Le merveilleux impensable : le titre de la Rihla

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Une traduction plus étrange du livre d’Ibn Battuta, et plus profonde, peut même être tirée du titre : Présent aux contemplateurs des étrangetés et des choses impensables.

Selon mon ami Abdelkader Damani, les mots arabes employés pour désigner le « merveilleux » possèdent aussi la connotation de l’« impensable », ce qui nous renvoie à la racine latine de « merveilleux », mir : on retrouve ce même radical dans admirable, mirobolant, et surtout miraculeux. Il faut donc lire le titre dans son sens le plus fort : Ibn Battuta nous emmène dans une quête hors norme et extraordinaire, loin du simple désir de tourisme qui, d’ailleurs, n’existait pas encore au Moyen-âge.

Il se déplace pour des raisons précises, il a des missions à effectuer, des pèlerinages à accomplir, des ambassades à accompagner. Ibn Battuta est payé pour ces longs déplacements, il est pris dans un maillage très serré de règles et d’étiquettes qui ne lui permettent pas de se rendre où le vent le porte. Ses voyages ne sont donc pas des errances (du verbe errer, qui a donné le terme d’erreur), mais des déplacements très méthodiques[1]. Il n’est pas poussé par une attraction hasardeuse mais par une série de raisons rigoureuses. Cela étant dit, le bonheur de voyager est constamment présent dans la Rihla, malgré le danger extrême des navigations en mer et des mauvaises rencontres.

[1] Houari Touati, Islam et voyage au moyen-âge. Histoire et anthropologie d’une pratique lettrée, Paris, Seuil, coll. L’univers historique, 2000, p. 9.

Ibn Battuta en son temps

Groupe de pèlerins

Replaçons Ibn Battuta dans son contexte historique et esthétique, c’est-à-dire dans son rapport à la poétique du genre littéraire qui est le sien.

Un des dangers, en effet, serait de parler de lui de manière abstraite et générale, comme d’un globe-trotter céleste, libre de toute attache, un vagabond magnifique, et de l’abandonner dans une singularité insignifiante. Pour qu’il puisse nous parler aujourd’hui, et pour qu’il retrouve sa puissance créatrice, il est nécessaire de comprendre les enjeux littéraires, moraux et politiques, de sa double activité de voyageur et d’écrivain.

Né en 1304, mort en 1377, Ibn Battuta part en pèlerinage la première fois en 1325 et dicte sa Rihla en 1355. Vingt-cinq ans de voyage et de narration, dans une vie contemporaine de celles de Marco Polo et de Jean de Mandeville (auteurs des deux récits de voyage les plus influents du moyen-âge chrétien).

L’époque où vit Ibn Battuta est très troublée et pouvait inciter un naturel aventurier à partir en voyage. Le monde musulman connaît un déclin relatif dans ses confins, avec des dynasties qui chutent en Inde et des guerres de plus en plus difficiles dans la péninsule ibérique. Après le pèlerinage à la Mecque, le désir de voyage d’Ibn Battuta penche vers l’Asie, où règne un empire mongol considérable de taille et de puissance. Les grands voyageurs occidentaux, qu’ils partent d’Europe ou d’Afrique, vont au moins une fois en Chine, c’est-à-dire dans l’empire du grand Mongol. Toutes les autres destinations sont essentielles pour des raisons internes aux communautés : la Mecque pour les musulmans, la terre-sainte pour les croisés.

Tanger, la ville de natale d’Ibn Battuta, est l’écrin prédestiné pour un grand voyageur. Porte de l’Espagne, au croisement des ambitions diplomatiques, internationale depuis la création des nations,  Tanger fut le tremplin des conquérants comme Tarik Ibn Ziad et, donc, des explorateurs comme Ibn Battuta. Tanger est une invitation à partir voir les curiosités des confins de l’empire.

Le titre complet de sa Rihla sera d’ailleurs : Présent à ceux qui aiment à réfléchir sur les curiosités des villes et les merveilles des voyages.

