Quand on parle de prostitution des hommes, le sujet devient passionnant. Qui ne voit qu’il y a là une gigantesque promesse de développement économique ? Qui ne voit l’immense marché que constituent les femmes insatisfaites, seules et mal accompagnées, en perte de confiance et en recherche de quelque chose ? Plutôt que de se perdre dans la religion, la bouffe, l’alcoolisme, la maternité ou le travail excessif, elles devraient essayer la prostitution avec des mâles à l’écoute. Leurs caresses, le contact avec leur sexe en érection, leurs regards langoureux, pourraient aider ces femmes à se sentir mieux dans leur corps.
Je le pense car c’est ainsi que mes passages chez des prostituées m’ont aidé, dans des périodes creuses de ma vie. La prostitution n’est pas une solution finale, c’est une aide possible. Cela coûte cher, c’est vrai, mais beaucoup moins que toutes ces médecines de charlatans qui gagnent des fortunes sur la crédulité des clients. La prostitution, plus que la plupart de ces traitements alternatifs, mérite le titre de « médecine douce ». Elle ne règle rien, mais elle apporte du bien-être.
La sagesse précaire est un humanisme. Le sage précaire est un loup pour l’homme. Le sage précaire est un ami des femmes. Il milite pour que les femmes se libèrent des millénaires d’oppression qui les ont conduites à prétendre qu’il leur faut des sentiments pour pouvoir jouir. Les femmes doivent apprendre à compartimenter leur vie affective et sensuelles, comme savent le faire les hommes, pour leur plus grande satisfaction.
Elles doivent apprendre à se dire : je paie ce mec, il va me dire que je suis belle sans le croire vraiment, il va bander pour moi sans me désirer vraiment, il va simuler son intérêt pour moi et c’est de cela dont j’ai besoin en ce moment. Tout cela sera réalisé sous forme de contrat et d’échange d’argent, et ça va me faire du bien. Après, je retournerai vers mon mari, qui n’est pas un mauvais bougre, mais qui est très emmerdant en ce moment. Et puis j’oublierai pendant une heure ou deux, dans les bulles de vin mousseux et dans les déhanchements de cet homme qui me caresse, ces insupportables mioches que j’ai mis au monde pour une raison qui m’échappe aujourd’hui.
Une fois qu’on a établi cette évidence, que les femmes méritent autant que les hommes de pouvoir se payer des putains, une double problématique émerge, qui exigera des générations pour être bien circonscrite.
1 – Qu’attendre concrètement du prostitué (compte tenu que bander, pénétrer et éjaculer demande plus d’investissement libidinal que se laisser pénétrer) ? Quels services proposer, pour quelle durée, pour quels prix, etc.
2 – Et inversement, du point de vue des travailleurs du sexe, qu’apporter aux clientes, sachant qu’aujourd’hui encore, les femmes sont plus difficiles à satisfaire que les hommes ?
Sur ces deux derniers points, il faudra beaucoup de billets, et beaucoup d’expérimentation.




Photo Irish Times