La vie et l’œuvre de Golda Meir sont remarquables, comme le démontre ce documentaire radiophonique. Mais ce qui est aussi clairement mis en lumière, c’est son indifférence pour la population arabe vivant là, en Palestine. Pour elle, ils n’existent pas plus que des nuisibles.
On retrouve aujourd’hui chez certains Français et Israéliens cette attitude mentale. Les Palestiniens n’existent pas, il n’y a pas de peuple palestinien, leur souffrance est une donnée historique négligeable. Il suffit de regarder les émissions de télévision financées par l’homme d’affaire Bollorée, qui ambitionne d’unifier la droite et l’extrême-droite. Leurs émissions depuis l’attque du Hamas du 7 octobre 2023 sont un excellent révélateur de ce qu’est, aujourd’hui, l’extrême-droite : considérer les chrétiens et les juifs comme des êtres humains en danger, les arabes musulmans comme des sous hommes, des barbares.
En face, les mouvements de défense pour la Palestine ne donnent pas très envie non plus. On voit des mouvements de foule, des cris, des chants de haine contre Israël qui font mal au cœur. Mépris contre mépris.
Crier Allahou akbar dans les rues de Paris et de Londres, très peu pour moi. Amoureux de la culture arabe et amoureux de l’islam, je ne reconnais pas ce que j’aime dans ces manifestations.
Le pire pour moi est de voir ces amis qui mettent en scène leurs enfants, ici en Europe, et les filment en train de crier des paroles de rejet d’Israël. Un pauvre petit récite sa leçon : « aujourd’hui c’est mon anniversaire mais je ne le fêterai pas parce que des enfants meurent à Gaza. » Les enfants, la sagesse précaire ne s’en soucie guère, mais quel type d’adulte cela va-t-il produire ?
L’éternel mépris pour l’autre semble être au cœur du cerveau d’Homo sapiens. Il doit être indispensable à sa faculté extraordinaire pour l’usage de la violence et sa soif de pouvoir. L’homme nous déçoit. Pas seulement les pro-israéliens et les pro-palestiniens, mais l’espèce humaine dans son ensemble.
Demander à ceux qui sont devenus célèbres comment faire pour devenir célèbre, ils vous disent toujours les mêmes et vous donnent des conseils désastreux : il faut croire en ses rêves même si ces rêves sont communs, il faut toujours y croire, il faut quitter l’école car on n’y apprend rien. « Le secret, dit un fameux basketteur, c’est de ne pas avoir de plan B ».
Cela est désastreux car il n’y a pas de place pour tous ceux qui en veulent. Prenez le football et tous les sports professionnels. On sait combien de personnes peuvent accéder au haut niveau. On sait donc que l’immense majorité de ceux qui tentent leur chance ont échoué ou vont échouer.
Ceux qui ont reussi ont une tendance naturelle à penser qu’ils l’ont mérité, que la chance et le hasard n’y sont pour rien, et donc ils disent des inepties fondées sur le fait qu’eux ont réussi sans avoir plus talent que d’autres, ni sans avoir travaillé davantage. Ils occultent le facteur chance dans la réussite car ils l’ignorent, et ils l’ignorent car justement l’argent leur est tombé dessus.
Même les joueurs de casino et les rares gagnants du Loto finissent par trouver qu’ils méritent leurs gains.
Il est donc impératif de suivre les conseils des losers et de la sagesse précaire. Jeunes gens qui rêvez d’être une star, jous n’y parviendrez pas, alors prévoyez tout de suite un plan B. Travaillez votre musique, votre football et vos vidéos Tik-Tok. Travaillez mais ne croyez pas en vos rêves. Vos rêves sont cons comme la lune. Travaillez et si vous avez de la chance, alors peut-être recevrez-vous quelques gratifications.
Mais n’oubliez jamais que, statistiquement, vous n’avez aucune chance de réussir.
Je suis allé dans ce musée avec un téléphone portable que l’on m’a prêté pour que je puisse prendre des photos. En bon touriste, je me suis exécuté. J’ai essayé de saisir deux types d’images : des détails qui pouvaient intéresser mon épouse, et des visuels qui pouvaient servir d’illustrations à ce blog.
