Un tandem anglais

C’est entendu, je me suis encore totalement fourvoyé. David Cameron a conclu une alliance avec Nick Clegg, et les deux hommes paradent dans les journaux, depuis deux jours, dans des photos qui jouent sur une imagerie homosexuelle pour forcer le public à trouver tout cela moderne et progressiste.

A ma décharge, je dois dire que je me trompe toujours avec les élections. Je suis même un assez bon baromètre pour indiquer qui va perdre. Je croyais vraiment que John Kerry allait gagner contre George Bush, et que les Français voteraient oui au referendu, sur le traité de Lisbonne.

Toujours est-il que cette coalition ne peut tout simplement pas fonctionner. Non pas à cause des hommes au pouvoir eux-mêmes. Eux, ils sont tellement heureux d’être là où ils sont, ils sont prêts à tous les compromis et à avaler toutes les couleuvres. Mais ils ont derrière eux des financeurs, des députés, des élus de toutes sortes, des militants, et enfin des citoyens qui leur ont donné leur voix. Il y a déjà des grincements de dents dans le personnel des conservateurs, qui ne s’attendaient pas à voir entrer tant de libéraux-démocrates au gouvernement.

Or, dès que les libéraux-démocrates voudront prendre une décision sur un des sujets sensibles que lesquels ils ont bâti leur popularité, les conservateurs se crisperont, puis tout le petit monde décrit plus haut se crispera de plus en plus, jusqu’à la rupture.

On les appelle les « Sunny Boys » dans la presse de caniveau. Moi, déjà que je n’aime pas la jeunesse, quand j’ai entendu le premier discours de Cameron comme premier ministre, prononcé sans notes, avec sa femme enceinte à quelques pas derrière lui, qui doit en avoir plein les bottes de jouer la fille au grands yeux émerveillés par son petit homme, je me suis dit que ça tournerait mal.  

Grande-Bretagne, la nouvelle France

Je ne saisis pas pourquoi tout le monde parle de confusion, concernant les élections britanniques. Pour moi, les choses sont très claires, et il suffit de savoir compter. Le peuple britannique a donné une majorité absolue à une coalition de gauche, composée des travaillistes (258 sièges), des démocrates libéraux (57 sièges), des « nationalistes » écossais, gallois et irlandais (12 sièges) et des verts (1 siège). La gauche pro-européenne a remporté les élections, et doit se mettre au travail le plus vite possible.

Les Liberal Democrats sont clairement de gauche, le mot « libéral » ayant gardé en anglais son sens premier, qui était « pour la liberté de conscience ». De toute façon, les Lib Dem sont éminemment Labour compatibles : europhiles et pour la proportionnelle, ils ne pourront jamais gouverner avec les conservateurs. Les Britanniques doivent seulement se mettre à former des coalitions entre partis, c’est tout simple. Cela fait des dizaines d’années qu’ils en parlent et, comme la vidéo de John Cleese (des Monty Pythons) le montre, cela fait au moins 25 ans que les électeurs britanniques ne votent plus de manière bipartisane.
La situation aujourd’hui ressemble à la France de, disons, 1997. Westminster : le retour de la « gauche plurielle », d’un classique « Cartel des gauches ». Reprise postmoderne du « Front populaire ». Bref, en un mot comme en cent, les Britanniques sont en train de tourner français, et c’est la nouvelle la plus énervante pour eux que je pouvais vous apporter en ce jour ensoleillé.

On a vu, déjà, qu’ils avaient fini par laisser tomber leur croyance dans le bancal multiculturalisme au profit de ce qu’ils appellent sans tabou « l’intégration ». Cela signifie qu’ils ont pris conscience de l’importance qu’il y a à construire une communauté nationale, et non à se satisfaire d’un voisinage informe de communautés qui ne partagent rien entre elles.  

Maintenant, ils se rapprochent d’une représentation à la proportionnelle. Ils deviennent européens malgré qu’ils en ont.

