Casey vs Rigondeaux (1) Un titre mondial en perspective

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Au début du mois de mars, pendant que des gitans irlandais s’entretuaient sur le marché aux chevaux de Dublin, je lisais le journal en sirotant mon thé.

L’Irish Times, annonçait dans un long article un grand combat de boxe à venir, fin mars, à Dublin. Un jeune Irlandais, issu d’une famille de 23 frères et sœurs, venu d’un quartier pauvre de Limerick, allait tâcher de prendre le titre de champion du monde poids plume au Cubain extraordinaire Guillermo « El Chacal » Rigondeaux. Ce dernier, au jeu de jambes étourdissant et au souffle inépuisable, était doté d’une frappe surpuissante capable d’allonger tous ses opposants. Il avait déjà gagné deux médailles d’or aux Jeux olympiques, avant de continuer sa carrière dans le champ professionnel.

L’Irlandais, lui, avait choisi un surnom délicieusement kitsch, comme le veut la tradition : Willie « Big Bang » Casey. Extrêmement populaire car fondamentalement un bon type, honnête et proche de sa famille. On ne lui connaît pas d’anicroche avec la police ni collusion avec la mafia de Limerick (mais comment échapper à ces deux institutions quand on vient de ce milieu, de cette ville, quand on boxe, qu’on a 22 frères et sœurs, dont Paddy, mort d’une overdose d’héroïne ?)

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Samedi 19 mars, je prenais donc la route de Dublin, et la banlieue lointaine de Saggart, dans le sud ouest. Constructions récentes, dues au Tigre celtique. L’hôtel CityWest est doté d’une salle capable d’accueillir quatre mille personnes. Au milieu de celle-ci, un ring comme dans les films, aux cordes colorées en vert, blanc et or (le drapeau irlandais où l’orange de l’Ulster est remplacé par l’or). Six ou sept combats sont prévus avant la grande confrontation.

Chaque combat met aux prises un Irlandais et un étranger, et à chaque fois, c’est l’Irlandais qui gagne.

Un Anglais de Birmingham  a mis KO un Latino, et les femmes du premier rang gloussaient de plaisir, prenaient en photo le joli Anglais, et le draguaient outrageusement. Elles étaient impressionnées par son style de boxe, propre et net comme une lame, et par son physique musclé et élancé.

Puis, ce fut le tour de deux Irlandais, plus lourds. Les coups portaient plus, mais le rythme ralentissait nettement. Le combat était un peu chiant, je me levai pour aller boire une pinte.

Le public était majoritairement masculin, mais il y avait quand même beaucoup de femmes aux couleurs chatoyantes, talons hauts et peau tatouée. Elles s’étaient mises sur leur trente et un, avec force maquillage et pédicure. La communauté des nomades, les Travellers irlandais, était fièrement représentée pour encourager l’un des leurs, le brave petit Casey. On les reconnaît, les Travellers, mais sans pouvoir vraiment dire comment. Les filles, encore, sont repérables par leurs couleurs et leur courte jupe, mais les hommes, à part la coupe de cheveux typique de ceux de Limerick, rasée sur les côtés, l’étranger les confond volontiers avec n’importe quel Irlandais de couche populaire.

Avec mon hot dog à cinq euros et ma pinte de Guinness dans un verre en plastique, j’attirais quelques regards. Il faut dire que j’avais soigné mon look. Pour m’accorder à l’atmosphère, j’avais décidé de me raser le crâne. Cependant, avec ma cravate couleur terre sienne, ma chemise blanche, mon chapeau de musicos et ma veste à carreaux verdâtre, je détonnais dans l’ambiance. J’étais presque le seul à boire de la Guinness, quand tous les autres buvaient une bière blonde, plus moderne et plus cool. Je me promenais l’air de rien, et j’espérais que mon léger embonpoint et mon journal plié sous le bras me donneraient l’air d’un ancien boxeur reconverti dans le journalisme sportif. Physiquement, je pouvais faire illusion.

Comme je ne comprenais rien à ce qui se passait autour de moi, j’affectais une concentration de connaisseur, en me confectionnant une mine pénétrée, agrémentée d’une expression du visage légèrement contrariée.

Mon accoutrement me paraissait bon an mal an réussi, car je pouvais aller n’importe où et les gens s’étaient habitués à ce journaliste sportif dont l’attitude et la cravate montraient le respect avec lequel il appréhendait l’événement. J’avais le déguisement idéal pour, sinon passer inaperçu, du moins être toléré et rendre ma présence plus ou moins plausible dans cette atmosphère surchargée de testostérones. De temps à autres, je sortais mon carnet et prenais quelques notes, en dardant ici et là des coups d’oeil suspicieux.

Des journaux anglais

En ces jours où les journaux français changent de patrons, dans une recherche de succès qui ressemble à une fuite en avant, le Français qui vit au Royaume-Uni a quelque chose à dire.