Je rends le téléphone à son heureux propriétaire et, quelques jours plus tard, voici ce qu’il m’envoie : une vidéo souvenir plutôt bien faite de ma visite culturelle, composée exclusivement des photos que j’avais prises ce jour-là. Une vidéo qui fut faite automatiquement, par un logiciel intégré à sa machine, sans me demander d’autorisation et sans qu’on lui demande rien.
Je ne vais pas faire le mec révolté car la sagesse précaire ne se révolte que lorsque la sagesse précaire est menacée. Au contraire, j’ai ressenti une forme de plaisir en voyant cette initiative prise par l’intelligence artificielle.
En revanche la musique est désastreuse. Comment l’intelligence artificielle a-t-elle pu commettre une erreur aussi élémentaire que cette musique sans rapport avec le contenu des photos ? Il fallait en l’occurrence une petite imitation de morceau baroque, quelque chose de simple et de dinstingué, qu’un enfant du conservatoire aurait pu improviser en deux minutes.
Encore du pain sur la planche, messieurs les ingénieurs de l’IA.
Le dernier jour de notre séjour à la ferme de Ftiss, une bonne nouvelle m’est apportée par le destin : H. arrive avec la voiture d’un de ses amis pour nous saluer avant notre départ.
Il n’a finalement pas réussi à traverser la Méditerranée comme il menaçait de le faire et il nous est revenu sain et sauf.
Son récit d’émigration ressemble à un récit d’évasion. Il allait tous les jours avec son acolyte sur la plage et il s’entraînait à faire avancer une embarcation de fortune, quelque chose qui tient à la fois du kayak et du canot. Il avait étudié la météo et la nuit où ils sont partis, ils étaient certains que ce serait une mer d’huile. Ils ont ramé plusieurs heures espérant atteindre une île italienne. Il ne s’agit pas de Lampedusa, mais une de ces territoires italiens plus proches de la Tunisie que tout autre pays.
L’armée les a interceptés en langue arabe, alors qu’ils étaient épuisés mais confiants dans leur possibilité d’atteindre le territoire italien. Selon le témoignage de H., Il ne leur restait plus que 14 kilomètres avant de toucher au but, mais ils n’ont opposé aucune résistance aux forces de l’ordre. De retour en Tunisie, ils ont échappé à la prison pour des raisons que je trouve tellement peu crédibles que je préfère les garder sous silence.
En effet, mon ami est physiquement assez amoché. Le soleil l’a brûlé et ses genoux ont souffert. En revanche, il est souriant et semble avoir perdu cette morosité qui le rongeait depuis plusieurs années. Cela nous brisait le cœur de voir ce jeune homme jadis si joyeux devenir taciturne et dépressif devant les échecs professionnels répétés. Il a eu le sentiment de frôler la mort, puis la prison, du coup sa joie de vivre est reparue au beau fixe.
Espérons qu’H. trouve le bonheur durable ici et qu’il ne tente pas de nouveau le diable.
Sur un site que je ne nommerai pas pour ne pas faire de la publicité à un organe dont je ne suis pas en mesure de juger le degré de dangerosité ou de bêtise, je lis deux prises de paroles également délétères.
Je vous donne la première qui est présentée comme une lettre de menaces suite à une demande de recouvrement de facture :
Je ne paie pas, je me suis convertie à l’islam. La révolution arabe est là on est partout. On va vous faire cracher le sang. On va vous faire pire qu’à Samuel Paty. Vous avez vu ce qu’on a fait au stade de France. Les Kalaches sont prêtes. C’est des rivières de sang qui va couler. Vive Allah. Vive la révolution islamiste. Nous serons les maitres de la France. On va tous vous prendre ce sera pour bientôt, vive Mohamed.
Lettre non signée et non datée.
Le deuxième prise de parole est un commentaire suscité par la lecture de cette lettre de menace. Par souci d’authenticité, je laisse le texte dans l’état où il apparaît sur le site.
d’ abord en finir avec la République laïque, maçonnique , qui ne sait que faire qu’une chose: la guerre au christianisme; qui organise la décomposition du pays par le Grand Remplacement , le rejet des mœurs naturelles pour les remplacer par le culte LGBTQ de Dionysos et de Vénus, qui importe le djihad au nom des valeurs de la Licra et nous fait des Bataclans. Dieu et le Roi !