Preuve qu’ils se continentalisent, les articles du Guardian d’aujourd’hui ne mentionnent pas une seule fois le nom de leurs voisins. Ils font semblant de nous ignorer pour éviter de passer pour des internationalistes à la solde de Bruxelles. Mais ils en ont marre de cette insularité prétentieuse dont on les croit à tort pétris. Le même journal déclare son amour contrarié à la France, mais plus loin, dans les pages Travel. Cette semaine, on célèbre le Maroc et on encourage les lecteurs à profiter des charmes sous évalués de Casablanca. Le Maroc c’est moins cher et plus sympa que l’Espagne. C’est peut-être moins « Union européenne », si l’on veut, mais cela sonne davantage « France coloniale ». Dans le reportage, la France est omniprésente, comme celle qui a donné à la ville son architecture art déco, ses cafés, ses boulevards, ses brasseries…

On commence, de ce côté-ci de la Manche, à reconnaître que, certes, la colonisation, le républicanisme et le multipartisme bordélique c’était mal, mais qu’enfin, la manière française n’a pas que du mauvais sur la longue durée.   

La capitale de la culture populaire

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Liverpool est la ville des Beatles et du Liverpool Football Club. C’est assez dire.

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Rien ne remue davantage les masses occidentales que les clubs de football et les groupes de variété légendaires.

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Ce que j’aime dans la culture populaire, c’est la démesure qui lui colle à la peau. Les fans des Beatles parlent souvent de « génie », de « création », de « légende ». Et le grand patron de Liverpool FC, Bill Shankly, déclara, un jour d’émotion : « Certains pensent que le football est une question de vie ou de mort ; je vous le dis, c’est beaucoup, beaucoup plus important que ça. »

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Aller au stade d’Anfield est sincèrement émouvant. Un stade construit au milieu des maisons ouvrières, à l’apparence plutôt modeste, entouré de pubs passablement moisis et boisés. Un musée raconte l’histoire du XXe siècle sous l’angle du club, que des fans du monde entier viennent visiter.

Des histoires de victoires, de héros, de morts, de passion morbide et de trophées.

Un guide à l’accent scouse extraordinaire nous emmène dans le stade lui-même et nous berce de la grande geste footballistique. Ils diffusent la chanson que le public chante à chaque match : You’ll Never Walk Alone. Le public de Liverpool incarne avec fierté le soutien sans faille à son équipe. Le public de Liverpool incarne la fidélité. Dans l’esprit des mecs de Liverpool, être un supporter est plus qu’un honneur, c’est avoir une influence certaine sur le cours des événements. Il est de notoriété qu’ils ont fait gagner leur équipe des matches essentiels, qu’ils ont influencé des arbitres, qu’ils ont intimidé des équipes adverses.  

Pendant que le guide nous parle, des filles vont même ramasser de la pelouse coupée, afin que les pèlerins puissent ramener une poignée de la précieuse matière chez eux.

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Liverpool, c’est la passion à l’état pur.

Apparemment, je suis de gauche (au Royaume-Uni)

Jour d’élections chez nos amis Britanniques. Je n’ai jamais autant parlé de politique avec des Nord-Irlandais que ces quelques jours. Je leur pose des questions, du genre de celles que j’ai déjà posées sur ce blog : pour qui voter quand on est un protestant de gauche ? Pour qui voter quand on est un catholique de droite ? Les réponses que j’ai obtenues étaient embarrassées car mes amis m’avouaient qu’ils n’y avaient pas vraiment pensé.

Alors pour faire le tri dans nos idées politiques, nous avons fait un test. Il s’agit de répondre à une série de questions afin de savoir où l’on se tient sur l’échiquier politique. On nous présente des énoncés, des opinions sur des sujets concrets, et on doit indiquer si l’on est d’accord ou pas. Les questions couvrent des sujets politiques, économiques, sociaux et sociétaux. Et même quelques questions philosophiques, comme « L’ennemi de mon ennemi est mon ami. »

J’ai fait le test ce matin, et je me retrouve complètement à gauche, figurez-vous. Moi, je croyais m’être droitisé en vieillissant, avec mon dédain de plus en plus prononcé pour tout ce qui fait vibrer les jeunes cons. Je croyais être devenu un réactionnaire tranquille, anti-variété et politiquement incorrect. Que nenni, je suis toujours fringant, bienpensant et impeccablement de gauche. Vous n’avez qu’à voir, sur le spectre des personnalités politique, je me situe juste entre Nelson Mandela et le Dalai Lama!

