deux aventuriers lient leur carrière et s’entraident : le photographe profite de la célébrité de l’auteur pour se faire financer des voyages et obtenir des débouchés éditoriaux, tandis que l’écrivain s’offre, grâce à la présence d’un ami plasticien, une galerie de portraits qui contribuent à ériger une sorte de légende autour de sa personne. La parution, l’année dernière, de Sibérie chérie, un livre de photos et d’aquarelles des deux amis accompagnés d’un troisième compère, à la suite du grand succès de librairie Dans les forêts de Sibérie, participait de cette auto-mythologie des voyageurs.)

Qu’en est-il, alors, du « dossier » sur les nouveaux aventuriers ? En quoi sont-ils nouveaux, d’ailleurs ? En une phrase, la couverture du Figaro littéraire le dit : « Il n’y a plus de contrées à découvrir. Désormais, les voyages au loin se font aussi en profondeur. » Le constat date maintenant d’une bonne centaine d’années. Victor Segalen le disait au début du siècle, Valery et Michaux le disaient dans les années 1920, le Figaro littéraire n’impressionne pas le lecteur cévenol par son sens de l’innovation théorique !

En fait de « dossier », une double page  composée d’un article principal de Sébastien Lapaque, d’une minuscule interview de Jean-Christophe Rufin, de trois courtes critiques de parutions récentes et de quelques brèves qui coiffent la double page. Ces brèves donnent un paragraphe d’introduction, un chiffre, une citation, et trois titres de parutions récentes. Le chiffre, c’est le nombre de visiteurs au festival « Etonnants voyageurs » (60 000 personnes), la citation parle de l’aventure, affirmant qu’elle « ne sert à rien » et que c’est là sa beauté. La phrase d’introduction, enfin, va un peu plus loin que la banalité affichée en page de couverture :

Quelques écrivains français donnent un nouveau visage au récit de voyage. Ces globe-trotteurs ne sont pas en quête d’exploits. Vagabonds lettrés, ils aiment mettre leurs pas dans ceux de leurs prédécesseurs pour se souvenir de que furent leurs émerveillements mais aussi leurs colères. 

Là encore, le fait que le récit de voyage ne cherche plus sa valeur dans l’exploit, c’est une antienne que l’on rabâche depuis plus d’un siècle. Quand les auteurs, les lecteurs et les critiques vont-ils s’en rendre compte, et quitter cette idée reçue selon laquelle le récit de voyage est, par essence, un ramassis de racontars héroïques et auto satisfaits ? A cause de cette erreur de perspective, due à une ignorance de départ, les bons récits de voyage sont constamment accompagnés de remarques du type : « C’est bien plus qu’un simple récit de voyage », ou même : « contrairement aux apparences, ce n’est pas un récit de voyage », tant il est vrai que le genre a perdu toutes ses lettres de noblesse au cours du XXe siècle.

Deuxième cliché, le terme même de « vagabonds ». Après son occurrence dans le petit paragraphe d’introduction, on en trouve une seconde dans le chapeau de l’article : « Nos globes-trotteurs parcourent le monde en vagabonds métaphysiques et cultivés. » Pourquoi user d’un mot aussi galvaudé ? Ces écrivains voyageurs sont d’ailleurs tout sauf des vagabonds. Ils sont des entrepreneurs, ils travaillent, ils font des projets, ils savent trouver des financements, ils ont des réseaux…  Ils n’ont rien d’errants rêveurs.

Vient alors la thèse de l’article : il existerait une « spécificité » française du récit de voyage qui consiste à abandonner l’exploit pour produire des « aventuriers métaphysiques et des vagabonds instruits ». En quoi sont-ils métaphysiques ? On ne le saura pas. En quoi sont-ils instruits ? En ceci qu’ « ils aiment mettre leur pas dans ceux de leurs prédécesseurs pour se souvenir de ce que furent leurs émerveillements (et leurs colères). » De quelles colères parle-t-on ? On ne le saura pas non plus. Et de citer le dernier livre de Sébastien Courtois, au titre banal et étonnamment naïf, Éloge du voyage. Sur les traces d’Arthur Rimbaud.

Le journaliste aurait pu en effet rappeler d’autres récits de ce type qui, depuis vingt ans au moins, montre que c’est devenu un sous-genre en soi, avec le récit d’Olivier Weber sur les pas d’Ella Maillart, le film de Priscilla Telmon sur les traces d’Alexandra David Néel, le livre de Sylvain Tesson reprenant l’itinéraire des échappés du goulag à travers l’Asie centrale, ou l’album récent d’Ingrid Thobois sur les chemins de L’Usage du monde de Nicolas Bouvier.

