Le bois de chauffage dans les bois

Le bois coupé des forêts que j’entrepose chez Peter, janvier 2022

Comme notre appartement est en travaux, Hajer et moi vivons dans une maison que possèdent nos amis anglais, que je nommerai Patrick and Beatrice pour leur assurer l’anonymat.

Ils nous laissent l’usufruit de leur maison adossée à la colline d’Arrigas et que nous chauffons avec de belles flambées dans la cheminée du salon.

Tous les matins, donc, je monte dans la forêt équipé d’une scie et d’un sac solide pour ramasser du bois de chauffage. Je marche dans la belle campagne des Cévennes jusqu’à ce que je trouve des arbres morts et secs. Cela ne manque pas, je peux l’assurer, les forêts françaises regorgent de bois sec qui ne demande qu’à être ramassé. En effet, la plupart des gens qui se chauffent au bois achètent leurs bûches et se font livrer des stères à la fin de l’été pour préparer l’automne et l’hiver. Ils ne songent pas à aller se promener pour se fournir en énergie gratuite.

Je préfère la méthode ancienne, celle des contes de fées. Sortir dans les bois et glaner. J’ajoute à ce geste auguste les sciage pour ne pas avoir à traîner des troncs entiers. Cela me fait travailler les muscles car j’utilise tantôt le bras gauche, tantôt le bras droit. Pendant que je m’active dans les bois, je ressens aussi la satisfaction de celui qui fait une bonne oeuvre, en l’espèce nettoyer nos sous-bois des détritus qui pourraient prendre feu à la moindre étincelle et provoquer de terribles incendies.

En Oman, il y a encore quelques mois, je faisais mes exercices sportifs en courant sur la plage et en nageant dans l’océan. Aujourd’hui je joue au cache-cache avec les chasseurs et je fais le bûcheron au grand coeur pendant que mon épouse dort. La sagesse précaire s’adapte à tous les climats et à toutes les offres sportives.

Mbougar Sarr, un Prix Goncourt contre la fièvre identitaire

Mohamed Mbougar Sarr, 2021.

Très heureux de voir le prix Goncourt attribué à cet écrivain sénégalais que je ne connaissais pas.

Le Monde affirme qu’il faisait office de favori dans la liste des finalistes. Si cela est vrai, c’est certainement une question politique et idéologique.

Je n’en parlerai donc que sous un angle idéologique. Il était bon de célébrer un écrivain africain pour de nombreuses raisons.

La montée de l’extrême-droite actuelle se doit d’avoir des symboles forts pour contrer son offensive. En effet, ce qu’on voit apparaître avec les Zemmour, les Papacito, les hordes d’influenceurs qui s’autoproclament intellectuels et « défenseurs de la culture française », c’est la mouvance des identitaires. Ils pensent que la France est plus qu’une nation, qu’elle est une identité, c’est-à-dire la race blanche, la religion chrétienne, l’héritage gréco-latin, le pinard et le cochon. Pour eux, un musulman ne sera jamais français.

Pour la droite identitaire, il faut tourner le dos à l’Afrique, ce qui est une aberration du point de vue de la Francophonie, de l’économie, de la rencontre des peuples, des alliances à venir, etc.

Le prix Goncourt à un écrivain sénégalais affirme qu’un lecteur français sera toujours plus proche d’un écrivain noir que d’un polémiste blanc. Un amoureux de la langue française sera toujours du côté de Mohamed Mbougar Sarr.

Fuir les Nazis en Asie. Un visa pour l’éternité

Visa pour l’éternité, de Laurence Couquiaud, Albin Michel, 2021.

Ce roman raconte l’histoire extraordinaire de ce consul japonais qui a offert des visas à des milliers de réfugiés juifs pendant la guerre.

On sait que de nombreux juifs d’Europe ont fui vers l’Amérique, mais on sait moins que l’Asie fut aussi une terre d’accueil. Shanghai bien sûr mais aussi le Japon, grâce à un diplomate japonais au destin romanesque, le consul Chiune Sugihara.

Publié chez Albin Michel, le roman de Laurence Couquiaud retrace le destin de plusieurs personnes qui ont trouvé refuge au Japon, grâce aux visas délivrés par ce consul. Les hasards de l’histoire ont transformé la vie de ce Japonais, ont fait de lui un héros et un juste.

Écrit en de brefs chapitres qui font penser à des scènes de cinéma ou de série télévisée, le récit de Laurence Couquiaud commence et se termine en Israël, où des survivants essaient de construire une vie de bonheur familial. On rencontre le fameux Chiune Sugihara dès la page 69 et on s’attache très vite très fort à ce personnage complexe, diplomate japonais amateur de voitures et de langues étrangères, en poste en Finlande puis en Lithuanie dans les années 1930 et 1940.

