Mes ruines

Tous les matins, même et surtout en temps de confinement, je me promène sur les collines de Birkat Al Mouz qui entourent ma maison.

Ce qui m’émeut le plus, c’est l’apparition des couleurs dans les anciennes maisons en terre. Les poutres en bois de palmier bien sûr, dont les rouge est toujours éclatant, mais surtout les à-plats de couleurs primaires dans les alcôves et les étagères conçues à-même la structure. Leur dégradé donne une patine extraordinaire et font penser à des paysages marins.

Et que dire de l’apparition soudaine des palmiers de l’oasis ? C’est une véritable explosion de verts tranchants, de verts fringants, de verts dansants.

Au loin, la douceur dorée des collines caressées par le soleil levant encadre le tableau d’une chaleur apaisante.

Je ne connais pas de promenade plus belle et plus spirituelle que l’oasis de Birkat al Mouz, au sultanat d’Oman, où je vis.

La Pluralité des Mondes. Le livre de ma jeunesse enfin paru

Mon livre de théorie et d’histoire littéraire est enfin paru. Cela fait de nombreuses années que je prépare cet événement. Rappelez-vous, quand vous lisiez mon blog chinois, que j’annonçais vouloir conquérir le monde avec une thèse sur la littérature de voyage. J’en ai bien sûr beaucoup rabattu mais j’ai fini par faire une thèse. Quelques années plus tard, après avoir écrit de nouveaux chapitres, voilà donc l’objet de toutes mes attentions.

Le sage précaire en Oman

Oman, nouvelle patrie de la sagesse précaire
Oman, nouvelle patrie de la sagesse précaire

La sagesse précaire s’exporte dans le monde arabe. J’ai accepté avec joie l’offre d’emploi d’une université du sultanat d’Oman.

Vous ne voyez pas trop où se trouve l’Oman ?

Eh bien représentez-vous le Moyen-Orient, avec la terre-sainte au nord (Palestine, Syrie, Jordanie, Liban et même Egypte), les pays méditerranéens comme la Turquie. Au sud de ce qu’on appelle « Moyen-Orient », il y a la péninsule arabique, avec l’Arabie saoudite qui prend beaucoup de place.

La mer Rouge sépare la péninsule arabique de l’Egypte, de l’Erythrée et de Djibouti à l’ouest. Et à l’est, c’est le Golfe persique qui sépare la péninsule de l’Iran. L’Oman se trouve du côté iranien, au sud-est de la péninsule arabique. C’est d’ailleurs en Oman que se trouve le fameux détroit d’Ormuz, point de passage stratégique et tendu entre Perses et Arabes.

Le sultanat d’Oman a pour voisins les Emirats arabes unis au nord, l’Arabie saoudite à l’ouest et le Yémen au sud-ouest.

Il y fait extrêmement chaud mais les paysages sont très beaux. Des montagnes qui culminent à trois mille mètres d’altitude, des vallées, des rivières, des zones de désert et des zones tropicales. Des cultures en terrasses où l’on cultive la rose et les dates. Des arbres à encens, de la myrrhe. C’est l’ « Arabie heureuse » (Felix Arabia) « regorgeant de parfums et de richesses »chantée par les Grecs et les Romains. Arabie fertile opposée à l’Arabie déserte parcourue par les nomades.

D’une superficie de plus de 300 000 kilomètres carré, c’est un pays un peu plus grand que l’Italie, mais beaucoup moins peuplé : quatre millions d’habitants.

Son code téléphonique est le 968.

Un covoiturage cruel comme notre société

Dans la voiture que j’ai partagée avec trois inconnus, la jeune femme qui conduisait avait très envie de se rapprocher d’un jeune beau gosse qu’elle sélectionna pour l’installer à côté d’elle, à la place du mort. Elle m’a relégué à l’arrière avec un jeune Black, ce qui m’allait très bien. Selon toute probabilité, j’allais consacrer mon trajet à dormir. Nous partîmes de Paris à 21.00.

La jeune femme posa des questions au beau gosse, dont la voix était un massacre, grinçante et chevrotante. Il parlait lentement, longuement, confusément. La fille nous posa une question, au Black et à moi. Je répondis que j’étais sans emploi, et mon voisin expliqua sa situation efficacement, en une minute ou deux. À partir de ce moment, ni lui ni moi n’eûmes la moindre existence dans cette voiture. Mes commensaux avaient tous moins de trente ans, et je commettais l’impair d’en avoir plus de quarante. J’étais rangé des voitures, à leurs yeux, et le Black n’entrait pas dans les plans de la conductrice. La fille et le beau gosse pouvaient se parler en toute quiétude.