La presse anglaise, ce n’est pas qu’elle est de meilleure qualité. Bien sûr qu’elle est de meilleure, de bien meilleure qualité que la presse française, mais ce n’est pas cela que je voulais dire.

Ce qui me plaît, c’est que chaque jour, les journaux sont plus que des rendez-vous quotidiens, plus que des informations, plus que du divertissement. Les journaux anglais sont encore plus qu’une institution nationale, plus qu’un rituel individuel et collectif.

Pour moi, et je crois pour beaucoup de Britanniques, le journal du matin est une véritable fête. Une fête pour l’esprit, pour les yeux, pour les mains. Ils sont épais, ils sont brillants, il y a de très belles photos. Il y a encore de vrais reporters, et de très grandes plumes. Il y a presque chaque jour une dizaine de pages de sport. Acheter le Guardian, c’est comme avoir Le Monde et L’Equipe pour un euro cinquante. On en a pour son argent. Sans compter que c’est tous les jours d’un très haut niveau sur chaque rubrique, autant pour l’investigation que pour l’analyse. Autant pour la culture que pour la politique internationale.

Les journaux anglais sont si bons qu’ils n’ont pas besoin de magazines hebdomadaires.

Alors comment font-ils, ces Anglais ? Quelle est leur recette ? Ce n’est certes pas de changer de patrons, et de faire des effets d’annonce. A mon avis, leur succès tient en deux choses simples et difficiles à faire. Premièrement, ils sont en vente partout, dans tous les quartiers, toutes les supérettes, bien en vue, et sur tout le territoire, jusque dans les bleds les plus reculés. Allez trouver Le Monde dans les villages français, vous verrez la différence.

Deuxièmement, les Anglais ont aussi l’opportunité d’acheter des journaux trash, des tabloïds, où le populisme le dispute l’amour des jeunes filles aux fortes poitrines. Cette décharge de mauvais goût, de violence verbale, de racisme, fonctionne comme une soupape de sécurité, et comme une sorte de locomotive pour la presse dans son ensemble. Les Britanniques font très bien la différence, ils savent quels journaux sont de caniveaux, et lesquels sont de qualité, mais leur présence côte à côte incite à la consommation, et ce dans l’ensemble des classes sociales. Car de nombreux consommateurs, au magasin, achètent deux journaux, un pour s’informer et un pour se rincer l’oeil. Un pour l’image sociale, et un pour satisfaire ses bas instincts.

Commençons par regarder les Anglais avant de les imiter. Allons dans les cafés et les foyers. Observons-les feuilleter leur journaux pendant que leur thé refroidit. La délectation se lit sur leur calme visage. Il ne faut pas les déranger, ils se laissent aller à un long moment de jouissance intime, ils prennent soin d’eux, ils entrent en eux-mêmes en sirotant leur thé au lait. Ils oublient tout autour d’eux.

Et nous ne saurons rien de ce qu’ils ont retiré de leur lecture quotidienne. C’était un moment de pur plaisir, quotidien, secret, silencieux.

Les contes de fée de nos intellectuels

Les intellectuels, on le sait, se sont transformés en chevaliers blancs qui viennent sur les plateaux de télévisions pour alerter l’opinion publique. Comme ils méprisent le public, qu’il juge idiot, oublieux, sous-éduqué, ils usent d’un langage émotif relativement simple : colère, tristesse, dégoût, révolte, leur lyrisme est fondé sur des sentiments basiques que tout le monde peut comprendre.

L’autre jour, dans une émission, un homme politique fort en gueule répond à Gérard Miller. Ce dernier est un de ces intellectuels médiatiques qui peuplent notre vie sans que nous l’ayons véritablement mérité. De la génération de BHL, il avait vingt ans en 1968, est passé par le maoïsme avant de se ranger dans la psychanalyse, c’est-à-dire dans n’importe quoi. Il a des opinions sur tout, comme le sage précaire, et gagne beaucoup d’argent, à la différence du sage précaire. Produit typique de la France d’après-guerre, il incarne la déchéance de l’élite intellectuelle de notre pays. Dans l’émission, il se lança dans une tirade anti-raciste convenue. Il se fit applaudir.

L’homme politique lui dit alors : « C’est bien, vous avez fait votre numéro, vous vous sentez mieux maintenant ? »

Miller sourit et répondit que, oui, il se sentait mieux. Si on l’avait interrogé, il aurait reconnu qu’en effet, exprimer sa colère est une bonne chose pour l’équilibre mental. Et que si l’on peut, en un seul et même geste, lutter pour une bonne cause (l’anti-racisme) et se faire du bien au moral, alors pourquoi hésiter ? Le bien-être par l’engagement humanitaire.