Une histoire d’amour entre deux réfugiés polonais se tresse dans le portrait géopolitique de la guerre et fait du livre un page turner vraiment crédible et parfaitement mélodramatique. Je vois d’ici son adaptation sur Netflix ou sur Prime Video avant la fin 2022.

J’ai découvert ce roman en rencontrant son auteure à l’université Paul-Valéry, à Montpellier. Les 21 et 22 octobre 2021, nous participions ensemble au colloque intitulé « Fuir les Nazis. Les exil béni de l’Asie ? », organisé par Philippe Wellnitz et Gérard Siary, pour le compte de l’Institut de Recherche Intersite Études Culturelles (IRIEC).

C’était un bien bel événement qui nous a permis, Hajer et moi, de prendre des vacances par rapport aux travaux que nous entreprenons dans notre appartement des Cévennes. Ce colloque était pour nous une véritable respiration pendant laquelle nous pensâmes à tout autre chose que cloison porteuse, chape de béton, poutres apparentes, plaques de plâtre et gravats.

Hajer fit une belle présentation sur un certain Ernst Heppner, qui fuit avec sa mère et vécut à Shanghai dans les années 1930. Moi, grâce à l’impulsion de Philippe Wellnitz qui me proposa ce sujet, j’ai parlé d’un pianiste juif ukrainien qui a vécu une grande histoire d’amour avec le Japon. Leo Sirota, virtuose et professeur, est allé s’exiler à Tokyo dès 1929, avant que les Nazis ne persécutent les juifs. Il y resta quinze ans, jusqu’après la guerre.

Le pianiste Leo Sirota avec sa femme et sa fille, en chaussettes, attentif à la musique japonaise

Il va sans dire que je me suis personnellement identifié à cet artiste qui est devenu enseignant et qui a trouvé son bonheur dans des pays lointains. Pour reprendre le titre du livre de Laurence Couquiaud, avoir la chance de vivre en Asie quelques années et y être bien accueilli, c’est un peu obtenir un visa pour l’éternité.

Marié depuis cinq ans

Ce mois-ci, le sage précaire et son épouse célèbrent leur cinquième anniversaire de mariage.

Cinq ans, ce n’est pas rien dans une vie. On en aura vécu des aventures, ma moitié et votre serviteur, depuis cinq ans. On en aura vu du pays.

Cinq ans, c’est une façon de compter, car selon notre livret de famille, nous ne sommes mariés que depuis moins longtemps. En septembre 2016, Hajer et moi avons célébré nos fiançailles et notre mariage coutumier, dans la famille et en présence d’un homme de foi qui nous a unis devant Dieu.

Il a fallu plus d’un an pour que notre union soit reconnue officiellement par un pays administré, connu des organisations internationales de type ONU.

La sagesse précaire n’a pas été inventée pour parler de sujets comme le mariage. La sagesse précaire, d’ordinaire, est faites pour traiter du célibat, du suicide, des littératures géographiques, des explorations de terrains vagues.

Mais c’est ainsi. Aujourd’hui, nous célébrons le mariage. Le bonheur existe aussi là, dans les institutions traditionnelles.

Je suis parti vagabond, je vous reviens capitaliste. Mon retour en France

Ce mois d’août marque ma réinstallation dans mon pays d’origine. J’étais parti célibataire, je reviens avec une épouse. J’avais quitté le territoire ouvrier ramoneur, je m’y rabiboche enseignant chercheur. J’étais diplômé de philosophie quand je me suis éloigné géographiquement de la communauté nationale, je la réintègre docteur ès lettres. J’avais émigré car je n’avais plus de place à Lyon, je remigre car j’ai un endroit où vivre dans une sous-préfecture d’Occitanie.

Le sage précaire est parti de France en 1998, dans une incertitude telle qu’il annonçait : « Je pars en Irlande : si je tiens plus de trois mois à l’étranger, ce sera un grand succès. » Cette déclaration, c’était le début de la sagesse.

J’ai quitté mon pays unilingue, j’y retourne polyglotte. Je rêvais de donjuanisme, j’ai trouvé le bonheur dans la monogamie. J’étais athée, je me retrouve pratiquant. Je ne possédais rien, je suis maintenant l’heureux propriétaire d’un petit appartement et d’une parcelle de terrain en montagne.

Combien de temps vais-je rester en France ? Qui le sait ? Si ma patrie n’a pas besoin de mes services, je serai peut-être obligé de repartir sur les routes pour offrir ma force de travail à d’autres. Pour l’heure, je respire enfin le doux air sec des Cévennes méridionales et je suis content.