Fondamentalement, Ibn Battuta est mu par un désir d’aller voir du pays dans la mesure même où l’ailleurs peut constituer un déploiement harmonieux de l’ici.

Ibn Battuta

Ibn Battuta en Egypte, ill. de Léon Benett, dans un livre de Jules Verne, 1878.
Ibn Battuta en Egypte, ill. de Léon Benett, dans un livre de Jules Verne, 1878.

On a dit que l’apogée de la tradition arabe remontait au XIVe siècle ? C’est le fait d’un texte extraordinaire, la Rihla d’Ibn Battuta.

Si Ibn Battuta est le plus célèbre des voyageurs arabes, il n’est pourtant ni le premier ni le dernier. Comment se fait-il alors qu’il soit devenu le meilleur représentant du genre littéraire Rihla (le récit de voyage) ?

Son originalité vient certainement de deux aspects essentiels : l’étendue des territoires qu’il a parcourus et la façon dont il s’y est pris pour narrer ses voyages. D’ailleurs, de ces deux éléments, c’est l’écriture qui prime sur le voyage puisqu’aussi bien d’autres personnalités du monde musulman ont pu couvrir autant de territoires qu’Ibn Battuta, sans forcément en produire un récit aussi exceptionnel. De plus, les historiens et les orientalistes ayant fréquemment mis en doute la réalité même de certains itinéraires, ce qui reste d’incontestable est, en dernière analyse, un texte. Et un texte hors du commun.

On le lit comme on peut, mais aujourd’hui, il est surtout édité de la plus belle manière dans un tome de la Pléiade qui reste une très belle idée cadeau :

Ibn Fadlan, Ibn Jubayr et Ibn Battûta (trad. Paule Charles-Dominique), Voyageurs arabes, Paris, Gallimard, coll. « La Pléiade »,‎ 1995, 1412 p. (ISBN 2-070-11469-4).

Dans mon édition à moi, on peut lire : « Pour toi Guillaume. Que la vie et l’écriture amènent peu à peu à faire le tour du monde. Bisous. Maman. » Ma mère n’a pas laissé de date, si bien qu’on ne sait pas quelle année ce livre me fut offert, ni à quelle occasion. Au hasard, je dirais mon anniversaire de 2008.

Des voyageurs arabes

Quand on aime la littérature viatique, on aime la grande tradition arabe des relations de voyage. Le problème est que nous sommes peu nombreux à les lire, et ce pour des raisons variées que je m’en vais dénombrer ici même :

1 – Les Français déprécient les récits de voyage, qu’ils considèrent comme inférieurs aux fictions. D’où une meilleure connaissance des contes et des poésies arabes.

2 – Les études sur le récit de voyage tendent à être éblouies par l’approche postcolonialiste, selon laquelle les voyageurs sont forcément impérialistes, donc les Arabes doivent rester passifs, victimes, inférieurs. Quand ils sont eux-mêmes voyageurs et écrivains, le modèle postcolonialiste devient caduque, donc on préfère ignorer le sujet.

3 – Les grands récits arabes sont des livres très longs.

4 – La tradition arabe atteint son apogée au XIVe siècle, avec Ibn Battuta. Nous sommes trop éloignés du Moyen-âge, mentalement parlant.

Il y aurait bien des raisons à ajouter, mais il suffit de dire le fait. La sagesse précaire est naturellement intéressée par les voyageurs arabes et vous en dira quelques mots pour accompagner vos froides soirées d’hiver.

Lettre à Joanna

 

 

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Ma chère Joanna,

Je viens de changer la couverture de mon livre sur le Brésil, car l’ancienne me pesait un peu. Je la trouvais un peu pisseuse, je ne saurais trop dire.

L’intérêt de publier un livre numérique réside dans le fait que tu peux changer des choses au fil du temps. la couverture, par exemple, quelle nécessité de garder toujours la même ?  J’ai en réserve un certain nombre de photos du Brésil qui pourraient faire de belles illustrations, quel dommage de n’en garder qu’une.