Et dire que j’ai répondu sincèrement aux questions.

Le plus amusant est la réaction de mes amis nord-irlandais. L’un d’eux se retrouve près de moi sur l’échiquier mais ne parvient pas à s’y faire. Il a toujours voté à droite (il faut dire qu’il est protestant unioniste, il avait donc peu de choix), et il aime la chasse à courre. Je lui dis que la chasse à courre est très littéraire. Que Tolstoï décrit une chasse au loup pendant cent pages, et que Tolstoï ne peut pas être vu comme de droite. Si ?

Une autre amie se sent toute honteuse d’être prise à l’extrême-droite. Un autre se demande ce qu’il va voter car aucun parti ne semble correspondre à la position que le test lui a révélé.

De toute façon, à part les Verts, tous les partis en compétition pour les élections d’aujourd’hui se situent à droite de l’échiquier politique tel que le test le représente, donc c’est un mauvais test. Finalement, et pour conclure, je ne suis peut-être pas si gauchiste que cela.

China Through the Lens of John Thompson 1868-1872

À Liverpool, au Musée Maritime, sur les docks, une très belle exposition du photographe John Thompson montre une Chine vulnérable, bronzée et sensuelle.

Ce qui m’a ému, ce sont les rares photos prises à Nankin. La pauvre ville venait d’être détruite par le mouvement révolutionnaire des Taiping, qui y avaient installé leur capitale. Les troupes de l’empereur Qing les ont écrasés en rasant Nankin.

Le photographe est allé dans la Montagne Pourpre et Or et y a vu les sculptures, datant du XIVe siècle, qui avaient pour but de protéger le tombeau du premier empereur Ming. Ces animaux forment aujourd’hui « l’Allée des Esprit » où j’allais souvent méditer avant et après avoir nagé dans le Lac des Nuages Pourpres. Ces nobles statues, je les escaladais avec des amis et des étudiantes, convaincu que je ne pouvais pas les abîmer.

Je faisais plus que les escalader (je les escaladais peu, d’ailleurs) : je donnais mon carnet de voyage à mes étudiant(e)s pour qu’ils dessinent et calligraphient cette statue de soldat, par exemple, ou ce dromadaire, ou cet éléphant. Et pendant qu’elles dessinaient, je les filmais, et mettaient tout cela sur des blogs. Avec moi, et ce présent billet, l’archivage de mes rapports avec ces sculptures s’est démultiplié.

L’émotion provoquée par ces photos est donc à la fois personnelle et universelle. Comment ne pas se sentir proche de cette Shanghaienne qui porte un bonnet en velours pour faire plus « Ouest », ou devant ces femmes aux coiffures mandchou compliquées, qui devisent dans un jardin de lettré ?

Elections britanniques : où en est le multiculturalisme ?

J’avoue que je ne savais pas trop comment les prendre, ces élections. Les maladresses de Gordon Brown, le pâle conservateur David Cameron dont le meilleur argument est le charme de sa femme, et même la percée médiatique sans contenu du Liberal Democrat Nick Clegg, me laissaient indifférent. On sait ce qu’ils vont faire après les élections : naviguer à vue en réduisant les dépenses publiques.

Soudain, un débat télévisé entre des seconds couteaux des principaux partis m’a intéressé. Il y était question d’immigration. Les hommes politiques en présence se chamaillaient, mais c’était pour cacher le fait qu’ils étaient tous d’accord. Ils veulent tous une politique d’immigration plus ferme, car ils pensent tous qu’il y a trop d’étrangers en Grande Bretagne, même s’ils reconnaissent que les étrangers ont joué un rôle essentiel dans la croissance des quinze dernières années.

Un seul parti propose un truc différent, mais qui se trouve être de la poudre aux yeux : les Liberal Democrats veulent régulariser les « sans papier » qui sont sur le territoire depuis dix ans et plus. Quand on leur demande le chiffre de ces étrangers illégaux, ils répondent qu’ils n’en savent rien, et que personne n’en sait rien, mais qu’il faudra que les étrangers en question prouvent qu’ils travaillent ici depuis dix ans. Comme c’est impossible à prouver pour des gens qui bossent au noir, cette mesure n’est qu’un machin médiatique qui a pour but d’attirer l’électorat de gauche sentimental, celui qui n’a plus rien de politique mais qui voit les choses uniquement à travers le prisme de la morale, de la gentillesse et de la culpabilité.