Si j’avais été l’homme politique, je lui aurais répondu ceci : Monsieur Miller, vous vivez dans un conte de fée. rappelez-vous la chanson d’Henri Salvador, Une chanson douce. On invente une histoire où la biche va se faire manger par un méchant loup. On génère de la peur chez l’enfant. Une angoisse qui renvoie à toutes ses angoisses d’enfant. Puis on fait apparaître un chevalier blanc qui anéantit le loup, et, dans ses bras, la biche se transforme en princesse. Je la connais bien cette chanson, pour l’avoir étudiée et chantée avec des étudiants chinois qui l’aimaient bien. La parole féérique donne de l’émotion aux enfants et les conduit vers un sentiment de quiétude où les méchants sont punis, où les filles sont des princesses. Et les enfants, confiants dans la voix chaude de leur père, la voix douce de leur mère, peuvent enfin s’endormir tranquille.

Nos intellectuels français font la même chose. Ils forment un discours où de gentilles filles sont assassinées, lapidées, ils insistent sur les détails sordides, puis ils règlent tous les problèmes en quelques phrases lyriques. Dans leur parole, les dictateurs sont punis, la démocratie gagne, et ainsi, par cet acte de parole féérique, eux-mêmes se sentent mieux.

L’ennui, c’est que le public – le peuple, si l’on préfère – n’est pas aussi con qu’ils l’imaginent, et pas aussi inculte que les enfants qui s’endorment. Il sait, le peuple, que le mal continue d’exister même après les tirades de Miller, BHL et autres Kouchner. Son angoisse, à lui, au peuple, n’est pas diminuée par ces discours humanitaires, et cette vision du monde, constitués de grands méchants loups, de fragiles princesses et de blancs chevaliers, ne lui est d’aucun secours.

Les méchants loups (la Chine, l’Iran, les Talibans, l’ « islamo-fascisme », le Hamas, Poutine, Chavez), les pauvres biches (les peuples) et les chevaliers blancs (nos intellectuels eux-mêmes), forment en fait un conte de fée parfaitement indigeste et dangereux pour l’intelligence. Alors que Voltaire, Zola, Sartre, cherchaient à réveiller leurs compatriotes, nos penseurs actuels veulent les endormir. On a vu ce qui s’est passé en 2008 lors du passage de la flamme olympique « chinoise » à Paris. Des jeunes ignorant, manipulés par nos intellectuels médiatiques, ont manifesté en criant : « Assassins », à des Chinois qui venaient juste encourager leurs athlètes. Des Chinois qui avaient appris le français avec des chansons d’Henri Salvador, et pour qui la France avaient encore une certaine culture à faire valoir, un certain savoir-vivre aussi. 

Les jeunes Français avaient cru que les tyrans chinois, sanguinaires comme le loup de la chanson, pouvaient être anéantis s’ils criaient assez fort. Ils avaient même négligé de s’intéresser à l’histoire réelle du Tibet et de la Chine. Ils évoluaient dans le monde féérique parallèle de nos anciens soixante-huitards moralisateurs.

Rentrée littéraire 2010 : éloge des « petits » éditeurs

Quand on se plaint du nombre des livres qui paraissent chaque année, on oublie de préciser le rôle que jouent les petits éditeurs dans ce phénomène. Les grands (Gallimard, Grasset, Seuil, Minuit, P.O.L., etc.) ne cèdent pas à je ne sais quelle inflation. Ils publient autant de livres, je pense, que leurs homologues étrangers, quand ils en ont (des homologues).

Mais, le système français est ainsi fait que de nombreux éditeurs s’installent et lancent des livres chaque année, ce qui produit cette impression d’embouteillage dans les médias. Cette impression n’est pas la mienne, car j’aime cette profusion de livres, comme je m’en suis expliqué lors de la rentrée 2007. Alors il est de bon ton de les discréditer, ces petits éditeurs qui publient des petits auteurs (parfois ce sont les mêmes).

J’avais dit à la rentrée 2009 que la seule chose qui nous différenciait de nos voisins était cette rentrée littéraire qui mettait le livre au centre de l’attention du pays pendant quelques jours. Ce n’était pas faux mais c’était réducteur. La France est le théâtre d’autres différences dans le domaine du livre, de nombreuses différences. Dont la présence de petites maisons d’édition un peu partout, qui ouvrent et qui ferment infatigablement. Même le sage précaire a songé à en monter une. Mais il ne l’a pas fait et en voici la raison.

A la différence de ce qu’on laisse entendre dans les médias traditionnels, les petits éditeurs ne travaillent pas seuls dans leur coin, à sortir de livres d’amateurs qui n’intéressent personne. Au contraire, ils s’inscrivent assez profondément sur des territoires, des quartiers ou des villages, et se situent souvent à la croisée de divers communautés. Prenons pour exemple les éditions Fage : installées à Lyon, elles produisent des livres qui, parfois, ont une diffusion nationale comme le récit de voyage de Jean-Christophe Bailly, Dans l’étendu. Mais surtout, beaucoup de leurs livres sont le fruit de partenariats avec des musées de la région Rhône-Alpes, des associations, des chercheurs et des artistes, ce qui crée du mouvement et de la richesse dans des réseaux locaux.

