Gloire et bassesse de la Chine

Le même jour, jour de noël 2009, on apprend que la Chine devient la deuxième puissance économique du monde, et que Liu Xiaobo a été condamné à onze ans de prison sans avoir commis aucun crime. Chine, Chine, pourquoi mets-tu dans d’obstacles à l’amour que je te porte ?

Liu Xiaobo n’a pas fait plus que ce que nombre d’écrivains chinois ont fait dans l’histoire de la Chine. Il a parlé librement pour le bien de son pays. Comme Lu Xun. Il demande simplement, et inlassablement, que la Chine s’ouvre à une forme de liberté politique et en premier lieu à la liberté d’expression.

Liu Xiaobo aime la Chine et c’est parce qu’il l’aime qu’il sacrifie sa vie à appeler de ses voeux quelques droits fondamentaux pour tous les Chinois. Le régime de Pékin, à la tête d’une puissance colossale, accueille Obama qui dit aux étudiants de Shanghai que la liberté d’expression est un droit inaliénable. Il attend qu’Obama soit parti et que se soient exprimées les manifestations d’adulation adolescente pour le leader américain, avant de se débarrasser de Liu Xiaobo, dans l’indifférence des Chinois. Raison de plus pour rappeler l’existence du Journal d’un Chinois, de Cai Zhongguo, qui écrit en français depuis Paris et qui s’inquiète pour l’avenir de son pays.

Le régime de Pékin, avec constance et patience, lutte contre son propre intérêt et élimine toutes les personnalités aimables et admirables qui viennent du monde chinois. Gao Xingjian (prix Nobel de littérature, devenu citoyen français), Hu Jia emprisonné, Chen Guangcheng emprisonné, Liu Xiaobo emprisonné, et des dizaines de génies de l’informatique et des mathématiques réfugiés dans les plus grandes facs américaines, toutes ces personnalités pourraient être des héros populaires qui élèvent l’esprit des Chinois.

Au lieu de cela, le peuple admire des sportifs, des chanteurs, des milliardaires, une histoire tronquée.

Au lieu de cela, les Chinois sont légitimement fiers de dépasser le vieil ennemi japonais sur le plan de l’économie, même si les Japonais seront longtemps plus riches que les Chinois.

2ème puissance mondiale. Joyeux noël, monsieur Liu Xiaobo.

Investir pour l’université : union sacrée

J’avais écrit, il y a deux ans, que l’argent perdu causé par le bouclier fiscal aurait dû être investi dans les universités et la recherche. Dans ce billet d’avant-crise, j’étais très en colère contre le président français. Un fameux commentateur me reprochant d’être de parti pris contre le président, je promettais, la main sur le coeur, de juger Sarkozy en fonction de ses résultats. J’écrivais qu’à la fin de son quinquennat, « si le chômage est passé sous la barre des 5%, que la dette est largement diminuée, que le pouvoir d’achat des Français est augmenté, que la paix règne dans la société, je reconnaîtrai que c’était un bon président ».

A cette époque, ces objectifs n’étaient pas irréalistes, c’est sans doute le plus drôle dans cette histoire. Arrivés à la mi-mandat, on peut dire que la seule chose qui n’ait pas trop bougé est l’ordre (ou le calme relatif) social. Les autres critères se sont dégradés, mais Sarkozy n’est bien sûr pas le seul responsable. Au contraire, tout le monde reconnaît que le président a plutôt bien géré la crise. Par conséquent, comme je l’ai promis, je modère mon jugement, alors même que les conditions que j’avais posées ne sont pas réunies.

Car ce que je dois reconnaître, c’est que malgré la mauvaise direction prise par la politique fiscale (manques à gagner énormes avec le bouclier fiscal et la baisse de la TVA dans la restauration), et malgré l’endettement très inquiétant de la France, le pouvoir a décidé d’investir massivement dans l’université et la recherche, et que c’est ce que j’appelais de mes voeux. Le sage précaire apprécie quand on l’écoute.

Je ne peux que reconnaître, et écrire noir sur blanc, que je soutiens à peu près, et en dépit du flou dans lequel je suis, cette mesure. Avoir profité de la crise pour lancer un grand emprunt, et affecter une large proportion de cet emprunt à l’université n’est pas mal du tout, et cela me paraît être l’exact envers de la grande mesure fiscale du début de mandat. Au fond, aujourd »hui, je vois l’action de Sarkozy définie, et comme équilibrée par ces deux grands gestes : aberrations fiscales et cadeaux aux plus riches d’un côté, endettement pour investir dans la recherche de l’autre.

De plus, la réforme de l’université marchait sur la tête. Quand on veut que les gens changent, qu’ils travaillent autrement, il faut au moins leur donner quelque chose, il faut investir matériellement, sinon, on n’arrive à rien. C’est ce que l’on s’apprête à faire, après avoir longtemps fait le contraire. Maintenant, quoi qu’il arrive et quoi qu’on dise à l’avenir, il faut au moins savoir reconnaître les bons mouvements d’un pouvoir déplaisant quand il s’en présente.