Cadoudal, 13 août 2022
Il faut faire un effort de l’esprit pour se convaincre qu’il existe des gens pour penser comme cela, pour écrire des choses comme cela et pour rendre publique cette logorrhée. Ces gens ont le droit de vote.
La défaite de 1940 face à l’Allemagne nazie est moins grave, moins lourde de conséquences que les guerres d’indépendance que la France a menées en Afrique et en Asie. La preuve : nous nous sommes réconciliés avec l’Allemagne, mais nous ne parvenons pas à nous réconcilier avec nos frères africains.
Il aurait fallu donner l’indépendance à toutes les colonies françaises dès la fin de la deuxième guerre mondiale. Dès la capitulation de l’Allemagne, les gouvernements européens se tournent vers leurs frères d’armes africains et asiatiques et leur disent : « Vous vous êtes bien battus, nous nous sommes égarés dans des guerres qui ne vous concernaient pas, et pourtant vous avez tenu un rôle important dans nos rangs. Dorénavant, nous ne méritons plus de vous gouverner, soyez libres et souverains. Restons amis si vous le voulez, nous vous aiderons si vous en formulez le souhait. Une page est tournée et c’est à vous d’écrire la suivante. »
C’est le péché le plus grave de l’histoire de France : s’être accroché à notre empire colonial coûte que coûte, ne pas avoir compris que le monde avait changé, que le temps de la décolonisation était arrivé. Alors quand les Algériens sortirent leurs drapeaux à Sétif, dès 1945, certains Français pensèrent qu’il fallait écraser les velléités d’indépendance dans l’oeuf, alors qu’il était nécessaire de construire le monde d’après dans une Algérie algérienne et indépendante. Si l’on avait fait cela dès la sortie de la guerre, il n’y aurait eu aucune amertume entre nous, aucune problématique de type Harkis, aucune résistance de type Algérie française, aucun terrorisme. Cela est vrai pour le Vietnam aussi, aucune guerre d’Indochine, pas de Dien Bien Phu, etc.
Qu’est-ce qui nous empêchait de penser de la sorte, à part une limitation bien compréhensible de notre intelligence ? Le fait que les Français se croyaient des vainqueurs de la deuxième guerre mondiale, et qu’ils vivaient sur l’illusion qu’ils étaient souverains. Les gouvernements devaient donc gérer la pression des Français vivant dans les colonies qui exigeaient le retour de l’ordre ancien. Si le général de Gaulle n’avait pas existé, la France aurait regardé en face sa réalité de peuple dominé, dirigé par autrui, et n’aurait pas joué au grand dominateur.
Au contraire, si nous avions mis notre souveraineté entre les mains de l’empereur américain, ce qui fut fait après quelques décennies de déni, les diplomates yankees auraient fait comprendre aux Français des colonies que c’était fini, qu’ils pouvaient rester dans leur maison et sur leurs terres mais que dorénavant ils auraient la double nationalité, française/algérienne, française/indochinoise, etc. et qu’ils n’étaient plus les dirigeants. Les Américains auraient organisé les choses pour que les élites colonisées viennent se former en France et en Amérique, ils auraient fabriqué dès 1945 le néocolonialisme que nous connaissons aujourd’hui. Cela n’aurait pas été brillant à mon avis, mais surtout cela aurait évité les guerres d’indépendance qui ont été une calamité, une catastrophe pour tout le monde.
Faut-il acheter ses livres sur internet ou faut-il soutenir les librairies indépendantes ? Fréquemment, les amoureux du livre disent préférer les vraies boutiques, où de vrais libraires rencontrent de vrais lecteurs.
Il est vrai que ça a son charme, tous ces « vrais » mis bout à bout, ça donne l’impression de vivre dans la réalité, la vérité, la concrétude.