Ce qui a attiré mon attention, finalement, c’est la question du multiculturalisme. On leur demande, à tous, s’ils privilégieront « l’intégration », ou le « multiculturalisme ». Le journaliste précise à plusieurs reprises que le multiculturalisme représente ce qui divise la société. Tous répondent « intégration », en particulier le parti d’extrême droite qui se réjouit de voir que ses idées ont finalement triomphé.

Le sage précaire franchouillard se dit, in petto, que ce n’est pas l’extrême droite qui triomphe dans la perfide Albion. Ce qui gagne du terrain, c’est le républicanisme à la française. Mais cela, nos amis et cousins grand-bretons ne peuvent l’admettre.

International Slavery Museum: images en vrac

Musée de l’esclavage: Liverpool à l’avant-garde ?

Un musée entièrement consacré à la question de l’esclavage, c’est une chose qui doit être visitée et méditée. Celui de Liverpool est peut-être le premier au monde, et forcément, il pose de nombreuses questions.

D’abord, comment faire un musée de l’esclavage ? Qu’exposer ? Les objets et les peintures qui datent en effet de la traite des esclaves sont très intéressants, mais ils sont très peu nombreux. Ils ne peuvent pas remplir un musée, donc il fallait créer des choses et des espaces, et en faire des lieux d’exposition. Est-ce encore un musée ? Et qu’est-il question de conserver ?

Une sculpture d’artistes haïtiens nous accueille, intitulée « Freedom Sculpture« , et accompagnée d’un film où l’on voit les haïtiens travailler et prononcer des phrases générales sur la situation en Haïti. A la fin du film, on voit que la sculpture a été commissionnée par un groupe chrétien de charité. Qu’est-ce que cette sculpture ? De l’art ? De la charité ? Un atelier socio-culturel pour aider les pauvres ? Et en quoi est-ce lié à l’esclavage ? En ceci qu’Haïti fut la première république « noire », la première nation composée d’esclaves affranchis ?

Freedom Sculpture, International Slavery Museum, Liverpool.
 

On se rend vite compte que ce musée n’aborde qu’une forme d’esclavagisme : celui que les Européens ont fait subir aux Africains, du XVIe au XIXe siècle. Rien n’est dit des autres systèmes d’esclavage dans l’histoire. Le sage précaire regrette qu’on ne dise rien des Vikings et de leur commerce des esclaves pendant le Moyen-Âge. Mais surtout, l’absence de l’esclavage dans la culture greco-romaine est une lacune à combler absolument, lorsque nous ferons, nous aussi, nos musées sur ce genre de sujet. N’oublions pas qu’un de nos bons sages de l’antiquité, Epictète, fut esclave lui-même. N’oublions pas que Platon, dans le Ménon, démontre l’immortalité de l’âme grâce à l’interrogation d’un esclave grec.

Notre culture est profondément liée à l’esclavagisme. La démocratie aurait été impossible à penser et à réaliser sans un système social fondé le travail d’une classe d’esclaves.

Or, Liverpool a préféré ne montrer que des victimes noires et des bourreaux blancs. Pourquoi pas, à la rigueur ? Cela peut éviter de noyer le poisson de notre culpabilité dans un grand bain de responsabilité partagée.

Mais l’impression finale est peut-être à l’opposée de l’effet recherché. On en vient à penser que seuls les Noirs peuvent être des esclaves, et qu’en définitive, ça leur colle à la peau. Surtout que dans les dernières salles, on les voit jouer de la musique, faire du jazz et du reggae.

International Slavery Museum, Liverpool

On voit des Noirs faire du sport, des Noirs faire de la politique, des Noirs faire des poèmes, et on se demande un peu de quoi ce musée est le musée.

La Bataille d’Alger est-elle toujours tabou ?