Nuit à l’opéra et au palace. Le sultanat d’Oman sur un grand pied

Décor d’opéra, Royal Muscat Opera House, 2018

Quand on vit dans une oasis d’Oman, on ne manque de rien mais on aime passer des soirées et des matins en ville. Hajer et moi nous sommes mariés en 2016 alors nous sommes un jeune couple, quel que soit notre âge. Nous ne nous refusons rien car nous vivons avec la même insouciance que lorsque nous avions vingt ans, à la grande différence près qu’aujourd’hui nous pouvons nous offrir les petits plaisirs de la vie que je voyais comme un luxe inaccessible quand j’avais vingt ans.

Ce soir, nous couplons les deux péchés mignons de ma vie dispendieuse en passant la nuit à l’hôtel Chedi après avoir assisté à La Flûte enchantée à l’opéra de Mascate. Nous arrivons donc en début d’après-midi au palace pour jouir de notre chambre. Nous nous baignons et sirotons diverses boissons avant de nous préparer pour sortir. Ayant peu d’options vestimentaires, je suis prêt en quelques minutes et regarde la télévision pendant qu’Hajer entre dans la phase propédeutique de son apprêtement. 

Le Chedi Hotel, Mascate, 2018

Dans la voiture, Hajer respire calmement et se laisse habiter par sa fonction temporaire de princesse arabe. Elle sera perçue comme une personne venue du Liban ou de Syrie, elle parlera un arabe difficile à localiser. Elle ne va pas à l’opéra pour nouer des contacts ni pour élargir son cercle d’amis. De toute façon, c’est très simple : personne ne lui parlera tant qu’elle restera près de moi. Elle se servira de mon corps cravaté comme d’un bouclier mondain.

Nous voyons apparaître le grandiose opéra : une impressionnante construction en pierre blanche, agrégation de volumes cubiques qui se déplient dans l’espace. Éclairé dans la nuit, ce monument est puissant et s’intègre parfaitement à l’urbanisme volontariste de la capitale. Basse de taille, proche du sol et du niveau de la mer, blanche ou crème, élégante et ondulante aux affleurements des collines, la ville tient à garder sa sérénité. Elle ne veut pas imiter ses voisines Dubaï et Abu Dhabi. Plutôt que des gratte-ciel, Mascate voudrait se recouvrir de perles et de diamants qui s’étaleraient sur son corps voluptueux le long de la façade océanique.

La volonté d’éducation du pouvoir en place est évidente sur bien des points, mais la construction de l’opéra est sans doute la plus éclatante des démonstrations. Quand les pétrodollars ont permis au pays de sortir de la pauvreté, le sultan a décidé de laisser sa marque dans de grands travaux comme la Grande Mosquée. Il a eu aussi la sagesse de vouloir une grande maison dédiée à la musique et aux arts, en plus des inévitables temples administratifs et autres palais offerts à la police et à l’armée.

Diamant dont les Omanais peuvent être fiers, l’opéra est par essence élitiste mais pas à cause de ses tarifs. Ce soir, par exemple, les billets ont coûté moins de vingt euros. Une politique de subventions publiques assure l’accès à la grande musique pour tous. La programmation est relativement bonne : une alternance de musique arabe et de musique occidentale. De grandes voix du monde lyrique se déplacent, des productions de qualité viennent d’Europe. Des stars de la musique populaire aussi, ainsi que des soirées à thème plus ou moins pédagogiques.

De tous les spectacles auxquels nous avons assisté, Hajer a longtemps préféré La Fille du régiment de Donizetti, chanté en français par une troupe de Milan, tandis que mon cœur battait pour un concert du musicien saoudien dont j’ai parlé dès le début de ce récit, le chanteur et joueur de oud Abadi al Johar. Les opéras de Wagner ne nous ont pas enchantés malgré quelques voix impressionnantes, à cause de décors et de costumes kitsch. Ce palmarès a tenu jusqu’à la performance de Don Giovanni donnée par la troupe de l’Opéra de Lyon qui a mis notre couple d’accord pour l’élire comme notre meilleure soirée. 

Cette nuit, nous sommes particulièrement excités car nous allons découvrir la nouvelle salle de musique. Les travaux sont terminés depuis peu. Il s’agit d’une salle de musique plus intimiste, pouvant accueillir des orchestres de chambre. De plus, la production de La Flûte enchantée est mixte, paraît-il, comprenant des Omanais et des Allemands. 