Or, cela me paraît un peu court comme argument. Loin de moi l’idée de nier l’importance qu’ont les librairies indépendantes dans nos villes, et d’amoindrir ce qu’elles apportent de dynamisme ou de culture à nos rues. Mais compte tenu qu’elles ne peuvent rivaliser avec les stocks infinis des librairies en ligne, les vraies boutiques et les vrais commerçants doivent apporter quelque chose de plus à leur service, un supplément d’humanité, d’échanges et de rencontres. Si elles se limitent à poser des bouquins sur des tables et à attendre le client, nul doute qu’elles vont fermer les unes après les autres.
Dans la petite ville du Vigan, la librairie du Pouzadou est une petite institution qui résiste. Elle joue crânement son rôle de commerce de proximité. Elle jouit donc d’une position assez privilégiée par rapport à celles qui sont mal placées, mal connues, mal desservies. Et pourtant elle incarne à sa façon le déclin inévitable de la librairie indépendante.
On se souvient que l’employé du Pouzadou avait refusé de commander des exemplaires de mon livre sur les Travellers irlandais, au motif qu’ils ne se vendraient pas. Finalement, il en a commandé, mais longtemps après le moment où un certain buzz entourait mon livre. Si bien qu’une dizaine d’exemplaires ont été vendus sur la ville, mais indépendamment de la librairie indépendante. Plusieurs personnes l’ont même acheté sur internet…
L’autre jour, je fais un tour à la librairie pour renifler un peu la rentrée littéraire. Je vois une pile de mes Voyage au pays des Travellers, invendus, embarrassants et encombrants. Je m’adresse à la dame qui tient la caisse et lui exprime ma confusion. Pour écouler ce stock, je fais offre de service. « Si je peux être utile à quelque chose… » Elle propose une séance de signatures. Bonne idée. À mon avis, tout le monde doit un peu mouiller sa chemise pour vendre cette marchandise fragile qu’est le livre. Les auteurs aussi. Alors, aller au mastic, faire le bonimenteur, vendre mes livres à la criée pour aider une petite librairie, je suis d’accord.
Il se trouve qu’en plus, la semaine suivante, un festival de littérature de voyage se tiendra dans le centre-ville. Nous pensons que cela pourrait être l’occasion d’attirer l’attention du lectorat sur cet ouvrage de voyage ethnographique en Irlande.
Ce matin, je viens aux nouvelles. Les employés s’en sont parlé et ont pris la décision de ne pas organiser cette séance de signatures. Ils préfèrent renvoyer les quatre livres chez le diffuseur, au motif qu’ « on en vendra peut-être aucun ».
Ils ont des livres à vendre, et un auteur sous la main qui est prêt à s’investir et ils font le choix de ne même pas essayer. Ils avaient l’opportunité de proposer à leur clientèle une rencontre, un événement humain, ils préfèrent s’en passer. Il paraît que la librairie indépendante apporte un supplément d’âme que ne peut fournir la librairie en ligne. Encore faudrait-il que les libraires eux-mêmes aient envie de jouer ce jeux-là.
Je n’insiste pas car j’avoue que cela me dispense de rester assis derrière un stand des heures durant. J’insiste d’autant moins que la libraire me dit d’un ton désolé que mon livre, désormais, « c’est de l’histoire ancienne ». Je déglutis comme je peux et tâche de garder le sourire. Un peu humilié, je réponds que même pour moi c’est de l’histoire ancienne, car je suis sur d’autres projets. Naturellement, je n’y crois pas une seconde. Pourquoi écrirait-on, et pourquoi lirait-on des livres, si nous pensions qu’ils se périmaient comme des yaourts ?
Savez-vous pour qui mon livre n’est pas de l’histoire ancienne ?
En ma qualité de sage précaire qui vit dans une cabane sans électricité et qui ne génère pas de revenus, j’ai senti grandir en moi une fibre de consultant en carrière économique. Je partage ici le résultat d’une méditation stratégique.
Mon frère et sa compagne sont tous les deux à la croisée des chemins et je leur donne des conseils professionnels qu’ils ne sollicitent pas le moins du monde et dont ils n’ont aucun besoin.
Quadragénaires, ils se sentent précaires dans leur activité salariée et se posent des questions quant à leur avenir. Ils projettent des idées sur ce terrain d’Aiguebonne, où je passe une année de retraite. Ils ont des idées de cultures spéciales et de maraîchages divers. Ils réfléchissent, ils avancent à leur manière, sans que l’on sache ce qui va éclore. C’est là que mon conseil avisé prend place.