Le sexisme présumé des Français

 300px-abraham_bosse_salon_de_dames.1260200249.jpgSalon du XVIIe s., par A. Bosse

De la même manière que nous sommes vus comme nationalistes, colonialistes et égoïstes, nous sommes vus comme macho. Tranquillement, nos amis étrangers nous renvoient cette image sans penser qu’ils sont insultants. Sur beaucoup de points, nos femmes ne sont pas assez les égales des hommes, c’est certain. Nos amies étrangères, quand elles reviennent de France, témoignent parfois de s’être senties infériorisées, du fait que, par exemple, tout ce qu’elles faisaient devait être relié à un homme. Soit. Mais cela ne doit pas faire oublier d’autres aspects de la culture française où les femmes jouent un rôle plus grand qu’ailleurs, et où les relations entre hommes et femmes sont plus intéressantes qu’on ne l’imagine.

 madame-recamier.1260200402.jpgMadame de Récamier

Il arrive que des Anglo-saxonnes nous disent que nous aimons, nous les hommes, être « entre mecs ». Je ne me suis jamais reconnu dans ce genre d’expressions. « Entre mecs » ? J’ai mieux compris quand j’ai vu traîner un bouquin qui s’intitulait Between Men, un truc des « Gender studies » sur la culture masculine britannique.

Il y a malentendu. Ce sont les Anglais qui aiment être entre mecs, et ce sont eux qui ont inventé le Club de Gentlemen, où les hommes jouissent d’un havre de paix, boivent leur brandy en lisant le journal et en fumant un bon cigare, loin des emmerdements de la vie familiale. Aujourd’hui encore, et loin des images diffusées par la télévision, la majorité des pubs de quartier sont pleins d’hommes. Les femmes apparaissent dans certains pubs seulement, et certains soirs seulement.

Les hommes français, votre serviteur en premier lieu, mais tous les Français que je connais, apprécient la compagnie amicale et intellectuelle des femmes. Ils aiment être entre copains, mais le terme de « copains » n’excluent en rien la compagnie des femmes. Et cela remonte dans l’histoire, contrairement aux idées reçues de nos amis étrangers : ce que la France a inventé, ce n’est pas l’exquis club de gentlemen, mais le salon, tenu par une femme, et où les meilleurs esprits d’une ville se réunissaient, où l’on rencontrait une compagnie variée, des deux sexes, et où les idées circulaient. Cette tradition du salon est tellement ancrée dans la tradition française que la révolution elle-même doit beaucoup à ces réunions informelles, libérales, où l’art de la conversation était soutenu, et où les sentiments et les désirs physiques n’étaient jamais occultés.

Aujourd’hui encore, les Français restent attachés aux cafés, moins confortables, moins cosy que les pubs, mais plus féminisés, et dont l’origine est d’ailleurs directement liée aux salons des XVII et XVIIIe siècle.

  flora_tristan.1260200274.jpg Flora Tristan

Dans ses Promenades dans Londres, Flora Tristan notait déjà que la femme anglaise était très intelligente et très douée pour l’écriture, mais qu’elle était cloîtrée chez elle et ne bénéficiait d’aucune vie socialement intellectuelle (ou intellectuellement sociale).

Je me souviens d’une conférence sur Flora Tristan, donnée l’année dernière au département de français de mon université, et ce genre de remarques n’était accueillies que par des rires et des sarcasmes. On n’imaginait pas encore une seule seconde, que Flora Tristan aurait pu observer les choses avec justesse. Il est encore trop tôt, l’image des Français comme irrespectueux des femmes est encore trop hégémonique dans l’imaginaire de ceux qui font profession de diffuser la culture française à l’étranger.

Pakistanais et Chinois sous mon toit

Mon colocataire pakistanais se repose en Angleterre. Il a dû s’y rendre il y a près d’un mois pour ses problèmes de visa, et depuis, il a trouvé refuge chez un « cousin », et il n’a pas remis les pieds en Irlande du nord. J’espère qu’il va nous revenir, sa gentillesse et son sens du contact manque à ma maison.

Cela fait déjà deux mois que la chambre du grenier a été prise par un Chinois. Le Pakistanais aime bien les Chinois, théoriquement, mais il n’a pas une grande confiance en eux individuellement. Lui qui aime bavarder, et qui, par sa situation locataire du rez-de-chaussée, aime échanger avec ceux qui descendent à la cuisine, il a tendance à ignorer un peu le Chinois, ou à le traiter avec une politesse distante.