Dans la salle de concert, les Omanais ne sont pas plus nombreux que les expatriés. Il faudra encore du temps pour l’opéra remplisse totalement son rôle de Maison de la culture pour la petite bourgeoisie omanaise. 

Retour au Chedi Hotel. Nous marchons la tête haute, comme si nous étions à notre place. Nous jouerons à ce jeu encore toute la journée de demain.

Le social et la foi : de la sourate 107

La courte sourate 107 articule la ferveur de la foi et la solidarité sociale. Je cite de mémoire la traduction de Mohammed Houlbad :

Au nom de Dieu, le doux, le miséricordieux

Regarde celui qui ne croit pas au Jugement dernier

C’est le même qui ne prend pas soin de l’orphelin

Malheur à celui qui prie

En pensant à autre chose

Qui prie avec ostentation

Et ne nourrit pas le pauvre.

Fin de la sourate.

Nulle part plus qu’ici la foi est décrite comme inséparable d’un progrès humanitaire. Prier pour la galerie n’est déjà pas glorieux, mais faire le dévot sans faire l’effort concret d’aider les pauvres est carrément considéré comme un péché grave. La versification de cette sourate tresse les deux thèmes de la sincérité du cœur et de la générosité de la main comme deux réalités inextricables. Qui prie avec application partagera son revenu avec la communauté, de manière quasiment automatique. Inversement, l’arrogance et l’avarice vont de pair, la tartufferie et la muflerie aussi, ainsi que la distraction et l’égoïsme.

Qui ne se concentre pas lorsqu’il prie (et l’on pense tous à autre chose pendant une prière, voire à des choses mauvaises), finira par laisser mourir son prochain. Les deux valeurs sont à mon avis interchangeable et peuvent se lire de multiples manières. Par exemple : celui qui ne fait pas d’effort pour combattre la misère finira en enfer, car son égoïsme économique est un signe manifeste que ses prières sont faites « en pensant à autre chose ».

Je suis très touché par cette sourate car je confesse être un homme dilué. Ma faculté de concentration n’est pas très grande et je dois m’y reprendre à plusieurs fois pour être vraiment connecté à ce que je fais. Je vais donner de ce pas de l’argent à des pauvres.


Le joli bureau hypocrite

Le bureau du sage précaire, Birkat al Mouz, Oman

Dans l’oasis où nous habitions, j’ai pris une des pièces de notre maison pour en faire un bureau.

Vous me direz que c’est là un rêve de bourgeois et je vous répondrai que vous avez raison. Même les sages précaires ont des rêves de bourgeois.

Alors que je lis, en général, allongé voire avachi sur des lits et des canapés informes, quand je rêvasse je me vois élégamment assis dans des fauteuils, en robe de chambre, plongé des heures durant dans des lectures profondes. Je n’ai jamais eu de robe de chambre et ne sais même pas dans quelles circonstances les porter. Ni pourquoi. Dans mes rêveries, il n’est pas rare que je fume une pipe ou un cigare alors que je ne fume plus depuis des années.

Même scénario concernant les meubles du bureau, la vie de chercheur et d’écrivain. Alors que j’ai écrit la plupart de mes livres dans des positions acrobatiques, je me rêve sagement assis à une belle table de travail.

Mon modèle en l’occurrence est Claude Lévi-Strauss. Un entretien télévisé des année 1970 le montre dans son bureau, chez lui, entouré de ses livres et ses disques. Le bureau lui-même, le meuble, est une vieille table en bois sculpté par un artisan d’un peuple autochtone d’Amérique.

Je me suis donc acheté ce meuble en bois et la chaise rembourrée qui lui est associée. Malheureusement, la table a plus souvent servi de débarras. Dans la réalité, une table fonctionne chez moi comme un plan sur lequel je pose des trucs au lieu de les ranger. Inévitablement, la poussière s’accumule et il m’est impossible de travailler sur le bureau. Je prends alors ordinateur, carnets et livres, et pars écrire au café.

Devenir propriétaire quand on est précaire

Hier, le notaire d’une petite ville des Cévennes m’a envoyé un courriel pour me dire enfin la somme exacte que je devais envoyer à son office pour devenir l’heureux propriétaire d’un appartement dans cette charmante sous-préfecture du Gard.

Je lisais à ce moment là Dans le désert de Julien Blanc-Gras, au café Caribou du centre commercial de Mascate. J’ai fini mon chapitre et mon cappuccino, puis me suis dirigé calmement vers la branche de Bank Muscat la plus proche.