Avec Filer la métaphore, dont j’ai déjà parlé ici, les éditions Fage font bouger des lignes et favorisent des rencontres entre plusieurs mondes, plusieurs codes, plusieurs territoires et plusieurs paroles. Dans ce livre, on trouve l’édition lyonnaise, le Musée dauphinois de Grenoble et celui de l’art contemporain. C’est une multiplicité de regards que ce livre met en scène. Et tandis que de nombreux ouvrages publiés chez les grands parisiens passent au pilon et sont oubliés au bout de quelques semaines, ce type de publications intéresse des publics variés pendant des années, discrètement. Les petits éditeurs travaillent ainsi silencieusement le commerce, le tissu associatif, la recherche, le patrimoine et la création d’une région donnée.

C’est pourquoi la sagesse précaire ne se prète pas à de telles entreprises. Trop peu ancrée, trop nomade, trop individualiste.

Plutôt que de les critiquer, donc, ou de se lamenter sur le nombre de livres qui paraissent chaque année, on devrait rendre hommage à ces passionnés qui font vivre la culture du livre et de l’édition sur l’ensemble des territoires. S’il est vrai que cela est un phénomène franco-français, comme le disait Philippe Sollers l’autre matin à la radio, alors réjouissons-nous en.

Un mélange toxique

Il y a encore eu des attentats récemment. Je ne les compte plus depuis longtemps.

Les journaux le font à ma place. Ce dimanche 22 août, The Observer dénombre vingt actes de violence majeure dans les dix-huit derniers mois. Le journal de gauche consacre une double page à l’Irlande du nord, et au « mélange toxique » que représente la crise économique et la « nostalgie » pour un combat républicain où l’héroïsme et la martyrologie avaient encore droit de cité pour les jeunes oisifs agités du bocal.

Moi, j’ai finalement réussi à me sortir de ma torpeur dominicale pour aller me promener dans le nord de la ville, un territoire que je connais mal. Je voulais visiter une galerie d’art contemporain, mais je ne l’ai pas trouvée et me suis égaré dans les quartiers populaires qui jouxtent les docks.

Je ne me sentais pas rassuré. Mais, en voyant des femmes se promener seules, j’ai pensé que si c’est elles qui se promenaient dans mon quartier, elles ne se sentiraient pas rassurées non plus. Le sentiment d’insécurité s’annule d’un quartier l’autre.

Dans l’Observer, je lis que la police attribue aux paramilitaires 49 incidents liés à une bombe, et 32 fusillades pour cette année seulement. C’est beaucoup. Un bon nombre de ces « incidents » ne se sont pas transformés en explosion car la police a fait son travail d’enquête, de saisie et de déminage.

C’est étrange, ces promenades du dimanche, où l’on couvre des kilomètres sans raison. Une forte odeur de céréale grillée me fait penser à la bière. Odeur entêtante que je sentais près de la brasserie Guinness à Dublin. Odeur que j’ai retrouvée à Glasgow. J’aurais voulu savoir quelle bière était brassée dans le quartier. Peut-être une bière à découvrir, un prétexte culturel pour boire… Je n’ai pas osé demander aux gens qui fumaient en dehors d’un pub, qui paraissait à la fois très coloré et très sectaire.

En empruntant une rue sur ma droite, je me suis retrouvé dans une rue toujours populaire mais plus avenante, à l’ambiance moins lourde, moins démunie.

L’information principale, révélée par l’Observer d’hier, est que des groupes terroristes projettent d’étendre leur action sur le territoire anglais. C’est ce qui justifie une double page dans un grand journal du dimanche. Des informations concordantes annoncent que des groupes pourraient prendre le parti conservateur comme cible. La « conférence » du parti, prévue à Birmingham en octobre prochain, serait donc visée. A suivre.

Moi, en fin de journée, j’ai atteint un rond-point que j’adore : à l’intersection de Crumlin road et d’Antrim road, deux rues qui mènent dans les montagnes. Ce rond-point possède le plus joli des noms de rond-point : Carlisle Circus.

Ce que j’aime le plus, sur Carlisle Circus, c’est l’église abandonnée qui le borde. Un chauffeur de bus m’a dit un jour qu’elle n’était pas du tout abandonnée. Que la végétation luxuriante qui poussait dessus et autour était un fait exprès. Il m’a dit que c’était maintenant un centre pour hindous! et que c’est pour cette raison qu’il y avait de la végétation. Pour rappeler les tropiques aux Indiens.

De fait, au milieu des mauvaises herbes, il y a des sortes de palmiers.

Juste à côté de l’église, un vieux bâtiment à la gloire de Guillaume d’Orange, coiffé d’une superbe sculpture de William III, sur un cheval cabré. On dit « cabré », pour un cheval dans cette position ? Ah, je dois faire des recherches, autant pour cet Orange Hall que pour l’église « tropicale » de Carlisle Circus.

Minimiser les crimes : la Shoah à travers la littérature, les médias et le droit.