Le beau gosse revenait d’Australie. Il avait un peu voyagé en Asie, et ça lui avait retourné l’esprit. Il ne parlait que de ça, tout était prétexte à évoquer l’Australie. Et à chaque fois que la fille essayait de muscler la conversation, il repartait dans des mélopées sans forme, des périodes sans grâce. Il n’essayait même pas d’être intéressant. J’avais envie de le dire à la fille. De la prendre entre quatre yeux et de lui ouvrir les oreilles. Tu vois bien que ce n’est pas un homme pour toi, qu’il n’a aucune conversation. Ne soit pas aveuglée par son sourire, jeune conductrice.

La fille, en réalité, piaffait de raconter son histoire. Elle avait tout en tête, était préparée à la virgule. Les péripéties, la formation, les bifurcations, tout était bien en place et n’attendait plus qu’un auditoire captif. Sûre de son effet, elle se lança dans la narration de son parcours.

Prépa littéraire, double licence d’histoire et de philo, rejet radical de la carrière de prof, stages dans les ressources humaines. Description de ce que sont les ressources humaines, leurs aspects stimulants et les frustrations qui y sont afférentes. Attraction pour l’informatique, passion pour la résolution des problèmes informatiques, puis débauchage d’une entreprise qui conçoit et installe des logiciels de ressources humaines dans les entreprises.

Devant un tel déroulé, le beau gosse avait soudain l’air un peu merdeux, avec son Australie et ses études de biologie. Mais devant l’assurance de la fille, et tant d’amour de soi, le beau gosse finissait par m’apparaître plus fragile, plus humain. La fille parlait comme si elle était en salle de conférence, et présentait sa vie comme un produit d’entreprise. Une entreprise qui tournait bien, qui lui permettait d’habiter dans un bel appartement de Lyon, avec vue sur le Rhône, pour « à peine 1600 euros par mois ».

Lors d’une pause, elle m’annonça que ma destination « ne l’arrangeait pas », car c’était à l’autre bout de la ville. En pleine nuit, pensait-elle me laisser sur le bord de la route ? Pour ma part, j’avais été très clair sur mon lieu de dépose, dès la demande de covoiturage. Elle aurait pu refuser, mais peut-être les 20 euros que j’apportais ne lui étaient pas totalement indifférents ? Elle n’avait fait aucun commentaire jusqu’à cette pause, en pleine Bourgogne.  Je laissais passer le moment de flottement en me rendant aux toilettes, et n’étais de toute façon pas en mesure de proposer la moindre solution de remplacement.

Nous reprîmes la route et leur conversation, à la fille et au beau gosse, s’éteignit aussitôt. La fille avait épuisé le sujet qui lui tenait le plus à coeur. Le beau gosse voyait qu’il ne faisait pas le poids, et le climat de séduction qu’elle aurait peut-être voulu sentir s’installer entre elle et son voisin fut remplacé par les ronflements du beau gosse, qui décevait définitivement les attentes placées en lui. Comme quoi, la conversation est un art.

Arrivée à Perrache, la fille dépose le Black et se retourne vers moi d’un air autoritaire. Elle n’ira pas à Villeurbanne, c’est trop loin, elle me laisse ici. Il est deux heures du matin. « Y a pas moyen », dit-elle.

Là encore, elle se croit en séance de négociation avec un client sans importance : une pichenette suffira pour le faire signer ce contrat inégal. Elle me met devant une fausse alternative. « Tu choisis, soit je te laisse ici, soit je t’emmène à Jean Jaurès. » Vous parlez d’un choix. Dans les deux cas, je me retrouve à des kilomètres de chez moi, à deux heures du matin. Obligé de traîner ma valise, ou de dormir dehors.

Nous nous regardons dans les yeux. Cette fille a appris à être dure, elle pense que le sage précaire est un vieux chômeur sans consistance, qui va courber l’échine et descendre de la voiture sans demander son reste. Pour elle, cela ne fait aucun doute, je suis une quantité négligeable, un fétu de paille, un raté de l’existence qu’on peut abandonner sur le bord de la route. Depuis le début, elle me considère avec cet air de vainqueur.

« Qu’est-ce que tu préfères ? »

Comme je reste inflexible, elle se ravise et finit par me conduire à bon port. Mais cela ne l’aurait pas empêchée de dormir de me savoir grelottant sur les quais du Rhône. Elle a échoué dans ce petit rapport de force, mais cela non plus ne l’empêchera pas de dormir. la vie, pour elle, semble être une multitude de petits bras de fer. On peut en perdre quelques uns, l’important est d’être toujours prêt à en engager de nouveaux. Le covoiturage, ainsi, peut s’avérer un puissant territoire d’observation de ce que devient notre sociabilité.