Aujourd’hui j’ai fait jouer le hasard. J’ai utilisé le logiciel de « création de couverture », qui vous propose soit de piocher dans sa réserve de photos libres de droit, soit de télécharger sa propre image. Celle-ce est apparue et m’a paru parfaite.

On te voit assise dans la cathédrale de Brasilia, avec ce grand ange suspendu. Il y a tout ce que j’ai écrit dans cette image : le charme, l’architecture, la féminité, la religiosité et une mélancolie haute en couleur.

Dis-moi vite si tu es d’accord pour que ton image soit visible sur un livre commercialisé. Cela ne durera que quelques semaines, avant que je change à nouveau.

Um abraço.

 

Guillaume

Pierre Rabhi, la belle histoire

Tout commence dans le soleil d’Algérie. Pierre Rabhi raconte une enfance lumineuse et sage dans le sud de l’Algérie. Il raconte une pauvreté joyeuse et tranquille. Puis quand il immigre à Paris, il raconte la désolation du travail en usine, et son rêve d’avoir un lopin de terre. Dans son combat quotidien, il rencontre une Française aux yeux verts, qui travaille dans un bureau. L’immigré vertueux et la belle autochtone de la classe ouvrière se plaisent. Ils vivront leur histoire d’amour dans le travail du corps, dans la pauvreté, mais dans la beauté de la nature.

Le petit homme ne promet pas à la jeune femme des richesses mirobolantes, il lui promet simplement une vie heureuse sous le soleil, près de la terre. Avec l’énergie du désespoir, ils réussissent à s’extirper de la ville pour aller s’installer dans les Cévennes ardéchoise. Pourquoi là-bas ? Parce que plus personne ne veut de cette terre ingrate, que les gens quittent la campagne, et qu’on peut acheter quelques arpents de terre et une maison en ruine pour une bouchée de pain.

Du Sahara aux Cévennes

 

Pendant des années, sans électricité ni eau courante, Pierre Rabhi donne ses forces comme ouvrier agricole pour gagner trois francs six sous, et travaille sa propre terre. Il fondera sa famille et finalement, il réussira à vivre frugalement mais paisiblement.

Voilà, tout s’arrête là. Pour le sage précaire, Pierre Rabhi, c’est cela et rien d’autre. Il n’a rien de ce « grand penseur » qui est devenu la coqueluche des médias. Il n’est même pas un penseur à proprement parler. Il est un réservoir de rêve. Rabhi, c’est un voyage de toute une vie, qui va de l’Algérie aux collines de l’Ardèche. Pierre Rabhi, c’est une belle histoire à raconter aux enfants, et c’est une inspiration pour celles et ceux qui se cognent la tête dans une société trop dure pour eux. Une belle histoire qui s’arrête à la fin du XXe siècle.

Car dans les couloirs de La Précarité du sage, on se gausse et on ricane bruyamment. Les collaborateurs de ce blog connaissent Pierre Rabhi depuis des lustres, et nous observons son devenir star avec un certain malaise. Ce que nous ressentons est similaire à ce que ressent un fan de rock qui délaisse son groupe favori au moment où il connaît le succès. Il a perdu son authenticité, sa vigueur, et jusqu’à son identité, en conformant son discours aux émissions de télévision.

Dans les médias, on parle de lui comme un nouveau maître à penser, en le présentant à chaque fois comme un parfait inconnu qu’on a déniché derrière un fagot. Mais pour la sagesse précaire, Pierre Rabhi est un vieux compagnon de route, quelqu’un qu’on ne présente plus. On n’en a même jamais parlé sur ce blog parce qu’il fait partie de nous, il nous est trop intime.

Depuis les années 2000, il court le monde et donne conférence sur conférence. Il s’est transformé en homme public. En homme médiatique. Il organise des stages, il fonde association sur association, il se présente même à des élections. C’est une grande star. Mais en terme de star, le sage précaire préfère Marilyn Monroe.

 

Du Sahara aux Cévennes 2

 

 

Posologie : des mots pour guérir

Lévi-Strauss au Brésil

La lecture peut être une activité de transe. La lecture est peut-être ce qui nous met le plus facilement en transe. Quand on est pris dans un livre, notre concentration peut être apparentée à de l’hypnose. Et dans cette transe, dans cette hypnose, de nombreux phénomènes peuvent arriver, parmi lesquels la guérison, ou le soin.