Dans la question Dieudonné, les gens qui ont le droit de parler dans les médias traditionnels évoquent souvent le droit, les lois, les tribunaux. « Ce qu’il dit relève du pénal », dit le chanteur Patrick Bruel. « Il a été condamné » disent-ils, tous. Mais pourquoi le disent-ils ? Ils le disent aussi pour Siné, et pour beaucoup d’autres personnalités. Il semble que ce soit pour prouver que Dieudonné est un antisémite, et que de ce fait, il mérite l’exclusion qui est la sienne aujourd’hui. Je ne sais pas de quoi il a été condamné, il faudrait lire les textes exacts des jugements.

Cependant, le rôle du juridique dans cette affaire ne laisse pas d’interroger. Un journaliste m’a profondément troublé, l’autre jour, sur ce point. Parlant de Dieudonné, et l’accusant d’antisémitisme sans preuve, comme tout le monde le fait, Frédéric Bonnaud évoquait la loi Gayssot et déclarait : « L’antisémitisme n’est pas une opinion, c’est un délit. » Il a raison, les lois dites mémorielles stipulent que le racisme est un délit. Les lois contre le racisme de 1972 se limitaient à condamner les actes qui menaçaient l’ordre public. Depuis les années 1990 et les différentes lois apparues en France, à la suite de l’Allemagne et de la Belgique, il est interdit de dire des paroles de discrimination, même dans une conversation apaisée. Comme le dit Bonnaud, ce qui était opinion est devenu délit.

Je suis allé voir la loi de plus près et je me suis aperçu d’un élément singulièrement casse-gueule : « Il est interdit de nier, de minimiser l’importance des crimes contre l’humanité. »

Que signifier « minimiser » l’importance d’un événement ? Qui fixe l’importance d’un événement ? La question est tellement subjective qu’il est facile d’accuser quelqu’un de vouloir minimiser quelque chose. On sait que représenter la shoah, par des films par exemple, est considéré comme sacrilège par de nombreux intellectuels. Le film de Claude Lanzmann, d’ailleurs, le magnifique Shoah, est justement un film où les souvenirs et les entretiens remplacent l’impossible représentation des scènes de camps. Lanzmann a donc été en première ligne pour dénoncer des films tels que La Liste de Schnitzler, ou La Vie est belle qui reconstituaient à leur manière la vie des camps de concentration. Mais si représenter par des images revient à commettre une faute morale, alors en parler c’est aussi, dans une certaine mesure, minimiser l’importance de la Solution finale.

Il ne reste, au fond, devant une telle loi, qu’une alternative : se taire, ou « maximiser ». Puisqu’on n’a pas le droit de minimiser, la seule façon d’en parler sans être accusé de crypto-négationnisme, c’est de faire de la surenchère comparative, comme Frédéric Bonnaud, encore lui, l’a fait en disant que la Shoah était « l’événement le plus important du XXe siècle. » Cette surenchère n’a pas lieu de s’arrêter. L’événement sera vu comme le plus important de toute l’histoire de l’humanité, pour devenir l’événement innommable, irreprésentable, l’événement sacré, l’incarnation du mal, le crime fondateur par excellence. Le crime des crimes, l’événement des événements. C’est d’ailleurs ce qui se passe dans certains milieux philosophiques et artistiques. Il existe une pensée, à la jonction de la philosophie et du mysticisme, qui voit dans la shoah le grand événement obscur depuis lequel le sens et le non-sens peuvent se distribuer. Dans la littérature contemporaine, on note aussi une tendance nette à faire du génocide des juifs l’essence de la deuxième guerre mondiale, et cette dernière la scène centrale de l’histoire. Avec Les Bienveillantes de Jonathan Littel, Jan Karski de Yannick Haennel, HHhH de Laurent Binet, une jeune génération d’écrivains revisite l’histoire. Cette génération est éblouie, fascinée par le mal, le nazisme, et elle tourne autour de ce massacre. Je juge tout cela d’un très bon œil : il me paraît très constructif d’avoir, dans l’histoire proche, des événements trop lourds à porter, dont la présence est si pesante qu’ils se transforment en mythes. Une mythologie, ou une geste, s’élabore sur les ruines des conflits passés, qu’il convient de chanter sous forme de tragédies, de poèmes épiques, de chanson de geste. Homère avait la guerre de Troie, le XIIe siècle français avait Arthur et Roland, Shakespeare avait la guerre de cent ans. Nous avons la shoah, pourquoi pas ?

Mais ce qui est compréhensible dans une réflexion philosophique, ce qui est désirable dans le domaine littéraire, n’a plus aucun sens dans le cadre de la loi. Comment interdire à tout un peuple de penser autrement que selon tel ou tel précepte métaphysique ? Cela rejoint, dans sa structure, ce qui se passait dans les régimes fascistes ou communistes, et cela paraît, dans tous les cas, totalitaire. C’est sur ce totalitarisme que l’Etat d’Israël fonde sa légitimité et se permet de criminaliser les Palestiniens et les voix dissidentes. Toute critique de la politique d’Israël peut être accusée de tentative de rompre le silence sacré.