River Wey Navigation

C’était la bonne surprise de ce séjour. Je croyais me rendre dans un trou, à une heure de Londres, et je me retrouve sur le plus ravissant des bords de rivière.

Pendant que mon amie est au travail, je tue le temps en courant le long du moindre cours d’eau. Sincèrement, je ne m’attendais pas à ce que celui-ci soit si extraordinaire. Des maisons de toutes les tailles se reflètent dans la Wey, des petites péniches et autres maisons flottantes.

Naturellement, les fleurs éclatent de couleur et de blancheur ces jours-ci, et les cygnes couvent de gros oeufs. Je me demande : quel goût ont-ils, les oeufs de cygne ? Sont-ils seulement comestibles pour l’homme ? Pourquoi n’en mangeons-nous jamais ?

Je cours, je cours, et ne me lasse pas de cette culture anglaise qui s’exprime discrètement dans chaque centimètre carré du territoire.

A force de courir, j’arrive à la Tamise, en qui se fond la Wey. A l’approche de la Tamise, les propriétés deviennent délirantes de beauté, de luxe et d’architecture. Des fortunes colossales vivent ici et ne protègent pas leur jardin et leurs baies vitrées, juste de l’autre côté de la rivière. Cela nous change avantageusement des hauts murs, des horribles haies de buis, des sentinelles qu’affectionnent les riches européens pour se protéger du regard des hommes.

 Une cabane est construite à hauteur de l’écluse Thames Lock,  dans laquelle une petite exposition est montée pour informer les promeneurs. J’apprends que je viens de longer la première rivière navigable d’Angleterre, selon une technique du XVIIe siècle, antérieure aux créations des canaux. Soudain, je m’aperçois que cette banlieue lointaine où je passe quelques jours inoffensifs est un voyage dans l’histoire du génie anglais.

Lettres du Brésil, le livre broché

 

Lettres du Brésil, broché, ISBN 1508497532
Lettres du Brésil, broché, ISBN 1508497532

La saga Lettres du Brésil continue. On sait que ce livre a d’abord paru en version numérique, publié sur la plateforme d’édition pour Kindle.

Mais l’expérience s’est révélée frappante : les Français sont encore extrêmement rétifs à la lecture sur liseuse électronique. Beaucoup de raisons peuvent être invoquées pour cela, mais c’est ainsi, les Français de 7 à 107 ans préfèrent le papier, la colle et l’encre.

Par conséquent, de nombreuses personnes m’ont fait savoir qu’elles ne pouvaient ni l’acheter, ni le télécharger, ni le lire, ni rien.

Je lance donc la deuxième salve de mon expérimentation. La fabrication de mon livre en papier bien palpable.

La publication à la demande est une technique qui permet de limiter au maximum les problèmes de stockage : vous achetez le livre sur le site de la librairie, et automatiquement, le livre est imprimé, broché, fabriqué et envoyé à votre adresse. Tout cela pour le prix modique de 12,67 euros.

Cliquez sur ce lien, vous saurez tout.

Il reste le problème d’Amazon. Beaucoup de Français pensent qu’acheter sur Amazon est un acte aussi répréhensible que de tuer un chaton, ou de faire chuter une grand-mère dans la rue. A tous ceux-là, je suggère de contacter directement les vastes offices de la Sagesse précaire, et l’on trouvera une solution de remplacement.

Le meilleur ami des clochards célestes

Avec ma vie de patachon, on pouvait s’attendre à ce que, dès les années 90, la technologie du livre numérique m’enthousiasmerait.

Chacun de mes déplacements occasionnait une gêne terrible ; je trimballais toujours plusieurs bouquins dans les poches, c’était encombrant. Chacun de mes déménagements un crève-coeur : il me fallait les mettre en carton et les déposer Dieu sait où. A partir du moment où j’ai vécu à l’étranger, mes déménagements devinrent des tragédies : les livres étaient éteint trop lourds, ils ne pouvaient plus me suivre, il fallut m’en séparer.

Pouvoir accumuler des centaines, des milliers de livres dans un seul petit objet, pas plus lourd qu’un seul livre, c’était pour moi un idéal inaccessible, un rêve devenu réalité.

Le livre numérique est le meilleur ami des voyageurs, des nomades post-modernes.