Mais la question qu’on peut se poser est double. En quoi est-ce nouveau et en quoi est-ce spécifiquement français ? Nouveau, je viens de l’indiquer, ce ne l’est peut-être pas tout à fait (mais cela pourrait être quand même un phénomène assez récent, il faudrait chercher…) Et français ? En quoi ces récits « sur les traces de » sont-ils plus français qu’américains, italiens ou russes ? M. Lapaque, l’auteur de l’article, postule que c’est un trait national, mais sans aucune apparence de preuve. C’est la pauvreté de ce journalisme littéraire, qui assène, qui postule et qui statue du haut d’une supériorité autoproclamée, prenant les lecteurs pour une masse inculte.

Ce serait pourtant extrêmement intéressant d’en savoir plus sur le sous-genre des livres « sur les traces de » ! Si cela se trouve, c’est une habitude que l’on retrouve dans les pays latins mais pas chez les autres.

Ou alors dans les pays colonisateurs, qui ont produit davantage d’orientalistes et d’explorateurs.

Ou alors dans les pays qui ont tendance à vouer des cultes aux morts (Chine).

Ou bien c’est une tradition typiquement française, et alors là, je dis que c’est fascinant et que ça mérite d’être creusé. Nous méritons d’être informés, en fait, voilà la simple vérité. Mais le journaliste nous laisse tout seuls avec cette hypothèse, qu’il lance comme une vérité communément admise : « On s’autorise à distinguer une spécificité des écrivains voyageurs français. » Vous vous autorisez ? Mais moi j’ai acheté ce journal plus d’un euro, monsieur, j’aimerais que vous fassiez un peu plus que vous « autoriser » à distinguer.

Il manque au journalisme littéraire de la grande presse le minimum de scrupule intellectuel qui le rendrait digne d’être lu. Il faudrait, je pense, que journalistes et pigistes fassent preuve d’un esprit de recherche, au moins élémentaire. Je ne demande pas qu’ils écrivent des thèses, mais qu’ils s’informent un minimum, dans le champ universitaire par exemple, pour éviter de remplir des pages de poncifs.

On parle toujours de la crise de la presse, mais relever la qualité du journalisme pourrait être une première méthode pour s’en sortir. Demander aux journalistes en charge des pages littéraires de se renseigner avant d’écrire, cela pourrait peut-être aider la presse écrite à trouver des lecteurs, on ne sait jamais.

Pourquoi il faut écouter « Détours », sur la RTS

J’avoue que je ne connaissais pas cette émission de la radio télévision suisse avant d’y être invité moi-même. Diffusée tous les jours de 13h00 à 14h00, « Détours » propose soit un entretien avec un voyageur qui a publié un livre, soit un documentaire sur une destination particulière.

Pour ma part, j’ai eu la chance d’y avoir figuré dans les deux dimensions : invité pour parler d’un livre que j’ai écrit, puis documentariste d’un reportage sur Belfast. Cela fait maintenant quelques mois que je me suis abonné à cette émission et que je l’écoute dans mon I-pod lors de mes longues promenades dans la montagne, mes travaux de jardinage ou mes collectes de pierres blanches.

La voix de Madeleine Caboche, l’animatrice-productrice, est très agréable à entendre, sensuelle et attentive, et sa manière d’intervenir est toujours à propos,  .

Mais surtout, la raison pour laquelle il faut l’écouter, c’est que Détours est très pointue, on n’y croise que des voyageurs, et plus particulièrement des écrivains voyageurs. Et encore plus précisément, des écrivains voyageurs francophones, si bien que l’émission est une fabuleuse vitrine de ce qui paraît dans le domaine du récit de voyage.

Madeleine Caboche ne se limite pas à interviewer les Sylvain Tesson et autres stars des voyages médiatiques. Elle va à la pêche dans des étangs plus rares. Elle n’hésite pas à aller puiser chez des petits éditeurs, à contacter des auteurs confidentiels, et à faire appel à l’espace francophone dans son ensemble. C’est pour moi une véritable cure de jouvance d’entendre un auteur québécois, un documentariste haïtien, une voyageuse suisse parmi les habituels Français.

Car évidemment, de nombreux Français sont invités, qui ne le sont pas forcément sur les chaînes de l’héxagone. Il faut donc écouter la radio suisse pour prendre la mesure de la production viatique dans le champ littéraire français. Malgré tout ce qu’on dit sur le voyage, l’errance par-ci, le vagabondage par-là, il n’existe pas d’émissions comme celle-là sur Radio France.