Le Chinois m’impressionne par sa connaissance technique du monde. Au moment de la réinstallation du paquet internet-téléphone-tv, il a accueilli avec flegme les difficultés rencontrées et contourné brillamment les obstacles mystérieux de la connexion broadband. A chaque fois qu’il m’explique un truc, je m’exclame qu’il est un génie, ce qui le fait rire. Avec le temps, son sourire s’est mis à signifier autre chose. Il m’explique encore mais avec un ton de modestie qui me fait penser qu’il commence à douter de mes capacités intellectuelles.

Le Pakistanais, lui, me reproche de faire trop confiance au Chinois. Rendez-vous compte : le code d’accès à la connexion internet a été créé par lui, depuis son ordinateur et avec son nom à lui. Cela me paraît sans intérêt mais le Pakistanais y voit une espèce de crime, ou du moins, je ne sais quel non-sens hiérarchique.

Heureusement, ils sont tous les deux d’accord sur les grandes questions géopolitiques. Tous les deux pensent que les désordres du monde sont dus aux Américains, et que l’Asie centrale se porterait mieux si les troupes anglo-américaines rentraient chez elles. Le Pakistanais dit des Chinois que ce sont de bons partenaires, et de fait, les conversations de mes colocataires me font mieux comprendre les relations stratégiques que Pékin entretient avec le Pakistan : tous deux ont l’Inde comme adversaire commun. 

Le Chinois parle avec haine de Rebiya Kadeer, la présidente du Congrès mondial des Ouïghours qui défend le droit des habitants du Xinjiang. Le Pakistanais, quant à lui, parle avec fierté de la puissance du peuple afghan : « Jamais ils n’ont été conquis, jamais ils n’ont perdu une guerre sur leur territoire. » Croit-il que les Américains vont perdre la guerre en Afghanistan ? « Bien sûr qu’ils vont perdre, répond-il. Les Américains n’ont aucune chance. Aucune. Les Afghans se battront jusqu’à la mort. Tu sais, aujourd’hui, les Américains les appellent des terroristes, mais quand ils luttaient contre les Russes, ils les appelaient des Moudjahidin. Ce sont les mêmes, Guillaume, ce sont les mêmes. »

Quand je lui demande s’il se sent un peu plus afghan, lui-même, que pakistanais, il me dit oui : « Je suis Pachtoune. Les Pachtounes ne sont pas de vrais Pakistanais. Je n’aime pas beaucoup les Pakistanais. Oui, je suis plus proche des Afghans. »   

En attendant, désespéré de ne pouvoir défendre son cas devant les autorités britanniques, il a trouvé à Nottingham un cousin chez qui il retrouve un peu d’Asie centrale.

« Inside Britain’s Israel Lobby »: un documentaire de Channel 4

 

Écrit par Peter Oborne, le documentaire Dispatches: Inside Britain’s Israel Lobby serait impossible en France, où le sujet est trop sensible, et où les journalistes (ceux qui les emploient, plutôt) ont moins de courage, ou moins d’indépendance. Je l’ai regardé par hasard, moi qui regarde peu la télévision. Très vite, dès les premiers mots du documentaire, j’ai été bluffé par la liberté de parole du journaliste anglais.

Il explique comment un lobby appelé « Friends of Israel » finance des politiciens des principaux partis politiques britanniques. Le leader des conservateurs (et probable prochain premier ministre) David Cameron, est actuellement arrosé d’argent pour sa campagne, ce qui l’a amené à ne jamais prononcer le mot « Gaza » dans ses discours sur le Moyen-Orient. Dix millions de livres sterling auraient été versées au parti conservateur par les « Amis d’Israel » durant les huit dernières années. Un politicien, M.Hague, bénéficiait de dons venus des membres de ce groupe de pression, et quand il se permit, lors de l’intervention israélienne à Gaza, de dire que c’était là une « riposte disproportionnée », des membres de l’organisation le traitèrent d’antisémite et tous les fonds lui furent supprimés.

En général, les journalistes du Guardian et de la BBC se font régulièrement traités d’antisémites, et le documentaire Dispatches montre de nombreux journalistes fatigués de devoir se battre constamment pour travailler en supportant la pression.

La pression est aussi très lourde sur les épaules d’autres juifs britanniques qui protestent contre les méthodes du lobby en question. L’un d’eux dénonce le fait que les Friends of Israël prétendent représenter tous les juifs, moyennant quoi il s’est fait traiter de nazi dans des journaux américains. Un autre est en charge de la Liberal Synagogue (« Synagogue de gauche »), et dénonce clairement, calmement, les excès de l’État d’Israël. Il rit de la pression que les Friends of Israël font peser sur lui. Il dit que c’est la vie, et qu’il faut faire avec. Visage de sain et regard sans révolte.

Le reportage est conduit de main de maître et laisse deux sentiments également puissants. Premièrement, on se dit que les militants pro-Israël fatiguent de plus en plus de monde et font de plus en plus de mal à l’image du pays qu’ils veulent défendre. Deuxièmement, on se prend à admirer les juifs dans leur ensemble pour leur diversité d’opinions et leur capacité à critiquer frontalement, courageusement, les extrémistes de leur propre communauté.

