Patrick Modiano, prix Nobel 2014

Après Le Clézio en 2008, son double est couronné à son tour, cet automne. C’était presque écrit à l’avance. Le Clézio et Modiano, les deux grands auteurs classiques de la fin du siècle. Ils vont bien ensemble : l’un parcourt le monde, l’autre revient dans les ruelles de Paris. L’un s’intéresse aux peuples minoritaires, l’autre aux souvenirs de sa vie. L’un ouvert sur le dehors, l’autre tourné vers l’intérieur.

La république des lettres française poursuit son idylle avec l’académie suédoise qui décerne le prix Nobel de littérature. Le 09 octobre 2008, il y a exactement six ans, j’avais fait la recension de tous les prix Nobel français dans l’histoire : avec une régularité de métronome, on notait un ou deux Français couronnés chaque décennie, depuis la création du prix. Jamais plus de deux, jamais moins d’un.

Et ce, quels que soient les discours persistants sur le déclin de la culture française.

Et ce, quelle que soit l’émergence des nouvelles littératures qui sont elles aussi couronnées (Chine, Turquie, Afrique du sud, etc.), et qui grignotent le territoire des vieilles nations littéraires.

Nous avons donc notre compte pour les années 2010. Il faudra attendre les années 2020 pour le prochain. Les paris sont ouverts.

De la dégustation de vin en Chine

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Nos correspondants dans l’Empire du Milieu sont en mesure d’évaluer en exclusivité le niveau œnologique des Chinois. Sujet hautement stratégique en terme d’espionnage industriel et de renseignement commercial.

Le mois dernier, une délégation de la Sagesse précaire, que j’ai eu l’honneur de diriger, s’est rendue à des séances de dégustation, organisées pour des membres vénérables de la nouvelle bourgeoisie du bas Yangzi. L’équipe du Sage précaire libéré, réunie en conférence de rédaction, a publié un communiqué visant à déclarer que « selon les dégustations, l’ambiance est plus ou moins relâchée.  » Il y avait plus percutant, comme déclaration, mais vous savez ce que c’est, les conférences de presse.

A Hangzhou, le négociant organisateur de la soirée dégustation ne bénéficiait pas d’un public formé au vin. Nous étions dans la grande banlieue de la vieille capitale des Song, et les invités ont commencé à boire avec une grande componction. L’entrepreneur, M. Wang, était content d’avoir, en ma présence, un Français de France, pour légitimer son business et ses compétences. Il expliqua à ses clients potentiels la notion de « terroir » en la comparant avec le thé chinois. Le Longjing, par exemple, que tout le monde connaît, est cultivé exclusivement dans les théiers des collines de la région de cette même ville de Hangzhou. Eh bien ce vin de Beaujolais aussi, ne peut être produit qu’au nord de Lyon.

M. Wang dit que l’alcool, en Chine, est apprécié de manière tumultueuse. On trinque, on boit cul sec et on gueule. L’expression « chaud et bruyant » peut vouloir dire qu’on passe un bon moment. Inversement, « froid et tranquille » peut être utilisé pour expliquer qu’on s’est ennuyé. Or, la culture du vin est une révolution culturelle pour ces Chinois habitués aux pétards et au bruit. Il s’agit de passer un moment délicieux et délicat, dans une ambiance recueillie, à la différence de l’alcool blanc qui se boit à grand renfort de clameurs joyeuses.

Les premières bouteilles furent débouchées et goûtées avec recueillement. Verre après verre, l’étau s’est desserré et nous avons terminé la soirée en beuverie chaleureuse. Mon voisin de table, un garagiste qui a fait fortune et possède aujourd’hui quatre garages, m’a dit que je ressemblais à Zidane. J’en fus flatté, même si c’est mon cuir chevelu qui lui inspira cette comparaison, davantage que le caractère athlétique de ma silhouette. Nous avons sorti la guitare et avons chanté en français, en anglais et en chinois.

Mon garagiste avait la voix de plus en plus tonitruante. J’essayais d’enregistrer sa voix pour un reportage radio. Il était un client idéal pour un tel documentaire, mais malheureusement, il se calmait chaque fois que j’approchais le micro. Plutôt que de nous faire profiter de sa gouaille et de sa joyeuse grande gueule, il débitait au micro des banalités sur la rencontre des cultures, à quoi cette dégustation ouvrait.

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Au final, tout le monde est rentré chez soi, passablement bourré. Personne n’a acheté de bouteille à M. Wang, mais des meubles ont été renversés dans le salon. Quelqu’un devait me ramener à mon hôtel, au bord du Lac de l’Ouest, à deux heures de route de là, mais quand on m’a collé dans un ascenseur pour descendre au parking souterrain, je ne savais toujours pas dans la voiture de qui j’étais censé monter.