J’ai essayé de me frotter à ce type d’écriture avec mes Lettres du Brésil, mais loin d’approcher de la transe, je cherchais à susciter l’apaisement chez le lecteur, une sorte de massage, ou de caresse mentale.

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Selon moi, s’il y a un auteur qui est passé maître dans l’art de la transe littéraire, c’est Claude Lévi-Strauss, et ce dans un seul de ses livres, le fameux Tristes tropiques. Quand j’étais doctorant, je faisais de longues plongées dans son oeuvre, et j’en remontais heureux, calme et reposé.

Dans mon souvenir, je me vois émerger dans le bureau collectif des thésards, le soir venu, tout seul. Les camarades étaient rentrés chez eux. Lévi-Strauss m’avait emporté dans son monde. Il avait opéré sur moi un charme qui m’avait fait plonger, et qui me rendait absent au monde pendant des heures.

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D’ailleurs, j’ai tort de dire que c’est uniquement vrai de Tristes tropiques. En réalité, l’ensemble du volume d’oeuvres, publiées dans la Pléiade, possède cette force de fascination, grâce à de nombreux échos, renvois, répétitions et rebonds. Mais j’ai déjà parlé de cela ici .

C’est pourquoi j’envisage parfois des lectures de Tristes tropiques comme une sorte de prescription médicale, avec diagnostique et posologie, sur le mode « Pour ce mal, tant de pages ».

Pour ton mal de vivre, le chapitre sur les Nambikwara. Celui-ci soigne à peu près tout. Si les symptômes persistent, revenir m’en parler pour un traitement de choc.

Pour tes angoisses nocturnes, une plongée dans le chapitre sur les Caduveo.

Pour le retour de l’être aimé, lire le chapitre « Hommes, Femmes, Chefs ». Méditer la question de la générosité. Si l’être aimé s’obstine, venir me voir.

Pour la dépression due au chômage, au déclassement et à la précarité, je préconise le chapitre intitulé « L’apothéose d’Auguste ». Une dose de cinq pages par jour pendant deux semaines, (et ne pas hésiter à relire des pages si nécessaire).

Filles Nambikwara

Comme tous les médicaments, Tristes tropiques peut avoir des effets secondaires : pour ceux qui sont sujets à des accès de fièvre islamophobe, éviter les pages de la fin du livre sur l’Islam. Lévi-Strauss n’a jamais beaucoup étudié cette religion, et ce qu’il en dit serait passible d’une fatwa, voire d’un attentat aujourd’hui.

Femme Nambikwara

 

Photos : Claude Lévi-Strauss, Saudades do Brasil.

Récit de voyage balsamique

Chemin des glaces

Si j’ai qualifié mon récit épistolaire de « balsamique », c’est parce que je m’intéresse à cette question du baume depuis longtemps.

Je me demande si l’on peut identifier une catégorie de récit de voyage qu’on pourrait appeler thérapeutique, ou cathartique, ou balsamique. Des voyages qu’on ferait pour guérir quelqu’un ou pour le soulager. Je ne parle pas de ces exploits que l’on fait pour lever des fonds dans un but caritatif, mais d’un voyage magique, que l’on raconte à un tiers pour qu’il aille mieux.

On connaît bien sûr les histoires qu’on raconte aux enfants pour les calmer et les endormir. Mais il y a aussi ces livres qui se présentent explicitement comme thérapeutiques.

Sur le chemin des glaces, de Werner Herzog. Dans les années 1970, le cinéaste part de Munich et marche jusqu’à Paris, où il va retrouver une amie gravement malade. « Je me mis en route pour Paris par le plus court chemin, écrit-il, avec la certitude qu’elle vivrait si j’allais à elle à pied. » Traduction française d’Anne Dutter.

Magie de la marche, magie des mots.