Griffin, l’anti-racisme et le retour des années 80

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De plus en plus, j’ai l’impression de revivre sur les îles britanniques ce que la France a vécu dans les années 1980. Les premières fois que je pensais cela, je me critiquais en me disant cela était dû à une mauvaise compréhension des choses et des paroles. Qu’il était impossible que la France ait été en avance de 20 ans sur l’Angleterre, et pourtant.

Pourtant, aujourd’hui, les journaux parlent d’un événement qui s’est passé hier soir, et ce sont les journalistes anglais eux-mêmes qui rappellent que la France a connu la même chose en 1984. Pour la première fois, le leader d’un parti d’extrême-droite, le BNP (British National Party) était invité dans la grande émission politique de la BBC. En signe de protestation, de nombreux Londoniens sont allés manifester devant les locaux de la télévision. De nombreuses personnalités dénoncent le fait que la BBC donne une telle visibilité, et une sorte de crédibilité à quelqu’un que l’on décrit dans la presse généraliste, ainsi que dans les blogs, comme « raciste » et « fasciste ».

Le Pen chez les Anglais

Tous les journaux anglais rappellent le cas de Jean-Marie Le Pen, invité à L’Heure de vérité en 1984, et combien cette émission a été déterminante dans la montée en flèche du Front national. Dans le reportage du Guardian, Le Pen critique les manifestants, dont il dit qu’ils se font « une idée très restrictive de la démocratie ».

Les autres fois où j’ai eu cette sensation de revivre les années 80 concernent effectivement la question des étrangers et du racisme. Le thème est très à la mode, et on n’a pas peur, en Angleterre, d’appeler un festival : Love Music Hate Racism. Tous ces thèmes un peu cul-cul et larmoyants, comme la tolérance, l’antiracisme, le métissage, le multiculturalisme, sont ici omniprésents, comme ils l’étaient dans la France d’SOS Racisme et de Touche pas à mon pote, de Jack Lang et de Jean-Jacques Goldmann. Nous assistions avec effroi à la montée en puissance de Le Pen (que, pour ma part, je détestais tellement que j’étais prêt à le tuer pour sauver l’honnneur de la patrie!), de la même manière que nos amis anglais assistent, impuissants, à la popularité grandissante de Nick Griffin.

Le « décalage migratoire » et le décalage économique du Royaume-Uni

Ce n’est pas pour rien que j’ai traité de ce sujet plusieurs fois depuis que je vis au Royaume-Uni. C’est une vraie question, pour le voyageur actuel, que la place des étrangers dans nos pays. J’avais expliqué quel était, à mes yeux, leur statut dans un pays anglo-saxon par comparaison avec leur statut en France. J’avouais qu’à titre personnel je préférais être un étranger en terre anglo-saxonne, mais j’avais clairement stipulé (enfin, j’avais lancé l’idée) que les choses deviendraient moins roses en temps de crise économique et sociale. Les remous autour de Nick Griffin me donnent peut-être un peu raison.

A la question provocatrice que j’avais posée en septembre 2008, « Les Britanniques sont-ils plus racistes que nous ?« , il faut évidemment répondre que non. Pourquoi les Britanniques seraient-ils plus racistes ? Simplement il faut se demander : pourquoi aujourd’hui ? Pourquoi Le Pen en 1984, et Griffin en 2009 ? Je vois un élément de réponse dans la situation des années 1970, et dans le décalage des moments de crise entre nos deux pays.

L’immigration africaine devint massive, en France, dans les années 1970, et c’est en 1972 que Le Pen créa le Front National. Il a fallu attendre plus de dix ans, et une longue crise économique, pour que le « parti anti-étrangers » trouve un véritable ancrage dans la population française. Or, à cette époque, les étrangers n’émigraient pas au Royaume-Uni car c’était un pays en grande difficulté économique dans les années 1970, comme chacun sait. Les îles britanniques ne sont devenues une destination favorite des pauvres que depuis les années 1990. Nous y avons débarqué par milliers pour trouver un emploi et pour nous amuser, et c’est maintenant que la population britannique la moins favorisée se sent vraiment étouffée, mal à l’aise, effrayée devant un avenir incertain, et scandalisée par une idéologie médiatique bien pensante où elle se sent méprisée, incomprise et menacée.

Pakistanais cherche Irlandaise pour mariage et plus si affinité

L’autre matin, mon colocataire pakistanais me demanda une forme d’aide inédite. Serait-il dans mes cordes de lui faire rencontrer une femme irlandaise qui serait d’accord pour se marier avec lui. Il rencontre de sérieuses difficultés depuis quelques semaines, à cause de son visa. Le gouvernement britannique refuse de le lui prolonger alors même qu’il n’a pas encore terminé son master, ce pour quoi il est ici.