La deuxième dégustation dont La Précarité du sage peut témoigner se déroula à Nankin, autre capitale impériale. Au centre ville, et en compagnie de gens qui avaient suivi une sensibilisation au vin. Certains sont eux-mêmes des importateurs de vin, ou travaillent chez des négociants. L’ambiance est cette fois restée digne et bon enfant jusqu’au bout.

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Au 27ème étage d’une tour, l’entreprise Joyvin fondée par Mme Meng Zi Qiao, offre un décor tamisé, où les conversations peuvent se poursuivre dans de vastes sofas. De fait, quand nous traversons la pièce, deux hommes d’affaires devisent avec la directrice, qui nous accueille pour cette dégustation. Mme Meng elle-même, la quarantaine menue et sémillante, a décidé de monter son entreprise d’importation après avoir participé à l’exposition universelle de Shanghai, en 2010. Elle a cru voir dans son pays un marché exponentiel pour le vin, en particulier le vin français.

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L’originalité de Joyvin est d’offrir à ces clients une formation pour apprendre les rudiments de la dégustation. Pour ce faire, elle a engagé Mme Cao Dong Xue, une jeune femme francophone ayant étudié l’oenologie et la langue française. Tous les week-ends, elle organise des stages de formation afin d’apprendre à se repérer dans une offre foisonnante de vins tous plus chers les uns que les autres.

Il ne faut pas sous-estimer le travail de formation du goût que cela demande. Nous qui avons grandi en Europe, nous tendons à appréhender le vin comme une boisson facile à apprécier, naturelle comme un jus de fruit, veloutée comme une fesse de bébé, et propice aux déchaînements lyriques.

 

Les Chinois, en revanche, apprennent le vin dans un système mis au point par les Anglo-Américains, basé sur la vieille œnologie européenne. Or, le vocabulaire est constitué notamment de fruits inconnus par la majorité des Chinois : myrtilles, mûres, groseilles, etc. Ils doivent donc d’abord apprendre à reconnaître ce qu’est l’odeur de myrtille à l’aide de petites capsules de produits chimiques. On est loin de notre méthode à nous, empirique et approximative : quand on s’essaie à la dégustation, on se remémore nos promenades en forêt, on se projette dans nos campagnes, nos cueillettes de fruits rouges, nos chasses au papillon et nos coins à champignons. Rien de tel pour les amateurs chinois.

Le travail qu’entreprend un œnologue chinois relève par conséquent d’un grand effort d’imagination, de traduction et de compréhension. Cela demande une application et une concentration mentale que notre oenologue, Mme Cao, est capable de fournir. Elle-même est une grande intellectuelle, diplômée de la belle université de Nankin, traductrice de haut niveau : elle a reçu un prix prestigieux pour la traduction chinois, l’année dernière, de De la démocratie en Amérique, de Tocqueville, paru chez un éditeur de Shanghai.

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Mme Cao se plie avec grâce à l’exercice du reportage radio. Sa voix est cristalline et sa façon de parler précise, sensuelle et spirituelle.

Un des vins me paraît âcre et amer comme du vinaigre. On discute autour de la table. D’aucuns pensent qu’il pourrait être chilien, en raison d’un certain « goût de végétaux ». Ou alors un bordeaux, d’une année médiocre… On découvre l’identité de la bouteille : c’est un Graves, cru bourgeois, de 1994 ! Peu de vins peuvent vieillir vingt ans. Celui-ci a peut-être été mal conservé, en tout cas il est foutu.

C’est pourtant lui qui gagnera la palme du meilleur vin de la soirée pour les participants. Il est vieux, et il a coûté 8000 yuans à la jeune femme qui l’a apporté. Presque 1000 euros !

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On me rassure : « Ne vous inquiétez pas, elle est très riche. Sa famille possède beaucoup d’usines dans la région. »

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En revanche, je me suis régalé d’un Saint-Estèphe de 2008. Comme personne ne se resservait, j’ai gardé la bouteille près de moi. L’équipe du Précaire enchaîné avait bien travaillé, et les reporters pouvaient profiter du charme des jeunes amateurs de vin, des heures fraîches de la soirée, et du doux nectar rencontré ici comme par miracle.

J’ai quitté Mme Cao non sans lui promettre que nous nous retrouverons en France. Elle doit s’y rendre pour traduire un roman de Colette l’automne prochain. Nous prévoyons d’aller ensemble dans les vignobles de Bourgogne qu’elle affectionne tant, et terminer là-bas notre reportage.

Carnet de route à Dublin : des écrivains irlandais à la télé française.