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Au festival du film de Belfast, ils ont diffusé La Bataille d’Alger. Un film de 1966, écrit et réalisé par des Italiens, basé sur les mémoires d’un leader du FLN et produit par le tout jeune gouvernement algérien. C’est plus complexe que cela, mais je résume.

Le film est devenu culte car il est fréquemment repris pour exemple d’une situation où une armée officielle finit par perdre une guerre alors même qu’elle avait gagné la bataille principale. Comment gagner l’aspect militaire et policier d’une guerre tout en perdant au final la bataille idéologique et médiatique. C’est un peu ce qui se passe avec les Irlandais d’Irlande du nord, et c’est aussi ce que Bush redoutait avec les Irakiens. C’est la raison pour laquelle il a diffusé ce film au Pentagone, en 2003, comme une sorte de training au traitement des guérillas urbaines.

Le film est bien fait, assez beau, dans le genre realisme italien, à tendance documentaire. Pour éviter d’être taxé de parti pris, le rôle de « colonel Mathieu », un mélange de Massu et de Bigeard, est outrageusement noble et racé. La noblesse putative des Francais est bien entendu le meilleur moyen pour le FLN de se hausser au niveau de l’Histoire.

Après le film, séance de discussion avec la directrice du festival. La Bataille d’Alger était le « Director’s choice ». Une femme française prend la parole. Elle dit que la guerre d’Algérie est un gros tabou en France, qu’on ne l’enseigne pas à l’école, et qu’elle a honte de son pays. Ah ! les Français et leur haine d’eux-mêmes. On devrait les envoyer sur une île et qu’ils nous foutent la paix. Que cette femme ait honte, soit. Elle a bien choisi son pays d’adoption pour soigner ses délices culpabilisatrices. Mais dire que ces événements sont tabous, c’est faux. Moi, on me l’a enseignée à l’école, la guerre d’Algérie, ainsi que les autres guerres, coloniales et d’indépendance.

Et puis il y a eu d’autres films, d’autres débats, des émissions de télé, des livres. Des articles de journaux par milliers. Pourquoi dire que c’est un tabou ? Le film même montre que les journalistes français questionnent le général Mathieu sur la torture. Il y est fait mention de Jean-Paul Sartre qui dénonçait les actions de l’armée française. Sartre était l’intellectuel le plus célèbre de France. Alors, comment peut-on parler de tabou ?

Ce n’est pas la première fois que j’entends des Français dire que ces choses sont cachées. J’ai l’impression que ce sont eux, les Français de l’étranger, qui n’écoutaient pas pendant les cours d’histoire, et qui ne lisent pas les journaux. Et plutôt que d’avouer qu’ils sont peu informés, peu ouverts sur l’histoire et l’actualité, préfèrent incriminer leur pays d’origine pour justifier leur ignorance.

Gentillesse théâtrale de Liverpool

A la fin de la pièce, le public a applaudi à tout rompre. Je me suis demandé si j’avais raté quelque chose. Clairement, une émotion était passé dans la salle et m’avait laissé de côté.

Je voyais une communion entre les acteurs et le public, debout et criant, à laquelle je ne m’attendais pas… Mais soudain je compris.

Ce n’était pas des spectateurs qui remerciaient des acteurs. c’était des Anglais de Liverpool qui envoyaient un message de soutien et d’affection aux Irlandais de Belfast. Les acteurs étaient d’Irlande du nord. Moi, j’avais cru qu’ils imitaient l’accent de l’Ulster, mais non, ils étaient d’authentique survivants des Troubles. Le geste d’un acteur m’a mis la puce à l’oreille : de la main, il invitait le public à aller boire une pinte après le spectacle. Geste typique de l’Irlandais qui joue son rôle de buveur sympathique, jovial et pas fier.

En desendant les marches du théâtre, je me suis dit qu’il y avait un exibitionnisme propre aux îles britanniques (Irlande et Royaume-Uni) : celui qui consiste à surjouer la « niceness« , la gentillesse simple et pas fière. Sincèrement, il y a quelque chose d’étouffant à cette pompe très particulière. On a envie de leur dire : « C’est bon, camarade, je sais que vous êtes sympas, ne faites pas tant d’effort. »