Je découvre des livres, des projets littéraires intéressants, et même des tendances du livre de voyage. J’aurais dû l’écouter plus assidûment lorsque je faisais ma thèse sur le récit de voyage contemporain. Mieux vaut tard que jamais.

Francophonie chinoise

Traits chinois/Lignes francophones

Notre fameux livre Traits chinois/Lignes francophones attire l’attention qu’il mérite en Chine, à partir d’aujourd’hui. J’ai été contacté récemment par le fondateur du Forum Chine et francophonie qui me demande d’intervenir pour la journée internationale de la francophonie, le 20 mars 2013.

C’est sous la rubrique « L’Invité du jour » que mon intervention est immortalisée. Un petit entretien qui donnera peut-être envie à des habitants de l’Empire du milieu d’aller voir d’un peu plus près ce qui se trame depuis plus d’un siècle dans cette étrange rencontre entre créateurs chinois et langue française.

 

Journée et soirée à Villefontaine

La sagesse précaire a jeté son dévolu sur Villefontaine, petite ville nouvelle de la région lyonnaise. Invité à donner une conférence à la mairie sur « Le voyage, le nomadisme et l’écriture », je me devais d’abord de passer la journée dans les deux bibliothèques de la ville.

Je me suis présenté, de bon matin, dans le quartier des Roches. Une sorte de galerie marchande sinistrée ne donnait pas très envie de s’y aventurer. Toutes les devantures étaient fermées, le béton de cette cité était sombre, la bibliothèque semble être le dernier lieu public ouvert dans ce désert. Or, j’ai passé une très bonne matinée. Les usagers étaient nombreux et y emmenaient leurs enfants. Ils étaient curieux, discutaient avec moi et certains promettaient de venir le soir-même à la mairie. Certains ont tenu leur promesse.

Deux gamins du quartiers sont restés jusqu’à la fermeture, preuve que la bibliothèque municipale est un vrai garant de lien social. C’est bien simple, je pense que le réseau de bibliothèques est la plus belle chose de France. On n’a pas de quoi être très fiers, en règle générale, mais l’étranger que je suis est profondément impressionné par nos bibliothèques publiques.

Sarah, la bibliothécaire de la ville, est un petit bout de femme dynamique et pleine de talent. Elle règne sur ces lieux avec bienveillance et humour. Elle fait respecter l’ordre et la discipline avec douceur. Pour sanctionner un adolescent en retard, elle lui dit : « Tu as mis soixante jours pour me rendre ce livre ? Tu auras le droit d’emprunter un document dans soixante jours. » C’est une méthode qui vaut bien mieux qu’un système d’amendes. Elle connaît tout le monde par son nom et n’oublie jamais de parler de moi, assis non loin, de rappeler ma conférence dusoir, et encourage les lecteurs à venir me parler.

J’étais entouré des dessins originaux de mon frère Hubert, ceux qui illustrent mon livre, et d’autres oeuvres en couleur, de mes amis cévenols plus récents, Véronique et Sébastien. La présence des dessins permettait de donner une sujet de discussion avec les enfants, qui trouvaient que j’étais un sacré dessinateur.

La plupart du temps, cependant, je regardais le temps passer dans la bibliothèque. Sarah fait vivre le livre d’une manière admirable. Elle ne se limite pas à son métier de bibliothécaire, elle conte aussi, lors d’animations pour enfants qui attirent les familles de la ville tous les quinze jours. Elle procède aux prêts de documents tout en inscrivant les familles aux spectacles de contes, et les listes grandissent, et les salles ne désemplissent pas.

Quand il fait froid dehors, et que les gamins sortent du collège pour attendre les transports en commun, Sarah leur ouvre la porte et leur dit de se mettre au chaud. Les ados ne se font pas prier et bouquinent en attendant d’allumer leur télévision à la maison.

L’après-midi, je suis resté avec elle et nous nous sommes rendus dans une autre bibliothèque de quartier, mais un quartier plus huppé celui-là, les Fougères. Toujours la même effervescence et la même ambiance chaleureuse.

Le soir venu, la salle des mariages nous attendait pour donner une « conférence ». je n’aime pas que l’on annonce mes interventions comme des conférences. Cela donne immédiatement une impression d’emmerdement maximal. J’essaie, autant que faire se peut, d’aborder ces événements comme des performances de clownerie. Je raconte des histoires, je fais des gestes, j’essaie de faire sourire l’audience. Quand ils rient, je me dis qu’ils oublient un instant qu’ils ont le cul vissé sur une chaise inconfortable.