Ce soir, sur la 5, il y avait les Carnets de route, de François Bunel. A Dublin, capitale de l’Irlande. J’ai pris l’émission en retard, quand le journaliste interviewait John Banville.

Putain, John Banville à la télévision française ! J’étais tout émoustillé. Quinze minutes plus tard, c’était Edna O’Brien, dans une ruelle de Dalkey. Nom de Dieu, pensé-je, Edna O’Brien dans mon salon ! Un peu plus tard, Joseph O’connor résume brillamment, dans le parc St Stephen’s Green, les grandes étapes de l’identité irlandaise depuis l’indépendance des années 1920. Je suis ébloui. L’écrivain parle doucement, avec modestie, comme si ce qu’il dit était une banalité archiconnue. En fait, c’est une prodigieuse analyse, narrative, que je n’avais jamais entendue de personne.

Enfin, l’émission se termine chez la star, le grand écrivain, celui qui peut prétendre devenir un classique de notre temps : Colum McCann. Dans la banlieue de Blackrock, l’écrivain nous présente son père, ancien écrivain lui aussi, en fauteuil roulant. L’auteur de Transatlantique parle de tout et de rien.

Une émotion me serre le cœur.

Ces émissions sont l’honneur de la télévision française. Je me demande si, quelque part, des adolescents regardent ça avec la même émotion que celle qui m’étreignait quand je regardais Océaniques, dans les années 80, et les documentaires littéraires de Pierre-André Boutang.

Mais c’est une émotion compliquée. Me reviennent en mémoire ma vie à Dublin, la femme que j’aimais, mes déambulations. Surtout, me revient à l’esprit la difficulté que je ressens à écrire sur Dublin. Cela fait des années que je dois écrire un livre sur cette ville et son fleuve, et des années que j’échoue à le faire.

Lettres à mon père

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Je suis sur le point de terminer mon périple américain. J’étais parti pour dix ans, j’aurai tenu quelques mois.

Au moment de quitter la Californie pour m’envoler au Brésil, des nouvelles alarmantes me sont parvenues concernant mon père. Son état de santé s’était aggravé soudainement, je devais me préparer à rentrer d’un moment à l’autre.

Je suis quand même allé au Brésil, et là, lors de mes premiers jours à Rio de Janeiro, entre les mails reçus et envoyés, où les nouvelles étaient souvent contradictoires, je me demandais ce que je devais faire.

Rentrer immédiatement ? Mais je craignais que cela donne un signal épouvantable, un caractère d’urgence que, peut-être, j’étais le seul à ressentir. Car personne ne me disait qu’il fallait que je rentre. Et puis mon retour inopiné aurait pu causer du tracas et de l’encombrement à mes proches.

Je me promenais à Rio en pensant à mon père. Il y a de pires endroits pour penser à son père, surtout quand il fait un froid sibérien en France, et qu’une amie vous accueille dans un appartement d’Ipanéma, à une minute et demie de la plus belle plage de Rio.

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Le matin, avant le café, j’allais courir sur la plage, barboter dans l’océan atlantique, puis seulement je passais du temps sur internet, au café, pour aller aux nouvelles.

Ce n’est qu’au bout de quelques jours que j’ai su ce que je pouvais faire pour aider mon père. Lui écrire pour lui parler du Brésil. Essayer de le faire voyager un peu. Tâcher de le distraire, et, pourquoi pas, de le faire sourire en racontant des bêtises.

La seule chose pour laquelle je pouvais, à la rigueur, servir à quelque chose, c’était d’essayer de faire un récit de voyage balsamique. Ce que je voyais, ce que je ressentais, les idées qui me venaient, je mettais tout cela en forme pour mon père, pour faire entrer dans sa chambre d’hôpital un peu du vent océanique qui soufflait langoureusement sur Rio.

Mon père est un voyageur, et je pensais qu’il préférerait me savoir en voyage qu’à l’hôpital. Et puis, on le sait, il a beaucoup aimé l’Afrique. Les pages qu’il a écrites sur sa vie, que j’ai archivées sur ce blog, sont pleines de nostalgie pour sa vie africaine. Alors, je pensais, le Brésil, c’est tropical, c’est un peu africain aussi, cela pourra lui plaire…

J’allais partir de Rio pour le Nord-est, l’état de Bahia et de Pernambouc. J’allais ensuite passer une semaine à Brasilia, la capitale située au centre du pays, avant de retourner à Rio. Cela faisait une boucle dans le paysage qui pouvait être distrayante.

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Tous les jours, j’écrivais à mon père, et quand je le pouvais, quand j’avais un accès à l’internet, je lui envoyais des mails. Ma mère imprimait ces lettres et allait les lui lire à l’hôpital. C’est tout ce que j’ai trouvé pour me rendre utile.