Je peux dire, dans une œuvre personnelle et symbolique, que tel événement impose le silence. Je peux faire des tombeaux et construire une œuvre entière où le monde tourne autour de l’événement de mon choix. Mais la loi ne peut pas m’imposer son cadre narratif.

Il est naturel que l’époque postcoloniale mette au second plan les guerres mondiales et que les phénomènes coloniaux prennent une place centrale pour certaines écoles de pensée. Il est inévitable que, aux yeux d’un nombre de personnes supérieur à celui des gens qui se sentent concernés par le régime nazi, la traite négrière soit l’événement incroyable, impensable, fondateur de toute l’infamie humaine. C’est ce que dit Dieudonné aux animateurs de télévision qui le traitent, en retour, d’antisémite, et le lui disent en face, pour souligner l’humiliation publique, qu’on ne l’invitera plus sur les plateaux.

Kosovo chante la Serbie

Que le Kosovo prenne son indépendance, sous l’oeil bienveillant des pays européens et américains, me met assez mal à l’aise. Je ne pense pas seulement au risque de guerres à venir, lorsque le Serbes se battront pour récupérer cette région qui signifie beaucoup pour eux, mais au sens que cela possède, au manque de sens plutôt.

Ce qui m’ennuie dans cette affaire, c’est le rapport bizarre qu’on entretient avec l’histoire. La Serbie, ce n’est quand même pas rien au regard de l’histoire. Depuis le Moyen-âge, le royaume de Serbie est un pays qui rayonne dans tout le sud de l’Europe centrale. A plusieurs reprises, les Balkans se sont réunis autour de cette puissance. Vouloir réduire la Serbie à un petit pays « démembré », cela revient vraiment à vouloir humilier les Serbes, et l’humiliation ne me paraît pas une bonne politique.

Aujourd’hui, on fait passer les Serbes pour des brutes épaisses, des nationalistes bornés, des fascistes. C’est là que je trouve matière à m’insurger. Je ne discute pas du rôle de l’armée serbe dans les années 1990. Admettons qu’elle a été coupable de crimes contre l’humanité, que ses hauts responsables doivent être jugés, admettons tout ce que l’on veut, et instruisons les procès. Mais cela ne doit pas nous autoriser à traîner dans la boue et l’infamie une nation qui fut souvent admirable, et en tout cas héroïque, le long de sa longue histoire.

Or, si l’on jette un oeil dans le passé, on note que jamais il n’y eut de pays appelé Kosovo. Grand comme un département français, aussi peuplé que le Rhône ou la Seine-Saint-Denis, ce territoire n’a pas de langue, pas d’armée, pas d’économie digne de ce nom, pas de culture en propre. En terme de critère historique, le Kosovo est moins légitime que la Bourgogne pour réclamer son indépendance. Je n’ai rien contre les Kosovars, ni contre les Albanais, ni personne, mais ces gens appartiennent à un pays qui s’appelle la Serbie, et ce depuis mille ans. Qu’ils aient les mêmes droits que les Serbes dans leur pays, soit. Qu’ils fassent sécession au moment où ils sont nourris et protégés par l’Europe, l’OTAN et l’armée américaine, cela est plus problématique.

Sincèrement, on se demande sur quelle base on accorde l’indépendance d’un pays, puisque l’histoire, visiblement, n’y entre plus pour rien. Au nom de quoi l’accorde-t-on ? Du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ? Mais les Kosovars ne constituent pas un peuple. De quoi vont-ils vivre, grands Dieux, quand nous ne les financerons plus artificiellement ? Comment se défendront-ils ? Devront-ils compter sur les mafias qui contrôlent déjà les familles et les business locaux ? Je m’emporte un peu, sans doute, et je présente mes excuses pour cela. Vous allez comprendre ma gêne.

A mon avis, le fond de l’affaire, c’est que les pouvoirs en place (Etats-Unis et Union européenne) veulent rabaisser les peuples qui se sentent en prise avec l’histoire. Ils veulent humilier l’histoire elle-même. Ils veulent couper les gens de tout « sens historique ». Pour les Serbes, le Kosovo est le lieu d’une bataille importante contre les Ottomans au XIVe siècle, une défaite annoncée qui symbolise à la fois la fin de leur souveraineté, et l’héroïsme tragique d’une armée qui se savait plus faible que l’ennemi et qui a quand même lutté jusqu’à la mort.

Le Kosovo est donc un « lieu de mémoire » pour la nation serbe. Et aujourd’hui, les médias, les humanitaires, les gens au pouvoir disent aux Serbes que tout cela, l’histoire, les lieux de mémoire, ce sont des bêtises. On leur dit qu’il faut oublier le passé et se tourner vers l’avenir, vers l’Union européenne, l’Amérique, le spectacle.