Naturellement, dit comme cela, abruptement, personne ne courrait le risque d’une entreprise telle qu’un mariage blanc avec un inconnu. Une amie, que j’aime plus que tout au monde, me traita de dingue quand je lui demandai ce qu’elle en pensait. « Et toi, est-ce que tu le ferais ? » J’y ai déjà pensé, mais je reviendrai sur ce point une autre fois.

J’écris trop souvent que je reviendrai sur tel ou tel point : cela m’engage à un nombre de billets à venir proprement ahurissant.

Je vois l’image que le lecteur se fait de cet étranger qui demande à se marier, et elle n’est pas bonne. Mais en parlant de son cas avec mon amie, lui venir en aide m’a paru une nécessité. Non pas pour des raisons de bonté d’âme, car je n’ai pas d’âme, jusqu’à preuve du contraire. Non par charité non plus car on sait combien je rejette la charité. C’est pour des raisons pratiques, economiques, sociales et politiques que son éviction, ou son expulsion, serait à mon avis une vraie perte pour la Grande Bretagne.

Non seulement c’est un garçon charmant et serviable, mais il a une réelle utilité dans le système de la ville de Belfast. Il loge dans une chambre très peu chère, une chambre qu’il est difficile de louer, il comble donc un manque. Il ne demande ni n’obtient aucune espèce d’aide de la part de l’Etat, donc il ne coûte rien à la collectivité. Il travaille, pour un salaire modique, dans un supermarché bas de gamme, donc par sa présence sur le territoire, il est beaucoup plus utile à l’économie locale qu’un nombre très important d’assistés, dont je suis, qui vivent, directement ou indirectement, à la charge de l’Etat britannique.

Cela ne s’arrête pas là. En sa qualité de musulman, dans ce quartier où les protestants forment la quasi totalité de la population, il favorise le multi-culturalisme que tout le monde appelle de ses voeux ici. Sa présence pacifique dans ce quartier populaire à la réputation sulfureuse aide les habitants à voir autre chose que des blancs protestants et participe incontestablement à la lutte contre les discriminations, et la paix entre les peuples.

Par ailleurs, il a beaucoup fait pour apaiser les relations dans la maison elle-même. Par sa bonhomie et son caractère conciliant, il a déminé plusieurs situations délicates, comme l’épisode que nous appelons entre nous « le départ du Slovaque » : il y a peu, le Slovaque qui était le responsable de la maison était furieux contre moi. Avant de partir de la maison, il avait cherché à me fourguer des affaires qu’il avait achetées, et dont le prix ne me convenait pas. Outré de ne pas me soutirer le moindre sou, il s’était énervé et avait proféré des menaces, à plusieurs reprises. Lorsque je dus devenir intraitable et dur avec lui, mon Pakistanais a su lui parler pour le consoler de mon attitude trop ferme. C’est donc en bonne partie grâce à lui que tout ne soit pas parti en fumée dans une guerre de tranchées.

Le Slovaque a plusieurs fois évoqué l’idée de brûler un bureau en bois dans une chambre. Nous en rions, aujourd’hui, cela fait des souvenirs.

En général, le Pakistanais apporte à la maison le liant humain qui lui manque. Ce jeune homme est une sorte de bienfaiteur, et si je devais ne garder qu’un colocataire, je le choisirais les yeux fermés.

Il me dit : « Si j’avais menti, si j’avais prétendu ceci ou cela, on m’aurait étendu mon visa. J’ai dit la vérité car j’avais confiance dans ce pays, et maintenant je souffre. » S’il devait partir de Belfast, et retourner dans la Swatt Valley, il craint pour sa sécurité car les talibans y règnent encore en grande partie, et ils voient d’un très mauvais oeil les « modernes » qui reviennent d’Occident. Ils sont vus, paraît-il, comme des espions doubles.

Je ne comprends pas pourquoi un mariage blanc apparaît soudain comme la seule solution à ses problèmes de visa. Il s’agit peut-être d’un nouvel amendement dans les « Lois de l’hospitalité ».

Afrique, Chine, Iran – Errements diplomatiques

 cyrus_ii_le_grand_et_les_hebreux-fouquet.1254163872.jpgFouquet: Cyrus II libère les Hébreux

La politique étrangère de Sarkozy a connu, paraît-il, des succès. Je ne sais pas, c’est bien possible, mais ce qui me frappe, pour ma part, c’est la continuité dans l’erreur. Afrique, Chine, Iran, la France se décridibilise avec acharnement.