En procédant à ce virement bancaire, je vidais toutes les économies qui se trouvaient sur mon compte en banque. En effet, ce compte était exclusivement lié à mon emploi à l’université de Nizwa. Il correspond à l’argent que j’ai gagné pendant cinq ans, de 2015 à 2020. Pendant cette période, j’ai vécu sans me priver de rien. En puisant dans ce compte, je me suis logé, j’ai acheté une voiture, j’ai visité les paysages les plus remarquables d’Arabie, je me suis nourri, je me suis marié, j’ai fait des voyages avec ma chère et tendre, je ne me suis rien refusé.

Au bout de cinq ans, mon employeur m’a remercié pour de sombres raisons que je raconterai en temps et en heure. Ce compte en banque cessa donc d’être approvisionné, mais il n’était pas à zéro, il restait un résidu. Or, transférer cet argent sur mon compte courant français eût coûté très cher en commission bancaire.

Le hasard fit bien les choses. Mon frère cévenol que les lecteurs de La Précarité du sage connaissent bien, m’informa qu’un appartement intéressant était en vente dans sa petite ville. Je l’ai acheté sans le visiter, faisant une confiance aveugle à mon frère. L’appartement est vieux, mais il a du « potentiel », et il possède une belle terrasse en bordure du parc des châtaigniers.

J’y ferai cet été quelques travaux de rénovation et le tour sera joué. Le but de cette entreprise n’est pas de vivre à partir de maintenant en Cévennes, mais d’être enfin propriétaire de quelque chose que je pourrai appeler « chez moi ». Mettre un toit sur ma tête au cas où tout s’effondrerait, où je n’aurais plus de travail, où l’on me chasserait de partout.

Le sage précaire devient propriétaire, cela le rend un peu moins précaire, donc un peu moins sage.

Ce qui me plaît dans cette transaction, ce sont les vases communiquant exactement entre mon compte omanais et celui du notaire français. Aucun endettement, aucun enrichissement. Je dépense tout l’argent gagné pendant cette expérience de cinq ans et je tourne la page. Il ne me reste rien en Oman que des souvenirs, et comme par magie, les clés d’un logement modeste m’attendent en France.

La persistance des symptômes du COVID 19

Il y a 27 jours que j’ai commencé à ressentir les symptômes du COVID 19, donc j’ai été contaminé il y plus d’un mois. Je voulais vous tenir informés car je reçois presque tous les jours des messages de gens bienveillants, connus ou inconnus, qui me demandent de confirmer que :

  1. Je suis vivant.
  2. Je suis guéri.
  3. Je ne suis plus déprimé.
  4. Je ne suis plus travaillé par le virus.
  5. Je n’ai pas pris de décisions catastrophiques dues à ma dépression.
  6. Ma femme va bien.
  7. Elle me supporte encore.
  8. Je lui ai offert un cadeau digne de son dévouement.
  9. Je dors bien, ni trop ni trop peu.
  10. Nous continuons de nous protéger de l’épidémie qui fait rage en Oman.

Réponse : oui, oui, si un peu, si, non, oui, j’espère, non pas encore, oui, oui.

La vérité est que je continue de ressentir quelques symptômes, comme une traînée de maladie. Un inconfort au niveau de la poitrine, un moral qui n’est pas au beau fixe, des difficultés à retrouver le niveau sportif qui était le mien auparavant.

Je cours moins car je suis essoufflé beaucoup plus tôt qu’il y a un mois. Je fais cent pompes quand j’en faisais allègrement cent cinquante. La chaleur de juin en Oman n’est pas étranger à cela sans doute.

Le sommeil est aussi un domaine affecté par le virus. Je dors plus tard qu’avant. Depuis la maladie, quand je me réveille il fait plein jour, il est 7.30 et j’ai l’impression de faire la grasse matinée. Je ressens des picotements, des fourmis dans les mains au réveil.

Pour ce qui est de la pharmacopée, je ne prends plus de paracetamol depuis le 16ème jour des symptômes, mais je continue de prendre de la vitamine C, de la vitamine D, du Zinc et du Ginseng. Un ami m’a trouvé de l’hydroxychloroquine, j’en ai pris pendant 8 jours et j’ai arrêté sur le conseil de mon épouse.

En revanche, je suis fier d’annoncer que je n’ai manqué à aucune de mes obligations professionnelles. Mes étudiants, mon administration et mes collaborateurs n’ont pas eu à souffrir le moins du monde de ma traversée du COVID 19. Des vacances universitaires étaient opportunément apparues les jours où je n’aurais pas pu travailler.

Pour résumer, je suis guéri mais le virus ne m’a pas lâché. À moins que mes symptômes persistants soient des effets psychosomatiques, auquel cas tant mieux, je peux me débrouiller avec mon âme récalcitrante.