La Chine vient de mettre à mort un ressortissant britannique, malgré les demandes répétées de Londres de faire preuve de clémence.
Cet événement est considérable car il montre combien la Chine exige maintenant d’être respectée par tous. Et sinon respectée, au moins crainte. Jusqu’à il y a peu, beaucoup de Français croyaient que les Chinois respectaient les Anglais, qui savaient mieux s’y prendre que nous. Un pseudo-spécialiste déclarait l’année dernière que la Chine pouvait maintenant « piétiner tous les pays européens, sauf la Grande Bretagne qui ne se laissera jamais faire. » On voit, en effet, comment les Anglais réagissent à ce geste d’une violence inouïe. Gordon Brown se dit « déçu ». Diable, quand les Britanniques veulent se faire respecter, après avoir suivi George Bush en Irak, et avoir servi de paradis fiscal aux plus grandes fortunes de la finance internationale, on peut dire qu’ils savent faire trembler les grands de ce monde.
Non, ce qu’il faut comprendre, mais il fallait déjà le comprendre il y a quelques années, c’est que la Chine doit être approchée comme un égal, et non comme une puissance subsidiaire, ni comme un géant qui va nous engloutir. Quand Sarkozy disait : « Bon, je viendrai peut-être aux J.O. de Pékin, mais sous condition que les Chinois entrent en dialogue avec le Dalai Lama », il faisait une chose qu’il n’aurait jamais faite avec les Etats-Unis. Les Chinois étaient très choqués d’entendre qu’un chef d’Etat étranger pose ses condtions, comme s’il avait un droit particulier.
L’urgence, je le dis depuis de années, est de s’intéresser à la Chine, de se confronter à elle, de penser avec elle. Trop de gens éprouvent une grande difficulté à s’y intéresser. Trop de monde voudrait faire comme si elle n’existait pas vraiment. Les dirigeants occidentaux, ainsi que la presse (en dehors des habituels numéros spéciaux sur l’empire du milieu) continuent de l’ignorer la plupart du temps, pour, lorsque c’est trop tard, essayer en vain d’obtenir des choses.
Avec les Chinois, tous les businessmen et tous les diplomates (parmi ceux qui réussissent là-bas) vous le diront, il faut créer un climat de confiance, une relation spécifique, à coup de repas, de beuveries, de cadeaux, de poèmes, d’échanges soutenus. J’en ai déjà parlé, et on m’a rétorqué : d’abord, Chirac n’a rien obtenu des Chinois en étant près d’eux, et ensuite, il ne faut pas avoir peur d’un rapport de force avec la Chine, car elle n’en respectera que davantage ses interlocuteurs.
Bien sûr qu’il y a un rapport de force dans les échanges internationaux, on le sait, mais on semble moins l’accepter des Chinois que des Allemands ou des Anglais. Pour traiter d’égal à égal avec les Chinois, il faut au moins être en relation avec eux, et ne pas se tourner vers eux une fois de temps en temps, soit pour demander, soit pour signer, soit pour protester. Je le répète, nous avons une révolution culturelle à faire pour nous en sortir à l’avenir : se tourner vers la Chine et apprendre à la connaître.