Le Marin à l’ancre, de Bernard Giraudeau. L’acteur publie en 2001 des lettres à un ami handicapé, il voyage à sa place, et quasiment à sa demande. « Il a voyagé pour lui », dit la présentation de l’éditeur.

La posture de Giraudeau me plaît peu, car il renoue avec la figure du héros qui voyage à notre place, comme si on avait besoin d’une caste d’élite qui nous fasse courir des aventures par procuration.

Mais enfin, le fait est là. Si trois individus aussi éloignés que Werner Herzog, Bernard Giraudeau et le sage précaire ont eu la même idée, c’est que c’est une idée universelle, que tout le monde l’a eue ou pourrait l’avoir.

Couvertures

 

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Puis arrive le moment fatidique de la couverture du livre. Que choisir ? Une tonalité minérale ? Océanique ? Culturelle ? Doit-on privilégier la sensualité ? La nostalgie ? L’érudition ?

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Le titre a été trouvé par Pierre, qui s’occupe de la création informatique du livre numérique. Après lecture du manuscrit, il a modifié le titre pour le rendre plus fidèle au contenu. Je l’en remercie.

C’est encore Pierre, plus connu sous le nom de plume d’Ebolavir, dont le blog fait les beaux jours de la culture chinoise francophone, qui se trouve aux manettes du graphisme final. Il propose ces quatre couvertures, où l’on reconnaît trois photos que j’ai prises au Brésil, et une carte de la Renaissance.

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Encore une fois, je fais appel aux lecteurs de La Précarité du sage pour m’aider à faire un choix. Je suis vraiment dans l’embarras du choix et, pour tout dire, j’aimerais proposer aux acheteurs éventuels qu’ils choisissent la couverture qu’ils préfèrent. A l’ère du numérique et de l’internet, ce genre de service devrait être monnaie courante.

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Pour l’heure, il faut discriminer. Quelle couverture vous plaît le plus ? La réponse à cette question ne vous engage à rien et n’est lié à aucune obligation d’achat.

 

En route pour le Brésil en numérique

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Après une vaste consultation, le comité de soutien, le comité de rédaction, et le conseil des sages de La Précarité du sage, a voté pour la publication d’un livre numérique sur la plateforme Kindle d’Amazon.

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Merci aux nombreux commentateurs, sur ce blog et sur les réseaux sociaux, qui m’ont aidé à prendre cette décision, c’est-à-dire à vaincre mes résistances.

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Ce n’est pas la question du support qui me posait problème. Il me paraît préférable d’utiliser moins de papier par les temps qui courent. Mais il y avait cette question morale concernant une grande entreprise, Amazon, peu recommandable sur le plan des ressources humaines, et peu éthique sur le plan des négociations avec les éditeurs et les Etats.

 

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Une autre réticence venait du fait qu’il est toujours préférable d’être publié chez un éditeur professionnel. Mais je ne voulais pas que ce manuscrit un peu particulier attende des années dans un tiroir. Il doit pouvoir se lire facilement, se feuilleter. Il ne s’agit en rien d’un chef d’oeuvre, il n’y a pas lieu d’exiger un traitement de professionnel, ni une quelconque couverture médiatique. C’est un peu un document familial, pour les amis et les proches.

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L’ennui, pour le sage précaire, c’est que les proches habitent souvent au loin. Si loin, si proche.

C’est justement un ami qui habite en Chine qui prend en charge le travail de transformation du fichier Word en livre numérique. C’est dire si les proches sont lointain.

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Pour le titre, en revanche, ma religion n’est toujours pas faite (c’est comme ça qu’on dit ?)

Je crois qu’au final, le titre demeurera Correspondance brésilienne. Le nom du fichier Word pour enregistrer mes travaux d’écriture. Avec un sous-titre, du genre « Lettres viatiques pour aider mon père à mourir ».

Après l’écriture gratuite du blog, et celle, plus confidentielle, du livre édité, je suis relativement excité de voir ce qui va advenir avec le livre numérique vendu une poignée d’euros. On verra à l’usage si c’est une voie à creuser ou une voie sans issue.

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