C’est aussi la raison pour laquelle ce blog n’a pas été très vivant ces dernières semaines, mis à part les excellents débats sur la prostitution qui m’ont réjouis. Voilà enfin pourquoi je ne vous dirai rien du Brésil. Pour moi, le Brésil, c’est une communication privée, une confidence de fils à père.

D’autres ont fait des choses analogues avant moi. Bernard Giraudeau a écrit un livre qui avait pour but de faire voyager un ami handicapé. Y a-t-il d’autres tentatives de ce genre ? Je me demande si ce n’est pas un sous-genre du récit de voyage. Je n’ai pas lu le livre de Giraudeau, mais je le lirai dès mon retour en France, car je suis curieux de savoir comment il s’y est pris.

Jack Kerouac entre North Beach et Chinatown

La rue Jack Kerouac, San Francisco

San Francisco.

La rue Jack Kerouac fait un passage entre North Beach et Chinatown.

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North Beach, c’est le quartier qu’avaient élu les écrivains de la génération Beat pour QG. Le poète Lawrence Ferlinghetti y a ouvert sa célèbre library, City Lights, dans les années 50. Et entre cette librairie et le quartier chinois, une mince petite allée qui porte le nom de l’auteur de Sur la route.

Aucun des grands auteurs « Beat » (Kerouac, Allen Ginsberg, William Burroughs, etc.), n’est originaire de Californie. Ils viennent plutôt de la côte est, et, pour certains, sont même québécois d’origine. (La langue maternelle de Kerouac était le joual. Voir cette vidéo d’une interview en français.)

Ils ont été attirés par San Francisco car on leur parlait d’une renaissance littéraire qui y battait son plein.

J’ai voulu visiter la fameuse librairie. C’est devenu un lieu touristique. On en est presque gêné. On se demande ce qu’on vient chercher là, un peu comme, à Paris, lorsqu’on va traîner chez Shakespeare et Compagnie.

En revanche, descendre le quartier chinois est une expérience réjouissante. Touristique, aussi, mais vivante, colorée, où les commerces fonctionnent pour eux-mêmes, non pour le souvenir d’une diaspora chinoise disparue. Les poètes  n’ont pas disparu, à San Francisco, j’en ai déjà témoigné, mais ils ne sont pas à North Beach. Trop cher, trop gentrifié. En revanche, les Chinois sont bien dans l’immense quartier chinois.

Et à la différence de tous les quartiers chinois que j’ai connus, celui-là a été le théâtre de fortunes et de banqueroutes depuis plus de 150 ans! Plus que nécessaire pour que les Chinois construisent des pagodes, des immeubles chinois tels qu’on n’en voit plus à Shanghai.

Préférer les hipsters aux hippies

J’ai beau trouver la musique hippie agréable, cette esthétique, qui me plaisait tant à 14 ans, me paraît pauvre et un peu abjecte aujourd’hui que je retourne, sans l’avoir prévu, sur les lieux de la création du mouvement flower power.

Ceux qui suivent ce blog se souviennent peut-être d’un billet que j’ai écrit sur un festival de hippies contemporains dans le sud de la France, le Souffle du rêve. Le ton satirique que j’avais employé avait déchaîné des commentaires outragés et insultants, de la part de gens qui mettent sans doute des fleurs dans leurs cheveux et qui aiment se réunir en grand nombre dans des festivals. C’était des réactions d’intolérance et d’agressivité de la part d’individus qui professent la liberté et l’amour.

Chez le chanteur McKenzie, même autoglorification que chez les souffleurs de rêve des Cévennes. Il le dit dans la chanson : nous sommes tous des gentle people. Il y a chez les hippies une obscure assurance d’être originaux et bienfaiteurs. Ils pensent rendre le monde meilleur tout en étant dogmatiques et peu ouverts sur le reste du monde. C’est peut-être les différentes drogues qu’ils consomment qui les amènent à penser ainsi.

Alors bien sûr, nul besoin d’être fin psychologue pour comprendre que si je critique si fort la naïveté un peu bébête des baba cool, c’est en fait mon adolescence que je conspue. On me dira avec raison: « deviens adulte, accepte-toi, et tu mettras à nouveau des fleurs dans tes cheveux. »

A quoi je répondrai que je n’ai plus assez de cheveux pour y mettre des fleurs.

La vérité est ailleurs. Mon adolescence, je ne la rejette pas entièrement. J’ai gardé les sensations de l’adolescent que j’étais, le désir de voyager, celui d’aimer une femme aux cheveux bouclés, le sentiment que rien n’est au-dessus de l’amour. Mais en flânant à San Francisco, le voyageur peut difficilement adhérer à l’immaturité articulée du mouvement hippie, à cette inculture autosatisfaite et à ce narcissisme incessant.