A l’évidence, dire des choses intelligentes, c’est facile. C’est à la portée du premier imbécile venu. Les paroles brillantes ne manquent pas, nous croulons sous les remarques dignes d’intérêt, les arguments valables et les discussions qui méritent le détour. Ce qui est difficile, c’est de faire oublier aux gens qu’ils sont mal installés, les distraire et les divertir.

Mon idéal, pour mes interventions, mon échelle d’appréciation, c’est deux éclats de rire. Au deuxième éclat de rire de l’assistance, je me dis que c’est à peu près réussi. Ce fut le cas ce soir-là, à Villefontaine. Les signes de réussite, à mes yeux, sont des détails intangibles : sourires, dodelinements de la tête, absence de coups d’oeil sur la montre, vente des livres.

A près de 22h00, j’ai proposé qu’on arrête nos échanges pour aller « boire un coup ». Un gardien devait fermer les locaux à 22h30.

Conférence festive au Vigan

Notre soirée irlandaise du Vigan a été un franc succès, et je crois que tout le monde n’a eu qu’à s’en féliciter. Il y a eu un monde fou, la salle de la médiathèque était pleine à craquer.

Au-delà de la quantité, ce qui m’a beaucoup touché fut la diversité du public : des retraités et des lycéens, des familles bourgeoises et des collectifs de soutiens aux Gitans. Des jeunes nomades qui ont vécu à cheval et des amoureux de l’Irlande. Tout ce monde cohabitait et posait des questions à un sage précaire étonné de voir tant d’intérêt pour le petit peuple Traveller.

La bonne idée de la soirée fut de diversifier l’offre. Loin d’être une conférence, la rencontre se déployait en plusieurs directions, si bien qu’entre l’exposition des tableaux, mon intervention, les lectures et les plages musicales, le public a soutenu son attention pendant près de deux heures.

C’est énorme, deux heures d’attention.

Et c’est encore plus énorme de voir cinquante personnes, dans une ville de quatre mille habitants, remplir une salle de médiathèque pour un livre modeste écrit par un auteur inconnu. La proportion est impressionnante si on la rapporte à une grande ville : à Paris, ce serait l’équivalent d’une salle de plus de dix-mille personnes!

Même s’il s’est déplacé grâce au charme de la bibliothécaire, grâce au lobbying exercé par chacun des participants, ce public témoigne d’un intérêt réel pour le livre, et cela seul est une bonne nouvelle dans le monde d’aujourd’hui.

Soirée irlandaise au Vigan

Pour ceux qui se trouveraient dans le Gard demain vendredi 18 janvier, venez donc dans le Château d’Assas, qui abrite la médiathèque du pays viganais. J’y présenterai mon livre sur Travellers irlandais, accompagné d’une joyeuse bande d’effervescents cévenols.

Des artistes exposeront dessins et peintures illustrant mon livre. J’attends avec impatience de les voir, car une bonne part d’entre ces oeuvres d’art me sont inconnues. Une comédienne lira des extraits du récit de voyage. Des musiciens joueront des morceaux de musique traditionnelle irlandaise.

Le « verre de l’amitié », comme ils l’appellent, verra aussi couler du whisky, et une des bibliothécaires fera des Irish coffees. Voilà ce qu’on appelle, pour reprendre un ancien billet, rendre le livre festif.

Ma semaine parisienne : bilan et perspectives

Ce fut une semaine très riche, je n’en dirai que ce qui est publiquement acceptable, donc ce qui est le moins important. Malgré tout, ce qui s’est passé aura une certaine incidence sur l’avenir pour la sagesse précaire. Je résume.

Rendez-vous au Presses de l’université Paris-Sorbonne, rue Danton dans le 6ème arrondissement. La cause est entendue: ma thèse sera publiée dans la très bonne collection « Imago Mundi », dirigée par François Moureau, spécialisée dans la critique de la littérature des voyages. Je ne pouvais pas espérer un meilleur débouché pour les recherches qui m’ont coûté trois ans et demi de travail. Publication prévue fin 2013.

Rendez-vous avec un éditeur parisien, dans le 2ème arrondissement. La cause est entendue : je suis sous contrat pour un récit situé à Paris, un voyage à travers les classes sociales. Pas de date prévue pour la publication, mais remise du manuscrit prévue pour fin 2013.