AFRIQUE – Le discours de Dakar, prononcé en 2007, est maintenant une archive historique et il suffit de le réécouter, même en partie, pour en être choqué. Venir en Afrique noire pour dire aux gens que « l’homme noir » n’est pas assez « entré dans l’histoire » et que c’est là « son drame », est injustifiable et témoigne, de la part de la personne qui a écrit ce discours, de ce qu’on appelle la connerie dans les bar-tabac des villes de province. L’ensemble du discours prête à rire et aura des conséquences néfastes sur notre rapport à l’Afrique pour longtemps encore. Plutôt que de se tasser, les effets vont apparaître avec le temps car le racisme y est relativement bien dissimulé derrière des citations de Senghor. Ce qu’il faut savoir, c’est que ce discours est maintenant un document qui fait date dans les études postcoloniales, et l’université le prend et l’analyse comme un symptôme particulièrement parlant et radical, presque pathologique, du néocolonialisme.

CHINE – Après l’Afrique, voilà que notre président se ramasse avec les Chinois. Il parvient à se mettre à dos l’ensemble de la blogosphère chinoise, et pas seulement le gouvernement. Ses gesticulations autour des jeux olympiques n’ont donc servi strictement à rien, je crois que c’est aujourd’hui admis. Aucun dossier bilatéral n’a avancé depuis l’élection de Sarkozy. Rien de positif n’est apparu ; au contraire, on en est encore à tenter de réchauffer les relations diplomatiques pour que les Chinois reviennent à la position normale qui est la sienne, et qui consiste à signer des contrats avec la France autant qu’avec d’autres pays européens. En contrepartie d’un délabrement des relations Franco-chinoise, rien n’a bougé au niveau des droits de l’homme, des prisonniers politiques. Bref, échec total vis-à-vis d’un pays qui était pourtant bien disposé à notre égard, et qui devient, à la faveur de la crise actuelle, un acteur fondamental de la géopolitique.

IRAN – Sarkozy a sur le dossier iranien une position plus dure encore que celle des Américains. Il ne prend prend pas en compte le changement d’approche d’Obama ; il est encore sous Bush et se croit dans son bon droit en se lançant dans un bras de fer avec Téhéran. On croit rêver! A ce niveau, ce n’est plus de l’incompétence, cela ressemble à de la bêtise. Va-t-on se mettre à dos tous les pays émergents ? Je ne veux même pas entrer dans le détail de l’affaire, je veux seulement critiquer l’attitude formelle. Au niveau des formes, le président de la France ne peut pas venir dans des pays étranger et prendre de haut des gouvernements étrangers, c’est juste quelque chose qui ne se fait pas.

Et surtout, la France se décridibilise quand elle exige que l’Iran rentre dans le rang « en cessant immédiatement ces activités destabilisantes et en répondant sans délai aux demandes de la communauté internationale » (lemonde.fr avec AFP, 28 sept. 09), sans pouvoir ni vouloir passer à l’acte pour faire respecter sa demande. On appelle cela des gesticulations à contre-temps, et ça ne peut que réjouir le gouvernement de l’Iran qui voit là une démonstration inespérée de l’idée que les Occidentaux leur refusent l’indépendance.

Ce qui me choque dans ces trois dossiers, c’est l’inculture qui semble présider à tous ces mouvements. Quand Sarkozy pense Iran, à quoi pense-t-il ? Pays pauvre, musulman, anti-occidental, il pense peut-être turban, barbe blanche ? Mais quand on pense Iran, il faut d’abord penser Perse, civilisation ancestrale, culture raffinée, profondeur historique. Nous devons aller à Téhéran avec la grandeur de la Perse à l’esprit et Hérodote dans les valises. Il ne faut jamais oublier qu’à l’époque d’Hérodote, par exemple, l’Asie centrale et toute l’Egypte était sous la domination de la Perse, et que les Iraniens n’oublient pas leur grandeur passée. Nous ne pouvons avoir de bonnes relations avec l’Iran si nous ne connaissons rien de son histoire. C’est aussi important que de savoir ce qu’est devenue la sociologie du pays, sa classe moyenne, le rôle des femmes, les mouvements démographiques. Or, Sarkozy se contrefiche de tout cela.

Plus généralement, je crois qu’il faut en finir avec les effets de manche diplomatiques. Les rapports entre pays ne sont pas une affaire de décisions brutales et de rodomontades, elles sont faites d’un long travail de connaissance mutuelle, d’échanges, de frictions, de négociations, sur un temps long et patient. Avec le temps, je me désolidarise des manifestations pro-tibétaines qui ont eu lieu à Paris en mars 2008, et que j’ai un peu soutenues à une époque. Non seulement elles ne feront jamais rien avancer sur le terrain et elles blessent les Chinois , mais surtout elles enracinent des idées stupides et erronées dans l’esprit de la jeunesse occidentale. L’idée que plus on criera plus on aidera les opprimés. L’idée que le Tibet était un pays indépendant avant l’invasion chinoise des années 1950. L’idée qu’on est pur lorsqu’on traite les Chinois d’assassins. L’idée que la France est un pays qui peut exiger des choses aux autres. Là aussi, l’inculture était essentielle aux manifestations anti-chinoises. Qui, parmi les manifestants de Paris, s’étaient jamais penché sur l’histoire du Tibet ? Pour aider les Tibétains, il y a d’autres leviers, plus discrets, sur lesquels agir.