Pierre Rabhi, la belle histoire

Tout commence dans le soleil d’Algérie. Pierre Rabhi raconte une enfance lumineuse et sage dans le sud de l’Algérie. Il raconte une pauvreté joyeuse et tranquille. Puis quand il immigre à Paris, il raconte la désolation du travail en usine, et son rêve d’avoir un lopin de terre. Dans son combat quotidien, il rencontre une Française aux yeux verts, qui travaille dans un bureau. L’immigré vertueux et la belle autochtone de la classe ouvrière se plaisent. Ils vivront leur histoire d’amour dans le travail du corps, dans la pauvreté, mais dans la beauté de la nature.

Le petit homme ne promet pas à la jeune femme des richesses mirobolantes, il lui promet simplement une vie heureuse sous le soleil, près de la terre. Avec l’énergie du désespoir, ils réussissent à s’extirper de la ville pour aller s’installer dans les Cévennes ardéchoise. Pourquoi là-bas ? Parce que plus personne ne veut de cette terre ingrate, que les gens quittent la campagne, et qu’on peut acheter quelques arpents de terre et une maison en ruine pour une bouchée de pain.

Du Sahara aux Cévennes

 

Pendant des années, sans électricité ni eau courante, Pierre Rabhi donne ses forces comme ouvrier agricole pour gagner trois francs six sous, et travaille sa propre terre. Il fondera sa famille et finalement, il réussira à vivre frugalement mais paisiblement.

Voilà, tout s’arrête là. Pour le sage précaire, Pierre Rabhi, c’est cela et rien d’autre. Il n’a rien de ce « grand penseur » qui est devenu la coqueluche des médias. Il n’est même pas un penseur à proprement parler. Il est un réservoir de rêve. Rabhi, c’est un voyage de toute une vie, qui va de l’Algérie aux collines de l’Ardèche. Pierre Rabhi, c’est une belle histoire à raconter aux enfants, et c’est une inspiration pour celles et ceux qui se cognent la tête dans une société trop dure pour eux. Une belle histoire qui s’arrête à la fin du XXe siècle.

Car dans les couloirs de La Précarité du sage, on se gausse et on ricane bruyamment. Les collaborateurs de ce blog connaissent Pierre Rabhi depuis des lustres, et nous observons son devenir star avec un certain malaise. Ce que nous ressentons est similaire à ce que ressent un fan de rock qui délaisse son groupe favori au moment où il connaît le succès. Il a perdu son authenticité, sa vigueur, et jusqu’à son identité, en conformant son discours aux émissions de télévision.

Dans les médias, on parle de lui comme un nouveau maître à penser, en le présentant à chaque fois comme un parfait inconnu qu’on a déniché derrière un fagot. Mais pour la sagesse précaire, Pierre Rabhi est un vieux compagnon de route, quelqu’un qu’on ne présente plus. On n’en a même jamais parlé sur ce blog parce qu’il fait partie de nous, il nous est trop intime.

Depuis les années 2000, il court le monde et donne conférence sur conférence. Il s’est transformé en homme public. En homme médiatique. Il organise des stages, il fonde association sur association, il se présente même à des élections. C’est une grande star. Mais en terme de star, le sage précaire préfère Marilyn Monroe.

 

Du Sahara aux Cévennes 2

 

 

Un titre pour mes lettres brésiliennes

Et puisque j’en suis à demander de l’aide à la communauté des lecteurs, ne nous arrêtons pas en si bon chemin. Je voudrais un titre, un beau titre pour cette correspondance de voyage. Pour savoir de quoi il s’agit, prière de lire le billet précédent.

Voici quelques essais qui ne me satisfont pas :

Lettres brésiliennes

Correspondance brésilienne

Le Brésil pour aider mon père à mourir

Mon cher papa. Lettres d’un voyageur à son père

Voyager pour mourir

Voyager et Mourir. Courrier du Brésil

Terminal samba

L’idéal, ce serait quelque chose de beau et de rigolo. Un titre qui fasse comprendre d’emblée de quoi il retourne, mais qui fasse sourire en même temps. Je ne sais pas pourquoi, je sens qu’en cette occurrence le titre va jouer un grand rôle.

Quelqu’un a-t-il une idée ?

Roybon : « Les zadistes reçoivent 90 euros par jour »

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En repérage pour un possible documentaire sur les contestataires de Roybon, je me suis rendu avec Catherine sur les lieux de l’occupation des terres par les « zadistes ». Située dans les fameuses Terres froides, près de la Côte-Saint-André, au confins de l’Isère et de la Drôme, sur les contreforts du Vercors. Un groupe informel d’activistes s’oppose à la construction d’un Center Parcs dans la forêt.