Les contradictions touffues dans lesquelles je me débats seront peut-être éclairées par l’étymologie même du mot « hippy ». Dans les années 1940, on parlait des « hipsters », qui écoutaient Charlie Parker, et adoptaient la musique, les goûts, les habits et le langage des Noirs. Ils étaient cool, négligés et pauvres. Ils vivaient d’expédient, buvaient et se droguaient. Ils lisaient, écrivaient, et voyageaient, comme on le voit notamment dans Sur la route, de Jack Kerouac.

Ils ont ouvert la voie à des mouvements culturels tels que la génération Beat. Hipster a connu, dans les années 1960, un dérivé un peu dégradé. C’est devenu « hippy », pour désigner des jeunes gens qui prenaient l’apparence des hipsters, mais qui n’en avaient plus la culture. Les hippies copiaient leurs aînés, mais plutôt que du jazz, trop nuancé et complexe pour eux, ils se sont investis dans le rock et le folk, plus basiques.

Donc, voilà, je ne m’attendais pas à ce que mon voyage à San Francisco prenne cette tournure, mais je m’aperçois que s’il y a une génération rebelle qui m’intéresse en tous points, ce n’est pas celle des années 1960 et 1970, mais celle des années 1940 et 1950.

Les uns ont inventé une langue, une littérature, les autres une musique psychédélique. Les uns étaient plutôt solitaires et solidaires, les autres plutôt grégaires et égoïstes. Les uns voyageaient sans un rond, les autres étaient aidés par leurs parents. Les uns étaient vraiment incompris, les autres ont été chéris par les médias, au point d’en prendre la tête.

La soirée des poètes

Après quelques jours autour de Los Angeles, j’ai pris la route pour le nord de la Californie. Il est une grande baie, où l’océan Pacifique glisse un orteil. Autour de cette baie, les colons américains ont bati des villes portuaires où ils pouvaient construire des bateaux, accueillir des bateaux, faire partir des bateaux.

La plus connue de ces villes : San Francisco. La plus ouvrière : Oakland. La plus universitaire : Berkeley. La plus googlisée : Mountain View. La plus cybernétique : Palo Alto.

Des amies qui habitent près de Berkeley m’accueillaient chez elles. Une nuit de bus était suffisante pour aller de Los Angeles à la Bay Area.

J’étais invité à une fête d’anniversaire le jour même de mon arrivée à San Francisco. La fatigue due au décalage horaire était augmentée d’un épuisement dû le voyage en car : une nuit passée sur un siège peu confortable, à côté d’un immigrant mexicain qui ronflait.

J’aurais pu ne pas y aller, et me coucher tôt, comme l’aurait fait n’importe qui pour sa première nuit dans la capitale de la coolitude Californienne. Mes amies ne m’obligeaient nullement à y participer. Mais la fête se déroulait chez un poète, et je ne voulais pas manquer l’opportunité de passer une soirée chez un poète.

Ce n’est pas en France qu’on trouverait des gens qui se désignent ainsi. Quand ils le font, c’est justement parce qu’ils sont connus pour autre chose. Mon ami Jean Lambert-Wild, par exemple, dramaturge et metteur en scène, directeur de la Comédie de Caen, se définit comme poète. En Amérique, les poètes écrivent et publient de la poésie. Ils se connaissent et forment une communauté.

Toute la compagnie est serrée dans la cuisine. Ne connaissant personne, je vais me réfugier dans le salon. Une femme est assise sur un fauteuil, et comme personne ne l’accompagne sur le fauteuil jumeau, je m’y assois et initie la conversation.

Pendant toute cette conversation, je ne saurai pas si j’ennuie cette femme ou si c’est elle qui parle naturellement d’une manière traînante. Elle ne comprend pas pourquoi je trouve piquant qu’on se présente comme poète. « Moi-même je suis poète », dit-elle. Elle me pointe du doigt plusieurs individus, qui passent du salon à la cuisine, qui se trouvent être poètes également. « Tout le monde est poète, ici », dit-elle en riant.

Il est possible qu’elle se foute de ma gueule. J’ai trop de sommeil en retard pour en juger.

Juliana a publié des recueils de poèmes expérimentaux qui comptent sur la scène californienne. Car il y a une scène de la poésie, en Californie. Chaque année, elle est invitée en Europe, en Amérique du nord et du sud, pour faire des lectures et donner des conférences. Elle ne croit pas un seul instant qu’en France la poésie soit devenue marginale. Aux Etats-Unis, il y a encore des écrivains qui sont plus connus pour leurs poèmes que pour leurs romans, ce qui n’existe plus en France depuis Louis Aragon.