À mes yeux, une activité professionnelle leur tend les bras, autour de laquelle ils tournent sans se l’avouer : faire du terrain un lieu d’accueil pour des stagiaires citadins en quête spirituelle de vie naturelle et de connaissance botanique. Ils formeraient un merveilleux couple d’hôtes, charismatiques et humbles. Ils se feraient adorer par leurs visiteurs, et le bouche-à-oreille serait fantastique dans la France entière.
Je vois d’ici quelques cabanes colorées, du type village Arc-en-ciel, et autres habitats alternatifs à la mode, roulottes, yourtes et huttes en paille. Ou mieux encore, des maisons faites à la manière des habitations du néolithique décrites dans le Musée Cévenol du Vigan.
Des gens viendraient pour des stages de trois ou quatre jours. Les activités :
1. Autonomie alimentaire. Découverte des victuailles sauvages sur le terrain d’abord, puis dans les montagnes environnantes. Comme les plantes sauvages sont « cultivées » sur le terrain – elles sont en tout cas encouragées à y demeurer, leurs graines étant sauvegardées et semées – les stagiaires ne pourraient pas être déçus, il y aurait au moins l’assurance de leur montrer un certain nombre de salades sauvages.
2. Randonnée. Les balades autour du terrain sont magnifiques et elles sont historiques ; si la chance ne sourit pas et ne donne que peu de salades, elles ne peuvent pas décevoir sur le plan de leur beauté stupéfiante et leur intérêt anthropologique. Et les bons mois, ces randonnées sont pleines de cèpes !
3. Abeilles. Mon frère pourrait s’occuper d’une activité singulière, « apiculture sauvage », élevant un cheptel d’abeilles dans des ruches-troncs, comme il en a le désir. Tout cela pourrait être baigné de conversations charmantes et de cours de cuisine de toutes sortes pour consommer lesdites plantes sauvages.
4. Histoire naturelle. On agrémenterait, enfin, les connaissances botaniques de musique et de danse traditionnelles, de reconnaissance des chants d’oiseaux, d’explications concernant la géologie et les pierres de feldspath, de bains chauds nocturnes plus ou moins crapuleux et de lectures de la voûte céleste.
J’organiserais, si j’étais eux, des séjours de trois nuits et quatre jours, calés sur la spécialité française de la semaine de 35 heures, favorisant les longues fins de semaines propices à l’évasion et au tourisme vert. En comptant 50 euros par jour et par personne, chaque participant donnerait 200 euros pour le séjour (c’est donné !), qui ne serait viable qu’avec des groupes de quatre à six personnes, si bien que chaque stage génèrerait automatiquement un revenu allant de 800 à 1200 euros. Il suffirait donc de deux stages par mois pour rendre l’activité rentable, si l’on tient compte des investissements nécessaires.
Quand on sait que des vacanciers sont prêts à payer entre 50 et 100 euros pour le logement uniquement, du moment que le lieu est un peu insolite, on imagine aisément que les prix que j’ai avancés ci-dessus sont le strict minimum et sont appelés à augmenter avec le succès de l’entreprise. La potentialité économique de ce projet ne fait simplement aucun doute, et l’on connaît aujourd’hui des systèmes de crédit participatif et solidaire qui rendrait le financement de l’entreprise très facilement jouable.
Selon moi, un stage pourrait suivre ce planning de départ :
Jour 1 : accueil, familiarisation du logement et du terrain, jardinage et première conférence en plein air sur les salades sauvages du terrain.
Jour 2 : Randonnée depuis le terrain, boucle Puech Sigal, col de l’Asclier, col de l’Homme mort et retour. Compter la journée entière avec diverses pause casse-croûtes et cueillettes.
Jour 3 : Penser à reposer les membres après la randonnée d’hier. Apiculture sauvage. Dégustation des produits de la ruche. Préparation de plats cuisinés avec toutes les plantes sauvages récoltées depuis le Jour 1.