Concrètement, pour s’opposer à ce projet, les activistes vivent sur les terres nuit et jour, construisent des cabanes et s’y relaient pour qu’elles soient toujours habitées. Ils élèvent des barrages et des barricades sur toutes les routes forestières pour empêcher la tenue des travaux. Ils appellent ces terres la « Zone à défendre » (ZAD), d’où leur appellation de « zadistes », qui rappellent d’autres noms de combattants tels que les zapatistes du Mexique.

Nous voulions voir, et le cas échéant témoigner, de ce qui se vit derrière les barricades, sur lesdites terres occupées, dans les cabanes. Que se passe-t-il là-bas, chez les zadistes ? Comment vivent-ils ? Quel genre de communauté est en train de se créer ? Nous subodorons qu’il ne s’agit pas seulement de jeunes inactifs poussés par l’envie d’en découdre avec la gendarmerie, mais qu’il doit y avoir une vie plus profonde, une rencontre de plusieurs désirs et de plusieurs activités.

Dans le village de Roybon, les habitants ont affiché un peu partout leur soutien au projet du centre de loisirs. Sur les vitrines des boutiques : « Commerce à défendre », « Oui au Center Parcs ». Sur le sapin de Noël qui trône près de la mairie, une lettre d’enfant demande au Père Noël « un beau Center Parcs ». Une riposte aux zadistes s’est organisée. Une résistance à la résistance écologiste. Les habitants du village, en tout cas les plus visibles d’entre eux, affirment haut et fort qu’ils ne veulent pas de ces activistes. Même la statue en bronze sur la place centrale, une réplique de la statue de la Liberté, est mise à contribution, supportant une pancarte qui dit : « Libérez mon village ».

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Françoise et Claude, notamment, nous expriment leur déception face à l’impuissance des politiques qui sont incapables de faire régner l’ordre dans la forêt. Ils sont convaincus que le centre de l’entreprise Pierre et Vacances créera de l’emploi, de l’activité, du tourisme, et qu’il aidera à désenclaver le village. Très gentil, affable et ouvert à notre micro, le couple de retraités est remonté contre les zadistes qui imposent leur volonté, envers et contre toute légalité. Claude affirme que les zadistes sont manipulés par des groupes politiques, des syndicats ou des lobbies : « Ils reçoivent 90 euros par jour, pour tenir le coup, et évidemment, ils ne travaillent pas. » Qui leur donne cet argent ? On ne le sait pas.

Sur la route, quand on s’approche de la ZAD, un barrage de gendarmes nous arrête. Vérification des papiers, fichage, consignation des adresses et même enregistrement vidéo de notre présence. Les gendarmes nous déconseillent de continuer notre route, car la route est barrée deux kilomètres plus loin, mais ne nous interdisent pas de passer.

Alors nous continuons, et nous nous retrouvons devant une autre voiture de la gendarmerie.  On nous redemande nos papiers, on note à nouveau nos adresses, on nous filme encore, et on nous donne une nouvelle marche à suivre : « On ne peut pas vous laisser continuer sans accréditation. D’ailleurs, c’est pour votre sécurité, car les zadistes sont des gens violents, il y a déjà eu des journalistes agressés. Retournez à Boyron, et voyez avec la gendarmerie, ils vous donneront des consignes ».

L’ambiance est douce, la campagne est belle mais on se croirait en guerre civile, avec des check points qu’il faut traverser en montrant patte blanche. L’accès à la « Zone à défendre » est donc déjà lui-même défendu sur toutes les routes qui y mènent. Moi qui viens de lire Les Evénements, le dernier roman de Jean Rolin, je me trouve toujours plongé dans cette atmosphère de cessez-le-feu précaire.

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Sur le chemin du retour vers le village de Roybon, nous sommes à nouveau arrêtés par un barrage, et les mêmes gendarmes nous demandent  à nouveau nos papiers, notre adresse et nous filment à nouveau. Devant nous, un camion à benne est arrêté, la benne chargée de palettes en bois. Nous devinons qu’il s’agit là de matériel pour les zadistes.

Quand les gendarmes relâchent ce camion, qui fait demi-tour, nous décidons de le suivre. Nous pensons confusément que, peut-être, ces palettes vont nous mener, plus sûrement que la gendarmerie de Roybon, à la ZAD. Il emprunte des petites routes de campagnes qui montent sur la colline et s’arrête à une route barrée. Catherine va parler au chauffeur. Bingo, il s’agit bien de militants qui viennent aider les zadistes en leur apportant du matériel pour construire des cabanes.

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