La grande poètesse finit par me planter là, en prétendant revenir dans une minute. Mes amies viendront de temps en temps parler avec moi sur un des fauteuils du salon que je colonise. Je n’ai pas la force de me lever et de me faire de nouveaux amis. Je ne dois pas être d’une très bonne compagnie, avec ma barbe de sept jours et mon air de Mexicain qui ronfle dans les autocars.

Après un temps assez long où tous les invités, je dis bien tous les invités, étaient dans la cuisine, les gens ont immigré hors de la cuisine, et alors la cuisine s’est retrouvée parfaitement abandonnée. Mon fauteuil du salon est en fait un très bon poste d’observation des mouvements humains. Des migrations massives s’effectuent entre le salon et la terrasse, et entre la cuisine et le salon.

Les filles, qui toutes écrivent de la poésie, se mettent à danser sur du hip hop californien. C’est très émouvant de voir ces jolis corps bouger sur cette musique-là. Elles écrivent ici, participent à un mouvement, une communauté de poètes, et la musique qu’elles écoutent parlent de la Californie du nord.

Je ne saurai dire pourquoi, je suis profondément touché par leurs mouvements de danse. L’une d’entre elles reprend les déhanchements des années 80 (ça, je saurais faire, pensé-je, les paupières lourdes). Une grande blonde joue à l’homme qui encule et fesse une petite blonde, sur des airs de rap mélodieux. Parfois, des garçons se joignent à elles, et ils retournent fumer des joints dehors.

Ces jeunes gens donnent finalement une merveilleuse image de la poésie. C’est ce que je me suis dit avant de m’endormir lamentablement, un verre de whisky à la main.

 

Partir c’est renaître un peu

Mont Aigoual au loin, depuis Notre-Dame de la Rouvière

On me demande parfois pourquoi je pars. Si je suis malheureux dans la nature. Si la vie dans les bois ne me satisfait pas. Si je ne m’entends plus avec mon frère. Si quelque chose me manque. Ce que je vais chercher au loin. Ce que je vais cacher.

Rien de tout cela. Je pars parce que c’est ma vie de partir, comme les nomades.

« Partir, c’est mourir un peu », dit le poète. Le sage précaire est assez d’accord avec le poète. Il meurt toujours un peu quand il quitte un lieu qu’il aime, mais c’est pour naître à nouveau. Et c’est toujours dans l’intention de retourner sur les lieux aimés. Comme les nomades, il va d’oasis en oasis : il en découvre certains, il en revisite d’autres.

    Partir, c’est mourir un peu,

    C’est mourir à ce qu’on aime :

    On laisse un peu de soi-même

    En toute heure et dans tout lieu.

 

Or, pour beaucoup de gens, partir n’est pas mourir : c’est fuir. Inévitablement, on associe celui qui part à un être insatisfait, qui cherche ailleurs un bonheur qui, lui aussi, le fuit.

Là, en revanche, la sagesse précaire s’inscrit en faux. On ne part pas à cause d’une insatisfaction. Mon séjour cévenol, par exemple, il était prévu qu’il dure un an. Il a duré un an et demi. Il n’a jamais été question que je m’installe à la campagne. Non que j’y sois malheureux, bien au contraire, mais j’ai d’autres projets, d’autres voyages à faire. J’ai surtout des rêves à réaliser.

Le rêve a une place central dans la sagesse précaire. Le sage précaire fait ses choix en fonction de ses rêves d’enfant et d’adolescent. Méthodiquement, il prend ses rêves, et il les réalise tranquillement, l’un après l’autre, en leur donnant un cadre concret : cette vie-là, je vais la vivre un an. Ce rôle-là, je vais le jouer un soir.

Ce n’est pas par insatisfaction que je pars, c’est par excès de satisfaction.

Pour le plaisir, relisons ce rondeau d’Edmond Haraucourt (1856-1941), dont la postérité n’a retenu qu’un vers :

 

     Partir, c’est mourir un peu,

     C’est mourir à ce qu’on aime :

     On laisse un peu de soi-même

     En toute heure et dans tout lieu.

 

     C’est toujours le deuil d’un vœu,

     Le dernier vers d’un poème ;

     Partir, c’est mourir un peu.

 

     Et l’on part, et c’est un jeu,

     Et jusqu’à l’adieu suprême

     C’est son âme que l’on sème,

     Que l’on sème à chaque adieu…

     Partir, c’est mourir un peu.

Du déclin des librairies

Faut-il acheter ses livres sur internet ou faut-il soutenir les librairies indépendantes ? Fréquemment, les amoureux du livre disent préférer les vraies boutiques, où de vrais libraires rencontrent de vrais lecteurs.