Jour 4 : À la carte, en fonction des désirs des participants :
Option « cool Raoul » : quartier libre au terrain pour lire, discuter, ou pratiquer la collecte de plantes.
Ou alors, option « tropisme cévenol » : promenade jusqu’au village de Notre-Dame de la Rouvière par le « vieux chemin », pour y boire un verre de l’amitié ou y faire des courses (penser à établir un partenariat avec la famille du maire, dont les membres sont si aimables, si commerçants et si ouverts.)
Ou alors : escalade du fameux chemin dit des « 4 000 marches » jusqu’au mont Aigoual. Visite du musée météorologique de l’Observatoire.
Ou alors : leçon de danse et de musique traditionnelle. Mon frère à la cornemuse, sa compagne à la danse, ils peuvent très facilement enseigner la pratique des cercles circassiens et des bourrées à n’importe quels stagiaires, même ceux qui n’ont jamais dansé de leur vie. Mon frère peut leur montrer différents instruments, datant du Moyen-âge, et il sait en parler de manière passionnante.
Ou encore : ivrognerie décroissante, à coup de vin de sureau et de cidre à l’ortie.
Ou encore : baignade dans la rivière, descente en canoë.
Ou bien : chasse au sanglier, braconnage en tout genre, avec des arbalètes pour faire moins de bruit, et pour s’assurer de rentrer bredouille.
Ou alors : steak-frites, bières et football pour décompresser vraiment.
Ou enfin : sexualité champêtre, dans le cadre d’une prostitution naturelle, biologique et végétarienne (concept à creuser.)
Enfin bref, le quatrième jour de ces stages a tellement de potentiel qu’on peut le laisser ouvert pour le moment.
Je leur parle de mes idées de génie mais ils ne semblent pas convaincus du tout. Accueillir des gens et parler avec eux ne les attirent pas. Moi en revanche cela me conviendrait, mais je n’ai pas de terrain où organiser de tels stages, ni la moitié des connaissances que mon frère et sa compagne possèdent.
Ce fut une semaine très riche, je n’en dirai que ce qui est publiquement acceptable, donc ce qui est le moins important. Malgré tout, ce qui s’est passé aura une certaine incidence sur l’avenir pour la sagesse précaire. Je résume.
Rendez-vous au Presses de l’université Paris-Sorbonne, rue Danton dans le 6ème arrondissement. La cause est entendue: ma thèse sera publiée dans la très bonne collection « Imago Mundi », dirigée par François Moureau, spécialisée dans la critique de la littérature des voyages. Je ne pouvais pas espérer un meilleur débouché pour les recherches qui m’ont coûté trois ans et demi de travail. Publication prévue fin 2013.
Rendez-vous avec un éditeur parisien, dans le 2ème arrondissement. La cause est entendue : je suis sous contrat pour un récit situé à Paris, un voyage à travers les classes sociales. Pas de date prévue pour la publication, mais remise du manuscrit prévue pour fin 2013.
Rendez-vous à Vitry-sur-Seine, dans le 9.4, pour le festival « Livres en liberté ». Deux surprises m’attendaient : d’abord, j’étais un des rares auteurs à avoir le privilège de parler en public, à bénéficier d’une telle tribune en compagnie d’un journaliste qui m’interviewait. Cette tribune a permis de vendre quelques exemplaires. Deuxième surprise : j’ai vu débouler le célèbre Cochonfucius lors de ma causerie.
Pour ceux qui ne le connaissent pas, Cochonfucius est un des grands commentateurs de ce blog, et nous ne nous étions jamais rencontrés. Il produit un fabuleux travail sur le net, sous forme de sites tentaculaires et rhizomatiques. Par ailleurs, il a un vrai boulot dans la vraie vie, il est linguiste au C.N.R.S., dans la région parisienne. Il a dû apprendre sur La Précarité du sage que je serais à Vitry ce jour là et il a pris le RER pour me serrer la pince. Preuve s’il en est que mon blog est un repaire de gentlemen.
Après mon intervention, Cochonfucius s’est assis près de moi à mon stand, et il n’a pas ménagé ses efforts pour vendre mon livre. Il m’assistait pour converser avec les lectrices et les promeneurs. Il développait des arguments de vente basés sur une lecture consciencieuse du texte. A nous deux, nous avons décroché quelques signatures (de chèques). Cela valait bien une bière, dans un bistrot de Vitry, non loin de la magnifique église médiévale que nous avons visitée de conserve.