Il me semble que nous faisons le contraire de ce que nous devrions faire. Et nous, Français, portons une lourde responsabilité, nous qui fûmes des alliés de la Serbie. Il me semble que nous devrions parler avec les Serbes la langue de l’histoire, comme nous le faisons avec les Chinois. Nous devrions les aider à s’en sortir, à guérir les blessures atroces des guerres de ces vingt dernières années et soutenir le projet d’une Serbie digne et forte, respectueuse, voire protectrice des minorités et des cultes.

Au lieu de cela, on croit bien faire en les mutilant. On croit que les Serbes « ont évolué » ou « vont évoluer », comme si communier avec les riches heures de son passé était une maladie, une nevrose. C’est de là que vient mon courroux, de cette volonté acharnée que je perçois en Occident de faire table rase du passé, de résumer l’histoire à des schémas simplistes pour s’en débarrasser.

Alex Higgins est mort

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Le héros de mon quartier, légende du billard et grand alcoolique, Alex Higgins est mort la nuit dernière. Dès ce matin, le journal local en fait des tonnes, et c’est parfaitement mérité. Le Sunday Life couvre l’événement en onze pages, sans compter la une, qui lui est entièrement consacrée elle aussi. Il y a deux mois, j’avais relevé que la presse locale préparait la communauté à la fin prochaine d’Alex, et deux journalistes ont eu le temps de préparer les articles pour qu’en quelques heures, dès l’annonce de la mort de l’artiste, tout fût prêt à partir sous presse.  

Il est né, a grandi et est mort dans la même rue de Belfast, Sandy Row, connue pour son aspect sectaire et paramilitaire. Quand le voyageur se promène sur Sandy Row, il voit des boutiques pour unionistes, pour orangistes, pour loyalistes, des trottoirs peints aux couleurs du drapeau britannique. Des fresques murales avec des hommes armés qui préviennent le passant qu’il entre ici dans un territoire « libre ». C’est ici le coeur palpitant du loyalisme paramilitaire. Ici que les bûchers sont les plus flamboyants. Ici que les feux d’artifices sont allumés au milieu du peuple. Alex Higgins appartient à cette rue sans police, cette zone de non-droit : Alex n’a suivi aucune règles à part celles du billard. Et encore, il les a réinventées.

Sa vie est un chaos furieux. Il n’a pas que gagné des tournois, il en a perdu aussi. Et il a été interdit de compétition assez souvent, pour avoir frappé des arbitres, agressé des partenaires, menacé de mort des adversaires. Quand il s’est cassé la cheville, ce n’était pas, comme tout le monde, en faisant du ski, mais en tombant du deuxième étage d’un immeuble. Il a eu deux femmes et deux enfants, qu’il n’avait plus le droit même d’approcher.

Pas de doute qu’il a marqué les esprit comme une star : comme tous les grands de la culture populaire, sa vie se résume à un match. Quelques matches plutôt, qui suivent le même scénario. Il est mené au score, son adversaire est si loin de lui qu’il n’a plus aucune chance de gagner. Puis, soudain, du plus bas qu’il est tombé, il se reprend et fait rentrer les boules les unes après les autres pour remporter la partie.

Dans la vraie vie, Alex est de ceux qui ne comprennent que les très haut et les très bas. Il ne concevait que la chute et la gloire. Il n’aimait pas la vie pour la vie, mais la vie qui se transforme en légende. Dans mon quartier, on n’a que ce mot à la bouche, « legend« . Dans une ville où les quartiers populaires bougent au rythme des fresques murales, les martyres et les héros sportifs sont élevés au rang de saints, et on ne demande pas aux saints d’avoir des vies normales. Les saints ne sont pas forcément exemplaires, tant s’en faut. Qui prendrait Saint Benoît Joseph Labre pour exemple ? Un pauvre homme pouilleux qui traversait l’Europe du XVIIIe siècle à pied, comme un dément, et qui faisait des miracles sans le faire exprès ?

De même, qui, parmi ses admirateurs, voudrait vivre comme Alex Higgins ? Personne, bien entendu, mais on l’admire car il a sacrifié une vie entière pour un beau geste, une trajectoire pure et simple, qui va de l’obscurité à la gloire, et de la splendeur à l’infamie. Légende dorée, ou plutôt, légende plaquée or.

Il est évident que je vais conserver ce numéro du Sunday Life, journal que je n’achète jamais d’ordinaire. Pour moi, mais c’est confus, Alex Higgins est associé à ce quartier mal aimé de Belfast. Quand on dit « Sandy Row« , « Royal pub« , « Donegal Road« , les gens bien élevés de l’université Queen’s font la grimace, ou sourient d’une manière sarcastique. Quand j’invite des amis à boire un pot dans le pub où Alex avait lui aussi ses habitudes, rares sont ceux qui veulent bien s’y aventurer.

Pour lui rendre hommage, j’invite tous ceux qui liront ceci aujourd’hui à aller prendre une pinte de bière ce soir au Royal, et à communier avec tous ces gros tatoués qui forment la clientèle zélée de cet établissement borgne et respectable.