Il est vrai que ça a son charme, tous ces « vrais » mis bout à bout, ça donne l’impression de vivre dans la réalité, la vérité, la concrétude.

Or, cela me paraît un peu court comme argument. Loin de moi l’idée de nier l’importance qu’ont les librairies indépendantes dans nos villes, et d’amoindrir ce qu’elles apportent de dynamisme ou de culture à nos rues. Mais compte tenu qu’elles ne peuvent rivaliser avec les stocks infinis des librairies en  ligne, les vraies boutiques et les vrais commerçants doivent apporter quelque chose de plus à leur service, un supplément d’humanité, d’échanges et de rencontres. Si elles se limitent à poser des bouquins sur des tables et à attendre le client, nul doute qu’elles vont fermer les unes après les autres.

Dans la petite ville du Vigan, la librairie du Pouzadou est une petite institution qui résiste. Elle joue crânement son rôle de commerce de proximité. Elle jouit donc d’une position assez privilégiée par rapport à celles qui sont mal placées, mal connues, mal desservies. Et pourtant elle incarne à sa façon le déclin inévitable de la librairie indépendante.

On se souvient que l’employé du Pouzadou avait refusé de commander des exemplaires de mon livre sur les Travellers irlandais, au motif qu’ils ne se vendraient pas. Finalement, il en a commandé, mais longtemps après le moment où un certain buzz entourait mon livre. Si bien qu’une dizaine d’exemplaires ont été vendus sur la ville, mais indépendamment de la librairie indépendante. Plusieurs personnes l’ont même acheté sur internet…

L’autre jour, je fais un tour à la librairie pour renifler un peu la rentrée littéraire. Je vois une pile de mes Voyage au pays des Travellers, invendus, embarrassants et encombrants. Je m’adresse à la dame qui tient la caisse et lui exprime ma confusion. Pour écouler ce stock, je fais offre de service. « Si je peux être utile à quelque chose… » Elle propose une séance de signatures. Bonne idée. À mon avis, tout le monde doit un peu mouiller sa chemise pour vendre cette marchandise fragile qu’est le livre. Les auteurs aussi. Alors, aller au mastic, faire le bonimenteur, vendre mes livres à la criée pour aider une petite librairie, je suis d’accord.

Il se trouve qu’en plus, la semaine suivante, un festival de littérature de voyage se tiendra dans le centre-ville. Nous pensons que cela pourrait être l’occasion d’attirer l’attention du lectorat sur cet ouvrage de voyage ethnographique en Irlande.

Ce matin, je viens aux nouvelles. Les employés s’en sont parlé et ont pris la décision de ne pas organiser cette séance de signatures. Ils préfèrent renvoyer les quatre livres chez le diffuseur, au motif qu’ « on en vendra peut-être aucun ».

Ils ont des livres à vendre, et un auteur sous la main qui est prêt à s’investir et ils font le choix de ne même pas essayer. Ils avaient l’opportunité de proposer à leur clientèle une rencontre, un événement humain, ils préfèrent s’en passer. Il paraît que la librairie indépendante apporte un supplément d’âme que ne peut fournir la librairie en ligne. Encore faudrait-il que les libraires eux-mêmes aient envie de jouer ce jeux-là.

Je n’insiste pas car j’avoue que cela me dispense de rester assis derrière un stand des heures durant. J’insiste d’autant moins que la libraire me dit d’un ton désolé que mon livre, désormais, « c’est de l’histoire ancienne ». Je déglutis comme je peux et tâche de garder le sourire. Un peu humilié, je réponds que même pour moi c’est de l’histoire ancienne, car je suis sur d’autres projets. Naturellement, je n’y crois pas une seconde. Pourquoi écrirait-on, et pourquoi lirait-on des livres, si nous pensions qu’ils se périmaient comme des yaourts ?

Savez-vous pour qui mon livre n’est pas de l’histoire ancienne ?

Amazon.

Sur la tombe d’André Chamson

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Véro m’ayant prêté sa voiture, je tente encore une fois d’aller voir la tombe d’André Chamson. Je prends la plus belle route de la vallée : depuis le Mazel, elle monte vers Talleyrac et rejoint le col de Peyrefiche. Personne n’emprunte cette route car elle est minuscule, sinueuse, et qu’une autre peut être empruntée quelques kilomètres plus loin, pour se rendre plus rapidement aux mêmes endroits.