Cinéma : j’ai vu un film qui m’a bouleversé, mais je préfère ne pas en parler ici.
Exposition : « Les Bohèmes » au Grand palais, mais j’en ai déjà parlé ici.
Perspective d’emploi : toujours à Paris, je reçois des courriels qui m’informent qu’un institut de recherche, basé à Galway en Irlande, cherche un postdoctorant pour mener des recherches aux librairies nationales d’Irlande sur des récits de voyage illustrés depuis le XVIIIe siècle. En lisant la description du poste, j’avais l’impression qu’ils parlaient de moi. Jamais je n’ai eu cette impression de convenir aussi parfaitement à une offre d’emploi.
Le sage précaire repart donc à l’assaut de l’Irlande, comme il l’a déjà fait, en vain, à plusieurs reprises. C’mon, precarious wisemen, get up for the fight! Date limite des dépôts de candidature : demain lundi, à 17h00.
Qu’est-ce que ça devient, l’art contemporain ? Qu’y connaît-on, qu’y comprend-on ? Je suis content d’être allé visiter les quatre lieux où la Biennale de Lyon prenait place, juste avant qu’elle ferme ses portes. Cela m’a permis de me rendre compte que ce monde de l’art avait évolué plus vite que celui de la sagesse précaire (lui qui, mutatis mutandis, ne bouge presque pas).
L’intérieur des usines, où se déroulaient les expositions de la biennale, était assez difficile à circonscrire. Moi qui ai travaillé dans la médiation de l’art contemporain de 1997 à 2000, je dois avouer que je me suis senti un peu largué. La plupart du temps, je ne trouvais pas cela déplaisant, mais j’étais incapable d’évaluer ce que je voyais.
De nombreuses œuvres d’artistes d’Amérique du sud. Non pas, comme on pourrait le penser, parce que ce sont de grands pays émergents, mais parce que la commissaire (invitée par Thierry Raspail) vient d’Argentine, et a fait venir celles et ceux qu’elle connaît le mieux. Dans l’esprit de Thierry Raspail, le conservateur du Musée d’art contemporain, l’idée de s’ouvrir à l’Amérique du sud était important après la prégnance de l’Asie il y a deux ans, il y a quatre ans…
J’imagine que les Lyonnais se sont dit qu’il y en avait un peu assez des Chinois, qu’il fallait s’ouvrir à l’Amérique du sud. Il a alors contacté la charmante Victoria Noorthoorn, et ils se sont entendus pour une exposition qui oscille entre folle ambition et classicisme convenu.
La biennale avait commencé dans les années 90 avec une grande exposition sur les monochromes. Au milieu des années 90, il y en avait eu une sur les « nouvelles technologies ». En 1997, le grand Harald Szeemann avait été invité pour concevoir une exposition qui fasse écho aux grandes expériences anarchistes et révolutionnaires des années 70.
Tout cela, donc, était très européen, américain, occidental. En 2000, Jean-Hubert Martin (qui s’était fait un nom avec Les Magiciens de la terre) a fait une exposition critique sur l’exotisme, qui était censé s’ouvrir sur l’Afrique et l’Océanie. Ce fut la dernière exposition pour laquelle je travaillais…
On note donc bien un déplacement géographique chez les responsables lyonnais de l’art conemporain. D’une conception de l’histoire de l’art linéaire, liée à l’idée d’avant-garde et d’historicisme, ils se sont progressivement ouverts à l’idée de créativité artistique venue de n’importe où et n’appartenant plus à un progrès de l’art.
D’où la présence de la peinture, du dessin, de projets qui me rendaient dubitatifs : des choses dont j’aurais dit, dans les années 90, que cela n’avait aucune chance de figurer dans un musée d’art contemporain.
Autrefois, on privilégiait les installations, les créations d’espace, d’où pouvait surgir une poésie renversante. Le travail de l’Américaine Ann Hamilton est pour moi le meilleur exemple de cette forme d’art