Et d’abord se cultiver sur les régions du monde qui nous intéressent. Les relations internationales ne devraient-elles pas être le lieu de la connaissance, de la recherche patiente, de la lecture et des traductions des grandes oeuvres ?

L’amour des juifs plutôt que leur crainte

Je voudrais préciser que je suis un grand admirateur de nombreuses personnes de confession juive du monde entier. Non seulement j’ai des amis chers parmi eux, des juifs de France, des Etats-Unis, d’Israel, mais mon respect va beaucoup plus loin. J’ai lu avec passion de nombreux auteurs juifs qui m’ont influencé et m’ont construit. Ce que je leur dois à titre personnel est important. En tant que Français, je tiens pour un motif de fierté le fait que mon pays possède la plus forte communauté juive de tous les pays européens, et j’appelle de mes voeux qu’elle aille s’accroissant car ce que les juifs ont apporté à mon pays et à ma culture est très positif. Ce serait un malheur, une catastrophe, s’ils devaient tous émigrer je ne sais où, au moyen-Orient ou en Amérique.

On ne peut pas faire moins antisémite que moi.

Or, récemment, on a insinué que j’étais antisémite. Qui ? Des amis, qui n’étaient pas contents que je défende le travail de l’humoriste Dieudonné. Ils pensaient que, du fait que je ne trouve pas révoltants ses propos (mais quels propos, je ne le sais toujours pas), je devais être moi-même, quelque part, peut-être un peu antisémite. Ou qu’en tout cas, mon attitude « ambiguë » valait la peine que l’on s’inquiétât pour moi. Ces insinuations sur le fait que je serais, sinon antisémite, du moins compréhensif à l’égard de ceux qui le sont, me sont une douleur et me paraissent répugnantes.

J’ai monté ce blog en juillet 2007, et je l’ai fait héberger par lemonde.fr car c’est le journal en ligne que je lisais chaque jour. De plus, comme j’habitais en Chine, la censure bloquait les sites étrangers et se faire héberger par ce journal permettait de travailler sans se soucier des cyberpoliciers chinois. Pendant plusieurs mois, La Précarité du sage était référencé dans la sélection du monde.fr. Il y figurait quelques semaines, puis il en disparaissait quelques jours, puis il y réapparaissait, bref c’était un habitué de la sélection du journal. Du jour au lendemain, il en fut écarté, et de manière définitive. Cette exclusion a coïncidé avec un billet que j’ai écrit sur un humoriste, intitulé Dieudonné et les « nouveaux médias ». Ce billet date de septembre 2007, il est vieux de deux ans. Depuis cette date, ou plutôt depuis la fin de la discussion auquel il a donné lieu, mon blog s’est plutôt amélioré, pas tant au niveau de l’écriture qu’au niveau des recherches qui y trouvent leur théâtre, et pourtant, les modérateurs du monde.fr n’ont plus eu le goût de lui donner le plus faible écho.

Ils avaient d’abord, à une certaine période, tenté de bloquer quelques commentaires, puis ont décidé, semble-t-il, de ne plus prêter la moindre attention à ce blog. C’est leur droit et je ne leur en veux pas. Je ne fais aucune réclamation ni ne crie à l’injustice. Je souligne un petit fait intéressant qui illustre le climat de terreur qui accompagne toute référence aux juifs, à Israel et à ce qui entre en résonnance avec ces sujets-là. Dieudonné fait partie de ces sujets tabous qu’il est préférable, semble-t-il, de ne toucher que pour en dire le plus grand mal.

Pourtant, je crois n’avoir jamais dit quoi que ce soit sur les juifs, et il me semble bien que tout ce que j’ai jamais écrit sur eux se trouve dans ce billet, sous forme d’hommage sincère et respectueux.

Je ne me sens pas menacé, ni intimidé, ni bâillonné, mais à l’heure où ce même humoriste, Dieudonné M’Bala M’Bala, est tenu de s’expliquer devant la justice, comme le dit un article du Monde de cet après-midi, je rappelle ce micro-événement concernant mon blog car c’est avec une chaîne de micro-événements qu’on crée un climat, puis une influence et enfin un pouvoir. Le pouvoir médiatique a décidé d’effacer Dieudonné du paysage, c’est ainsi. D’abord en en parlant beaucoup et en contrôlant le contenu des paroles, pour le rendre abject, puis en cessant d’en parler, et en réduisant au maximum l’audience de ceux qui en parlent. L’article du Monde auquel je viens de faire référence est déjà retiré de la page d’accueil du monde.fr pour être recalé dans les archives, après deux heures d’existence.