Je rate la tombe et arrive comme un idiot au col de la Luzette. Je redescends, remonte, redescends, jusqu’à ce qu’un petit tas de pierre attire ma vue. Je me gare et marche sur le chemin qui s’enfonce dans la forêt. Le sentier arrive à une grosse pierre posée au sein d’une toute petite clairière, avec une vue splendide sur la vallée. En face, il doit y avoir le terrain de mon frère, quelque part. Chamson et moi, nous nous sommes fait face pendant une année, et c’est aujourd’hui que nous nous rencontrons.

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Le terrain de mon frère, quelque part, depuis la tombe d’André Chamson

Je reste très peu de temps. Après avoir scruté le paysage, je rentre à la voiture. Le site est beau, il n’y a pas à dire, mais je n’ai reçu aucune inspiration divine. Souvent, la visite des lieux d’écrivains, singulièrement leur demeure, provoque une étrange commotion chez le visiteur, et le marque. Pour moi, la maison de Lu Xun à Pékin, et celle du même Lu Xun à Shanghai, où il vécut les dernières années de sa vie, furent d’intenses occasions de rêveries, et de puissants encouragements à relire les textes de l’écrivain, ainsi que d’en lire de nouveaux. Je m’attendais à quelque chose d’approchant avec Chamson.

Rien de tel. La tombe de Chamson, dominant la vallée de Je-ne-sais-quoi, peut-être la vallée de l’Hérault (après tout, c’est l’Hérault qui trouve sa source là-bas), est aussi inspirante que le mausolée de Chateaubriand à Saint-Malo, et dans les deux cas, je n’ai pas ressenti grand-chose, à part la jouissance attendue du paysage.

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Mausolée d’André Chamson

Il y a encore une partie de l’œuvre de Chamson que je ne connais pas bien, et j’espérais peut-être vaguement que ce pèlerinage m’aurait donné la force de m’y plonger. Il s’agit de sa « Suite camisarde », dans laquelle il raconte la guerre de résistance des protestants cévenols, entre 1702 et 1710, dite « Guerre des Camisards ». Il y raconte l’histoire de son propre ancêtre, envoyé dans les galères, dans La Superbe. Il y raconte aussi le destin des femmes protestantes, enfermées dans le Tour de Constance, à Aigues-Mortes, connues pour avoir gravé le mot « Résister » dans la pierre.

80 ans avant la révolution française, 250 ans avant la deuxième guerre mondiale, les femmes cévenoles ont inventé ce qu’on appelle aujourd’hui l’esprit de résistance. Et c’est quelques années avant la guerre, en 1935, que Chamson prononçait ces paroles à l’assemblée du Désert :

Nous trouvons ici le mot qui nous livre le secret de nos Cévennes, le mot qui est gravé sur la pierre de la tour de Constance et que le vent semble siffler sur les roches ou dans les herbes dures de nos hautes crêtes, par delà le Jardin de Dieu, sur les hauteurs de l’Aigoual et de la Fageole, le mot que l’on répète aux petits enfants dans toutes les maisons de nos vallées, le mot qui semble inscrit dans ce vallon et dans ce petit village : résister.

Il a écrit ses romans historiques dans cet esprit de résistance, pour lui donner une consistance narrative, pour l’incarner dans des personnages.

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Tombeau d’André Chamson, col de la Luzette

Chamson a passé toute sa carrière à Paris, mais il savait qu’il fallait venir de quelque part pour toucher les lecteurs. C’est une banalité, il faut être singulier et personnel pour atteindre l’universalité. Donc un écrivain ambitieux, loin de renier ses origines provinciales, doit souligner son appartenance à une terre en particulier. De même que Giono symbolisait la Provence, Chamson voulait être l’écrivain des Cévennes. Or, pour cela, il a défini un lieu central de son imaginaire, le mont Aigoual. Et il a passé la première partie de sa carrière à raconter des histoires de paysans, de travailleurs et de protestants vivant autour de l’Aigoual. Dans une deuxième partie, il a dû prendre conscience qu’on ne pouvait pas incarner les Cévennes sans raconter les Camisards. C’est ce qui lui a donné l’idée d’en faire carrément une suite, une fresque, ou une saga.

Jean-Yves Tadié dans son dernier essai sur l’histoire du roman au XXe siècle, mentionne justement cette suite camisarde comme un monument inconnu et pourtant digne d’intérêt.

J’ai beau avoir visité le mausolée de Chamson, rien ne vient. Je ne trouve pas la force d’aller lire ces livres. C’est peut-être que j’en ai eu ma dose, de ces héros magnifiques qui luttent contre plus grands qu’eux.

 « Dans l’ordre humain, je ne connais rien de plus beau que cette aventure héroïque d’un peuple montagnard qui semble avoir voulu donner la preuve de la primauté de la conscience humaine », écrit encore l’écrivain en 1935. C’est peut-être que je n’y crois guère, finalement, à la conscience humaine.