Thouroude à la télé

Mon cousin Thomas présente la matinale sur I-télé avec une charmante jeune femme dont j’ai oublié le nom. Je n’ai pas le loisir de le voir officier bien souvent, mais quand je passe en France, c’est avec plaisir que je l’admire distiller les informations avec professionnalisme et bienveillance.

Sa carrure d’ancien rugbyman lui donne un côté rassurant. Il peut nous annoncer les pires nouvelles, que Sarkozy a été élu président, que Berlusconi va de succès en succès, que Lyon n’a pas gagné la Champion’s League, on a l’impression qu’il ne peut rien nous arriver malgré tout. Thomas nous regarde de ses yeux sombres et compréhensifs. « Rassurez-vous les gars, je suis là. On s’en sortira. Tout ce qui compte vraiment, c’est que vous vous réveilliez gentiment, et que vous passiez une bonne journée. »

Quand il passe aux sports, il s’amuse avec les journalistes sportifs et cherche à les faire trébucher. Gamin, il était excessivement drôle, et il a gardé un sens de la blague et de la connivence. Son regard pétille à la moindre occasion.

A propos d’yeux qui pétillent, en cherchant une photo de lui sur le ouèbe, j’ai remarqué qu’il était devenu une icône chez les homosexuels de Tétu, qui le classent parmi les plus beaux gosses du PAF. Que la femme de Thomas ne se rassure pas, il est l’idole des filles aussi, au premier rang desquelles ma tante Colette, qui m’a dit être très fan de la matinale.

Quand je dors chez lui, dans une petite rue bobo du sud de Paris, je regarde la télévision et le vois en direct pendant que j’émerge. C’est une expérience étrange. Je le verrai plus tard dans la journée, il sera habillé en jeune homme sans prétention, des baskets violettes aux pieds. Il jouera avec son fils qu’il sera allé chercher à la sortie de l’école. Et malgré la fatigue d’un rythme de travail inconcevable, il ne se sera jamais départi de cette humeur sympathique, cette aura de bonheur qui flotte autour de lui.

« Nous sommes tous à égalité devant l’événement retransmis, à égalité devant le présentateur », dit Régis Debray.

La circonférence est partout, et le centre du monde l’écran où je te vois.

Rire de Philippe Val avant qu’il s’en aille

D’habitude, Stéphane Guillon ne me fait pas beaucoup rire. Sa chronique des matins de France Inter m’ennuie la plupart du temps. Celles que j’ai entendues m’ont paru parfois drôles, mais elles ne me paraissent pas très importantes. Elles ne méritent pas les polémiques qu’elles déclenchent.

En revanche, sa chronique de ce matin, lundi 14 juin 2010, elle m’a fait rire et elle m’a réjoui. Son patron, Philippe Val, avait écrit un mail collectif, menaçant de virer ceux qui voudraient « instrumentaliser l’antenne ». Alors l’humoriste fait juste ça, instrumentaliser l’antenne. Parce qu’il faut bien répondre par la rigolade à l’arrogance de la direction. « Il cherche à nous provoquer… Pour nous virer… T’es pas cap ! »

En se moquant ouvertement de sa hiérarchie, Guillon a joué exactement le rôle qu’on attend de lui et, à mes yeux, c’était sa plus belle chronique car elle incarnait ce que doit être l’humour dans les sociétés. Une catharsis.

Ce matin, en ridiculisant Val et Sarkozy, Guillon a soulagé des millions d’employés qui se font emmerder tous les jours par des petits chefs, par l’arrogance d’une hiérarchie, par l’aveugle grossièreté d’une administration. Il a parlé pour tous ces gens qui souffrent d’un climat délétère au boulot, où l’humiliation règne.

Or, quel bonheur de pouvoir se moquer ouvertement et publiquement d’un homme comme Philippe Val, qui est devenu plus connu pour ceux qu’il excommunie que pour ses actions constructives, s’il y en a. Les gens comme lui, qui sont politiquement corrects mais qui ont mélangé les genres au point de trahir l’esprit de la satire, ils méritent d’en prendre plein la figure. De toute façon, ils gagneront toujours, ils auront toujours un bon travail, ils ont fait assez de mal pour endurer un peu.

Dans un billet d’avril 2009, je déconseillais à Val d’accepter la direction de France inter, car cela le ferait passer pour un lécheur de bottes du sarkozisme. Encore une fois, on ne m’a pas écouté, et ce n’est pas moi qui le plaindrai.

C’est-à-dire que Val est tombé plus bas que tout, et voici pourquoi : en entendant les dernières chroniques des humoristes, on sent des gens qui résistent à une pression qui vient de la hiérarchie. Ils incarnent cette notion fumeuse mise en avant récemment dans les médias de « rire de résistance ». Or, Val, qui exerce cette pression hiérarchique, était justement un de ceux qui s’auto-proclamaient héros du rire de résistance. Arroseur arrosé, Val devrait quitter toute position de pouvoir et retourner sur les planches.