Ce n’est pas avec ces méthodes qu’on va faire apprécier la culture et la communauté juives. Mais j’y pense, le but n’est pas de faire apprécier quoi que ce soit, le but est de propager la crainte. Je comprends le désir de se faire craindre, quand on est menacé, mais je crois que les médias auraient une meilleure carte à jouer, une autre stratégie à adopter, qui privilégierait l’admiration sur la peur, et le partage intellectuel plutôt que la menace et l’insinuation.

La « Bataille du Bogside » et le début des Troubles

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Il y a quarante ans exactement, l’Irlande du nord connaissait ses grandes émeutes, à Derry puis à Belfast, qui ont fait de cette province un pays en guerre civile.

On appelle cela la « Bataille du Bogside ». Bogside, c’est le nom du fameux quartier catholique de Derry qui s’est transformé en caserne, en quartier général et en champs de bataille pendant quelques jours en août 1969.Hier, je n’ai trouvé qu’un journal qui commémorait l’événement en première page, le Belfast Telegraph daté du 14 août. Le principal titre de une n’était pourtant pas consacré au quarantième anniversaire des émeutes, mais à la blessure d’un bébé à la suite de l’aggression d’un homme par deux femmes munies d’un club de golf. Il est vrai que l’actualité a ses urgences et ses priorités.Il s’agit pourtant d’un événement considérable pour l’histoire contemporaine du Royaume-Uni et de l’Irlande. La violence et les tensions étaient déjà palpables depuis des mois, mais l’histoire a choisi ces trois jours de bataille, les 12, 13 et 14 août 1969, pour désigner le commencement des Troubles. Les catholiques avaient créé un mouvement dit de « droits civiques », plus ou moins inspiré du Civil rights movement noir américain, destiné à leur garantir de meilleures conditions de vie. De nombreuses raisons présidèrent à la flambée des violences, mais d’après Matthew McCreary, du Belfast Telegraph, c’est le défilé d’une organisation protestante, les Apprentice Boys, prévu aux abords du quartier catholique, qui a mis le feu aux poudres. Les forces de l’ordre furent très vite dépassées, et la violence s’est disséminée dans plusieurs villes d’Irlande du nord, pour aboutir à des scènes invraisemblables de tueries, d’explosions et de vengeances sans fin.Je note qu’on procédait déjà à cette étrange pratique de déloger des habitants. A Belfast, par exemple, plus de mille familles catholiques ont été chassées de leur maison manu militari en août 1969. On retrouve aujourd’hui cette pratique dans les actes racistes commis en direction des Roms et des Polonais, comme je l’ai rapporté en juin dernier.Gerry Adams, le charismatique leader du Sinn Fein, le parti républicain, écrit ses « Souvenirs de 69 » sur son blog. Il avait 21 ans et était déjà un militant très actif. Il raconte la situation de Belfast à cette époque et la manière dont les républicains se sont organisés pour prendre eux aussi part aux événements, et combien tout s’est transformé en « zone de guerre » : « Within a remarkably short space of time, the streets off the Falls Road, and the Falls itself, had been turned into a war zone ». Le 15 août au matin, il découvre, ou il apprend, que « six personne sont mortes, cinq catholiques et une protestante. »Dans un style lyrique, Gerry Adams décrit le paysage de fumée et de désolation qui a marqué la fin de son jeune âge : « A pall of smoke rose over the Falls. The old familiar streetscape was shattered. The environment that I grew up in was gone. »Incidemment, il me semble que ces affrontements de 1969 sont essentiels en ceci que l’opposition communautaire prend alors un nouveau tour. On passe de la revendication pour des droits civiques à la lutte armée pour la réunification de l’Irlande. Ce n’est pas du tout la même chose, et on mesure combien un gouvernement plus souple et plus visionnaire dans les années soixante aurait pu éviter de désastres.Les émeutes ont pris fin avec l’arrivée de contingents de l’armée britannique, qui ont contenu le quartier des émeutiers à Derry, plutôt que de continuer l’affrontement. L’armée de la république d’Irlande, elle, se déployait le long de la frontière, et les unionistes craignaient une invasion militaire de l’Irlande pour accomplir la réunification de l’île par la force. Edward Longwill, spécialiste de questions de sécurité dans Belfast Telegraph, assure qu’il s’agit là d’une guerre d’image et de propagande. En embarrassant les Britanniques et en diabolisant les unionistes, les Irlandais ont clairement gagné cette guerre de la communication.Ces événements sont aussi l’occasion d’une grande libération d’énergie créatrice dans l’activisme politique. En effet, les Irlandais vont utiliser les murs de leurs quartiers pour s’exprimer, pour se raconter, s’intimider ou se mobiliser. A côté des violences réelles, les Irlandais ont aussi investi le terrain symbolique pour entrer dans une lutte des images très complexe et très subtile.