Rendez-vous à Vitry-sur-Seine, dans le 9.4, pour le festival « Livres en liberté ». Deux surprises m’attendaient : d’abord, j’étais un des rares auteurs à avoir le privilège de parler en public, à bénéficier d’une telle tribune en compagnie d’un journaliste qui m’interviewait. Cette tribune a permis de vendre quelques exemplaires. Deuxième surprise : j’ai vu débouler le célèbre Cochonfucius lors de ma causerie.

Pour ceux qui ne le connaissent pas, Cochonfucius est un des grands commentateurs de ce blog, et nous ne nous étions jamais rencontrés. Il produit un fabuleux travail sur le net, sous forme de sites tentaculaires et rhizomatiques. Par ailleurs, il a un vrai boulot dans la vraie vie, il est linguiste au C.N.R.S., dans la région parisienne. Il a dû apprendre sur La Précarité du sage que je serais à Vitry ce jour là et il a pris le RER pour me serrer la pince. Preuve s’il en est que mon blog est un repaire de gentlemen.

Après mon intervention, Cochonfucius s’est assis près de moi à mon stand, et il n’a pas ménagé ses efforts pour vendre mon livre. Il m’assistait pour converser avec les lectrices et les promeneurs. Il développait des arguments de vente basés sur une lecture consciencieuse du texte. A nous deux, nous avons décroché quelques signatures (de chèques). Cela valait bien une bière, dans un bistrot de Vitry, non loin de la magnifique église médiévale que nous avons visitée de conserve.

Cinéma : j’ai vu un film qui m’a bouleversé, mais je préfère ne pas en parler ici.

Exposition :  « Les Bohèmes » au Grand palais, mais j’en ai déjà parlé ici.

Perspective d’emploi : toujours à Paris, je reçois des courriels qui m’informent qu’un institut de recherche, basé à Galway en Irlande, cherche un postdoctorant pour  mener des recherches aux librairies nationales d’Irlande sur des récits de voyage illustrés depuis le XVIIIe siècle. En lisant la description du poste, j’avais l’impression qu’ils parlaient de moi. Jamais je n’ai eu cette impression de convenir aussi parfaitement à une offre d’emploi.

Le sage précaire repart donc à l’assaut de l’Irlande, comme il l’a déjà fait, en vain, à plusieurs reprises. C’mon, precarious wisemen, get up for the fight! Date limite des dépôts de candidature : demain lundi, à 17h00.

« Livres en Liberté », Vitry-sur-Seine

La raison principale de mon séjour à Paris est la tenue du festival « Livres en liberté » à Vitry-sur-Seine, samedi 1er décembre. C’est à partir de cet événement que j’ai organisé ma semaine parisienne, et distribué mes rendez-vous de sage précaire entrepreneur.

Le directeur du centre culturel de Vitry était venu à la Sorbonne en mars dernier, assister au colloque sur le récit de voyage auquel j’avais participé modestement. Ma conférence avait consisté en une analyse des livres de Jean Rolin. J’avais parlé des récits de voyage en banlieue parisienne, des explorations de « non-lieux », ainsi que des « lieux de mémoire » et de leur articulation.

Ce monsieur ne m’a pas parlé lors du colloque mais m’a contacté plus tard, par mail. Au départ, il pensait à moi pour parler de l’idée de voyage en banlieue. Mais après échanges, nous sommes convenus de nous rabattre sur les Travellers irlandais. Après tout, un livre a été publié sur ces voyageurs, et eux-mêmes, les Travellers, peuvent être considérés comme des banlieusards, à leur manière.

Lorsque ma thèse sera publiée, et je croise les doigts pour que ce dossier avance durant mon séjour actuel!, je pourrai plus facilement proposer des conférences, des tables rondes ou des causeries de toutes sortes sur le sujet des récits de voyage.

Les choses sont bien organisées, à Vitry. Un « stand » est prévu pour moi, où je pourrai rencontrer les Vitriots possiblement intéressés par les opportunités et les débouchés de la sagesse précaire. Accessoirement, il me sera loisible d’exposer et vendre mes livres. Autour de 15h00, ce sera mon tour d’aller faire mon numéro de saltimbanque dans la « salle de lecture ». J’ai acheté une chemise africaine dans un quartier bigarré de Paris, afin d’être aussi chatoyant que mon livre.

Un signe : la chemise valait exactement 13 euros. Le prix de mon livre! C’est certes un signe, mais un signe de quoi ?

Des grands auteurs, que je ne connais pas, sont prévus au programme, ainsi qu’un concert de musique orientale. Une grosse journée en perspective, donc, qui ne fait qu’inaugurer les nombreux salons et les nombreuses foires auxquelle la sagesse précaire est prête à prêter main-forte.